‹ Deux lettres à Mylord Comte d'Aberdeen sur l'authenticité des inscriptions de FourmontChapitre 5 sur 10 · PREMIÈRE ΓΕΤΤΒΈ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ΓΕΤΤΒΈ

clusion fort étrange ; et avec une pareille méthode d’induction ; il nest presque pas de monumens au monde dont on ne püt contester l'authenticité, puisqu'il n'en est point qui ne renfermät, dans l’état où il nous est parvenu, plus ou moins de fautes matérielles ou d'erreurs manifestes, fruits de la préoccupation ou de l'ignorance de ceux qui nous les ont transmis. C’est à corriger ces fautes, à faire disparoître ou à expliquer ces erreurs, que consiste le travail de la vraie critique ; et, en considérant les inscriptions de FOURMONT comme des copies plus ou moins fidèles des monumens originaux, on n’eût dù s'attacher qu'à en constater les leçons certaines et indiquer les douteuses, sans tenir aucun compte des interprétations souvent erronées de FOURMONT lui-même, de ses traductions souvent ridicules, et sur-tout sans rejeter le monument entier, parce qu’il s’y seroit glissé une faute, ou qu'il sy trouveroit une contradiction avec quelque autre monument ; car, je le répète, quel est Le texte ancien qui sortit victorieux d’une pareille épreuve, si l’on tentoit de Fy soumettre!

Les principes de critique que je viens d'exposer, et que je crois ne devoir être contredits par personne, faisoient donc une loi à M. Knicur de chercher à rétablir la leçon primitive de l'inscription d'Oga, après avoir reconnu l'erreur qu'elle renferme dans son état actuel : il pouvoit même, faute de mieux, se borner à cette dernière opération; car il n'est pas donné à tout le monde de procéder de la découverte du faux à celle du vrai. Mais c’étoit aller contre toutes les règles, que de rejeter une inscription, parce que quelques lettres y avoient été mal lues où imprudemment ajoutées ; et je doute que M. ΚΝΙΘΗΤ, tout ingénieux qu'il est dans ses raisonnemens, en puisse jamais trouver un qui justifie une semblable licence. J'essaierai, à son défaut, de restituer l'inscription qu'il a jugé plus simple et qu'il étoit en effet plus commode de condamner d’un trait de plume,

en déclarant toutefois que je ne m'y crois point obligé, et surtout en regrettant qu'il ne l'ait point fait lui-même.

Le nom du peuple nommé sur l'inscription d’Oga devoit offrir à peu près les mêmes élémens que le mot IKETEPKEPATEES que FourMonT ἃ cru y lire : la conjecture qui s’éloignera le moins de cette leçon, devra donc paroître la plus probable. Je propose de substituer à ce mot corrompu celui de ἙΤΈΟΚΑΡΕΣ, dont 1 est facile de justifier ici l'emploi. On connoît, par le témoignagé de Diopore ΡῈ Sicise (1), les ᾿Ἐπεοχρῆτες ou Crétois primitifs ; on connoît également, par d’autres auteurs, [65 Ἐπεοξουταδοι ou /es vrais et anciens descendans de Butès , famille puissante et considérée à Athènes (2). "Eoxipes signifieroit donc, sur notre inscription, /es vrais, les anciens Cariens , et il ne resteroit plus qu'à prouver que les Cariens furent au nombre des habitans primitifs de la Laconie. Quoique le nom des Cariens ne commence à paroître dans f’histoire comme celui d’une nation puissante, que vers l'époque dé Minos II, à laquelle on les trouve répandus dans les îles de fa mer Égée (3), l’origine de ce nom et de ce peuple appartient réellement à des temps plus anciens. Ils avoient la même extraction et parloïent le même dialecte que les Léléges, suivant SrrABoN (4); c'est-à-dire qu’ils étoient une des tribus de cette grande nation pélasgique qui avoit couvert autrefois tout le sol de la Grèce: On doit croire (5) que lidiome commun de ces peuples étoit l’ancien éolien, et que la Béotie avoit été l’une de leurs premières demeures. On-retrouve des traces des émigrations dès Cariens ; en particulier, dans l'Afrique, où l'une des plus puissantes et des

(1) Drop. Sic. Biblioth. 1, V, c. 64; | CONON. Marrat, 47; SERV. ad Ænéïd.

add, STRABON. lib. x, p.729, éd. Almel. | ΠΡ. wu1@, v. 725.

EusTATH. ad Hoiner. pag. 1861. (4) STRAB. Geograph, I. x11, p. 858. (2) HARPOCRAT. ν, Ἐπεοζουτάσαι. (5) C’est du moins Popinion que j'ai (3) Conf. Taucypip. lib. 1, c. 8; | cru pouvoir soutenir (715, crit, de l’éta-

Isocr. Helen. encom, S.xxx, ed. Coraÿ; | blissem, des Colon. grecq. t.1, Ρ. 196-197),

plus anciennes familles sacrifioit au Jupiter carien (1); à Mégares, nommée ville des Cariens dans les vers d’un vieux poète cité par ATHÉNÉE (2), et dont la citadelle retint toujours le nom de Caria, en mémoire de Car, fils de Phoronée, le chef mythologique de ce peuple (3); enfin, à Épidaure , dont le nom primitif étoit ᾿Επίκαρφφς, à cause du séjour qu'y avoient fait les Cariens, suivant ARIsToTE (4). Cette dernière ville se rapproche assez de Îa Laconie, pour que nous puissions supposer que les Cariens avoient aussi pénétré dans ce pays; et plusieurs probabilités viennent à Fappui d’une conjecture si naturelle. Les plus anciens habitans de la Laconie, selon la tradition des Lacédémoniens eux-mêmes (5), étoient les Léléges, peuples toujours unis aux Cariens, dans tous les établissemens qu'ils formèrent et au - dedans de la Grèce et hors de son sein. Suivant une autre tradition conservée par un historien (6), la fondation de Sparte auroit été l'ouvrage des Spartes, de ces fameux enfans de la terre, dans lesquels nous ‘ne devons voir sans doute, avec HÉsIODE (7), que les peuples indigènes de la Béotie, chassés par Cadmus : interprétation qui confirme le fait du passage des Cariens en Laconie, et peut, en même temps, nous fournir [8 motif et la date de cette émigration. Enfin le nom de Kaprxés porté par une rivière de la Laconie, en témoignage du séjour que les Cariens avoient fait sur ses bords (8), achève de donner à cette conjecture tout le degré de probabilité dont est susceptible un fait mythologique. J'ajoute que le culte d'Oga , dans la Laconie, confirme tous les rappro-

(:) HeroDoT. lib. v, c. 66. (5) Apud PAUSAN. lib. 111, c. 7.

(2) ATEN. Deipnosoph. Kb. τι, (6) TiMAGOR.apud STEPHAN.BYZ. cap. 13. V. Σπαρτη.

(3) PAUSAN. lib.1, c.40; STEPHAN. (7) HEsi0D. apud STRABON. 1.011; Byz. v. Kaga. p: 322.

(4) ARIST.apud STRABON. lib, VII, (8) Schol. LycoPHRON. ad Cassandr, pag. 374. v. 156.

PREMIÈRE LETTRE. 37 chemens que je viens de faire. Oga ou Onga, divinité phénicienne, fut honorée en Béotie ; c'est un fait trop connu pour que je m'arrête à en déduire ici les preuves (1): mais ce qui ne l'est pas autant, c'est que le culte de cette divinité paroît avoir été particulier aux Cariens. PAUSANIAS nous apprend, en effet, que la déesse qui recevoit à Mylasa les hommages des Cariens de l'Asie mineure , étoit la même que la Minerve ou que l'Oga des Béotiens, et que cette divinité étrangère se nommoit Ogoa (2). STRA- BON, par une altération légère, qui n'est peut-être encore qu'une faute de ses copistes, l'appelle Osogo (3), nom qui conserve néanmoins des traces manifestes de son origine. Lorsque nous trouvons ensuite, sur une antique inscription de Laconie, le nom de cette déesse Oga joint à celui d’un peuple dont le nom, quoique altéré, offre tant de rapports avec celui des Cariens , et que le séjour des Cariens en ce même pays nous a paru prouvé par des témoignages graves et des traditions respectables, ne seroit-il pas bien étrange que tant de rapprochemens fussent uniquement l'effet du hasard! ou bien, supposera-t-on que Four- MONT avoit fait, de son côté, toutes ces recherches et combiné lui-même tous ces faits pour forger son inscription? L'une et l'autre induction me paroît trop absurde, je lavoue, pour que j'ose la prêter à aucun de mes lecteurs, et qu’il soit conséquemment nécessaire de la combattre,

Je crois avoir répondu aux objections faites contre linscription d'Oga, en montrant, 1.° que si cette inscription a été mal lue par FouRMoNT , ce n'est pas une raison d'en révoquer en doute l'existence, à moins qu’on ne veuille rejeter de même les monumens où se seroient glissées quelques fausses leçons par

(1). Conf. PAUSAN. lib. 1x, cap. 12; (2) PAUSANIAS, lib. VIII, c. 10. APOLLOD. L111,c. 6,S.6, ed. Clav.; (3) STRABON. Geograph, lib. XIV; Schol, PiNDAR. ad Olymp, II, v.39-44. | pag. 650.

Fignorance du premier interprète; 2.° que cette inscription peut être rétablie d’une manière qui concilie et explique tous les témoignages anciens, et au moyen d'un changement très-léger. Examinons maintenant les argumens par lesquels M. Knicxr ἃ cherché à inculper d’autres monumens de FourmonT, et d’abord, transcrivons littéralement, comme il est juste, tout le passage du critique :

« L'inscription suivante est un catalogue ou une chronique des » prêtresses d’Amycles, commençant vers la même époque (1); » car Léodamie, petite-fille d'Eurotas , est la troisième prètresse » de cette liste. Par une singularité d’idiome, ces prétresses sont » appelées MATEPES ΚΑῚ KOTPAI TOY AHOAAONOS , titres pour Îles- » quels ni l'abbé BARTHÉLEMY, ni l'auteur des Recherches, n’ont » pu produire une seule autorité, quoique ces savans sembient » avoir promené leurs regards sur tous les monumens connus » de la langue grecque. Le dernier néanmoins a rappelé im- » prudemment les titres qui correspondent à ceux-[à dans les » modernes couvens de norines en France, et ἃ fourni ainsi une » explication claire et indubitable. Les MÈRES ET LES FILLES DU » BON DIEU étoient des expressions familières à l'esprit de Four- » MONT, et il en ἃ non-seulement adopté l’idée pour ses anciens » IKTERKÉRATÉANS, Mais, par un raffinément d'inconséquence et » d’absurdité, il la leur a fait exprimer dans toute la crudité de » son idiome natal. » Voilà aussi objection de M. KNiGuT exposée dans toute la crudité de sa propre langue.

Je remarque, d'abord, que l'éditeur de cette chronique d'Amycles, si délicatement tournée en ridicule en quelques lignes, est

(1) Assertion pour le moins hasardée, | cription. Jen αἱ déjà fait la remarque ; puisque le nom d'Eurotas qui seul peut | mais M. KNIGHT, en insistant toujours marquer [a date de la précédente inscrip- | sur cette époque présumée, me force à tion, n’est point exprimé dans cette ins- reproduire mon observation.

PREMIÈRE LETTRE. 39 l'abbé BaARTHÉLEMY, qui en ἃ fait l’objet d'un long et sérieux examen (1); et il semble qu'un monument qui avoit ainsi occupé les veilles d’un si docte antiquaire, pouvoit être traité avec un peu plus d’égards et de gravité. J'ajouterai que le même monument ἃ paru d’une authenticité incontestable à d'autres antiquaires dont les noms ne sont pas non plus sans honneur dans la république des lettres, le prince DE TorremuzzA (2), EcxkeL (3), le P. Lanz1 (4), qui l'ont envisagé sous des rapports différens, sous ceux de la paléographie. Mais, quoique ces autorités pussent bien, aux yeux de tout lecteur impartial, balancer celle de M. KniGur, j'ai promis de ne point user de cet avantage, et je m'en tiens uniquement, pour réfuter le critique, à ses propres raisonnemens. [1 n’est point exact de dire que l'abbé BaRTHÉLEMY n’a pu découvrir aucun titre analogue à ceux qu’on voit employés sur la chronique d'Amycles ; car ce savant ἃ montré par deux passages, l'un deS. JÉRÔME, et l’autre d'EuNAPIUSs, que l’on donnoit le nom de PÈRE aù prêtre de Mithras (5), ἐξ l'observation en avoit déjà été faite par SAUMAISE (6). De plus,

(1) Acad. des Belles- Lettres, Mém. | et 529, dans lesquelles le mot parer,

tom. XXIIT, pag. 394-421.

(2) Znscription. veter. Sicil. Prolegom.

(3) ECkHEL, Doctrin, num. tom. I, Prolegom. p. XCI, et alibi.

(4) Saggio di lin. etrusc. êTc, tom. 1, pag. 98 et suiv.

(5) À l’endroit cité, pag. 409. Dans une note sur le passage en question ἀ Eu- NAPIUS, dont l'édition, depuis longtemps terminée, doît paroître incessam- M. BoISSONADE confirme et justifie, par des exemples analogues, le

ment,

titre dé πωτὴρ τῆς Μιβριακῆς τελετῆς qu'emploie l'historien grec. Il cite trois ἡπσογίρtions latines, publiées par MARINI, Alban. Inscript,p.19, etFratr, Arval. p:341

suivi des mots sacerdos, ierofanta, profèta, désigne incontestablement un ministère sacré. Enfin le même savant allègue encore un monument qui s'applique plus directement au passage contesté de la chronique d’Amycles; c’est une inseription du Recueil de REINESIUS, pag. 362, dans laquelle le titre de mater sacroruin est donné à une dame romaine. Je transcrirai ici cette inscription, afin qu’il ne reste aucun doute dans l'esprit de M. KNIGHT:

GEMINIA. TITVLLA.

ARAVSIENSIS. MATER.

SACRORVM. HIC.

ADQVIESCIT.

(6) SALMAS. in Lamprid. pag. 117.

l'abbé BARTHÉLEMY ἃ produit une inscription où les noms de marzer et de ΚΟΡΟΣ sont.employés pour désigner des ministres sacrés attachés à un temple de l’ancienne Phliônte (1). À la vérité, cette inscription fait partie du recueil de FouRMoNT, et, à. ce titre, elle a peut-être paru suspecte aux yeux de M. KNIGHT: mais alors pourquoi ne la-t-il pas nommément comprise dans la censure générale qu'il a aite de ces monumens? pourquoi cette inscription, qui offre les mêmes particularités de diction et d’orthographe, qui appartient à une époque également ancienne ; qui retrace des usages aussi inconnus ; pourquoi, dis-je, a-t-elle échappé à la mémoire ou à la critique de M. KnieurT!? et, s’il l'a condamnée comme les*autres, ou bien s'il a cru devoir lépargner, pourquoi n’a-t-il pas du moins indiqué les motifs de l’une ou de l'autre opinion? et, à cette occasion, je prendrai la liberté de lui rappeler qu'il a négligé de réfuter d’autres monumens de FourMonT qui ne paroissent ni plus ni moins irréprochables que ceux contre lesquels il a réuni tous les efforts de sa dialectique, et même qu'il en a cité comme authentiques quelques autres qui, venant de la même source et portant les mêmes caractères, devoient lui sembler également suspects. Aïnsi linscription d'Hyllus , que les auteurs de la Nouvelle Diplomatique (2), Courr pe GÉBELIN (3) et le docte P. Lanzr (4) ont publiée comme un des plus anciens monumens de lart d'écrire, pourquoi M. KNIGHT ne fa-t-il pas même indiquée ? Ainsi cette inscription de Délos , copiée par TOURNEFORT sur [4 base d’une statue antique, publiée par le P. MonNTFAUCON (5), interprétée par

(1) Voy. certe inscription, pl. 111, (3) Origine du langage, pag. 475, et le commentaire qu’en ἃ donné le sa- | pl. ΧΙ. yant académicien ; 4 l'endroit cité, p. 409- (4) Saggio di lingua etrusca, tom. I, AE. pag: 103.

(2) Tom. 1, pag. 629, pl. VI, n.2. (5) Palæograph, græc, Gb. 11, p. 12r.

CHISHULL

CaisHuLz (τ), et reproduite enfin par M. ΚΝΙΘΗΤ lui-même, qui semble si peu [8 soupçonner de fausseté, qu’il Pappelle en témoignage à l'appui de ses propres idées (2), quoiqu'elle: renferme des particularités paléographiques aussi étranges pour le moins et aussi dépourvues d’autorité qu'aucune de celles qui ont le plus fortement excité les doutes de M. KNIGHT, pourquoi l’a-t-il seule exceptée de lanathème porté contre [65 inscriptions de FourmonT! Pourquoi enfin a-t-il pareillement gardé le silence sur ces inscriptions amycléennes rapportées par l’abbé BARTHÉLEMY dans le cours de la dissertation que j'ai citée (3), et qui, si elles sont ou du moins si elles ont paru authentiques à M. Knicur, contredisent si formellement son opinion sur le sacerdoce des femmes qu'il nie avoir été attachées au culte d'Apollon à Amycles ! En attendant que le critique se soit expliqué sur tous ces points, je prendrai la liberté de citer comme authentique Vinscription d'Athamas, et d'y chercher, dans les titres ΠΑΤῊΡ et ΚΟΡΟΣ qui ÿ sont employés , la preuve de [a fausseté de cette autre opinion de M. KNIGHT, qu'aucun monument ne fournit de qualifications analogues ἃ celles des MATEPES ΚΑΙ KOPAI de la chronique d'Amycles. L’assertion du critique, fausse à l'égard de l'abbé BARTHÉLEMY, ne l’est pas moins en ce qui concerne l’auteur des Recherches. sur l'origine et les progrès des arts de la Grèce (4); car cet auteur, à: a

(ἢ Apud MURATORI, Thesaur, t. I, pag. 586.

(2) Analys. of greek alphab. p.72. En yaindira-t-on que MONTFAUCON lavoit donnée antérieurement à FOURMONT; il est au moins très-douteux que celuici leût connue avant l’époque de son voyage en Grèce. Son Recueil d’inscriptions offre plusieurs monumens déjà publiés par SPON et d’autres antiquaires, et qu'il avoit copiés de nouveau sur les

originaux, sans se douter ou sans se rappeler qu’ils eussent été publiés.

(3) Voy.-pag. 404. L'abbé BARTHÉ- LEMY a rapporté ces Inscriptions en caractères grecs ordinaires, Je les αἵ fait graver telles qu’elles sont: dans les manuscrits de FOURMONT,, avec les caracteres qui leur sont propres, et qui étoient ceux du temps auquel ces monumens appartiennent. Voy. pl. ὙΠῸ 057, 4, S+

(4) D'HANCARVILLE, τ. Il, p. 251.

page même indiquée par M. Kuicar, dit en propres termes que la qualité de FILLE, KO?A, étoit donnée à des prétresses dans la Laconie, où le monument dont il s’agit ici a été découvert. H en donne pour exemple les Leucippides, ordre ou collége de prétresses consäcrées aux deux déesses filles de Leucippe, et 11 cite enfin le témoignage de PAuSANIAS, qui ne laisse aucun doute à cet égard : Κόρα! δὲ ἱερῶνταί pin παρθένοι καλούμεναι (1). D'HANCARVILLE essaie ensuite, mais avec moins de succès, de justifier le mot MATEPEX de Ia chronique d'Amycles par celui de γυναῖκες, qui désignoit à Sparte les femmes chargées de tisser la tunique dont on habilloit tous les ans la statue d’'Apollon amycléen. Ces femmes ouvrières ne pouvoient être celles qui remplissoient à Amycles le premier sacerdoce, et qui, en cette qualité, appartenoient aux principales familles de l'État, comme l'inscription même le prouve. Ainsi D'HANCARVILLE s'est trompé sur ce point; il devoit se borner à dire que ces ouvrières formoient un ordre subalterne de prêtresses attachées au service d’Apollon amycléen , ainsi qu'on le voit sur une belle inscription de Cyrique , publiée par le comte DE Cax- LUS (2), où des femmes revêtues de fonctions semblables sont comprises dans lénumération des personnes consacrées au culte de la principale divinité du pays. Mais si M. Knicar se refuse à voir dans l'auteur des Recherches Les faits les plus positivement énoncés, en revanche il lui prête des choses qu'il n’a point dites. Les MÈRES ET LES FILLES DU BON Dieu, les seuls mots français qui se trouvent dans toute la réfutation de l’auteur britannique, semblent être empruntés à D'HANCARVILLE; et cependant tout

le mérite de cette agréable plaisanterie appartient réellement à

(1) PAUSANIAS, Lt, c. 16. D’autres [Τὼ δὲ ἥρωϊ mure φρὶν ἢ τῳ ϑεὼ ϑύουσιν αἱ Ῥτδιγθβσθβ, αιτδοῃόθϑ au culte de Bacchus, Διονυσιάδες αἱ Λευκισπίδες). s’appeloient Dionysiades, comme celles-ci (2) Recueil d'Antiquités, τ. 11, Ὁ. 178 Leucippides ( PAUSAN. lib. 111, cap. 13: | et suiv.

PREMIÈRE LETTRE. 43 M. KnicxT, qui voudroit bien en faire aussi honneur à Four- MONT: mais il faut rendre à chacun ce qui lui est dû , et que nos auteurs français se passent des libéralités de leur adversaire. Parlons sérieusement, MyLorD : est-ce de bonne foi que M. Knicxr insinue que ces titres de méres et de files doivent rendre suspects les monumens où ils se lisent? Comme si nous possédions tous les écrits des anciens! comme si tous les divers titres en usage chez les divers peuples de la Grèce avoient été mentionnés chez ces auteurs, ou du moins chez ceux qui nous restent! comme si enfin les inscriptions n’offroient pas une foule de qualifications dont aucun écrivain n’a parlé, qu'aucun lexique n’a recueillies ! Je n’en veux pour preuve que cette inscription de Cyzique que je citois tout-à-lheure, et sur laquelle seule nous trouvons trois différens ordres de prêtresses sous des noms qui ne se reproduisent dans aucun autre monument. Les Romains, qui empruntèrent des Grecs et des Étrusques tous leurs rites religieux aussi-bien que leurs institutions civiles, connoissoient ce sacerdoce des filles ; c'est du moins sous ce titre qu'est mentionnée une prétresse dans une ancienne inscription du Musée Kirker, ainsi conçue: DINDIA. MACOLNIA. FILEA (1); et l'opinion du savant P. LAnzr, qui a publié cette inscription, et celle du célèbre ENNIUS Qur- RINUS ΝΊΒΟΟΝΤΙ, qui la connoissoit, étoit que ce mot FILIA désignoit ici un sacerdoce correspondant à celui que les Grecs exprimoient par le nom de ΚΟΎΡΑ. Dira-t-on qu'aucun témoignage ne prouve que le temple d’Apollon à Amycles fût desservi par des femmes, et que PAUSANIAS se tait sur une particularité aussi remarquable! C'est vous-même, MyLoRp, qui proposez cette difficulté : et je m'en étonne, puisqu'il résulte d’un passage de ce même Pau-

(1) Saggio di linguaetrusca,t.1,p.161: | signor ENNIO VIScONTI, € corrispon= Pud DINDIA MACOLNIA FILIA esser | derebbe al KOYPA de’ Greci, detta per sacerdozio, come sospetto il

sSANIAS que j'ai rapporté plus haut, et que sans doute vous connoissiez comme moi, que des FEMMES, TTNAIKES, étoient attachées, par des fonctions subalternes , au temple d'Apollon amycléen. Je n’alléguerai point, pour confirmer ce témoignage, les inscriptions trouvées à Amycles , et sur lesquelles le mot TEPEIA, PRÊTRESSE, se lit à la suite des noms de femmes qui exerçoient ce sacerdoce (1); car, ces inscriptions étant du recueil de Four- MONT, leur témoignage ne seroit point reçu pour décider une question pareille. Mais que pourriez - vous opposer, MYLorD . aux monumens découverts par vous-même dans les ruines de l'antique Amycles ; à ces inscriptions consacrées à la mémoire de deux femmes, dont l'une y est qualifiée prétresse, ἱέρεια, autre, sousprétresse, üroçantia (2)! Ne sont-ce pas là des preuves irrécusables que le sacerdoce des femmes fut institué à Amycles! et, en rapprochant ces divers témoignages de la chronique de Four- MONT, n’en résulte-t-il pas, en faveur de l'authenticité de ce dernier monument, un argument invincible? Si j’entreprenois de généraliser la question que vous avez élevée, MxLorD, relativement au sacerdoce des femmes, quel avantage n’aurois-je pas à vous montrer des prérresses, et non des prêtres, par-tout établies auprès des plus anciens et des plus illustres temples de la Grèce, tel qu'étoit celui d’Amycles, εἰ à justifier ainsi à vos yeux le silence gardé par PAUSANIAS sur une particularité qui vous paroït si remarquable, mais qui, dans le fait, n’est nullement remarquable? Vous verriez des femmes remplir tous [68 degrés du sacré

(1) Acad, des Bell,-Lett. tom. XXIIT, | pu forger un pareil terme; et le témoipag: 414. gnage rendu ici à son exactitude par le (2) Ce mot ὑτουρωλοζα n’est donné par | marbre même qu'a vu et copié lord aucun écrivain et ne se trouve suraucun | ABERDEEN*, me paroi du plus grand autre monument. Un faussaire aussiigno- | poids. rant qu’on suppose FOURMONT, n’eût

PREMIÈRE LETTRE. 4ς ministère à Dodone (1); à Delphes (2); dans l'ile Calauria (3); ἃ Égire, en Achaïe (4); à Tégée, en Arcadie(s); à Argos. (6), et dans ces colonies grecques du Latium et de V'Étrurie, qui conservèrent si long-temps et si fidèlement, au témoignage de DENYs D’Har- CARNASSE (7), les rites religieux de leur métropole argienne. Voustrouveriez sur-tout, MYLoRD, un exemple frappant dans les usages de cette dernière cité, où plusieurs ordres de prétresses, à la suite d’une jeune vierge nommée Canéphore, se partageoient les diverses fonctions du ministère des autels (8), et où le catalogue des prêtresses de Junon, gravé, comme celui des prêtresses d'Apollon à Amycles, sur des tables destinées à en éterniser le souvenir, fut retrouvé, en creusant la terre, par le père de cet AcusiLas, lun des plus anciens historiens de la Grèce (0), et employé, comme base chronologique, par HELLANICUS DE LEsBos, autre écrivain également ancien et recommandable (10). Tous ces faits, qu'il me seroit facile de multiplier, si je ne devois me borner à ce qui est rigoureusement nécessaire, ne s’étoient peut-être pas présentés à l'esprit de FoURMONT, puisqu'ils ont pu échapper à la mémoire de son critique. Mais l'accord des derniers avec le monument attaqué par M. KNIGHT avoit frappé l'abbé Βακτηΐ- LEMY, qui s'en est expliqué en ces termes : « Je présume que fa

prêtresse nommée Koeæ dans Finscription est la même qu’en

d’autres endroits on nommoit Καγηφόρος, et que Pordre des pré- » tresses d'Apollon amycléen étoit formé sur le même plan que celui des prêtresses de Junon à Phalère et à Argos (11). »

(1) HERODOT. lb. 11, c. 954-55. à 33 ϑυηπολιῶν ὁ πρόπος ὅμοιος hr, χαὶ γυγαῖκες (2) Ῥαυβαν. lb. x, c. 12, et alibi, lex Sexe πὸ τέμενος, ἡ τε λεχομέγη (3) dem, 110. 11, c. 23. καγηφόρος,... + χοροί τε παρθέγων.......

(4) dem, lib. γιι,, c. 26. (9) SUIDAS ; νος, Ἀκουσίλαος.

(5) Zdem, 15. vtt, c. 47. (10) CONSTANTIN. PORPHYROGEN. (6) Dionvs. Hazic. lib. 1, c. 21. T'hemat. lib. 11, c. 8.

(7) /dem, ibid. (11) Acad. des Bell.- Lettr, Mémoir, (8) Dionys, HALrc. loc, laud, :’EySæ | tom. XXII, pag. 412.

Examinant en détail le monument qu’il a d'abord condamné en totalité, M. KNIGHT s'étonne d'y trouver des particularités d'idiome non moins extraordinaires, telles que APISETANAEPO, APISETOMAKO , &cC,, pour APITANAPOT, APIETOMAXOT, [1 suppose que FouRMONT a imaginé cette orthographe bizarre d'après les systèmes qui faisoient dériver le grec de lhébreu, et aussi d’après la tradition rapportée dans JosÈPHE (1), suivant laquelle les Lacédémoniens et les Juifs se seroient attribué à eux-mêmes une origine çommune, Voilà bien des suppositions que je me permettrai de trouver à mon tour assez exfraordinaires. Et.d’abord, celle qui, prétant à FouRMoNT des connoissances que rien n'indique qu'il ait eues, des rapprochemens auxquels rien ne prouve

He qu'il ait songé, et lui refusant en même temps les notions les plus vulgaires sur la langue et l’histoire des Grecs, fait de cet académicien un être tout particulier, alternativement très-ignorant et très-savant , selon qu’on a besoin qu'il soit lun ou l'autre; un homme qui n'auroit pas su décliner des noms, comme le dit M. KniGur (2), et qui auroit su forger de longues inscriptions dans un dialecte difficile; un homme assez étranger avec la paléographie grecque pour confondre un jota avec un sigma (3), et qui auroit employé ou même deviné les formes les plus rares

(1) Antig. Jud. Nb. ΧΙ, cap. $, et | d’après les interprétations le plus souvent Hb.'x111, c. 9. Au reste, jéremarque que | ridicules et puériles de FOURMONT luicette idée a été suggérée à M. KNIGHT | même, et non d’après Le texte des monupar l’abbé BARTHÉLEMY, qui fait, sur | mens, qui seuls devoient être consultés, le mot AMOKEA..., l'observation sui- | qu’ont été conçus la plupart dessoupçons vante (pag. 400) : « L’epsilon qui est | dont ils sont devenus lobjet, Je rappor- » entre le cappa et le lambda, répond au | terai plus bas de nouvelles preuves de » schéva des Hébreux, et les premiers | ces injustes préventions, dont il semble » Doriens lajoutoient volontiers pour | que M. KNIGHT eût dû se garantir plus » éviter [a rencontre de deux consonnes que personne, » dans la même syllabe, » C’est donc (2) Analys. of greek alphab, pag. 117.

d’après ces suppositions, bonnes où mau- (3) bidem , pag. 114. vaises, des interprètes de FOURMONT, et |

PREMIÈRE LETTRE. ; et les plus antiques de toutes les lettres de l'alphabet grec ; un homme, en un mot, si plein de contradictions, qu'il seroit plus étrange à lui tout seul que tous ses monumens ensemble ; et c’est cependant à l'existence d’un pareïl personnage qu’il faut ajouter foi, si ces monumens sont tels que l’assure M. ΚΝΙΘΗΤ; et M. Knicar, si difficile sur l'article de la vraisemblance quand il s’agit des inscriptions de FOURMONT, ne paroît pas soupçonner qu'il y ait la moindre invraisemblance dans l’idée qu’il nous donne de leur auteur. Mais, sérieusement, MxLorp, peut-on révoquer en doute certaines formes d’un dialecte dont nous ne possédons aucun autre monument? et quelle est donc cette présomption de rejeter tout monument des siècles les plus reculés , qui n’est pas exactement conforme à l’état actuel de nos connoissances ? D'ailleurs , if n’est pas vrai, comme le suppose M. KniGxT, que ces formes ellesmêmes soient absolument sans exemple, et qu’il faille recourir, pour les expliquer, à la ponctuation des modernes Hébraïsans. Les fragmens qui nous restent de la diction propre aux Spartiates, nous offrent cette interposition d’une voyelle entre deux consonnes, dans le mot παρᾳκαλαθειρ, pour πωροκχληθείς, du décret contre le musicien TIMOTHÉE (1); et ‘Hnoyaeæmp, pour ‘Hwoχάρτης, est le titre d’un officier lacédémonien, nommé dans HesycHius (2). La langue des Romains, formée, comme chacun sait, à la même source que celle des Spartiates, c’est-à-dire, dans un dialecte de léolien primitif (3), pourroit justifier encore mieux cette pratique, dont les plus anciens monumens latins offrent de fréquens exemples : ainsi lon trouve casteris pour castris dans Vinscription duilienne (4); auceta, sinisterum, arbiterio,

(1) Apud BOËTH. de Music, lib. 1, (3) Dionys. HAL. Antig. Roman.1, c. 1, edit. Glarean. 90; ÂTHEN. Deipnosoph, lib. x, c. 6. (2) HESYCH. νος, Ἡνιοχαραίτηρ. La (4) Znscript. Duilian. à CrAccoN.

correction que REISKE propose en cet | edir., in Antig. rom. GRÆV. tom. IV, endroit, est au moins inutile. pag. 48r1.

uragum, pour aucta, sinistrum, arbitrio, orcum, dans FESTUS (1), et cereo pour creo, dans VARRON (2). Les grammairiens ont recueilli une-foule de mots formés d’après le même principe (3), qui montrent combien l'usage en étoit commun chez les Romains, et qui, à cause de l’analogie dont nous avons parlé plus haut, peuvent servir à prouver que de semblables. formes n’étoient point étrangères aux Grecs, εἴ, en particulier, aux Spartiates, sur les monumens desquels nous les trouvons si fréquemment reproduites. Voilà qüi explique mieux, je pense, que les hébraïsmes des critiques massorètes , origine de certains mots de la chronique d'Amycles ; et M. KNIGHT, auquel je ne saurois croire que ces témoignages fussent inconnus, me permettra de douter de sa sincérité, quand il propose une explication si étrangère aux monumens qu'il critique.

Une objection plus spécieuse de M. KNIGHT est qu'on trouve, sur cette inscription des prétresses d’Amycles, des génitifs, tels que KAAIKEPATO, pour KæMNuxpamus, &c., qui sont contraires aux principes de déclinaison de ces sortes de noms (4). IH explique encore cette singularité au moyen d’une bévue de FouRMoNT (car que n'explique-t-il pas par cette méthode!), lequel auroit confondu les deux classes de noms terminés en χριτῆς et en xparns , et auroit étendu à ces derniers le génitif en ou, qui n'appartient qu'aux premiers : d'où il résulteroit effectivement que FOURMONT auroit écrit Ka uxparou comme on écrit ὑποχριτοῦ. Cette supposition de M. KNIGHT, tout arbitraire qu’elle peut paroître , est fondée, jusqu’à un certain point, sur ce que la même méprise a été commise par D'HANCARVILLE (5), qui prend le

(1) FESTUS, his vocibus, Z1, Sage. di ling, etrusca, τ. ἵ, 0. 120-121.

(2) VARRON. Line, larin, lib. 11, c. 4. (4) Analys. ofgreek alphab, pag. 117.

(9) Vid. LAUREMBERG. in Antiquar.; (5) Recherches &7c, tom. 11, pag. 212- FONTANIN. Antig, Ποτέ, p. 170; LAN- | 213, not.

génitif

génitif ΒΕΡΜΟΚΡΑ͂ΤΟΣ de l'inscription de Sigée pour un équivalent de HEPMOKPATOT, et va même jusqu'à poser en principe que, vers la x1iv1.* olympiade , à laquelle on attribue le marbre de Sigée, on.se servoit ivdifféremment des terminaisons © ou ΟΣ pour former le génitif. C'est assurément une des plus graves erreurs dans lesquelles il fût possible de tomber, et M. KNIGHT 8 très-bien fait de la relever. Maïs par quelle injustice faut-il que les marbres de FOURMONT soient responsables des fautes de leurs interprètes? et pourquoi ne les juge-t-on jamais que d’après les méprises qu'ils ont pu suggérer ou à FOURMONT , ou à D'HANCARVILLE , ou à l'abbé BARTHÉLEMY lui-même? M. KNIGHT avoue que lerreur est si grossière, que, s'il ne l'eût point trouvée répétée dans les autres inscriptions, et /lustrée par MM. BARTHÉLEMY et D'HANCARVYILLE, il l'auroit prise pour une faute. de copiste ; mais que les mots ETPIKPATEO, AAKAMENEO et KAFOMENEO, écrits, d'après le même principe, pour ExPTKPATEOZ, AAKAMENEOZ et ΚΛΕΟΜΕΝΈΩΣ, ne permettent pas cette supposition. C'est cependant la répétition de la même faute, ou du moins de ce qu’il plait au critique de qualifier ainsi, qui devoit le prémunir fui-même contre de semblables méprises. Ce n'est plus seulement les deux classes de noms terminés en χριτῆς et XpaThs que FouRMoNT auroit confondues, mais encore cette autre famille si nombreuse de noms terminés en eyns, dont le génitif est en εος, éwc, ouc , famille à laquelle appartiennent les. deux derniers mots AAKAMENEO et KAEOMENEQ, En multipliant ainsi les erreurs de FOURMONT, comment M. Knicur ne s'est-il pas aperçu que sa supposition devenoit de plus en plus invraisemblable? comment n'a-t-il pas réfléchi qu'un homme assez ignorant des premiers élémens de la langue grecque pour ne pas connoître le génitif AAKAMENEOZ du nom ΑΛΚΑΜΈΝΗΣ, m'auroit pu forger l'inscription même où

se trouvent de pareils mots ; ou bien, que sil avoit eu les

connoiïssances nécessaires pour [8 fabriquer, il n'auroit pas eu limprudence d'y laisser subsister des irrégularités capables de faire naître des doutes sur l'authenticité de ce monument, et de trahir son imposture? Puis donc que FOURMONT a transcrit ainsi des noms dont il ne pouvoit ignorer la forme habituelle et régulière, il faut que cette particularité ait une autre cause que celle qu'a supposée M. Κνισητ; et comme les exemples en sont assez fréquens pour qu’on ne puisse attribuer à une faute de graveur, que FOURMONT, avec une fidélité trop scrupuleuse, auroit conservée dans sa copie, pourquoi ne l'expliqueroit-on pas par un usage propre au dialecte des Lacédémoniens, dont nous sommes si loin de connoïtre tous les idiotismes? On sait, d’ailleurs, que les anciens Grecs retranchoient, en certains cas, des voyelles et même des consonnes, et sur-tout dans des monumens où lon ne pouvoit trop économiser les caractères, si Jose m'exprimer ainsi. Par exemple, on supprimoit constamment l’upsilon dans les génitifs en or, comme il en existe tant de preuves, notamment sur l'inscription de Sigée , TO ΠΡΟΚΟΝΝΗΣΙΟ, pour ΤΟΥ HPOKONNH3IOT ; dans le corps même des mots, comme BOAH pour BOTAH du marbre de CHolrsEUtz; dans les génitifs en os, comme HEPMOKPATOS au lieu de HEPMOKPATOY>z, de da même inscription de Sigée; et aussi dans les génitifs éoliens en 40 , que les Doriens -écrivoient simplement par À. Et à cette occasion, je me permettrai de relever une faute que M. KNIGHT prête bien gratuitement à FourMont. ἢ lui reproche d’avoir donné à-lafois [6 génitif SEKENAO, conformément à l’ancien éolien , et les génitifs xexkra4 (il devoit lire sExoA4 ) et sExENOMA , suivant Ie dorien postérieur au temps d'HomÈrE. Mais xEKxoA4, dans linscription de FourMoNT, n’est point au génitif; il est au nominatif, pour 3KkxAA4A, comme l'exige indubitablement la cons-

truction de la phrase : ce premier exemple ne prouve doncq ue

PREMIÈRE LETTRE. 41 l'inattention avec laquelle M. ΚΝΙΘΗΤ a lu des monumens qu'il condamne si sévèrement. Quant au génitif 3EKENOMA, qu'importe qu'il soit d'une forme inconnue ou crue postérieure au temps d'HoMÈRE? Oseroit-on prétendre que les vers de ce poète, à travers toutes les altérations qu’ils ont subies depuis l'édition de PisiSTRATE jusqu’à celle de M. Wozr, nous aient conservé toutes les formes particulières à tous les idiomes de la Grèce, et spécialement à celui de Lacédémone! Le génitif éolien en 40 n’étoit point ignoré de FOURMONT, puisqu'on lit sur son inscription (1161. 12), SEKENAO, au génitif; et, de ce qu’on lit 3EKENOMA, AMTKA4, sur là même inscription ({lign. 15, pl. 11, et lign. 7, pl. 1) , il n’en faut conclure rien autre chose sinon qu’il copioïit exactement ce qu'il voyoit, même au risque de donner des leçons contradictoires ; ce qu'un faussaire eût sans doute soigneusement évité.

Mais revenons à la forme du génitif KAAIKPATO, Qui à paru inexplicable à M. KniGxrT. I n’y manque, pour le rendre correct, ou du moins conforme à l'usage suivi sur les plus anciens monumens, que le > final; car il faudroit qu’il füt écrit ΚΑΛΙΚΡΑ͂ΤΟΣ, comme HEPMOKPATOS du arbre de Sigée. Maïs la suppression du sigma , à la même place, n'avoit-elle pas lieu dans quelques mots du dialecte dorien, comme ἹΠΠΟΤᾺ, pour ἹΠΠΟΤΑ͂Σ ou ᾿ππὸ- ΤῊΣ (1)! et ce qui se pratiquoit pour le nominatif dans le cas que je viens d'indiquer, ne peut-on supposer qu'on lait fait aussi pour le génitif (2), sur-tout sur des monumens où, je le répète,

(1) Homer. Jliad. lib. 11, v. 336,

et passim, Ce même exemple est cité, à

tage entièrement son opinion. Voyez sa Dissertation, qui offre encore quelques

Fappui d’une suppression semblable, par un critique anglais, qui a proposé, dans le Classical Journal (tom. 1, pag. 04- 100), une ingénieuse et nouvelle explication de linscription de Délos, Ce critique pense qu’on doit lire, ὁ αὐτὸ x1%, pour ο «vds Ms, et j'avoue que je par-

autres exemples que j’ignorois, ou que j'ai cru devoir omettre pour ne point trop alonger cette note.

(2) Voici un exemple directèment ap= plicable au cas dont il s’agit ici, EcxHeL décrit (Doctrin, num, tom. 1, pag. 247) et le cabinet du Roi posséde.une médaille

l'économie des caractères étoit commandée par tant de motifs ? C’est ainsi que l'on retranchoit généralement les lettres doubles, comme le même mot KAAIKPATO, POUr KAAAIKPATOZ, NOUS EN offre un exemple; comme on le voit encore sur l'inscription d'Hyllus (1); sur une belle médaille inédite du cabinet du Roï, dont le carré creux, la légende écrite à rebours 44an, pour ΠΕΡΡΑ͂Ι, initiales du nom des Perrhæbes , attestent la haute antiquité; et cet usage se retrouve sur les plus anciens monumens romains et étrusques (2).On supprimoit encore les lettres finales dans beaucoup de mots, ainsi que j'en αἱ déjà rapporté des exemples; et je puis y en ajouter de nouveaux, On trouve PEGINO et MEYYANO, noms de peuples, au nominatif, sur les plus anciennes monnoies de Rhegium et de Messine (3). L'antique inscription d'Élée, qu'a publiée et savamment expliquée M. Knicar lui-même (4), offre de semblables suppressions, et notamment le mot τελέσα,, au nominatif, pour mAeçnc. Le même monument est plein de ces apocopes introduites sans , doute par le motif que je viens d'indiquer, par de besoin d'économiser les caractères : ainsi lon y trouve ΚΑΛΑΛΟΙΣ,, pour αν. ἀλλήλοις, et TPAMENOI pour γέεγραμμενῷ. Le nu final

(4) Classical Journal, n.° ΧΧΤΙ, p.348, etn.°XXV, pag. 113-110. J'aurai encore

de Syracuses avec le nom EYMENOY au génitif, pour ΕΥ̓ΜΈΝΟΥΣ ( voyez MioNNET, Description 7c,, tom. ἵν, occasion de citer cemonument,et de m’au-

pag. 303, ἢ. 815). Le savant voyageur | toriser des explications de M. KNIGHT

anglais, CLARKE, ἃ remarqué, sur une inscription en dialecte dorique, une variation semblable au même cas (voyez Travels ê7e,, part. 11, sect. 2,p. 531).

(1) Apud LANZ1, Saggio, t. 1, p. 103.

(2) Vid. WiNCKkELMAN, Recueil de lettres, tom, III, p. 204; MAZZzOocCHI, Tabul. Heracl, pag. 552; LANZL, Sagg.

c'i ling. etrusca , tom.:1, pag. 91.

(3) ECkHEL, Doctrin. num. tom. ἢν pag. 180-101.

lui-même, pour réfuter ses précédentes assertions. Je me flatte que mon savant adversaire ne me saura point mauvais gré d'employer ce genre de preuves; et j'aime à croire que Les monumens nouveaux qu'il a été à même de connoître et d'expliquer depuis la publication de sa critique de FOURMONT, ont déjà pu le porter à modifier l'opinion sévère qu’il avoit conçue des inscriptions de celui-ci.

est omis sur cette célèbre et antique inscription de Veletri, s

ms M

souvent citée par M. KNicur (1), dans le mot Trx4, pour TTxAN (2); et la méme inscription nous offre encore un second

exemple de la suppression de la même lettre dans le corps du

mot >AOTIS, pour ΣΑΟΝΤΙΣ, suivant l’ingénieuse interprétation

du P. Lanzr. Le retranchement du #4 final se rencontre presque

à chaque mot des célèbres tables eugubiennes , et généralement dans

tous les monumens étrusques, dont l’origine grecque n'est plus

aujourd’hui contestée par personne (3); et la même lettre est le

plus souvent omise sur [65 inscriptions latines des premiers âges,

ainsi que l'attestent les grammairiens (4) et que le confirment

les monumens. Ainsi on lit dans l'inscription funéraire de L. Scr-

rio BarsarTus, les mots suivans, Zaurasia, Cisauna , Sammio ;

omue, pour Taurasiam, Cisauniam, Samnium, omneM;.et dans

l'inscription du fils de ce ScipioN, on trouve de même , Duonoro,

optumo., Corsica , aide, pour Bonorum, optimum, Corsicam,

(1) Analys, of greek alphab. pag. 4 et ailleurs.

(2) L'abBéBARTHÉLEMY, qui, le premier, publia cette inscription, en interprétoit les trois premiers mots, Θεὸς Tuyæ Σαοτις, par ceux-ci: Dea Fortuna Servatrix. Le P. LANZI, en adoptant Pinterprétation des deux premiers, propose, pour le troisième, une explication qui me semble beaucoup meilleure ; il veut que ce soit le nom de la ville qui accorde l’hospitalité contenue dans ce décret, et, en conséquence, il lit Eaoyze, pour Σώντις, nom d’un peuple de Lucanie mentionné par PLINE, lib. 11, cap. 5 (voy. Sage, di ling. etruse, το 1, p. 109).

Mais l’un et l’autre de ces savans se sont trompés, en interprétant Θεὸς Tuyæ par Dea Fortuna, Je n'hésite pas à lire, Θεὸς nya, formule qui semble avoir été géné-

ralement adoptée pour les décrets de ce genre, ainsiqu'on en trouve des exemples dans le décret béotien de Proxénie, publié par M. le colonel LEAKE ( Classic, Journal, tom. XI, pag. 332); dans un autre décret des Delphiens, relatif au même objet, et publié par MURATORI ( Thesaur. tom. 11, pag. 556); enfin dansuneinscription de POCOCKE (/nscer, pag. 50, n.° 13), que j'ai moi-même expliquée et restituée en partie, dans un mémoire lu récemment à | Académie des Belles-Lettres,

(3) C’est l'opinion qui résulte du savant ouvrage de Pabbé LANZI, que je cite si souvent et qui mérite tant de confiance.

(4) PRISCIAN. pag. 551, ed: Putsch.

Add, Τῦρι ; lettr: 15; LANZI, Saggio, tom, 1, pag. 119.

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