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i:tt DN MARIAGE D*AMOUR
» Est-ce bêle, les rêves, et est-ce bête )) d'écrire des cli(Jfes pareilles ! . . .
» Dans la journée, j'ai monté Jupiter.
» Toujours la même merveille. Lui ne » paraît pas,^àr dfecrétion, j'en suis sûre.
» Le soir, après dtner, réapparition du » colonel. Maman, en l'entendant annoncer, » a fait une petite gi'imace qui voulait » dire : — Quoi I encore ce militaire !
» Le colonel nous dit que Faffairede Jupi- » ter est arrangée, à deux mille neuf cents » francs... Et puis je le vois qui tourne et » manœuvre de façon à emmener papa » fumer un cigare dans le jardin. Un quart » d'heure se passe. Maman s'impatiente :
» — Ah çà! qu'cstrce que ton père peut » faire a\ec ce colonel ? Il va s'enrhumer^' » il était nu-tête. Porte-lui donc un chan peau et tâche de le faire rentrer. -7 Oui, » manHul;..
» J'arrive dans le jardin... J'entends cette » phrase prononcée par le colonel : Cest
DN MARIAOB d'AMOUR 133
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» unep^le, je vou^^^^est mepQle.., et » puis un : Chut! prRjzgIfc'aeWJn cnauge » de conversation. Ah ! c*est trogj^il. Est- » ce qu'il aurait déjà fait demander ma » main kiér archiauement *par son colonel ?
» Est-ce ainsi que cela ae passe dans la » cavalerie? Ce serait aller un peu vite!
» Après . une seule entrevue , dans laquelle » il n*a été question que de foin, de paille » et djtvoin e ! "
» Le colonel et papa sont rentrés dans » la maison. Le colonel est parti. Papa avait » Fair préoccupé. A onze heures, quand Je » Tai embrassé, avant de monter dans ma » chambre, il m'a pris les deux mains et il » m'a dit : — Tu es contente du cheval de » ce monsieur?... J'ai répondu : — Oh oui, » papa... Si tu savais, mon cher Jupiter, je î> l'adore!... Je l'adore!!
» Je crois que j'ai dit cefa avec trop de » feu, trop de passion. A tout instant, j'ai » peur de me trahir. Quand je parle de son
,• 134 UN MARIAGE D A|IOCR
» cheval, il me semble que je parlg de lui !
» Et la perle y qui est-ce, la perle? Lui ou »f moi?... ou Jupiter? » C'est tout... A tor.
— « Dimanche 8 juin. Je reçois ce matin » cette lettre de ma sœur : Je n*cn peux » plus. J'ai passé ces deuasjoursà faire qua- » rante visites. Je m'arrangeais pour glisser » partout dans la conversation cette petite » phrase : Ne connaissez-vous pas, par » hasardyUne famille Lablinière ? J'ai obtenu • cinq ou six réponses. Toutes admirables.
» Des gens parfaits. Pasjnml^argentj ce » qui ne g dle jam ais rien, mais de l'argent » très correctement gagné. Sur la jeune fille, » un seul cri : Cest un ange ! Allez donc » de l 'avatU y mon capitaine, si le coeur vous n en dit.
» Je reste stupéfait! Gela se voit donc » que je su^s amoureux? Mjsl sœur s'en est » aperçue. A six heures, petite lettré du » père. On jn*iiivite à dtner pour mercredi » prochain, mercredi 11. Le colonel m'avait
W MARIAGB d'amour
» dit : Dans une quinzaine. Faat-il répondre » lout de suite ? Non, demain seulement. »
• — « Dimanche S juin. Ce matin, de bonne » heure, je descends. Le facteur venait de » passer. Il y avait un paquet de lettres sur » le plat^u, dans Tantichambre. Y en a-t- » il pour moi? Non, mais en voici une pour » grand'maman. Une lettre administrative » avec un gros «achel rouge; sur ce cachet, » je lis : République française. Ministère de » la guerre. Direction du personnel. Penser » que ma destinée est là, dans cette lettre!
» car, j'en suis. sûre, elle a demandé des » rensej^^ments, grand'maman,elle a de- » mandé des renseignements.Un domestique » yi^Bi^^W^s^r. Je me sauve comme une vo- )> ieuse. Dix heures. Grai^*mamaa'doit être )> réveillée. Elle a dû lire sa lettreJe monte » chez elle : — Ah! te voOà, peliotçL,. ^ - » Elle paraît toute fuillerelip,'; grand'- » maman; elle m'embrasse très' tendre- » ment, plus tendrement qu'à rordioaire»
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» Oh! elle est contente, grand'maman !
» Gela se voit rien qu'à sa façon de m'em- >) hrasser ce matin. La lettre de ce général » lui a fait plaisir...
» C'est aujourd'hui dimanche; papan*est » pajs allé à Paris. Après déjeuner, grand'- » maman lui dit : — J'ai à vous parler. — » Tiens, moi aussi...
» Ils vont tous les deux dans le fjimoir.
» Pourquoi grand'maman va-t-elle dans le » fumoir? Je -gagerais qu'elle fait lire à » papa la lettre de ce général...
)> Elle est patriote, grand'maman. Bien » souvent je lui ai entendu dire qu'il n'y a » pas de plus^noble carrière que l'armée...
» et que les mères sont coupables qui, par » égoîsme, empêchent leurs filles d'épouser » des soldats. Grand'maman a horreur de )> ces messieurs dont tout le mérite consiste » en ceci: tuer beaucoup de pigeons au » printemps et beaucoup de faisans en au- >/ tomne; tandis que maman, elle, a une
UN MARIAOB D AMOUR
9 secrète tendresse pour les jeunes gens qui ne font j ceuvre de leurs dix doif^ , en dehors du " ^sdft rnassacre de pigeons et
«- de faisans. Continuellement, à ce sujet, maman et grand'maman se disputent.
» Enfin, la journée se passe. Au milieu du dtner, papa dit ayec une sorte de négligence : — Il a été véritablement très aimable, ce jeune officier; je Tai invité à dîner pour mercredi prochain. — Pour mercredi! s'écrie maman... A quoi bon tant de hâte ?... Si tu te mets à attirer ici tous ces militaires!... Celui-là est charmant, je Taccorde, mais il en amènera d'autres... Notre maison va devenir une Çjgserne, un camp!... »
— <( Lundi 9 juin. Je deviens stupide.
J'ai mis une heure, ce matin, à écrire les huit petites lignes de ma lettre pour* accepter cette invitation. J'ai recommencé dix fois, vingt fois, et, à peine ma lettre partie, je me suis souvenu que j'avais
mis deux fois le mot plaisir dans ces huit malheureuses lignes. »
— « Lundi 9 juin. Il a accepté ! Nous déifijuuuvis ce matin ; les fenêtres de la salle à manger ouvrent sur la cour...
Tout d'un coup maman s'écrie : — Bon!
encore un soldat qui rôde là. dans cour!.., » Je regarde et ,cette phrase m'échaf»pe :
— Ah! c'est Picot!
» Alors il fallait voir maman, il fallait l'entendre! — C'est le Comble ! voilà que Jeanne maintenant sait les noms de tous ces soldats ! — D'un seul, maman, d'un seul... C'est celui qui, l'autre jour, a amené Jupiter... \ . v-
» Grand'maman a eu un accès de fou rire... Comme elle est gaie, grand'maman!... Ce matin, dans l'escalier, elle chantait! Devaient-ils être bons, les renseignements donnés par ce général!...
» Après le déjeuner, je me suis emparée
UN MÂRlAâB d'amour 130
» de «a lettre... Comme elle est élégante » dans sa simplicité I La voici textuelle- -Uf^r^' i- » lement : Jl/onsteur, j'ai reçu Vinvitation » que vous m'avez fait l'honneur de m'adres- » ser pour le mercredi 11 juin. Je l'accepte » avec le plus grand plaisir et la plus grande \ ^i ' ^ ')) reconnaissance. J'ai appris avec beaucoup » de plaisir que mademoiselle votre fille était » contente du cheval,,, Da'gncz agréer, mon- , » sieur, l'assurance de mes, sentiments respev- » tueux. » , ^ • \' * ^
» G*est exprès, j'en suis bien certaine, » qu'il a répété deux fois le mot plaisir,,, » Il savait que je v^rrais^ sa lettre... Il » tenait à hien appuyer sur cette idée- là. »
— « Mardi 10 juin. Je dîne demain chez » elle. »
— * Mardi iO juin. Il dîne ici demain. »
Et nous aorivoi» au grand jour du dîner, k toi le récit du dîner.
— Veux'tu m'en croire? ma Jeannette...
Restons-en là pour aujourd'hui... Et d'à-