A ROLLIER, INTENDANT DE MADAME MÈRE, 30 SEPTEMBRE
«Les travaux de l'hôtel sont sur le point d'être terminés. Pou; la reine de Naples, je suis dans l'impossible absolu de payer les 15 000 francs par mois promis, avant avril prochain ».
A Pasqualini, 5 octobre 1809. - « Le convoi n'étant pas parti attendez jusqu au mois de mai ; vous tirerez 5.000 francs en octobre! 7.000 en janvier, 3.000 en février et 2.000 en mars ; jusqu'en mai, ne faites aucune acquisition. J'ai besoin de la plus grande économie pen-
dant Tannée 1810, afin de liquider toutes mes affaires. Granet pourra tirer sur M. Lucotte, le semestre de sa pension ».
Au ministre du Trésor impérial, 8 octobre 181 1. — Le remercie de ce qu'il a bien voulu faire pour ses intérêts.
Les recueils manuscrits à notre disposition s'arrêtent à l'époque où nous sommes parvenus ; la lettre à M. de la Bouillerie est une des dernières pièces transcrites. Le cardinal, du reste, ne tardera pas de rentrer à Lyon pour un assez long séjour ; les travaux de la Chaussée-d'Antin sont interrompus ; la question financière devient donc moins absorbante et moins troublante. Cependant, un emprunt de 150.000 francs fournis par le roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, est nécessaire dans l'automne de 1812 et prouve que l'équilibre du budget demeure instable.
Quelques lettres, résidu de la correspondance de l'abbé Lucotte, fournissent sur ce point des éclaircissements intéressants. Ainsi cet intendant des plus fidèles et des plus dévoués annonce, le 6 août 1813, qu'il a versé 10.000 francs à Marchand, entrepreneur de maçonnerie a venu plusieurs fois » ; en octobre suivant, il prévient qu'il a encaissé les deux traitements de sénateur et de grand aumônier, mais que ceux de la Légion d'honneur et de cardinal sont ajournés ; heureusement que moins de trois semaines après, les 50.000 francs de la dotation impériale lui étaient versés en billets de banque neufs ; les fournisseurs n'attendront pas trop longtemps. Mais voici que les jours sombres se lèvent et la campagne de Russie épuise les caisses publiques et surcharge les fortunes privées. L'abbé avertit son maître que la contribution extraordinaire s'élève à 39.033 francs 05 centimes. « On s'est plaint amèrement, ajoute-t-il, que Son Eminence n'avait même pas répondu à l'avis qui lui avait été adressé dans une occasion semblable pour l'emprunt remboursable ».
Bientôt après c'est l'abdication de Fontainebleau et l'île d'Elbe ; c'est le départ, en compagnie de l'impératrice-mère, pour l'Italie, et l'exil loin de sa métropole. A la date du 18 décembre 1814, tous les biens des Bonaparte sont placés sous séquestre ; vainement Fesch a-t-il fait passer les siens sous des noms de complaisance, en Corse à Joseph Antoine Moltedo, les immeubles de Paris à un libraire lyonnais, Rusand. Dans son hôtel de la rue du Mont-Blanc on a logé avec le prince de Wurtemberg douze aides de camp, trois généraux russes et leurs aides de camp, sans compter leur suite et leurs chevaux. Un des prêtres attachés au secrétariat, M. Pouyard, effrayé de la dépense occasionnée au propriétaire, en perdait la tête et était menacé de tomber malade.
Les Cent-Jours expirés et Napoléon prisonnier des Anglais, Fesch ne renonça pas à abandonner son archevêché pour rentrer à Rome; on connaît la pétition qu'il adressa en ce sens à Louis XVIII ; il l'accompagna d'une lettre destinée à Fouché et contenant une double propo-
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sition, l'achat par le gouvernement de son hôtel de la rue du Mont- Blanc et le remboursement de ses créances sur l'Etat, provenant des traitements échus et non touchés.
« Si Sa Majesté, disait-il à l'ancien ministre de la police de l'Empire, exigeait que je quittasse la France, il n'échappera pas à votre justice et à votre bienveillance pour moi que je ne le puis faire qu'après avoir obtenu la main-levée da séquestre, mis sur mes biens, et le temps nécessaire pour prendre un arrangement avec mes créanciers. Votre Excellence sait mieux que personne que je n'ai jamais reçu de l'empereur ni grâces ni apanages, que je n'ai joui que de revenus assez modiques, que j'ai éprouvé en diverses circonstances des diminutions de traitement que je ne pouvais prévoir ; elle connaît aussi les dépenses excessives dans lesquelles j'ai été jeté par diverses circonstances et elle expliquera facilement l'embarras de mes affaires et ma situation présente ».
Pour sa seconde réclamation, le cardinal se déclara créancier de l'Etat de la somme de 90.000 francs provenant de traitements arriérés ; il en avait remis la note à M. MoUien ; elle comprenait : 1° un semestre et dix mois de la dotation de grand aumônier échu le 31 mars 1814 ; 2° la pension de sénateur depuis le 30 novembre 1813 ; 3° deux trimestres de la pension de cardinal ; 4° un trimestre du traitement d'archevêque ; 5° deux années du traitement de grand officier de la Légion d'honneur.
. La Restauration n'acheta pas la maison de la Chaussée-d'Antin, mais la rendit à son propriétaire ; il ne semble pas qu'elle ait consenti à se reconnaître débitrice des sommes demandées par l'intéressé, car plus tard, quand on sollicita sa démission de l'archevêché de Lyon, Fesch ne manqua pas de se plaindre au mandataire du Pape, Consâlvi, de n'avoir reçu aucun des dédommagements auxquels il avait droit.
L'abbé J.-B. Vanel.