LA MARQUISE
LE DÉPABT
Quatre jours de soins avaient suffi pour remettre Cabriellesurpied. La joie de se retrouver sous la protection de Morlot et d'avoir Mélanie près d'elle anit aussi contribué à sou prompt rétablissement.
— Vous voilà guérie, dit l'agent de police à la jeune femme ; c'est égal, il n'était que temps que vous sortiez de votre prison. Je frissonne en pensant que je serais peut-être arrivé trop tard le lendemain.
— Près de TOUS, mes bons amis, répondit Gabrielle, j'oublie l'effroyable danger que j'ai couru. Il me semble que c'est un rfive horrible que j'ai fait.
— Et dont le souvenir s'effacera, ajouta Morlot. Maintenant, voici ce que j'ai décidé : Vous et Mélanie, vous allez faire vos malles ce soir, et voiis partirez pour Miéran demain par le train de midi.
— Demaia ? fit GabrielLet
— Oui. Blaâsms esL préveaa ; vos deux chambres sont prêtes et tous attendent. Gomme je suis ccmTaiBCtt ^iie TOUS oe TOBs eaniùereï pa» à Miéna, voos pourrez y passer un mois ou deux et mCine pliu si ceU tous coqvient. Vous y serQzUiH'a comme ToasTStesàPatis. Voua aurez le grand et bon air de la ompagna, le repos et la IranquillitéT ipù voua sont nécessaires, et dans quinze jours TOUS aurez recouvré toutes vos forces.
Voyant que la jeune femme na di&ût rieu :
— Est-cequaToos n'êtes pas conteste d'aller à Hiémt7 lui demanâa-t-il.
— Vous sarei bien que j'ai demandé moinoième k MëUnie de m'emmener avec elle ; mais, je pensais que nous partirions ou peu plus Urd.
— Vous ne ntuis ditespastoutevotrepMtséa, répliqua Morlot en. souriant.
— Eh bien, oui, dit-elle, j'aurais voulu aller deux ou trois fois encore au jardin des Tuileries.
— Ma chère Gabrielle, tous n'y r^icontrerLei plus les enfant» du marquis de Goulange.
— Ah!
— Hier, je suis passé par hasard rue de Babylone et j'ai appris que le marquis et sa famille, avaient quitté Puis depuis quelques jours.
— Et ils sont au ch&teau de Coulange?
— Oui.
I^ yeux de Gabrielle s'Ulominèreot. Elle se tourna T«s Héknie et lui dit :
— C'est convenu, nous allons préparer nos malles et noDs particons demain.
— Dan& quelques jours j'irai vous rejcûodre, dit Uoriot.
L,.,... Cookie
320 DEUX HÈBBS
Mélanie prît son mari à part.
— Pourquoi nous envoies-tu si tût à Miéran ? lui demanda-t-elle.
— Tiens, répondit-il gaiement, je te conseille de te plaindre ; nous sommes en mai, le beau mois de la Terdore, des chants d'oiseaux et des roses.
— Morlot, tuas ton idée !
— Parbleu! Mais tu connaisU consigne: jusqu'à nouvel ordre, silence !
— Et mystère 1 ajouta-t-elle en riant.
Pendant les trois jours qui avaient suivi l'enterrement de madame de Perny, l'agent de police s'était livré à de nouveltes investigations. Il avait fouillé plus complètement dans la vie intime de Sosthëne et était parvenu à savoir qu'il faisait du jeu un métier dans lequel il trouvait les ressources qui lui manquaient ailleurs.
Il avait appris en même temps que la maîtresse de M. de Perny, demeurant rue deProvence, était la directrice d'un tripot.
Cette fois il n'avait pas bésité à faire un rapport où il désignait au chef de la police de sûreté l'établissement de jeu clandestin. Dès lors, la maison allait être activement surveillée. Et Morlot s'était dit :
— Je n'ai plus à m'occuper de cette affaire ; dans quelques jours la dame et ses complices seront coffrés; si le Perny n'est pas pincé avec les autres, nous le verrons bien. Du reste, ilest impossible maintenant qu'il puisse m'échapper. Je n'ai qu'à allonger le bras et ouvrir la main pour l'empoigner. Encore cinq ou six jours de patience et nous allons rire. Reste à savoir ce que je révélerai à l'instruction. Voleur d'enfant, faussaire, voleur au jeu, parricide, sans préméditation, je le crois, mais parricide quand môme; c'est une condamnation auï
DEUX HÉBES
travaux forcés à perpétuité qui l'attend s Cela va dépendre de mon eatretîea avei de Coulange. La sœur va décider du sori Étrange situation tout de même 1
Craignant sans doute lesobjectionsques pu [aire encore, Morlot ne lui avait po:
découverte aux Ternes, et lui avait égi qu'il s'était rencontré avec la marquisi examiné la situation, qu'il reconnaiss délicate, et, ayant consciencieusement i tracé un plan qu'il voulait suivre, eu n'o mais qu'à ses propres inspirations.
Il accompagna sa femme et Gabrielle S et les installa àins un comparLiment de
— Je pense que Blaisois sera avant ^ l'Artaud, dit-il à Mélanie. S'il n'est pas vous l'attendrez au café de la gare.
Le coup de clocbe, annonçant le dépari entendre. Mélanie s'empressa de tendre mari.
—Et moi, monsieur Morlot, est-ce qui brassez pas 7 dit Oabrielle.
— Oh I de tout mon cœur ! s'écria-t-i mière fois, reprit-il avec émotion.
Ou employé ferma laportière. Letrai:
marche.
— A bientôt! cria Mélanie.
— Oui, à bientôt I répondit Moriot.
Pendautun instant encore, il vit s'agit
femme et celle de Gabrielle, puis le traii —Allons, tout va bien, se dit l'agent
eh! je prépare ma mise en scène.
Il sortit de la gare, entra chez un déb
...Gooj^lc
acheta des «igsm, ea iHema -nn et âeseeoâit, «n se prùmeaipt, le b«il«vanl^ Strasbourg.
A une beare ob qsBii, i) entrait dans an petH aSè an face du Palais de Justice, fl jeta on eonp d'oril dansriti- Uissenieiit et s'avança vers denx hommes qtd bavaient de la bibra, aasà «eols à uoe table. Après lenr noir donné me poi^ée de nain, Moriot piit place i teor table, at OMomaiHla une Boardle canette.
Ces deux hommes, qn parainaieet avoir de viapt^g fc trente ana, étaierà des collègues de Morlot. L"^ se nommait Honitloo, f antre Jardel.
Bien qu'ils fussent encore nonces dans le métier, Uorlot les avait paiticnlièrement distingués dans U masse dei agents iafërieurs. Dans deux on trois eacoastasces il arait pu appréôer leurs qualités de policiers.
Il tes savait intelliganls, sélés, eetife, capables, en un mc^, de répondre i sa conflanee «t de devenir ses aaxiliaires.
— Camarades, leur dit-il, c'est très-bien, vous avei été exacts an rendez-voas.
— Nous n'aurions pas vonlnTons Rare alt«arfre, monsieur Morlot.
— Votre empressement mepronve qu'il Tons est î^iéahle de travailler sous mes 'H-<^s.
— Certainement, répondit Mouillon, et je vous prémets que vous serez content de stHis.
— D'ailleurs, appaya iardel, quand on marche avec VOQ&, jBonsieitr Mmiot, c'est un plai^r.
— Camarades, reprit l'inspecteur, jeTais vous laxteer dans une affaire dejH^mière importance. Tons les deu et d'un seul coup vous alleu gagner ■vos gidoss. Je n'ai pas besoin de tous dire pourquoi je tous ai choisis : je
&GIIX HÈKES
Tws connais, je sais ce que vcms vais ei j'ai dé l'tmUié
pour TOUS.
— Dites-nous vite de f|Boi U s'a^
— Par suite d'une aventure aseei ne puis vous faire connaître, pour hiGard m'a véviié i'«xiEteQce d'une d m'a fourui, m mAne temp^, lesi tout entière.
— Saperbe ! dit Mouillon.
— Comme vous le voyez, c'est vin cinquante scélérats de la pin espèc et même des assassins, que nous al!
seul coup de filet, s'il est bien jeté ou tantes les entpc^rises, celle-ci aura lums rêossirous, j'en suis certaio. J que je vais -être obligé de m' absente jonrs peatrétre. Cela ne retardera ni caliuds, ce tea^s voas «at nécessair je vais vojis cOAâer. Si les choses l'espère, à mon retonrnoas n'Miroi dément.
A vous, d'aboid, Honillo'n.
— J'écoute, monsieur Morlot.
— Rue de Bretagne, n" 22, il y iBBubles et de curiosités , an brocaa Jobdot.
— Très-bien, fllMouilloB,
— lî faut se renseigner adrortei dents de cet individu, regarder dan oattre on peu les gens qu'il fréqoen eammentil achète les marcbandi«ei
— Oh ! oh I neceleor 1 j'ai compris
— En -ce cas, jea'aijîeo de ph
â24 DEUX MÈfiES
Morlot, car je sais qae VOUS uemanquez ni de pradence, ni d'adresse. Avous maintenant, Jardel.
Celui-ci se peacbayersMorlot.
— Avez-vou9 un carnet dans votre poche ?
— Oui, le voici.
Morlot sortit un crayon de sa poclie, écrivît quelques mots sur une page blanche du carnet et le remit dans la main de l'agent en lui disant:
— Lisez.
Jardet lut :
« Monsieur, Jules Vi..., 18, rue Saint...
n Paris. 1) ■ Puis, ouvrant de grands yeux, il regarda Morlot avec un air qui disait clairement : — Je ne comprends pas.
— Ce que je vous donne là, mon cher Jardel, dit Morlot, c'est la copie exacte de la moitié d'une adresse, qui a été écrite sur l'enveloppe d'une lettre. Il va sans dire que je ne peux pas vous donner l'adresse eatiËre. Mais je compte sur vous pour la compléter. Voilà le travail que je vous confie. Il s'agit donc de trouver avec ces deux lettres V, I, le nom de l'individu qui porte le prénom de Jules, et de savoir quel saint a donué son nom à la rue où il demeure. Vous conoai-ssez Paris et vous avez d'excellentes jambes; je suis convaincu que vous trouverez les deux mots de cette espèce de charade.
Si la rue Saint-Sébastien ou Saint-Quentin ou Saint- Nicolas ou Saint-Claude ou Saint-Placide ne vous donne pas le nom de l'individu, vous le trouverez dans une autre rue portant le nom d'un saint.
Dès le premier ou le deuxième jour, vos recherches peuvent avoir un heureux résultat.La chance est femme; mais, si capricieuse qu'elle soit, vous avez le droit de compter sur elle. Vous voyez ce que vous avez à faire?
— Parraitemeot.
— DÈS que vous aurez découvert TOtre bomme, vous ne le perdrez pas de vue ; tous le suivrez partout où il ira, pas à pas, comme son ombre.
— Et s'il lui prend la fantaisie de faire un voyage à l'étranger?
— Je pense qu'il ne vous mènera pas si loin, répondit Morlot en souriant. Enfin, il faudra filer cet individu afin de savoir exactement où il va et ce qu'il fait pendant le jour et pendant la nuit. Vous mangerez quand il mangera, vous vous reposerez quand il dormira.
Maintenant, écoutez-moi bien tous les deux. Vous devreu agir sans précipitation et rester calmes, quelles que soient les intéressantes découvertes que tous pourrez faire. Capturer deux ou trois malfaiteurs, c'est bien; mais en prendre un nombre d'un seul coup, c'est mieux. Regardez, voyez et, si c'est possible, écoutez. Vous avez huit jours devant vous. Prenez note de tout ce que vous verrez et entendrez, et attendez mon retour.
— Monsieur Morlot, vous pouvez compter sur moi, dit Mouillon,
— Et sur moi aussi, dit Jardel.
— Eh bien, mes amis, à l'œuvrel
Le lendemain de leur arrivée à Goulange, après le déjeuner, le marquis et la marquise allèrent s asseoir sur
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la terrasse du salon d'été. De là, ils pcniTxient voir les enfants qui jouaient sur la ^lonse Sfiorie, sous les yeux de l'usA dee gaa«ttraaatfi&.
Matbilde tenait dans ses waïas oq inre ouvert, mais elle De lisait pas. Elle méditait. Elle était triste et paraissait soucieuse.'
A chaque instant, le marquis l'eDWloppait d'un long jiegard, pleia d'une tendre sollicitude.
Oui, la jeune femme était triste et si6rieusement inquiète ; elle pensait sans ceese-à i'ageot de police Morlot, et tout ce que cetbomme lui avait dit restait gravé dans sa mémoire. Elle ne pouvait songer sans frémir à l'en- Iretien secret qu'il lui avait demandé et «pi'elle n'avait pu lui refuser. Evidemment, il y artit là une menace et «Ue sentait le danger.
Pour la centième fois peut-Atre elle se demasdait: Que me wut-il? Mais «lie avait beau cbercber et mettre son esprit k la torture, «Ue se parvenait pas à deviser les intentions <de Morlot.
D'abord elle avait pensé que l'agent de police voolait se faire acheter sou silence. Mais, en se rap^ant sa figure bonuëte et sympathique, son attitude Fespectueuse.^son regard franc, loyal, et les paroles qu'il avait prononcées, elle s'était convaincne que Morlot avait les sentiments trop élevés et trop délicats pour se livrer à un odieux calcul decAanfa^ecommeun fripon vulgaire. Aussi, plus elle réfléchissait, plus elle sentait augmenter sa perplexité.
Ayant laissé éteindre son cigare, le marquis le jeta et se plaça sur un autre siège qui le rapprochait de sa femme.
— Matlùlde, lui dit-il d'un ton alfediiaiiz, tu es triste; je le comprends et ne sajirais m'en éiouoer. Mais je
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vois aassi que Ib «b [tféocct^tée ; il y a comme de l'ioquiétude daas tes rsgttrd. Quelles «ont tes pebsées? Qu'as-tu?
La marquise leva sur lui ses beaox yeux bumides.
Yoyaiit qu'elle ne répondait pas, il reprit :
— Épp(Hiv€s-4ii dooc tant de peine à me faire codoaltve le sujet de tes préoccupation», de ton inquiétude? ïlatliilde,'jerai peut-être denaé.
Elle tressaillit.
— Tu penses à ton frère, n'est-ce pas ?
— C'est vrai, répondit-eUe.
— Et tu le demandes ce^u'il va devenir, maintenant qu'il n'a plus ta mère pour le &(»iteBir.
Elle poussa un profond soupir.
— Eh Men, MatMde, j'ai la môme pensée que toi et je partage ton inquiétude. Veux-tu que nous examinions ensemble la situation?
— Tu peux parler, Edouard, je t' écoute.
— Sosthëne est aujourd'hui afosolnment sans ressenrces. Nous savons, par ce qu'il a fait depuis sept ans, qu'il est incapable de se procurer des moy^is d'existence par Je travail. C'est un oisif, on inutile et il manque^e volonté et de courage. 11 y a quelques années, j'aurais pu lui faire donner une recette ^nérale; aujourd'hui ce n'-est plus possible ; aucun poste honorable ne pmit im être isonfié ; yar Ba conduite déplorable, — c'est danlounBux à dire, — le midbeureax s'est bondié toutes les is3ne&. Les eboaes tm »oat à et poimt, que je n'oserais mËme pas solliciter pour lui.
liais si indigne qu'il soit du bitn qu'cm peut lui faire, nous ne devoiis pas l'abandonner tout à fait. Son honneur est encore intact, j'aime -à le croire, et c'esi lui, surtODt , que mon devoii' m'ordonne de sauver.
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Non, je ne veax pas que ton frère tombe dans la boue du ruisseau. Je regarde avec effroi le sombre avenir vers lequel il marcbe et je frémis en pensant aux éclaboussures que, dans sa chute, il pourrait faire jaillir sur toi, sur nos enfants et sur moi, A tout prix il faut l'empêcher de s'engloutir dans la fange où il patauge. Je veui transmettre à mes enfants mon nom pur, honoré et respecté, tel qu'on me l'a remis ; et je te le dis, Matbilde, je préférerais la mort pour eux, qu'une tache à leur honneur !
La marquise devint affreusement pâle.
— Ce que je crains est malheureusement possible, continua le marquis ; mais, pouvant prévenir le danger, je ne veux pas me laisser surprendre par le mal accom- ' pli. Sosthène est un indigne; mais ma pitié pour lui est plus grande encore que ma colère. Assurément il ne mérite rien, et c'est contraint et forcé que je veux faire quelque chose pour lui. Certes, j'ai mes idées et mes sentiments ; je n'agirai pas sans quelque répugnance, mais j'apaiserai les scrupules de ma conscience en me disant : Ce que je fais, ce n'est pas pour M. de Peray, qui ne le mérite point, mais pour Matbilde et pour mes enfants,
— Puis-je te demander quelles sont tes intentions?
— Certainement. D'ailleurs, tu sais bien que je ne fais rien sans te consulter et sans avoir ton approbation. Sosthène va recueillir entièrement l'héritage de sa mère, c'est peu de chose : des meubles, de l'argenterie, quelques milliers de francs, je crois, et des bijoux qu'il pourra vendre. J'ai donné à ce sujet des instructions à pion notaire. Ta signature et la mienne au bas d'un acte, et se sera chose faite.
Au cimetière, sur la tombe de madame de Perny,
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j'ai, le premier, tendu la main à Sostbëne, — la circonstance l'exigeait, — et je lui ai dit que tout ce qui appartenait à sa mère était à lui.
— Lui as-tu parlé de tes autres intentions.
— Non. Je voulais d'abord en causer avec toi. . — Alors, tu voudrais î...
— Si tu ne t'y opposes pas, lui continuer la pension que nous faisions à ta mère. Avec dix mille francs par an, il pourra vivre, sinon dans le luxe, mais d'une manière convenable et sans rien faire, ce qui paraît être loute son ambition. 11 n'aura pas , je l'espère, à recourïrà des expédients dangereux, et nous empêcherons ainsi le mal que nous devous éviter.
— Oui, dit tristement la marquise, nous ne pouvons pas l'abandonner ; il faut l' arrêter sur !a pente fatale pour qu'il ne roule pas au fond de l'ablme.Âh 1 Edouard, s'écria-t-elle avec un accent désolé, quelle parenté je t'ai donnée- 1
Et elle se mit à pleurer.
Le marquis l'entoura de ses bras, l'attira con cœur et lui mit un baiser sur le front.
— Oui, dit-il d'une voix émue ; mais tu t'es i moi, Mathilde, toi qui as toutes les vertus ! seul de tes regards ou un seul de tes sourires bien des cbosesl 11 n'y a pas de bonheur sans Mais près de toi cette ombre s'efface, le mal di et tout se puiî&e. Les qualités de la sœur font facilement les défauts du frère.
11$ restèrent un moment silencieux. La marquise réfléchissait.
— Edouard, 'reprit-elle, ton notaire sait-il ce que ta veux faire pour Sosthène 7
— Je lui en ai dit quelques mots.
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— Alors, ri«i n'est fait encore?
-~ Gomme je viens de te le dire, je voulais te consol* ter ; le notaire attend mes ordres. Trouves-ta -qae dixmille francs par an sotrait sufSsants?
— Oai.
— Eh bien, aujourd'hui m£rae je vais icrire au notaire.
— Edouard, j'ai une chose à te demantor.
— Laquelle ?
— Je voudrais m'occuper seule de cette a^ûre.
— Je ne demande pB« mieux.
— Et qoe tu m'autorïses à la régler comme il me conviendra.
— Je te doBBe ocAto antomatioo.
— Alors, en écrivant i ton notaire aujourd'hui ou demain, ou dans deux ou trois jours, ce n'est pas absohinoent {wessé, tu le préviendras que j'aurai une demande à lui faire î
— Oui, répondit le marquis eu souriant, et j'ajouterai qu'il devra se conformer aux intentions de la marquise de Coulange et considérer sa volonté comm« étant la mienne.
— Merci.
— Maintenant, pnis-je savoir quelle est ton idée?
— Pas encore. Mon projet réussira-t-fl? i« llgnoie. Mais à ton retour dn voyage que ta 4ot6 faire iians les Pyrénées, qoe j'aie réussi on non, je te dirai oe que j'aurai fait.
— Une surprise que tu me ménages?
— Une satisfaction que j'espère te donner.
— Agis dooe selon ta volonté. Tu le sais, Mattiilde, ma confiance en toi est entière, absolue.
— As-tu fixé le jour de ton départ î ]
BECX HiitlS 231
— Ta questÏQii eu rappelle que je De t'ai pas prévenue encore d'une visite que nous allons avoir. Par une leUre que j'ai reçue ce matin et qui m'était adressée k Paris, us de mes amis d'enfanee, le comte de Sisterne, que ta oonaais ééjà, m'annoace son arrivée & Paris, en ajoutant que ce sera pour lui une joie de noas revoir. Je lui ai répondu immédiatement pour l'inviter à venir passer deux cm trois jours avec nous à Conlange. En am?wit à Paris, demain, i) trouvera ma lettre chez sa sffiar, la «omt«ste de Talcourt, et je suis certain qu'il s'eii4>ressera de répondre à mon invitation.
— M . de Sisterne sera le bienvenu, je le recevrai avec grand plaisir ; j'ai gardé de la visite qu'il noos a faite, il y a cinq ans, un excellent souvenir.
— Je pensais partir après-demain, reprit le marquis ; uatœvllement, je suis forcé de retarder mon départ.
— Sais-to eombÎBD de temps U. de Sisterne restera i Conlaugef
— Comme tonjours, le comte ne fait qne passer ; il ne pouvait rester que six jours à Paris. Or, s'il donne trois jours à sa sœur, les trois autres seront pour nous.
— Comme tu dis, il passe es courant.
— C'est un peu comme cela que tous les marins voyagent sur terre. Il doit se rendre à Toulon ; je partirai avec loâ dtl'Aoecampagnerai j-usque-ià. De Toulon, je me dirigerai vers tes Pyrénées.
— Tu prendras le chemin des écoliers, dit la mai^ qnise en fionrienL
— C'est vrai, répliqua le marquis, mais je le ferai avec un ami.
— Le comte de âdsteme est riche ?
— il possède une des plus graades fortunes de Saintonge.
— Je m'étonne qu'il ait embrassé une carrière aussi périlleuse que celle de marin.
— En général, Mathilde, on est marin comme on est prêtre, par vocation. Le comte a suivi l'exemple de son père et de son aîeui qui ont occupé des postes importants dans la marine militaire. Cette famille est vouée à la mer depuis deux siècles. On ne compte plus les services qu'elle a rendus à la France, tellement ils sont nombreux. Son chef, qui se nommait Pierre Longuet, a été anobli par François I" et fait comte de Sisterne à la suite de plusieurs actions d'éclat. Comme iu le vois, c'est une noblesse déjà ancienne et qui commence par l'illustration.
Le comte Octave de Sisterne marche brillamment sut les traces de ses ancêtres. 11 était lieutenant de vaisseau il y a cinq ans ; il est aujourd'hui capitaine de frégate. Et comme il aime la mer, il ne s'arrêtera pas en si beau chemin. Sa frégate, VEponine, mouille actuellement dans la rade de Toulon.
— Et il reste toujours célibataire ?
— Toujours.
— Peut-être aime-t-il trop la mer pour pouvoir aimer une femme 7
— Je croîs, en effet, qu'il ne trouve pas sa positiM de marin compatible avec le mariage. Pourquoi pelé maries-tu pas? lui ai-je demandé un jour. — D'abord, il faudrait trouver une femme, ensuite il faudrait l'aimer, m'a-t-il répondu; or, je ne la cherche point, parce que je suis à peu près certain que je ne pourrais pas l'aimer.
— Singulière réponse ! fit la marquise.
— J'ai cru devoir m'en contenter ea m'apercevant que j'avais abordé un sujet délicat, sur lequel il ne
voulait pas se prononcer. Même chez ses meilleurs amis, il y a des choses intimes qu'il faut sa pecter.
— C'est vrai, murmura la marquise,
— Du reste, reprit le marquis, je ne crois de Sisterne soit aussi indiEFérent h l'égard de 1 qu'il veut le faire paraître. J'ai pensé plus d qu'il avait eu de ce côté quelque désillusion et i dait dans son cœur le souvenir d'ua amour mail Mais, tu le comprends, Mathilde, je ne lui a ijue j'avais cette pensée. Si je ne me trompe p Sisterne a réellement une douleur secrète,il doi la tenir cachée. Ce serait de la cruauté de touci plaie que le temps n'a pas encore guérie.