‹ Deux histoires, 1772-1810Chapitre 45 sur 63 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le coup retentit au cœur des trois acteurs de cette scène.

Raoul frappa une seconde fois. La porte s'entr'ouvrit.

On vit la figure du portier qui élevait sa lanterne pour voir qui frappait.

Boisseau donna résolument un grand coup de poing sur la vitre, et éteignit la lumière. *

Le portier allait crier au secours, lorsqu'il se sentit saisir par deux bras vigoureux ; deux mains se croisèrent sur sa bouche et étouffèrent ses cris.

Jeanne, retrouvant cette énergie factice que donne le grand danger, traversa rapidement la cour, gagna l'escalier dérobé et arriva à la porte de son cabinet de toilette qu'elle trouva entrouverte, comme elle l'avait laissée.

Au bout d* cinq minutes... supposant que Jeanne était enfermée chez elle... Raoul et Boisseau abandonnèrent le portier, fermèrent la porte et se sauvèrent i toutes jambes.

« Raoul..., je te déclare que je vais mourir en arrivant chez toi... disait Boisseau tout essoufflé...

— Mon brave ami, arrivons seulement chez moi, et je réponds de toi, disait Raoul.

— Pourvu seulemeut que nous ne rencontrions pas de patrouilles... disait Anacharsis, en faisant d'énormes enjambées : finir la, nuit au violon, il ne me manquerait plus que cela... »

Heureusement les deux amis arrivèrent sans encombre rue de la Victoire.

Raoul comptait en partir sur-le-champ, croyant son arrivée e» France ignorée. La lettre de madame de

Montlaur lui apprenant au contraire que l'empereur savait tout, et était très-irrhé contre lui, il résolut d'aller au cbâteau tout lui dire

Vers les onze heures du matin, la princesse de Montlaur était au cbjevet du lit de Jeanne.

« Malheureuse ejifànt \ pourquoi n'avoir pas sonné vos. femmes? Vous sentir souffrante et passer toute une nuit sans secours!.-.. Quelle imprudence ! Pauvre Jeanne, vous avez été si cruellement agitée hier.;. Gomment vous trouvez-vous?

— Mieux... ma tante, dit Jeanne d'une voix faible.

— Peut-être aussi avez-vous eu peur ; avez-vous entendu cette nuit à quatre heures?...

— Quoi, ma tante? demanda madame de Bracciano en frissonnant.

— La plus bizarre aventure du monde. À quatre heures, on a - frappé à la porte assez vivement, la nuit étant très-obscure... le portier s'est levé, il est venu ouvrir avec sa lanterne, croyant, ainsi que cela arrive «ou vent, que c'était quelque message du château... A peine laporte était-elle ouverte... que deux hommes., le saisissent* éteignent sa lumière... lui mettent la main sur la bouche pour étouffer ses cris, et le tiennent 'ainsi pendant quelque temps... après qaoi ils le laissent et se sauvent. Sans doute les misérables auront eu peur en entendant quelque bruit; une fois délivré, le vieux Gilbert s'est mis à appeler au secours; comment n'avez-vous pas entendu? Mais que je suis folle ! voire appartement donne sur le jardin... ces cris n'auront pas pu arriver jusqu'à vous. Mais, mon Dieu, mon enfant... voici vos fai-

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blesses qui vous reprennent... Jeanne... Jeanne. » En effet, madame de Bracciano n'avait pu braver son émotion, en se rappelant les dernières circonstances de cette nuit terrible. \ •

Une des femmes de madame de Bracciano . vint apporter une lettre à madame dé Montlaur.

« Dieu soit loué I dit la princesse à Jeanne qui semblait plus calme; Raoul est arrivé ; il me dit qu'il se rend au château à l'instant même; il. n'a sans

doute maintenant plus rien à craindre et va tout expliquer à l'empereur.

— Rien à craindre ? demanda Jeanne.

— Je puis vous dire cela maintenant, ma chère enfant, puisque sa lettre me rassure. Chargé d'une mission de la plus haute importance, il avait, je ne sais pourquoi, quitté Vienne précipitamment; l'empereur le sachant était furieux contre lui, menaçait de le faire mettre à Vincennes ; prévenue de cela par un de mes amis, j'avais aussitôt écrit à Raoul et envoyé la lettre chez lui, afin qu'à son arrivée à Paris il fût averti du danger qu'il courait.

— Et cela pour moi... pour moi... Pauvre RaouJ! pensait Jeanne.

— A cette heure je suis sans crainte, ma chère enfant; puisque Raoul, se rend aux Tuileries, c'est qu'il peut expliquer sa conduite à l'empereur... D'ail* leurs, il me dit dans sa lettre qn'il viendra tantôt luimême me donner des nouvelles de son entrevue.»

. Le duc de Bracciano envoya savoir des nouvelles de sa femme.

Jeanne poussa un cri et tomba dans une nouvelle crise nerveuse.

t06 • LE COLONEL DE SURVILLE.

Le duc n'avaH-il pas fait périr le marquis de Souvry sur l'échafaud 1...

Instruite de ce terrible 6ecret pendant la nuit fatale qu'elle avait passée ehes Herman, la malheureuse femme ne pouvait le révéler à sa tante; elle ne pouvait non plus laisser soupçonner à son mari qu'elle* savait la part qu'il avait prise à celte sanglante exécution.

Madame de Montlanr ignorait même encore lé divorce consenti par M. de Braeciano.

Après sa crise, Jeanne pleura abondamment et parut soulagée.

Elle voulut absolument se lever pour recevoir Raoul et savoir les suites de son entrevue avec l'empereur.

A une heure, il se fit annoncer.

Jeanne lui tendit la main avec effusion : le colonel la baisa respectueusement.

« Eh bien ! lui dit madame de Moniteur, votre empereur, qu'a-t-il dit?

— Il a été, comme toujours pour moi, d'une bonté parfaite, madame la maréchale... il m'a pardonné mon voyage incognito, et m'a permis de rentrer dins la vie civile.

— - Il vous a retiré vos emplois. Votre carrière est brisée?... s'écria Jeanne. -

— Non, ma cousine, dit en souriant Raoul. Mais l'empereur a trouvé sans doute que les nouveaux mairies faisaient de mauvais soldats et non moins mauvais négociateurs.

— Les nouveaux mariés? s'écria madame de Monllaur. Que voulez-vous dire, Raoul?

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