CONSENTEMENT
mon indiscrétion, mais ce que j'ai à vous dire est tellement grave...
— Monsieur, s'écria Jeanne, je suis souffrante... j'ai besoin de repos... je vous prie, je vous supplie de vous retirer...
— Quand vous m'aurez entendu, madame, vous ne regretterez pas les moments que vous m'accordez.
— Mais au nom du ciel, monsieur, que voulezvous donc encore de moi ! C'est une torture odieuse...
— Depuis notre dernière entrevue, madame, j'ai réfléchi à la demande de divorce que vous m'avez faite... La franchise de vos aveux m'a prouvé que notre union ne pourrait être désormais que très-malheureuse. Mon premier mouvement avait été de nT opposer à toute séparation... Je savais le prix du trésor que j'aurais perdu... Maintenant plus calme, je pense en effet, madame, que j'avais tort d'abuser du pouvoir que me donne la loi pour vous obliger à vivre auprès de moi... »
Jeanne croyait rêver; elle contemplait son mari avec ébahi s sèment. Par deux fois elle passa sa main sur son front, regarda autour d'elle, et ses yeux revinrent encore s'attacher avec stupéfaction sur M. de Bracciano, qui semblait profondément réfléchir.
Jeanne avait déjà si cruellement expérimenté le' danger de se laisser aller à une espérance mal fondée, que, comprimant pour ainsi dire les battements de son cœur, elle dit à son mari :
((Monsieur... pardon... je crains de vous avoir mal compris... Ayez la bonté de me répéter... »
Le duc la regarda quelque moment en silence; puis, se levant brusquement, il lui dit :
tH LE COLfiNftl »K SUE VIL LE.
« Eh tuenU», jWepie le divorce, madame... il m'en coûterait trop de vous voir malheureuse,..
-«» Vous acceptez le divorce I ! !.., répéta madame de BracciftRû an jagnari les maies... Veu* l'acceptez!...
t-^ Oui, madame, je vous le répète... le sacrifice est immense; mai* je n'ai paa le triste courage de vouloir votre malheur..*
-r? Abl tenes, monsieur... ee serait affreux à voua de me tromper... Mats «on, non... je sais folle... cette journée a été si cruelle... je rêve... je rêve... je n'ai plus ma tête à moi! »
À ce moment la pendule sonna une heure et demie. a Ah !« s'écria Jeanne, en se levant brusquement, et en courant vers la porte, d'un air égaré ; il n'y a pas un moment à perdre! il sera trop tard.
— Madame* ♦, vous me fuyea... quand je viens vous donner la preuve la plus complète de ma résignation à vos vœux! » s'écria le duc...
Jeanne le regarda fixement. « Mais cela est donc vrai? reprit-elle. Ce n'est dane pas une cruelle raillerie?...
— Lisez, madame, et veuilles. signer, « lui dit M. de Bracciano en lui mettant sous les yeux la demande de divorce qu'il venait de préparer.
Il alla chercher une plume pour Jeanne. Jeanne lut attentivement, puis, tombant aux pieds de son mari, elle s'écria (es mains jointes : a Abl monsieur... monsieur... yqus êtes le plus généreux des hommes ! Combien je vous ai méconnu jusqu'ici... — Madame... madame... relevea-vous, je ne mérite pas ces éloges.., J'ai fait tout ee qu'un honnête
LA FUITE. tè*
nomme doit faine* Je regrette seulement d'avoir hésité..* Veuilles signer... il est tard.u vous êtes fatiguée, je le suis aussi. Demain nous causerons de rds intentions..* bonsoir, madame;
— «- Bonsoir, monsieur* dit Jeanne en prenant là main de son mari et la serrant avec effusion dans ks siennes» Je sais tout ce que ee sacrifice vous coûte... An! ereyee «[d'il vous sera compté».» eroyes que ma reconnaissance * que tnpn éternelle «mitîé.M
— Celte dernière me suffirait, madame *a Je serais trop heureux de la mériter et 4e l'obtenir. *> »
M* 4e Braeeiano sortit*
LA FDITB*
11 est impossible de peindre le bouleversement des idées de madame de Braeeiano.
11 aurait fallu à Jeanne une force d'esprit peu commune pour résister au contraste qui la fil passer si brusquement des angoisses les plus douloureuses à la joie la plus délirante.
Tout à coup une effroyable crainte vint à la pensée de Jeanne...
Si Herman, eu recevant sa dernière lettre, n'avait pu résister à ce nouveau coup qui renversait toutes ses folles espérances, si imprudemment éveillées par aoo premier billet 1
A cette idée, Jeanne, dont la tête était déjà affaiblie par tant de secousses, eut, sinon un moment de folie, du moins d'égarement complet.
. Elle se figura Herman mourant... mourant peutêtre alors qu'elle voyait réaliser ses vœux les plus ardents.
À cette heure, qui lui envoyer pour lui apprendre ce bonheur inespéré? Et puis aurait-il encore foi à une nouvelle promesse? La première n'avait-elle pas été trop cruellement déçue?
Jeanne n'hésita pas : oubliant sa réserve, sr timidité habituelle, ne réfléchissant ni à l'imprudence, ni à la gravité de sa démarche, se croyant d'ailleurs presque le droit de veiller sur les jours de celui [u'elle regardait déjà comme son époux, elle résolut d'aller elle-même tout apprendre à Herman.
« J'aurais eu le courage d'aller lui dire de mourir... et de mourir avec lui, s'écria- t-elle... Pourquoi n'aurai s-je pas le courage d'aller lui dire de vivre ! »
Elle prit à la hâte sa mante, son chapeau, descendit par le petit escalier qui donnait dans son cabinet de toilette, passa devant la loge du portier encore faiblement éclairée, frappa aux carreaux. La porte s'ouvrit.
Jeanne sortit de l'hôtel de Bracciano.
La nuit était pluvieuse et froide.
L'hôtel de Bracciano, situé rue du Faubourg-Saint- Honoré, n'était pas très-éloigné de la demeure d'Herman.
Quelquefois Jeanne, passant en voiture devant cette humble retraite, avait jeté sur cette maison si pauvre un regard mélancolique.
Dans son exaltation, Jeanne oublia la nuit les