‹ Deux lettres à Mylord Comte d'Aberdeen sur l'authenticité des inscriptions de FourmontChapitre 6 sur 10 · OO VC · texte numérisé non relu

OO VC

τά PREMIÈRE LETTRE.

ædem (1). Pour citer des exemples plus analogues à celui qu'il s'agit de justifier ici, ls final étoit aussi généralement supprimé sur les monumens latins, comme le témoignent les mêmes grammairiens (2), dont l'assertion est pareillement autorisée par tous les monumens ; je me contenterai de renvoyer à ces énscriptions des Scipions, dont j'ai cité plus haut quelques mots, et où on lit CorNezro pour Cornelius (3), et FACTA PATRI, pour facta patris (4). Le P. PaccrauDi a publié ($) une inscription gravée en très-vieux caractères, et ainsi conçue , C. Pomponro. Virio. POS. , que ce savant interprétoit par €. Pomponio Virio consule ; mais l'interprétation qu'en a donnée le P. Lanzr (6), plus conforme au monument original, est aussi mieux d'accord avec l'usage du temps auquel ce monument appartient, et Pon doit lire, C. Pomponius Virius posuit, qui nous offre une nouvelle preuve de la suppression de Ps à la fin des mots. Enfin cet usage étoit tellement établi, que nous en retrouvons encore une foule d'exemples dans les fragmens qui nous restent des vieux poètes latins, tels qu'Ennius, Nævius, PLAUTE, &c.; et il n’est personne un peu familier avec cette littérature, à qui sa mémoire ne rappelle un assez grand nombre de ces exemples, pour que je sois dispensé d'en citer ici aucun. J'ose croire que M. ΚΝΙΘΗΤΥ, qui va chercher dans les écrits des Massorètes explication de certaines formes inusitées des inscriptions de FourmMonT, me pardonnera d’avoir tâché de justifier. celle-ci par des exemples empruntés aux langues latine et étrusque, dont les monumens éclaircissent presque toujours si heureusement les formes de l’ancien grec, à cause de la conformité

primitive et de la source commune de tous ces idiomes (7).

5) Monument, Peloponn. t 1, p. 53.

6) Ibid. tom. I, pag. 160.

Apud L'ANZI, ibid, tom. 1,p. 153. (7) Une médaille de Métaponte (ap. Apud LANZI, , ἰδία, το], p.156. EckHez, Doctrin, num, tom. 1, p.156)

PREMIÈRE LETTRE. s5

M. Knicur reproche ensuite à FourmMonT d’avoir trahi son ignorance, en terminant en 4 les mots précédemment écrits par EE, pour marquer le passage de la domination éolienne à celle des Doriens, lors du retour des Héraclides; et cette ignorance consiste, selon le critique, en ce que lemploi du double epsilon au lieu de léta est tout-à-fait dépourvu d'autorité, et se trouve même expressément contredit par un passage de PLATON. Α cela je réponds que cette intention supposée , de marquer par un changement de dialecte un changement de domination, ne paroît nul: lement prouvée à quiconque examine avec attention l’ensemble de ce monument. Les dialectes éolien et dorien s'y reproduisent mêlés l’un avec l’autre, souvent dans le même mot, ainsi que l'a observé l’auteur des Recherches (1); et ce mélange, qu'eût certainement évité FourMonNT, s’il eût eu, en forgeant cette inscription, l'intention qu'on lui prête, devient ici une preuve d'authenticité, puisqu'à une époque où le dorien et léolien n’étoient point encore fixés, les formes appropriées depuis à lun et à l’autre devoient perpétuellement se confondre sur les monumens d’un peuple composé du mélange des races dorienne et éolienne. Cela même nous explique comment des formes telles que SEKENAO et ZEKENOMA ont pu se trouver à-la-fois sur les monumens de ἴα Laconie, à une époque antérieure à {a distinction de ces deux dialectes. Objectera-t-on que le dorien n’existoit point au temps d'HoMÈRE, puisqu'il ne paroît point que ce poète lait employé? Mais, en admettant que le texte d'HOMÈRE nous soit parvénu dans toute son intégrité originelle, l'absence du dorien dans ses

poèmes prouveroit seulement que ce dialecte n’avoit point encore

offre METABO écrit pour METABOS, pag. 128, et les exemples cités, not. 3, ou METABON. Voyez les observations | pag. 52, de ces /ettres,

que fait, au sujet de la suppression de a (η) D'HANCARVILLE, τ. Il, p. 253dernière lettre, ce savaut antiquaire, | 255, not.

pénétré de son temps dans les colonies de l'Asie mineure, où ce poète passa ses jours et composa ses ouvrages. L'époque où le dorien dut se répandre dans fa Grèce, est celle du retour des Héraclides, dont je crois fortement qu'HOMÈRE vécut très-rapproché: c’est du moins lopinion qu'a soutenue un savant historien anglais, M. Mirrorp (1), aux argumens duquel je pourrois ajouter de nouvelles raisons ; et il ne seroit point étonnant, d'après ce système, qu'HomÈRE, à peine témoin de ἴα révolution opérée par les Héraclides, n’eût point enrichi ses poèmes de quelques formes doriennes qui n’avoient point frappé ses oreilles. Maïs le dorien existoit certainement avant l'époque à laquelle nous savons qu'il devint dominant dans le Péloponnése. Des historiens cités par JamBLiQuE (2) assurent que c'étoit en ce dialecte que l'ancien ORPHÉE avoit écrit ses poèmes; seulement, il étoit resté concentré dans les régions montagneuses de la Thessalie et de la Phocide, qu'habitèrent long - temps les tribus doriennes, et d’où vinrent les peuplades qui, à diverses reprises, sous les ordres des deux fils d'Achæus (3) et sous la conduite de Pélops (4), formèrent des établissemens en Laconie. Comment, d’après l'accord si frappant de tous les faits historiques que je viens d'indiquer, avec le style des monumens mêmes recueillis par FOURMONT, s'étonner encore du mélange qu'on y remarque des deux dialectes, dont l'origine étoit la même, et dont l'usage resta long-temps commun au peuple qui fit graver ces monumens ?

Quant à l'assertion du critique, que l'emploi du double E, en place de la, manque tout-à-fait d'autorité, et est même contredit par un passage de PLATON, j'ai bien peur que ce ne soit

(1) Mirrorp, History of Greece, (3) PAUSAN. lib. vIr, c. 1.

tom. Ï, pag. 249-257. (4) STRABON. Geograph. lib. 111; (2) JAMmBzic. De Vi. Pythagor. | pag. 365.

cap. XXXIV.

Tee TE π΄ τ ἊΣ

PREMIÈRE LÉTTRE. 57 là encore une assertion hasardée , comme la plupart de celles que j'ai examinées jusqu'ici. PLATON ne dit nullement ce que lui prête M. KNIGHT : où γὰρ H ἔχρώ μεϑον, ἀλλὼ E τὸ παλαιόν (1), dit-il dans son Cratyle; ce qui signifie seulement que, dans les anciens temps, on se servoit de l'epsilon au lieu de l'éta; et PLUTARQUE confirme cette observation (2). Mais pourquoi, en des temps plus anciens encore, où même chez un peuple autre que le peuple athénien dont parle PLATON, dans un dialecte essentiellement différent de celui de lAttique, n’eût-on pas employé le double epsilon pour exprimer le son de [δα (3), de même que le double omicron à la place de l'oméga ! A la vérité, ces deux exemples, qui, dans tout autre cas, auroient paru se confirmer l'un l'autre, sont ici également suspects aux yeux de M. KNIGHT, qui les rejette tous deux comme inusités, et conséquemment, selon lui, comme contraires à l’analogie. H faut donc lui montrer que ses doutes-ne sont pas fondés. L'usage des doubles lettres pour exprimer, le son des voyelles longues ne fut pas tout-à-fait inconnu aux Grecs; nous en avons une preuve dans les médailles d'Aspende (4), qui offrent très-distinctement le double jota employé à cette intention. Une preuve plus décisive encore se tire d’une médaille jusqu’à présent unique, et qui fait partie du cabinet de M. Gos-

(1) PLATO , in Cratyl, tom. IT, p. 317, | certes, un démenti bien formel donné à

edit. Bipontin.

(2) PLUTARCH. de ἘΠ apud Delphos, tom. II, 229, edit: Hutten.

(3) H faut que M. KNIGHT ait lu ce traitéavec bien peu d’attention, puisque, quelques pages plus haut que l'endroit qu’il cite, PLATON dit qu’anciennement, au lieu de l’êta, on se servoit de deux epsilon : Οὐ γαὶρ νόησις mapyalor ὁκαλεέῖπο, an ἀντὶ H, EE ἔσει λέγειν δύο (τ. I, ὕταιγὶ. pag. 287, edit. Bipont.). Voilà,

Passertion de M. KNIGHT, et je pourrois me dispenser d’une plus longue réfutation. Néanmoins, je laisse subsister mon raisonnement, tel que je lavois rédigé avant que de connoître ce passage décisif de PLATON.

(4) Plusieurs de ces médailles ont été publiées dans le recueil d'HUNTER (Numuin, veter. descript. pag. 46-47); j'en ai fait graver une des mieux conservées (voy. pl.1,n.° 6).

sta

ES

SELLIN ; elle appartient à la ville de Posidonia , et elle offre, au revers, les lettres Muni, commencement du nom de Phistulis(x), sous lequel cette ville fut aussi connue : la répétition de Fiota sur un monument d’une fabrique et par conséquent d’une époque si anciennes tient certainement à une manière systématique d'écrire, et indique le moyen dont on se servit, au moins chez quelques peuples de la Grèce, pour exprimer aux yeux la valeur des voyelles longues de leur nature. Cette méthode paroît sur-tout avoir été particulière aux peuples d’origine dorienne, et la Sicile seule nous en fournit deux exemples remarquables. On trouve AIATBAIITAN écrit avec deux iota, sur les médailles de Lilybee, dont plusieurs sont conservées dans le cabinet du Roi (2); et Le prince DE TorremuzzaA décrit (3) une médaille de Menæ avec Ia légende MENAINAN, écrite d’après le même principe. Au défaut des monumens grecs, qui pouvoient, ae rigueur, ne pas nous montrer cette particularité, sans qu'elle en fût pour cela moins réelle, le témoignage des grammairiens et des monumens latins auroit dû rendre M. KNIGHT moins tranchant dans son assertion; car c’est un point assez généralement reconnu, que les monumens de l’ancienne langue des Romains peuvent servir à éclaircir ou à suppléer ce qui est obscur ou incomplet dans ceux de la Grèce. Or le grammairien ScAURUS remarque (4) que l’usage constant dés anciens Latins étoit de doubler les voyelles de quantité longue ; et les médailles et les monumens publiés par le savant Mazzoc-

(r) M. GossELLIN en a donné luimême l'explication dans une note insérée à la suite de mon ouvrage sur les Colonies grecques (νου. tom. IV, pag. 417).

Cette médaille est sur-tout précieuse en ce qu’elle confirme l'identité de la ville désignée par les noms divers de Phistulis et de Posidonia, identité qui avoit été plutôt soupçonnée que prouvée. Du reste,

la forme des caractères et le genre de la fabrique lui assignent une assez haute antiquité. Je lai fait graver, pl.1, n.° 7.

(2) Voyez MIONNET, Description , tom. 1, p.250.

(3) ToRREMUZzZA, Sicil, veter. num.

tab. XLIX, n.9.

(4) ScAURUS, pag. 2255, ed. Putsch,

PREMIÈRE LETTRE. 50 cHi (1), et sur lesquels on lit 7 #414 pour VALA, FEELIX pour FELIX, et IVVS pour IS, confirment pleinement cette observation (2). Le P. ZAcCHARIA, trouvant sur une inscription antique, LIIBERTIIS CUM SUIIS, écrit avec le double 7 pour exprimer lz long, a fait de cet exemple une règle de paléographie (3); et, par une extension de [a même règle, le P. LANZI a remarqué (4) que le double 1 se trouvoit quelquefois mis en place de l'E dans des inscriptions funéraires expliquées par ΒΑΤΡΙΝΙ (5) et par Lupr (6). IL me semble que ce petit nombre de faits, dont quelques-uns appartiennent à [a langue grecque, peuvent servir à justifier For: thographe suivie sur le monument d’Amycles; et, dans tous les cas, je pense qu'il est au moins téméraire de regarder comme faux et controuvé tout exemple d’une pratique nouvelle, d’après le seul motif qu'elle paroît nouvelle.

Fa chronique d'Amycles, étant, de tous les monumens publiés par FOURMONT, celui qui a le plus d'importance et d’étendue, est aussi celui contre lequel la critique a dirigé le plus d'efforts et réuni le plus d'argumens. M. KNIGHT s'étonne, car c’est toujours sous cètte forme de la surprise qu'il reproduit ses objections, s'étonne, disons-nous, qu'un monument aussi ancien que celui-là, qui fournissoit autant de secours à la chronologie pour certifier les dates des événemens les plus considérables de [a tradition poétique, soit demeuré inconnu à tous [65 voyageurs et savans antiquaires qui, dans les divers âges, essayèrent de rectifier Fancienne chronologie ; et cette ignorance fui semble plus incom-

préhensible encore, quand elle porte sur une inscription déposée

(1) Zn amphit, camp. titul, ad calcem. (5) Dissertat. Corton. tom. 11, p. 1$£ (2) Voy.ViSÇoNTI, Zconogr. romaine, | εἴ sqq. tom. Î, p. 41, note 1. (6) Epistol. S. Sever. pag. 87. Voy. (3) Zstituz. lapidar, pag. 316. les nombreux exemples que le docte (4) Saggio di ling, etrusca, tom. 1, | ECKHEL a cités plus récemment encore à pag. 164. l'appui de cette doctrine (τ. IV,p.46,47).

όο PREMIÈRE LETTRE.

dans un des temples les plus célèbres et au sein d'une des provinces Îles plus fréquentées de [8 Grèce. Mais comment M. Knicar ne voit-il pas que toutes ces difficultés pourroient être élevées, avec plus ou moins de raison et de succès , contre cette multitude de monumens de toute espèce qu'on enlève journellement des ruines de la Grèce? a-t-il oublié que ces monumens, exposés à tous les regards, sur les voies publiques, dans les temples des dieux, dans les palais des magistrats, n'ont cependant pas empêché les auteurs les plus graves de commettre, contre la chronologie, l’histoire, l'administration civile et religieuse, des fautes qu'une fégère inspection de ces monumens leur eût fait éviter ; et que c'est enfin avec le secours de ces inscriptions, jadis l’objet de tant d'indifférence , que nous sommes parvenus à rectifier une foule d'opinions anciennes, à suppléer et ἂν éclaircir plusieurs parties de lhistoire grecque, restées incomplètes et obscures pour les Grecs eux - mêmes! Faut:il d’autres preuves de la négligence avec laquelle 115 traitoient quelquefois leurs monumens, que cette découverte faite par le père d'ACUSILAS, dans son propre jardin, des tables de bronze, δέλτων χαλκῶν (1), contenant l'ordre et la succession chronologique des prêtresses d’Argos , et que l'oubli dans lequel elles retombèrent bientôt après, puisque nous ne les trouvons plus mentionnées nulle part après HELLANICUS DE LesBos, qui en fit la base de sa chronologie! A Rome, n’apprenons-nous pas de Pozyse lui-même (2), qu'il découvrit et montra aux Romains étonnés un important traité de paix conclu par leur république avec les Carthaginois, peu de temps après l’expulsion des rois? et, chose vraiment prodigieuse, trois mille monumens également authentiques, de tout âge et de toute nature, sénatus-consultes,

(1) SuipAS, voc. ᾿Ακουσίλαος. (2) Pozys. lib. 111, pag. 179, edit. Casaubon. in-folio, 1609.

plébiscites, &c., ne furent-ils pas trouvés, au Capitole même, couverts de la poussière des siècles, sous [6 règne de Vespasien, qui les fit recueillir, et au temps de SUÉTONE, qui nous l'atteste (1)? Que prouveroit donc contre l'authenticité de la chronique d'Amycles le silence des auteurs grecs, qui avoient tant d’autres monumens à consulter, et qui y firent généralement si peu d'attention? Est-il vrai, d’ailleurs, que le temple et la province où étoit conservée cette inscription, fussent, comme le dit M. KNiGuT , au nombre des plus fréquentés de la Grèce? ne sembleroit-il pas, d’après une pareille assertion, que le temple d’Amycles fût , comme le sanctuaire de Delphes ou l'académie d'Athènes, accessible à tous les curieux de la Grèce! et le critique, qui suppose, sans preuve, que l'institution de Lycurgue changea la langue de Sparte, voudroiït-il aussi, contre la foi de tous les documens historiques, soutenir que cette institution changea encore le génie des Spartiates, et abolit 18 xérélasie! Enfin possédons-nous tous les écrits des Grecs? et s’ensuit-il nécessairement de ce que cette chronique n’est mentionnée dans aucun de ceux qui nous restent, qu'elle ait été inconnue à tous les voyageurs, les antiquaires et les écrivains?

L’objection que M. Knicur tire du silence des auteurs, relativement à la chronique d'Amycles, déjà si foible par elle-même, devient d’ailleurs bien facile à réfuter par l'exemple de la chronique de Paros, dont on ne trouve également aucune mention dans les écrits de l’antiquité,.et qui n’en est pas pour cela moins authentique. Aussi le critique a-t-il cherché à prévenir l'argument qu'on peut tirer de cet exemple, en supposant que /a chronique de Paros ne contenoit que les opinions particulières d'un obscur chronologiste ; et il conclut de 1à qu'il n'est pas surprenant qu'aucun auteur ancien n'ait daigné citer ce monument. Voilà donc M. Knicut

(1) SUETON. in Vespasian, c. VIII.

conduit, par le desir d’inculper la chronique d'Amycles, à la nécessité d’ébranler la foi due aux marbres de Paros; obligé de les représenter comme louvrage de quelque chétif écrivain; condamnant enfin, d’un seul trait de plume, le monument le plus étendu et le plus précieux que le temps ait laissé parvenir jusqu’à nous, On conviendra sans doute qu'une pareille méthode de critique est fort singulière, et je m'abstiens, par politesse, de la qualifier comme elle le mérite. Mais à qui M. KKIGaT persuadera-t-il qu'un aussi médiocre et probablement aussi pauvre écrivain que celui qu’il suppose avoir rédigé la chronique de Paros, ait pu faire graver ses opinions sur du marbre, et les ait jugées dignes de passer, sous une forme si incommode et si dispendieuse , à la dernière postérité ? Est-ce donc un simple particulier et un littérateur inconnu qui, pour se rendre compte à soi-même de ses propres idées et se composer un système de chronologie, va s'engager dans de semblables dépenses? ét n’estil pas un peu étrange que, pour trouver invraisemblable ce qui ne l'est pas, M. KniGxr se laisse entraîner lui-même à une si forte invraisemblance? D'HANCARVILLE s’est efforcé de montrer (1), et peut-être avec succès, que, telle qu’elle est, la chronique d'Amycles sert à fixer l’époque des premiers rois de Lacédémone conformément au calcul adopté par Pauteur de la chronique de Paros et au système des auteurs modernes qui ont travaillé sur ce dernier monument; et M. Knicur conclut de cette conformité, que la chronique d'Amycles a été fabriquée d’après les écrits de ces auteurs. Π| faut être doué de la foi robuste qu'a M. Knicar dans ses propres opinions, pour voir dans un pareïl accord de deux monumens dont l’un est certainement ancien et original, la preuve de la fausseté et de la supposition de l’autre. Mais tous ces raisonnemens du critique sont tellement dictés par la

(1) Recherches, t. II, p. 259 et suiv.

PREMIÈRE LETTRE. 63 prévention et dépourvus d'autorité, qu'il suffisoit de les exposer pour les détruire. Dans les objections qui suivent, l'auteur a voulu s'appuyer de données historiques, et, malheureusement, ses opinions n’en sont pas mieux fondées.

« Conformément au calcul établi par D'HANCARVILLE , dit » M. Kxkicur, Eurotas et Lacédæmon étoient contemporains de

Cadmus, auquel la tradition générale a attribué l'introduction

des lettres dans la Grèce. Si cette tradition est fondée, Eurotas » n'a pu se servir d’autresçaractères que de ceux des Phéniciens, » tels que nous les possédons.sur les anciennes monnoies de ce » peuple, et, de ses colonies d'Afrique, d'Espagne et de Sicile, » On sait que ces caractères étoient au nombre de seize, écrits » de droite à gauche; et les formes de la plupart, comparées à » celles des lettres grecques, offrent une extrême dissemblance, » Arrêtons-nous ici pour faire quelques observations.

Le synchronisme d’Eurotas et de Cadmus, établi par D'HAn- CARVILLE (1), suivant l'opinion de LxpiaT (2) et du chevalier MarsHam (3), ne repose sur aucun fondement solide, ou, du moins, sur aucun monument authentique. I est bien vrai que les deux derniers s’autorisent du marbre de Paros. Maïs comment M. KniGxT, dont la critique est généralement si exacte, n’a-t-il pas remarqué qu'ils ne pouvoient trouver ce synchronisme dans le monument en question, qu’en remplissant une lacune qui s'y rencontre, ligne 13, ΑΦ᾽ 09....... its ἐβασίλευσαν, de cette manière : ΑΦ᾽ οὗ ΕὙΥΡΩΤΑΣ ΚΑῚ AAKEAAIMON AAKONIXP 5 ἐξζασίλευσαν: et cela, sans aucun autre motif que celui-ci, qu’exprime naïvement MarsHAM (4) : Ne desiderentur in marmore nobilis-

: . 5 . . Lad rm 2 La simeæ gentis origines, legendum velim Tns Aaxcævixns ἐξασίλευ(αν, et de

(1) Recherches, tom. IF, pag. 333. (3) MARSHAM, Canon. chron, p. 124. (2) LYDIAT, Comment. ad Marm. (4) dem, ibid, Oxon, epoch. vit,

PREMIÈRE LETTRE, Eurota atque Lacedæmone regibus intelligendum ! Personne n'ignoré qu'une pareille restitution, quelqu'ingénieuse et même quelque probable qu'elle puisse être, ne sauroit avoir l'autorité d’un monument original ; et quoiqu’elle paroisse avoir entrainé aussi l’assentiment de M. LarcHer (1), elle n’en reste pas pour cela plus authentique. Un témoignage de PAusANIAs, qui nous a conservé la tradition ancienne, est plus propre, selon nous, à fixer la véritable époque d'Eurotas. Cet historien rapporte en deux endroits divers, et, chaque fois, au nom d’un peuple différent (2), l'opinion qui faisoit vivre Lélex, aïeul d'Eurotas, dans le même temps

que Triopas, roi d’Argos, et septième descendant d’Inachus. La

le

généalogie des Inachides étant la mieux connue, et, pour ainsi dire, le pivot autour duquel tourne toute la chronologie ancienne des Grecs, c'est donc à ce synchronisme que nous devons nous attacher; et nous pouvons d’après cela présumer, avec assez de certitude, qu'Eurotas, petit - fils de Lélex, florissoit vers le même temps que Sthénélus, petit-fils de Triopas, c'est-à-dire, en lan 1625 avant notre ère, ou près d'un siècle avant l'époque qui lui est assignée par M. LarcHer (3), et environ soixantequinze ans avant l'arrivée de Cadinus en Péotie. C'est-là, selon nous, la vraie époque d'Eurotas, ou du moins la seule qui repose sur un témoignage certain, sur un fondement réel ; par conséquent, le synchronisme prétendu de ce prince et de Cadmus, et l'induction qu’en tire M. KNIGaT, se trouvent également détruits.

Mais, en accordant même à M. ΚΝΙΘΗΤ que Cadmus et Eurotas aient été contemporains, s’ensuivroit-il de [à que le .dernier de ces princes ait dü faire usage des caractères qu'on prétend

avoir été introduits par l’autre dans le commerce des Grecs?

(1) LARCHER, Chronolog. d’Hérod. (3) LARCHER, ouvrage cité plus haut, Canon, pag. 570, 2.° édit, Canon , pag. 569-570. (2) PAUSAN. Lux, ὁ. 151 ΤΥ, c. 1.

Seroit-il

PREMIERE LETTRE. ός Seroïit-il vrai, en second lieu, que l'alphabet des monumens gravés sous Eurotas dût se trouver absolument conforme, pour le nombre et la figure des lettres, à celui que donnent les monnoies phéniciennes, dont les plus anciennes sont encore si récentes relativement à l'époque de Cadmus et d’Eurotäs ἢ M. KNIGHT tranche ainsi, sans méme essayer de la discuter, l'importante et épineuse question de l'origine de l'alphabet grec; question qui a produit tant de livres, et qu'un seul monument bien authentique, de l’âge et de la nature de ceux qu'a publiés FourmMonr, eût pu décider sans retour, si le scepticisme ne se fût emparé de ces monumens et n’en eût décrédité l'emploi. Je me garderai bien d’imiter ici une hardiesse que je blâme en M. KncxT: mais J'observerai que l'opinion qui attribue à Cadmus l'introduction du premier alphabet dans la Grèce, ἃ pour garant unique une conjecture exprimée par HÉRODOTE sous la forme du doute (1), et répétée par des écrivains postérieurs avec .le ton de l'assurance. J'ajouterai qu'une assertion précisément contraire ‘est faite par DIoDORE DE SICILE, qui dit que, plusieurs générations avant Câdmus, les Grecs avoient des caractères, et s'en étoient servis pour composer des monumens, mais qu’un déluge détruisit ces premiers essais d’une civilisation indigène (2); que cette tradition est confirmée par le témoignage d'HOMÈRE, auteur plus ancien et probablement mieux instruit encore qu'HÉRODOTE, qui donne aux Pélasges, où Grecs primitifs, lépithète de Δῖοι, divins (3), parce que, suivant EUSTATHE, ils avoient seuls, après une grande inondation,

conservé Îa connoissance des caractères de l'écriture (4): que q

(1) HERODOT. lib. v, cap. 58: Οἱ δὲ (2) Diop. Sicuz. lib. v, ς. 57 εἰ γᾷ, Φοίνικες... οἱ σὺν Καδικῳ ἀπικόμενοι... ἐσήγα- | et ποῖ. WESSELING. δά ἢ. L 29)... ἐς τοὺς “Ἕλληνας αὶ δὴ nai γράμματα, 8 (9) Homer. Jiad, lib. 11, v. 827. εὐγζᾳ @pir Ἕλλησι, ΩΣ EMOI ΔΟΚΕΈΙΝ. (4) EUSTATH. ad HoMeER. Loc. laud.

Vid, WESSELING. ad hunc locum.

cette tradition d’une écriture particulière aux Pélasges est encore mieux confirmée par existence d'inscriptions grecques antérieures au siècle de Cadmus , telles que celle que portoit probablement le tombeau de Corébus à /fégares, monument que PausANIAS, qui lavoit vu (1), estime le plus ancien qui existät dans la Grèce, comme étant de l'an 1678 avant notre ère (2); que le même PAusANIAS cite encore en d'autres endroits des monumens en anciens caractères ou lettres attiques (3), lettres également mentionnées par DÉMOSTHÈNE (4) et par Dionore (5); lettres dont s’étoit servi l'ancien LiNus pour composer ses ouvrages (6), et dont les formes étoient, de l'aveu de T'AciTE (7) et de Pine (8), presque semblables à celles qu'avoient de leur temps les lettres latines. Ce dernier témoignage est peut-être le plus propre à résoudre une question embarrassée de tant de contradictions : car PLINE pouvoit aisément comparer les anciens caractères grecs avec ceux qu'il employoit habituellement luimême ; il avoit sous les yeux une inscription apportée du sanctuaire de Delphes, et conservée à Rome dans la bibliothèque palatine (9); il fa rapporte téxtuellement, et il affirme que les

1} PAUSAN. lib. 1, cap. 43. comme elle l’étoit aux yeux de PLINE. P: 43 }

(2) LARCHER, Chronolog, d’Hérod.

Canon, pag. 569.

(3) PAUSANIAS, Hb. VI, cap. 10.

(4) DEMOSTH. apud SUIDAM, voce

Malheureusement, il ne nous en reste que des copies fautives, où la vraie forme des caractères ἃ disparu , et dont Îe texte même est altéré,. au point d'offrir des

(5) Diopor. ϑιοῦτ,. lib. 111, cap. 66.

(6) Idem, Hib. V, cap. 57.

(7) TAc1T. Annal. lib. ΧΙ, ς; 14.

(8) PLIN, Æistor. natur. Mb. VIT, cap. 57.

(9) Si cette inscription étoit parvenue jusqu’à nous, au moins dans une copie conforme au monumentoriginal, la question de la nature de. l'alphabet grec seroit sans doute décidée pour nous,

sens entièrement différens. J’avois espéré que les nombreux manuscrits de PLINE qui existent à la bibliothèque de Saint- Marc à Venise, pourroiïent nous procurer une copie plus fidèle : mais .des facsimile de tous ces manuscrits, levés par M. l'abbé MoRELLI et qui m'ont été communiqués, ne renferment que des leçons également barbares, et où la figure des lettres de l'inscription originale est également méconnoissable.

lettres dont elle se compose, éfoient , pour la figure, à peu près les mêmes que cellés de l'alphabet romain, Ce dernier nous étant connu, puisqué c’est celui dont nous nous servons nous-mêmes, il n'est donc pas possible de douter, à moins de donner à PLINE et ἃ T'ACITE un démenti formel, que les anciennes lettres attiques ou pélasgiques ne fussent semblables à celles de notre alphabet moderne. Mais qui oseroit contredire, d’après un simple doute exprimé par HÉRODOTE, une assertion claire, positive , énoncée par deux auteurs graves, à l'aspect des monumens mémes dont Pautorité est, en pareïl cas, irréfragable?

Ceux de ces monumens qui nous restent de l’âge Le plus voisin des temps où étoient encore employés les caractères pélasgiques, confirment d’ailleurs plèinement le témoignage de PLINE ét de Tacrre. Les lettres avec lesquelles sont écrites les deux célèbres inscriptions dés colonnes Farnèses, inscriptions gravées, comme lon sait, par l’ordre d'Hérodée Atticus, à limitation des anciens caractères attiques (1}, nous offrént presque toutes les formes actuellement usitées parmi nous ; savoir, 4, D, Ë, 1, H, K, ὃ, N, 71, κ, 83,1, Ὁ. Uné antique inscription détérrée à Ahènes, pendant le séjour qu'y fit M. Sruarr, présenté le D, FR, le v, sous la forme latine (2). La même formé du dé/ra grec paroît au revers en creux des monnoies de la ville de Cranium 6), sur un quinaire de Dancle ou Zancle, de la plus ancienne fabrique (4), et sur-tout dans [a célèbre inscription trouvée à Larisse, en Argolide, par M. GEL, et sur laquellé fe nom Aôpasos est ainsi écrit: ADPAMTOM (5). Le gamma des plus antiques mé-

(1) SALMAS. Comment, ad tab. Herod. | MoRTON, col. 1x, London, 17$0- Attic.; SCALIGER,Animadyers. ad Euseb, (3) Conf. HUNTER, Vunmor. yeter, x

päg- 110 et 544. tab. XXI, n. 14, 1$: ECKkHEL, Doctrin. (2) D'HANCARVILLE, Recherches, | num, tom. IL, pag. 271.

tom. I, pag. 374; vid. Tabul. litt, alph. (4) Dans fe cabinétde M. GosseL Lin. ED. BERNARDI, cum supplement, D. (5) GELL, Argolis, pl. vit, London Ξ

dailles de Gela, de Rhegium, d'Agrigente (1), est fait comme le ὁ des plus anciens monumens latins, et diffère peu, par conséquent, de la forme actuellement usitée, Le rlo, sur une ancienne médaille d'Agrigente, sur une de Syracuses (2), qui appartient également aux premiers temps du monnoyage, sur les deux plus anciennes médailles de Tarente du cabinet du Roï, qui offrent Ja légende raRa4, écrite à rebours (3), et sur les médailles à revers creux de Larisse et de Pharsale (4), offre exactement la figure d'un R. Le sigma paroït de même sous une forme moderne, 5, dans la seconde inscription de Sigée ; et cette même lettre 8 (ainsi que le τ, l1, lo) s'offre absolument figurée comme dans l'alphabet latin du temps de PLINE, sur cette antique inscription de Délos, copiée par le secrétaire de FouRMONT (5), que je n’aurois peut-être pas osé citer à l'appui de mes idées, si M. KuicxT, qui la publiée de nouveau (6), ne la regardoit, par une exception honorable, comme un monument authentique, et enfin sur les médailles des Messéniens de Zancle, de la haute antiquité desquelles les plus doctes antiquaires ne forment aucun doute (7). L'inscription athénienne si célèbre sous le nom de “marbre de NorNTez, laquelle a été expliquée, après Dom MoNTFAUCON, par le P. Consini (8), et que ce docte antiquaire considère

1810. Cette antique et curieuse inscrip- | ECRHEL, Doctrin, num. tom. Ι, 9. τάς.

tion présente plusieurs singularités paléo- (4) Voyez MIONNET , Description, graphiques du plus haut intérêt, et très- | planche XXXIV, ἢ. 130, 131.

propres à justifier quelques-unes des (5) Voy. GÉBELIN, Origine du lanformes de lettres suivies dans les inscrip- | gage, pag. 476; LANZI, Saggio, τ. É tions de FOURMONT. pag. 102; Nouvelle Diplomatique, τ. 1,

(1) Ces médailles appartiennent éga- | pag. 620.

Îementau cabinet de M. GOSSELLIN: j'ai (6) KNIGHT, Analys. of greck alph. fait graver celle de Rhegium; voy. pl. 1, | pag. 72, εἴ pl. 1, n.°3.

n° 2, (7) ECkHEL, Doctrin. num. tom. I,

(2) Ces médailles sont au cabinet du | pag, 221. Roi et dans d’autres collections. (8) Fast, Attic. dissertat. IV, pe 159:

(3) PELLERIN, 1V.f supplément, p. 25;

comme le plus ancien modèle de l'écriture attique, offre , dans la plupart des lettres qui la composent , la plus grande analogie avec les caractères correspondans de l'alphabet romain ; et cette conformité a été également remarquée par le savant P. Lanzi(r). Le Zambda paroît figuré, à très-peu de chose près, comme le 1 latin, et non sous la forme qu’on lui connoît dans les monumens grecs d’un âge plus récent, sur une inscription athénienne, antérieure à l’archontat d'Euclide, laquelle faisoit partie de la collection de M. DE CHoisEUL, et est maintenant en notre possession ; sur une inscription d'Athènes, de lan 432 avant Jésus Christ, qui se trouve dans la collection du Musée britannique, et a fourni le sujet d’une dissertation à feu M. Visconri (2). La même lettre reparoïît sous la même forme dans les médaïlles de Zancle, dont l'antiquité n’est point douteuse, et sur une médaïlle samnite, du cabinet du Roi, frappée au temps de Ia guerre sociale, avec l'effigie des Dioscures au revers, et l'inscription ITALIA en anciens caractères grecs (3). Enfin le kappa de quelques médailles de Crotone , de Ia plus ancienne fabrique, et des monnoies de Corinthe et de Syracuses, d’un âge plus moderne, ressemble au Q latin (4). En étendant plus loin une semblable recherche, je crois qu'il seroit facile de retrouver dans les plus

(1) LANZI, Sagoio, tom. 1, p. 106- | Doctrin, num. tom. 1, pag. 103-104. Ce 108. dernier regarde comme /atins les carac-

(2) Cette dissertation, communiquée | tères de l'inscription que j'ai citée. Mais à l'Académie des Belles-Lettres , a été în- |-je crois fortement qu’il se trompe, etqu'il sérée parextrait dans le Classical Journal, | ἃ confondu cette médaille avec d’autres n° XXVII, pag. 185 et suiv. Une autre | d’un style et d’un travail différens, qui inscription rapportée par CLARKE (774- | offrent effectivement la même inscription vels, part. 11, sect. 2, pag. 593), et | en lettres romaines. Voyez, toutefois, ce pareïllement conservée dans le Musée |. que dit à ce sujet M. MILLINGEN dans britannique, offre la même figure du | son Recueil de médailles grecques inédites , lambda, p: 29.

(3) Ozivier. Saggi di Corton. tom.I!, (4) Ces médailles sont dans tous les pag. 40; tom. IV, pag. 133. ECKHEL, | cabinets,

anciens monunens qui nous sont restés des Grecs, tous es élémens d'un alphabet presque entièrement semblable à celui des Romains et au nôtre. Que lon compare maintenant les formes des lettres employées dans les diverses inscriptions que j'ai indiquées, comme aussi celles des caractères que portent les plus anciennes médailles grecques de la Sicile, de l/ralie méridionale et du Péloponnèse , avec les formes des lettres qui y correspondent dans les divers alphabets phéniciens que nous connoissons (1); on verra qu'à l'exception de quatre où cinq, dont fa similitude encore est assez éloignée, les autres caractères n'ont entre eux aucun trait d’analogie. De tous ces faits, qué je n'ai pas ici le loisir de développer davantage, mais qui pourroient devenir le sujet d’un examen intéressant, je crois qu'il n’est permis de conclure, 1.° que les Grecs avoient un afphabet avant l’établissement de Cadmus, et que ce sont les caractères de cet alphabet national que désignent [65 auteurs grecs, quand ils parlent des lettres anciennes, où aftiques, ou pélusgiques ; 2.° que l'invention dés Phéniciens se borna à changer ou à modifier la forme de quélques caractères, à régler l'ordre dans lequel ïls devoient être rangés, et enfin à nommer chacun de ces caractères du nom par lequel if étoit désigné dans leur propre langue, ou du moins d’un nom approchant. Il n'en falloit pas tant, sans doute, pour les faire regarder comme les vrais auteurs de l'invention de Valphabet, et pour accréditer l'opinion d'HÉRODOTE ; opinion qu'il avoit probablement adoptée dans ses voyages en Orient, plutôt qu’il ne avoit conçue de lui-même en présence des momumens de son. pays.

(ἡ Une foule d’auteurs ont donné des || BARTHÉLEMY a publiés paroissent mé alphabets phéniciens, tous puisés à des 1 riter le plus de confiance { Acad, des sourcesplus ou moïinsincertaines, Voy. ce | Bell.-Lertr, tom. XXX, pag. 405, et que dit à ce sujet ECKHEL (Doctr. num, || tom. XXXII, pag. 725 ). tom. III, pag. 404). Ceux que Pabbé

Mais je ne voudrois d’autre preuve de la méprise d'HÉRODOTE,

SA

que le témoignage même de cet historien. Il assure (1), avec sa candeur ordinaire, qu'il a vu lui-même et copié des inscriptions en /ettres cadméennes sur des trépieds consacrés dans un temple thébain, et que ces lettres sont, pour la plupart, semblables aux caractères ioniens. Ce passage a toujours été mal interprété, εἰ βρέcialement par M. ΚΝΙΘΗΤ (2), qui, croyant qu'HÉRODOTE veut ici désigner les lettres ioniennes usitées de son temps, les trouve trèsdifférentes des lettres phéniciennes, telles que nous les connoissons d'après des médaïlles à peu près contemporaines, et suppose, ou que les lettres cadméennes avoient totalement changé dans l'intervalle de Cadmus à Laïus, ou que les inscriptions montrées à HÉRODOTE avoient été forgées : deux suppositions également hardies et inadmissibles. Mais il est évident que, par /ettres cadméennes, HÉRODOTE n’a pas voulu désigner des caractères phéniciens; car probablement il n’auroit pu ni lire ni comprendre des inscriptions rédigées avec ces caractères (3); et, par ces /etfres ioniennes , il n’a pu faire entendre que celles qu'on appeloit indifféremment attiques où pélasgiques , C'est-à-dire, les anciens caractères particuliers aux Grecs (4) : de sorte que ce passage montre tout à-la-fois, et que les lettres cadméennes étoient les anciennes lettres grecques revêtues de noms nouveaux, et disposées conformément à Fordre phénicien, et que cette double modification: n'avoit pu détruire la ressemblance qui existoit entre Palphabet grec primitif et le même alphabet perfectionné par Cadmus;

(:) HERODOT. lib. w, c. 57-58. attesté parP LUTARQUE (De GenioSocrat, (2) Analys, of greek alphab, pag. 120. | tom. 1V, 8, v, pag. 306, edit. Hutten): (3) Cequile prouve. évidemment, c’est (4) PLINE, lib, 1, c. 57 : Gen-

la découverte, faite au temps d’Agésilas, | fium consensus tacitus primus omnium d'inscriptions phéniciennes déposées dans | conspiravit, ut loNumM tteris uterentur. Ce passage confirme entièrement. notre

interprétation.

le tombeau d’Alcmène, etqu’aucun Grec ne put ni lire ni comprendre : le fait est

72 PREMIÈRE LETTRE ressemblance encore sensible au temps d'HÉRODOTE, comme [6 prouvent, à l'appui de son témoignage, les monumens que j'ai cités plus haut, et qui sont, pour la plupart, d’un âge peu éloigné du sien. Ainsi s'explique Fassertion de l'historien grec, sans recourir aux violentes suppositions de M. Knicxr ; et cette assertion même: devenant conforme aux vérités de fait que j'ai précédemment exposées, il en résulte, contre son propre sentiment, que les Grecs eurent, antérieurément à Cadmus, un alphabet national, qui fut seulement modifié ou légèrement changé par suite de établissement de ce prince phénicien. Je dois observer que SCALIGER avoit eu la même idée (1), mais sans la développer, et sans en saisir, à ce qu'il me semble, les vrais rapports. Le P. Lanzr interprète également lé passage en question d'HÉRo- DOTE, de manière que lanalogie des lettres ioniennes et des lettres attiques y soit établie (2) ; mais il contredit, bientôt après, cette opinion (3), qu'il ne fait, d’ailleurs, qu'énoncer, et à laquelle je crois avoir donné un nouveau degré de certitude, ou, du moins, de vraisemblance (4).

Que devient à présent lobjection de M. KNIGHT sur ce que, dans l'inscription attribuée à Eurotas, la forme triangulaire de lomicron, +, et la forme du rho, k, que l’on y voit, ne se re-

(1) SCALIGER, Animady, in Chronic.

Euseb, pag. 112.

(2) Saggio, tom. 1, pag. 79-80,

sumque conservasse, argumento est oraculum PLINIX, ipsis etiam vetustissimis Græcorum monumentis confirmatum , ad-

(3) dem, ibidem, tom. 1, pag. 180.

(4) L'opinion que je viens d'établir sur l'identité de Valphabet grec primitif et de l’alphabet romain, est exprimée, mais sans aücun des développemens où fai cru devoir entrer, par le docte "εἴ judicieux ECKkHEL, dont le sentiment ne sera sans doute point rejeté de M: KNIGHT : Latinos alphabetum, ut illud à Græcis acceperant, integrum ille-

serentis veieres græcas litteras fuisse easdem pæne quæ nunc sunt latinæ ( Doctr.

nummor. com, Î , pag, 120). Un ingénieux critique anglais, M. DRUMMOND, a développé , dans Pexplication de quelques monumens celtibériens, une opinion concernant l’origine de l’alphabet grec, que je ne partage point, mais que je n’ai pas le loisir de réfuter ici (voy. Classical Journal, vol, IT, pag. 907-923 ).

trouvent

trouvent ni dans l'alphabet phénicien , ni dans l'alphabet ionien ? Et qu'y at-il de surprenant à ce que les Grecs, avant Cadmus, aient ignorédes caractères ‘usités seulement depuis lui, et que les contemporains d'Eurotas ne se soient point servis de lettres employées par lés Ioniens du temps d'HÉRODOTE ? Écoutons ce que dit ensuite M.:Knicxr :

« Je veux bien toutefois abandonner un argument aussi Jort » contre l'authenticité de ces monumens, et admettre que les » lettres étoient connues dans [a Grèce avant l'introduction de » l'alphabet phénicien par Cadmus. » Je viens de montrer, ce me semble, qu'en renonçant à cet argument, M. Knicar ne fait pas-un grand sacrifice , et il peut être généreux de cette manière sans craindre de se faire beaucoup de tort. « Le principal motif qui » me porte à cette concession, est que les premiers chéfs de pirates » qui introduisirent les letties-danssla Grèce, durent ÿ apporter » un alphabet beaucoup moins parfait » et probablement aussi » plus ancien que l'alphabet cadméen. » Ce motif principal n’est au fond qu'une hypothèse , et auteur ne Ia fortifie d'aucune raison plausible, Il m'est donc permis de dire que cette opinion, que je partage, ne devient pas plus certaine pour être simplement énoncée par M. KniGur. La suite des argumens du critique pour prouver que, même dans la supposition d’un alphabet grec antérieur à celui de Cadmus, l'inscription votive d'Eurotas ne sauroit paroïître authentique, est entremélée de quelques notions historiques qu’il est nécessaire d'examiner. Pour procéder avec ordre dans cet examen, je suivrai pas à pas M. ΚΝΙΘΗΤ, en n'élaguant qué les faits étrangers à la question principale, et en resserrant ses objections sous la forme Îa plus concise, et conséquemment la plus propre:à en conserver toute {a force.

L'alphabet des fables eugubiennes, lequel ne renferme que douze signes ou caraçières, est probablement, selon M. KNicar, K

l'alphabet originaire des Pélasges (x). I dit probablement ; par conséquent, ce n’est ici qu'une conjecture à laquelle nous aurions tort de mettre plus d'importance que auteur ne semble y en attacher lui-même. J’observe toutefois que, pour retrouver le véritable alphabet pélasgique, le plus sûr est de s'en tenir à la comparaison faite par PLINE et par TAGITE ; comparaison dont j'ai plus haut exposé les résultats, et dont les monnoies et les inscriptions anciennes nous ont conservé presque fous les élémens. S’en rapporter uniquement aux tables eugubiennes, c'est affecter pour les autres monumens que je viens d'indiquer, une indifférence que réprouve la saine critique. L'opinion qui tend à confondre l'alphabet étrusque avec l'alphabet pélasgique, ἃ d’ailleurs été combattue, et, à ce qu'il semble, solidement réfutée par le P. Lanzr. Et en effet, parmi les divers alphabets italiens, lesquels diffèrent tous des uns des autres, qui peut se flatter de découvrir celui qui appartient véritablement aux Pélasges ἢ Ce peuple n'habita pas seulément parmi les Tyrrhéniens ; il fut mêlé aux Aborigènes , aux Ombres, aux Osques ; et, pour tout dire en un mot, ἢ n’est aucune des nations de l/ralie qui ne fait eu pour voisin ou pour allié. Comment donc pourroiton parvenir à démontrer qu'un de ces peuples ait conservé plus qu'un autre lalphabet pélasgique (2)! Ce n'est pas que [6 P. LANZ: nie ou méconnoisse l'origine grecque de l'alphabet

(1) Cette opinion est aussi celle qu'a Je savant P. LANZI; difficultés qui me embrassée un savant anglais, M. ASTLE | semblent insurmontables, et que j’indi- (History of Writing), et, avant celui-ci, | querai tout-à-Pheure. le célébreantiquañreitalien Gori(Difesa (2) Saggio di lingua etruse, tom. 11, dell’ alfabeto, pag. 133). Mais, en adop- | pag. 207. Aïlleurs, tom. 1, pag. 160, le tant ce système sans Pappuyer d'aucune | même auteur dit encore, en parlant dés preuve nouvelle, M. KNIGHT ne devoit tables eugubiennes : Le tavole predette pas du moins laisser sans réponse ou | non posson esser anteriori al settimo secolo même paroître ignorer tout-à-fait les diffi- | di Roma , se non di poco; ed ὃ vano cercultés qu'a élevées contre cette opinion | cureinesse l’alfabeto e il linguaggio pelasgo.

étrusque: au contraire, il adopte cette opinion ; et les argumens nouveaux qu'il a produits à l'appui (1), la rendent désormais aussi certaine qu'il est possible : mais, en même temps, il s'attache à montrer que les monumens de cette langue étrusque, auxquels on à perpétuellement recours pour y trouver l'alphabet et l'idiome primitifs des Grecs, ne sauroiént appartenir à une antiquité aussi élevée. Les plus anciennes de ces inscriptions eugubiennes, dans lesquelles BOuRGUET, Gori, ΒΑΆΡΕΤΤΙ, croyoient voir des chants lamentables sur ces désastres des Pélasges que décrit DENYS D'HALICARNASSE (2), et dont quelques autres antiquaires ont essayé de donner des interprétations toutes différentes et non moins invraisemblables (3); les plus anciennes, dis-je, de ces inscriptions sont jugées par le P. Lanzr postérieures à Démarate, c’est-à-dire au second siècle de Rome ; et celles qui suivent, lui semblent appartenir aux rv.° et v.° siècles, jusqu'au ὙΠ. inclusivement. C'est dans l'ouvrage même de ce docte antiquaire qu'il faut chercher les preuves et les argumens dont il appuie cette opinion ; mais je ne puis omettre la conséquence qu'il en tire, et qui sémble dirigée contre le système particulier que je combats en ce moment : Cette réduction de l'antiquité étrusque rendra , dit-il, un grand service à la paléographie grecque, attendu que les auteurs qui en ont traité, entraînés par l'opinion de Gor , onbrecours aux monumens étrusques toutes les fois qu'ils veulent montrer l'antiquité de quelque caractère grec; comme si l'on n'eûr écrit dans cette langue que dans les âges de la première antiquité (4)

(1) Vid. part. 11, cap. 1, p. 177-198.

(2) Dionvys. HALICARN. Antig.

rom, Hb.1, c. 23.

(3) BONAROTTI y voit des conventions politiques de peuple à peuple; MAFFEI et PASSERI, des actes de donations privées et religieuses. Le P. LANZI, qui en a donné une expli-

cation nouvelle , et la seule qui soit admise jusqu’à présent (Sago. di linge, etrusc, tom. LIT, pag. 658 et suiv.), les croit toutes relatives aux fonctions du culte divin : Zutte riguardano le sacre funzioni, or soito un aspetto, or softo un alrro.

(4) Oper. laud, tom. 1, pag. 198. Au reste, l’opinion de M. KNIGHT sur lan-

Les Pélasges, suivant l'opinion commune, continue M. Knicur, formèrent la première colonie qui s'établit en lialie APRÈS 765 Étrusques. Où l’auteur a-t-il puisé les motifs d’une assertion si étrange ? Tous les historiens, et je n'en citerai qu'un seul, le plus imposant de tous, celui qui avoit fait l'étude la plus approfondie des émigrations du peuple Pélasge, Denys D'HALICARNASSE (1), placent au contraire les divers établissemens des Pélasges en Jralie plusieurs siècles AVANT la première arrivée des Tyrrhéniens ; et c'est un fait historique tellement avéré, qu'il seroit superflu d'en déduire ici les preuves. Mais M. KNIGHT a-t-il au moins un seul témoignage pour autoriser son opinion? 11 cite, en note, Denys LE PÉRIÉGÈTE, ν. 347, et malheureusement il prouve ainsi qu'il ne l'a point lu; car M. Knicur entend trop bien le grec pour prendre aussi complétement le change sur un passage aussi clair. Voici les vers de Denys, lesquels n'ont pas besoin, pour être compris, du prolixe commentaire d'ÉUSTATHE : Πολλαὶ δὲ οἱ φῦλ᾽ ἀμφὶ, τά Toi ῥέα πάντ᾽ ἀπχθρεύσω, Ἀρξαίμμεγος πλευβὴς ζεφυοίτιδος Cx βορέαο.

347: Τυῤῥηνοὶ μὲν πρῶτ᾽, Ἔπι δὲ σφισι φῦλα, Πελασγῶν. Il est évident que le poète géographe, commençant sa description des nations de l'/talie par la partie occidentale du nord

cienneté des tables eugubiennes , quoique doute n’est , à la vérité, articulé nulle erronée , ou du moins fort exagérée, part par M. KNIGHT; mais il perce invome paroît digne de considération en un lontairement à travers toutes les parties sens : c’est que, si, de son propre aveu, | de son discours. Un seul fait suffroit celes monumens de Guwbbio (Vancienne pendant pourle détruire; c’est l'existence Iguvium), ville obscure de POmbrie, | de ce traité de partage fait par les Doqui ne fut jamais renommée pour ses | riens à l’époque même de leur entrée dans lumières ni pour ses richesses, remontent | le Péloponnèse, gravé par les Messéniens à une si haute antiquité, on ne voit pas | sur la pierre et sur l’airain, et dont les originaux mêmes furent produits par ce dans la Laconie, qui ne fut pas toujours | peuple, au temps de TACITE, qui nous le siége de [a rudesse, il ’auroit pu exis- | l’atteste (Annal. lib. IV, c. 43).

ter des inscriptions du premier âge, Ce (1) Antig. roman, Kb, 1, ὁ. 13.

pourquoi, au sein de la Grèce même,

de cette presqu le, place d'abord les Tyrrhéniens , ensuite les Pélasges amenés dans le Latium par lArcadien Évandre. C’est donc d’un ordre de position géographique, et non d’un ordre de succession chronologique, que doivent s'entendre les paroles de Denys, sur le sens desquelles personne jusqu'à ce jour ne s'étoit trompé; et je suis presque confus d’avoir à relever une semblable méprise dans un critique tel que M. ΚΝΙΟΘΗΤ, Ce sont ces Pélasges, dit-il immédiatement, qui, suivant PLINE, apportérent les lettres dans le Latium. PLINE ne dit point tout-à-fait cela ; il dit, en se servant d’une expression générale, 185 Pélasges : in Latium eas attulerunt Pelasgi (1). Α la vérité, TAGCITE (2) et d’autres auteurs (3) attribuent cette introduction des lettres dans le Zutium à Évandre et aux Arcadiens qu'il menoït à sa suite : mais,

comme les Pélasges étoient établis dans le Latium même, μέδῃ long-temps avant cette dernière émigration (4), et qu'ils connoissoient les caractères de l'écriture au moins dès Îe temps de Deucalion (5), témoin cette inscription gravée sur un trépied en caractères très-anciens, et rapportée par Denys D'HALICARNASSE (6), il est infiniment plus probable qu'ils n'attendirent pas l’arrivée d'Évandre pour communiquer cette connoissance aux peuples de l'Jtalie, et D'HANCARVILLE a expliqué d’une manière très-naturelle la méprise des auteurs latins qui faisoient honneur de cette invention à Évandre, en supposant que ce prince fit sur falphabet grossier des Pélasges la même réforme qui fut opérée dans la Grèce sur [6 même alphabet par Cadmus, c’est-à-dire qu'il y ajouta quelques nouveaux caractères , qu'il donna aux autres les dénominations nouvelles usitées dans le pays dont il sortoit, et

(1) Pin, Histor. natur. Kb. Vu, (4) Dionys. HALICARN. Antiq, rom. cap. 57: lib. 1, c, 13; PAUSAN. lib. Vitt, c. 3. (2) TAcIT. Annal. lib. ΧΙ, c. 14. (5) EUSTATH. ad HoMER. Jliad, τι,

(3) QUINCTILIAN. Jnstitut, orator. ἢν. 827.

Hb, 1,c. 6. (6) Antiquir, roman. Lib, E, c. 9.

qu'enfin il les distribua dans l’ordre établi postérieurement au départ des premiers Pélasges, et dans lequel les lettres de cet alphabet restèrent constamment depuis{1). Cette explication ingénieuse et plausible répond aux autres difficultés élevées par M. Kuicar, savoir: 1.° que PLINE s’est mépris en attribuant aux Pélasges les lettres latines, qui sont de l'invention d'ÉvanDRe : il n'y a là ni contradiction ni méprise, si ce n’est de la part du critique : 2.° que l'alphabet romain renferme plusieurs caractères que ne porte point l'alphabet pélasgique des tables eugubiennes. ci, M. ΚΝΙΘΗΤ décide, comme on voit, que ce dernier alphabet est pélasgique , après avoir , quelques lignes plus haut, avancé modestement cette opinion sous la forme d'une conjecture. Or jai montré que cette conjecture est la moins probable de toutes celles qu’on peut former à ce sujet; et quand même cela seroit prouvé, il ne seroit nullement étonnant que le premier alphabet des Pélasges füt privé de quelques caractères dont les Latins durent la connoissance ou l'usage à ÉVANDRE.

Je ne suivrai point M. KniGuT dans les détails où il entre sur la nation pélasgique, sur son ancienne civilisation, sur ses nombreux démembremens : toutes ces notions sont vulgaires, et ne se rattachent d’ailleurs que de si loin à la question qui nous occupe, que, pressé d'arriver à la conclusion des raisonnemens du critique, on me pardonnera de négliger ces détails. Je ne puis toutefois lui faire grâce de quelques remarques, ne füt-ce que pour lui prouver Fattention avec laquelle j'ai lu le paragraphe même qu’il n'entre pas dans mon plan de réfuter en entier. ΠῚ dit que c'est du Péloponnése que les Pélasges vinrent en ltalie, mais qu'on ne peut assurer à quelle époque. Cette seconde assertion n’est point exacte. Si les Pélasges dont on veut parler ici sont ceux qui furent conduits par ÉVANDRE, ainsi qu'il est (1) D'HANCARVILLE, Recherches ἐσ, tom. II, pag. 376.

naturel de le supposer d'après la citation du vers de Denys LE PÉRIÉGÈTE dont on s’autorise,

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