‹ Deux mèresChapitre 9 sur 21 · L AGENT DE POUCS ET LA. MARQUISE · texte numérisé non relu

L AGENT DE POUCS ET LA. MARQUISE

Pourquoi l'agent de police était-il rentré dans le jar< din? Qu'allait-il faire ?

Soupçonnant la vérité, il voulait voir comment madame de Pemy avait pu faire cette chute qui avait causé sa mort.

Âpres avoir fait le tour du pavillon, il s'arrêta devant la porte de la cuisine, regardant les marches de pierre sur lesquelles madame de Pemy était tombée. Bien qu'elles eussent été lavées à grande eau, on y voyait encore quelques taches de sang. Ensuite il leva les yeux vers la fenêtre du premier. Personne n'avait encore touché à la barre d'appui, qui restait i^ moitié détachée, comme au moment de la chute,

— Ce n'est pas très-haut, pensait Morlot; si la tête n'avait pas si malheureusement frappé l'angle de la pierre, madame de Perny en aurait été quitte pour quelques contusions. ËnBn, c'est ainsi qu'elle devait mourir.

Tout en tourmentant sa moustache, il se mit à réfléchir. Le soupçon persistait.

Il ne parvenait pas à s'expliquer comment madame

de Perny avait pu tomber de sa feaëtre, et idée lui revenait : 11 faut qu'une main

— Elle avait chez elle vingt mille franc oiï est cette somme maintenant? J'ai bie Pemy : il avait l'air sombre, le regard inq d'un homme qui vient de commettre un c viné son agitation intérieure. Pourquoi C'est une révélation.

Ses yeux se fixèrent encore sur la fenél d'appui.

— Pour bien voir il faudrait que je chambre, murmura-t-il.

Après un moment d'bésîtation, il eut mouvement de tête en arrière et pronon

— Je veux voir !

II revint devant la porte d'entrée dupavi restée ouverte. Il tendit l'oreille, tout en de lui un regard rapide. Il n'y avait pers jardin, un profond silence régnait dam N'hésitant plus, il entra résolument. 11 mi et pénétra dans la chambre de madame de

La marquise était dans le salon. Mais M( si peu de bruit qu'elle n'avait rien entend

Al) bout de quelques minutes, la jeune du salon et descendit l'escalier. Elle s'er soudain, elle s'aperçut qu'elle oubliait c qui se trouvait dans la chambre de sa i remonta précipitamment l'escalier et n'eul U porte, laissée entr' ou verte par l'agent di entrer dans la chambre.

A la vue d'un homme inconnu qui se dans l'encadrement de la fenêtre, la m:

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échapper un cri de surpiise et d'elErw. Morlot se r»toanta Ti veme nt.

— Oh ! pardon, madame la marquise, dit-il.

Et il s'inclina respectueusement devant die.

La jeune femme s'était remi»e protapteineai.

— Que faites-vous 1^ monsieur ? hii demaada-t-eUe d'un ton sévère.

— Madame la marqoûe, je regardais.

— Vous regardiez?

— Oui, madame, et avec la plus grande attdDtion.

— Ai-je le droit de vous demander?...

— Ce que je regardais? l'interrooipit Uorlot; oui, madame la marquise, vous avez ce drolL Veuillez voua approcher, je vais vous le montrer.

Elle fit deux pas en arrière comsa» si elle avait peur.

— Oh ! ne vous effrayez pas, madame la marquise, reprit Morlot, voui n'avez rien à craindre.

— Mais je ne vous connais pas, balbutia-t-elle.

— Tout à; l'heure je vous dirai qui je suis, madamala marquise ; je suis monté dans cette chambre qui était celle de madame votre mère, aâa d'examiner comment elle a fait cette ebute terrible qui a cauaé sa mort, Uaù" tenant j'ai vu et je sais à quoi m'en tenir.

— Que voulez-vous dire, monsieur? s'éciû li. marquise visiblement troublée.

Morlot, qui la regardait fixement, la vit pAlir :

— Elle sait tout, pensa-t-ï.

Et il répondit :

— Madame 1 a marquise, sans avoir de très-bons yHU, il est facile de voir que cette barred'^puiae s'est poiid détachée parce qu'un poids pesait sur elle. U est donc impossible d'admettre qoe madame de Pemjr soit tta^

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bée, k i&te eo avast, .en voulant fbraier la pertteanc. Plus inquiète encore que surprise, la jeune feaune s'était avancée près de la fenêtre.

— Pourtant, moosiear, dit-elle d'une voix émue, c'est et que madame de Pemy a déclaré.

— Je connais la déclaration qu'elle & faite, madame Ik marquise.

— Ëh bien 7

— Permettet-moî de tous «dresser cette sinqile question : T croyez-Tons ?

— tCa mère a dit comment l'accident était arrité ; je dois avoir uoe foi enlière eu ses paroles, monsieur.

— Morlot secoua la tôte.

— Madame la marquise de Coutaoge oserait-elle jurèrqu'elle croit que, dans sa dédaration, madame de Pemy a dit la vérité ? demaoda-t-il.

— Mais que suj^tosas-vous doue, monsieur 7 s'écria la marquise éperdue.

— Regardez, madame la marquise, reprit Morlot; la [ffesNOD sur la barre ne s'est pas faite perpendiculairement, mais horizontalemeut ; on remarque même, avec on peu d'atleuUoD, qu'on M a imprimé un mouvement debas eu haut. En eDet, c'est au-dessus de la barre qœ lepUtre a cédé; de plus, pour se détacber,elteaétésoulerée au-dessus de cette ar&le que vous pouvez voir asssi bien que moi. Ce n'est pas tout, madame la marqiûse, regardez enowe là, ces nombreuses rayures sur le parquet, elles vont dans teus les sens, ce qui indique qu'il y a eu piéttuemsiU. i>t là aussi, ces égratîguires EUT le plilfe.

— I^ bien, œoasieor, eb bien ? ât la mu-quise d'une voix «axieuse.

— Ëh Ueo, raadamelamarqnise, cequeje vois ma

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démontre clairement que madame de Perny n'a pas déclaré la vérité.

— Mais, monsieur...

— Et je conclus de mon eiamen, continua Morlot, qu'il y a eu ici, h la place où nous sommes, une lutte assez longue entre madame de Perny et une autre personne. Cette lutte s'est terminée par la chute de la pauvre femme.

La marquise était atterrée. Elle regardait l'agent de police avec épouvante.

— Mais si madame de Perny a fait une Tausse déclaration, poursuivit Morlot, c'est qu'elle avait ses raisons pour cacher la vérité. Pour moi, madame la marquise, elle n'a pointvoulufaireconnaître la vérité sursa chute, afin de soustraire le coupahle aux recherches de la justice et au châtiment qu'il a mérité.

La marquise saisit le bras de Morlot.

— Que croyez -vous, dites, que croyez- vous ? lui demanda-t-elle d'une voix oppressée.

— Je crois que madame de Perny est morte assassinée I répondit Morlot.

Elle recula en poussant un cri rauque. Mais aussitôt elle s'écria :

— Ne croyez pas cela, monsieur, ne le croyez pas t

— Madame la marquise, répliqua Morlot, le jour de l'accident, madame de Perny a reçu vingt mille francs qui lui étaient e avoyés par M. le marquis de Coulange. Avez-vous retrouvé cette somme?

La marquise resta silencieuse, la tète haissée.

— Non, n'est-ce pas? continua Morlot; les vingt mille francs ont disparu ; ils ont été volés.,.. Et le vola précédé ou suivi la chute de madame de Perny. Ainsi, madame la marquise, il y a eu ici assassinat et vol.

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Elle tressaillit et fit entendre un sourd gémissement.

— Maintenant, reprit Morlot, en baissant la voix et en se rapprochant de la marquise, voulez-vous que je TOUS dise le nom du criminel ?

La jeune femme se dressa brusquement.

— Non, non.taisez-TousI lui dit-elle avec égarement. Ah I vous mê faites peur ! . . .

Elle reprit aussitÂt :

— Mais qui donc vous donne le droit de me parler ainsi? Répondez-moi, monsieur, qui êtes-vous?

— Je suis un homme qui vous honore, qui vous respecte et qui vous admire, répondit Morlot d'un ton pénétré; je me nomme Morlot, et je suis inspecteur de police.

— Aht je comprends, murmura la marquise.

Elle se laissa tomber sur un siège et cacha sa figure dans ses mains.)

— Non, madame la marquise, répondit Morlot tiislemenl, vous ne pouvez ni comprendre, ni deviner quelles sont mes intentions. Mais, je vous le répète, vous n'avez rien à redouter de moi. Loin d'être votre enoemi, si un danger vous menaçait, je serais un de vos défenseurs.

La marquise le regarda avec étonnement.

Il reprit avec animation :

~ Madame la marquise, je sais quelle est la bonté de votre coeur; on vous appelle la bonne marquise, et, comme les autres dames de Coulange, la mère des malheureux ; je connais la plupart de vos belles et nobles actions ; je sais aussi que vous avez beaucoup souffert et qnevous souffrez encore. Groyez-le, madame la mar- •piise, je ne suis pas votre ennemi. Si je vous causais une douleur, je serais désolé, et une larme que je ferais

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tomber de vos yeoz serait pour moi aa reproche continael.

— Je TOUS crois, moD»ieur ; mais je ne coeaprendsplus dans quel but tous êtes ici.

L'agent de police parut embarrassé. Après uu moment de sileDce, il répondît :

— J'ai soupçonné le crime et j'ai voulu av&ir la certitude.

— Pourquoi?

— Bientôt, laadaBK la marquise, vous connaltrei la pensée qui me Eaitag^ ; pour le moment, je dois garder ie silence.

— Vous avez fait naître en moi une grande inquiétude, monsieur; oui, je suis eUrayée... Après l'aftreuse découverte que vous venez de faire, vos paroles ne peuvent me rassurer.

— Ce que madame de Perny a caché aux autres, elle vous l'a dit, à vous ; vous ne le niez pas?

— Hé, le puis-je? s'écria la marquise d'une voii déchirante; nier serait mentir I

Ne pouvant plus se contenir, des larmes jaillireiit de ses yeux.

— J'ai eu l'honneur de dire à madame la marquise que je n'étais pas son ennemi, que j'avais pour elle nn respect profond et une grande admiration, reprit Morlot d'une vois vibrante d'émotion; madame la marquise ne veut-elle pas avoir conSance en mot ?

— Je ne sais que penser, monsieur, répondit-elle d'une voix entrecoupée ; votre présenoe iù a pour soi une significatifHt terrible. Vous êtes inspecteur de poliw, j'ai donc tout à redouter. Ce que ma mère a cadié, ce que je voulais cacher aussi, vous l'avez découverL Pourquoi avez-TOus pénétré cet effroyable secret î Ahl

mon mari, mes enfants et moi, vous bous menaces tous!

— Permettez-moi de voas faire obswveF, madame la marquise, qu'il n'y a qn'nn conpalile.

La jeune femme se leva bmsquemenl.

— Oai, répliqua-t-ello d'ane toîx frémissante, il n'y a qu'on coupable ; mais autour de lui il y a le scandale, et ponr les innocents la honte et ropprobre-I Je porte imnom respecté, monsieur, un nom dont l'honneur n'a jamais r&QU ane tache... Si j'étais seule, j'aurais moins peur de la flétrissore; mais j'ai une fille, j'ai un filsl... Doivent-ils être condamnés & porter toute leur vie le poids de crime d'un maudit 7 Et le marquis de Coulange, qui est l'homme le meilleur, le plus généreux et le plus noble qu'il y ait au numdfl, a-t-îl mérité ce stigmate de honte? Voyons, monsieur, dites, son nom doit-il être souillé parce qu'il me l'a donné?

Horlot avait baissé la tête. II paraissait très-agité.

— Toas ne me répondez pas, reprit ta marquise.

— Les paroles que vous venez de prononcer, madafaie la marquise, me font réfléchir.

— ËnSn, monsieur, qu'allez-vous faire ? Dites-le moi.

— Rien.

— Rien?

— Oui, rien, avant d'avoir eu avec vous, madame la marquise, un entretien se(^et que vous ne refuserez pas de m'aceorder.

— Nous sommes seuls, monsieur ; pourquoi ne parlez-Toas pas tout de suite T

— Je le pourrais, mais je toux respecter votre deuil, votre douleur; j'attendrai quelques jours encore.

— Et c'est un entretien secret que vous Toulee avoir avec moi?

L,.,.. Cookie

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— Dans voire ÎQtérôt, il le faut.

— Oa'avez-Tous donc à médire?

— Beaucoup de cboses.

— Vous m'effrayez, monsieur !

— Non, ne soyez pas effrayée. Ne voyez plus en moi un agent de police, mais un de vos serviteurs. D'aujourd'hui en huit, si tous le voulez bien, madame la marquise, j'aurai l'houneur de me présenter & l'hûtel de Goulange.

— Je vous accorde l'entretien que vous me demandez, monsieur; mais je me trouve très -embarrassée.

— Pourquoi, madame la marquise?

— Nous partons demain pour le château deCoalange. Après avoir décidé moi-même ce départ, je ne vois

pas sous quel prétexte je puis maintenant le retarder.

— Que madame la marquise ne soit pas embarrassée, elle n'a rien k changer aux dispositions qu'elle a prises.

Dans huit jours j'aurai l'honneur de la voir au cbitcfau de Goulange.

Morlot ta salua respectueusement et se retira.

La jeune femme resta immobile au milieu de la chambre, les yeux mornes et la poitrine oppressée.

Le bruit des pas de Morlot cessa de se faire entendre.

— Il est parti !murmura-t-elle.

Puis après un moment de silence :

— Que se passe-t-il donc en moi ? s'écria-t-elle en frissonnant, il a voulu me rassurer, et c'est de la terreur qu'il m'inspire I Je suis en proie aux plus noirs pressentiments, l'horrible angoisse est dans mon cœur, toutes les craintes me saisissent... Oui, oui, j'ai peur!...

Elle poussa un profond soupir.

Tout à coup ses yeux étincelèrent.

— Mais que me Teut-il donc, cet homme? esclamq-t' elle.

Elle se redressa, superbe d'énergie, le regard éclairé d'une noble fierté, et, le front haat, parut jeter un défi aadangeriDCODDuquila menaçait.

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QUATaiËM.K PARTIE

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