AU BORD DE LA MAKNE
Le quatrième jour après la conversation qu( quis et la marquise avaient eue sur la terrasse d'été, sorte de galerie qui ressemblait assez â raudadespaystropicaus, le comte de Sisterne château de Coulange.
Il s'était annoncé par une lettre que le man reçue la veille, et on l'avait attendu pour déjf
Il fut accueilli à bras ouverts par M. de Goi très-affectueusement par la marquise. D'eui-r enfants lui tendirent leurs petits bras. 11 les emb après l'autre ; puis il resta un instant immobil gardant avec une sorte d'admiration extatique.
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sait trèB-énn, et on aurait pu voir deux larmes rouler dans ses ytns. Evidflmment, sdq émotion se rattachait à UD souvenir.
— Comme ils ont grandi, «t «omme ils sont 'beaxa l dit-il, en se tournant vers la marquise.
Et tout bas, & l'oreille de son ami :
— Tu es bien benreux, Edouard, ajouta- t-îl.
— Om,monami,et tu vois ici tontes mes joies ettont OHm bonheur, répondit le marquis, en montrant sa femme et ses enfants.
M. de Sisteme eut un soupir étouffS.
— Aurons-nous le plaisir de vous garder quelque temps à Goulange ? lui demanda la marquise.
— Hélas I non, madame, je ne puis vons donner que quarante -huit heures.
— Seulement?
— Edouard a dû vous dire que mon congé était trËscourt.
— Oui, mais j'espérais que peut-être...
— Dans notre métier, madame la marquise, ou peut donner rarement une entière satisfaction à ses désirs. Ainsi, en présence de l'accueil gracieux qui m'est fait à Coulai^e, ce serait un bonheur pour moi de passer près de vous au moins une semaine; mais il faut que dans quatre j«urs je sois & bord de ma frégate. Hal^ le peu de temps dont je puis encore disposer, je n'ai pas hésité k venir veos serrw la main. Je ne ponvats passer à Paris, si près de vous, sans me donner le bonbeur de vous revMr.
— G'«st OB bonheur que nous partageons, monsieur le comte.
— J'en suis ooovaincn, madame la marquise.
— Et comme vons avei quitté madame de Taloourt
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pour venir à <!oaliiB^, toqs dous accordez, par votre trop cwilfi visita, une favear inappréciable.
— Jevai£re^-âadMlajitter,probabIaaieotpDQr quatre ass «Beore, raùs, à mon r^oar en Fraitce, je vous promets, madame la marquise, de vetâe vona decaaQder l'hospitalité pendant quinze jours oo un mois.
— NoBS retesoBs votre promesse, monsieur la cninte, et si vous l'oubliez, Ed ouard se chargera de vous la rappeler.
Le déjeuner venait d'ôtre servi. On se mit k table.
Après le repas, on passa dans le sait» d'èti, où on se Uwa pendant deux heures à une agréable causerie.
Eugène, qui s'était tout de suite familiarisé avec le maria, avait -sauté sur ses genoux et s'y étaitinstallé sans ^on.
— Eugène, tu fatigues M. la comte, lui dit le marquis.
L'esfEmt voulut ^issw sur le p&rquet. Mais M. de Sisterne le retint en disant :
— II ne me fatigue pas du tout ; du reste, il faut que noQs fassions tout à fait conuaissance. Je ae puis vous eiprimerlajoie que j'éprouve d'avoir si vite conquis son amitié. Il parait que ma rudesse de loup de mern'a rien d'effrayant pour lui. Lorsque je reviendrai, je suis sftr qu'il me reconnjdtra.
— Oui, je vous reconnaîtrai, dit l'enfant; et puis je peaserai à vous souvent.
Le comte l'embrassa.
-~ Il est charmant ! dit-il.
Le marquis souriait. La marquise était rBvoBse.
—Je ne t'oubliorai pas non plus, r^rit le comte avec émoUon ; je le rapporterai quelque cbose de mon vojage. Chaque fois que je tourneraîmes yeux duciMéde
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la France, debout sur le pont de mon navire, je reverrai ton doux sourire, ton visage rose et ton regard itttelligent. Cher petit, tu vas être un de mes souvenirs. Un instant après, le marquis se leva et proposa de faire une promenade dans le parc.
— Avec plaisir, répondit M. de Sisteme.
— Papa, veux-tu que j'aille avec vous? demanda Eugène.
— Oui, nous t'emmenons.
L'enfant s'élança hors du salon, en criant :
— Mon cliapeau,mon chapeau I
— Ëttoi, Mathilde, viens-tu avec nous? demanda le marquis.
— Je me sens un peu lasse, répondit- elle. Et puis, continua-t-elle, un fin sourire sur les lèvres, vous avez probablement bien des choses à vous dire; je veux voue permettre de causer librement. Ce soir, après le diner, M. de Sisteme m'appartiendra et je me dédommagerai..
— Faut-il emmener Maximilienne ?
— - Voire promenade sera sans doute un peu longue pour ses petites jambes ; je crois qu'il vaut mieux ne pas l'emmener.
— Alors nous te laissons avec ta lille.
Eugène rentra dans le salon, son chapeau de paille i la main. Il revenait pour embrasser la marquise avantde sortir.
Un quart d'heure plus tard, les deux amis causaient de leurs souvenirs de jeunesse, en marchant lentement au milieu d'une des magniliques allées du parc.
Eugène, léger comme une gazelle, courait et bondissait joyeusementdêvant eux, fauchant adroite etàgauche la pervenche, la primevère et le muguet. A chaque instant il poussait un cri de joie, gui annonçait aux deui
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amis qu'il voyait grossir dans ses maïns la gi moisson fleurie.
Les promeneurs arrivèrent à l'extrémité df avaient devant eux une porte percée dans lem Le marquis se disposait à prendre k droite allée, lorsque M. de Sisterne s'arrËta, regardai
— Où conduit cette sortie ? demanda-t-il.
— Sur la Marne, répondit le marquis.
-Ah!
— Au fait, nous pouvons continuer notre j au bord de. la rivière, reprit le marquis. Nous verons pas beaucoup d'ombrage , mais, en re auras sous les yeux un admirable paysage.
— Je sentais l'eau, dit le marin en riant.
— L'eau douce, fit le marquis.
— Oui, mais l'eau des rivières va à l'Océan, Ils sortirent du parc.
Le comte resta un instant en contemplatioi panorama splendide qui se déroulait sous si ses pieds la Marne, éblouissante, lumineusi rayons du soleil couchant, qui faisait courir su vertes des reflets jaunes et rouges semblables : iettes de feu; sur l'autre rive, la prairie éi fleurs, des troupeaux de bètes à cornes dai tures; plus loin la flèche élancée d'un clocher i rouges au milieu d'arbres verts et de pommier! au fond et à perte de vue, des coteaux boisé desquels les feux du couchant metlaient une ; lumière.
— Ce site agreste est ravissant, quel délie sagel s'écria M. de Sisterne émerveillé.
— N'est-ce pas? dit le marquis. Ce qui fait charme de ce pays si riche de culture, c'est q
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iBois le paysage elUDge d'aspect et se p«v €aoa antre beauté.
■— Mon ctier Ëdonard, je caBoarâ & pen |»6s tons les pays du raoa^, mais je Te dis arec fiffl^ et im lé^time oi^eil, il n'en existe aucun qni soit «Mnparable à notre belle France I
— Je suis absolument de ton arîs, rftpliqaa Sf. ^e Coulange. Moutjoie et Saint-D^iis I comme disaîeat nos pères, de glorieuse mémoire, la patrie avant tout! Si nous n'aTons plus l'oriflaiirme de saint Louis, nous possédons le drapeau tricolore, l'étoile aoi trois cotileurs de la France, toujours TailVaale, toujours noble, tsujonrs grande I A tous les cteurs ^nçais la patrie est dlère, et il n'est pas vraiment Français, celuUà qui ne sent pas vibrer en lui l'eatbousiasme patriotique I
Le capitaine de frégate saisît la main du marquis etia serra dans la sienne.
Et ils se mirent à marcher silencieusement, laissant leurs mains fratemellemeat anies. Cette noble étretnte avait plus d'éloquence que beaucoup de paroles. EUe signiSait que ces deux hommes se compr^aient, qalls avaieutlesmëmes sentiments d'honneur, etqnele eœnr qui battait dans la poitrine de Fun était digne du cœur de l'autre. Séparés depuis prés de vingt ans, mais sans avoir cessé de s'estimer et de s'aimer, ils étarëntbenreux, non senlement de se revoir, mais encore de se retrouver tels qu'ils s'étaient connus, c'est-à-dire anàoés des mêmes pensées,
— Quel est le nom de ce village en face de nous îdcmaodaH. de Sisteme pour rompre le silence.
— Miéran, répondit le marquis.
A ce moment, l'enfant, qni nutpc&ait devant enz, poassa un cri de surprise et de joie.
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Us levèrent brasqBemoDt la Uke, et^ k vingt-ein trente paade distaDC», ils firent denx fémnus arrfi aamiliea ductiemiD.
Eugène s'était tourné vers eux.
— Papa, dit-il d'une voix qui révélait uoe émo Tiolente, c'est madame Louise, ma boone atme da dia des Tuileries.
Et, sans attendre la réponse dn marqms, il p coiuBie UQ trait.
Presque aussîtdt, ils virent l'une des femmes se 1 ser et recevoir l'enrant dans ses bras. Ils h&tèreii pas. Le front du marquis s'était assombri -, il avait contrarié.
L'autre femme, dans laquelle le lecteur a reco Mélame, s'avan^ à I^u* rencoatre.
— Madame, lui dit assez sèchement le marqats, j' veux pas vous cacher mon étann«mHit^ es effet, je m'explique pas comment votre compagne, qui demi à Paris, se trouve aujourd'hui à CouJange, soc le ] sage de mon fils. Je sais qu'elle a rencontré Eug plusieurs fois dans le jardin des Tuileries et ^'elle pris en amitié; Boais ce n'est point une raison si santé pour qu'elle sa croie autorisée à venir le cl clier jusqu'ici Je voua avoue que ceci me parait sii lier, et que cette dame me donne le droit de suspe ses intentions.
Le front de Mélaoie s'était eonvert de rrageor. In loquée et confuse, elle ne trouvait rien à dire.
— Cette dame est-elle votre parente? demand marquis.
— Elle est mon amie, répondit Mélanie ; mais e nous aimons comme deux sœurs. Monsieur le mari peut se rassurer, elle n'a aocune mauvaise iotent
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Regardez-la; en embrassant votre fils, ellepleure dejoie.
— Je Teux bien vous croire, répliqua le marquis d'un ton radouci ; mais cela ne me donne point l'explicatioD de cette rencontre imprévue,
— La voici, monsieur le marquis : J'ai amené mon amie à Miéran pour y passer quinze jours ou ua mois avec moi dans ma famille.
— C'est différent. Ainsi, c'est le iiasard ?
— Je ne veux pas mentir, monsieur le marquis ; nous avons dirigé notre promenade de ce cdté, avec l'espoir que mou amie pourrait voir vos enfants de loin, en passant devant la grille du château.
— Je vous remercie de votre franchise, madame, dit le marquis, dont la figure avait repris son expression souriante. Allons, continua-l-il, j'ai eu tort, je le reconnais. Est-ce que vous êtes de Miéran ?
— J'y suis née, monsieur le marquis ; dans mon enfance, j'ai eu l'honneur de voir plusieurs fois madame la marquise de Goulange, votre mère.
— Et maintenant, vous habitez h. Paris ?
— Depuis mon mariage.
— Comment appelez-vous vos parents de Miéran ?
— Les Rouget et les Blaisois sont mes cousins ge^ mains. Les Blaisois de Coulange sont aussi mes parents.
— Je connais plusieurs membres de votre famille. Eh bien, madame, je ne veux pas que vous gardiez l'impression qu'ont dû produire en vous mes paroles un peu trop vives. Lorsque vous et votre amie dirigerez votre promenade du côté de Goulange, vous voudrei bien entrer au ch&teau ; vous y serez reçues avec cordialité.
Mélanie s'inclina respectueusement, en balbutiant quelques paroles de remerciement.
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Âpres avoir embrassé l'enfaDt à plusieurs reprises, en le serrant contre son cœur, Gabrielle s'était relevée. Tout entière à sa joie, elle avait oublié qu'elle était en présence du marquis.
Comprenant qu'elle devait au moins le saluer et lui adresser quelques paroles d'excuse, elle essuya vivement ses yeux mouillés de larmes et marcha vers le marquis et son ami.
Depuis que Gabrielle, s' étant dressée sur ses jambes, montrait entièremeat son visage, le comte de Sisterne l'eiaminait avec un étonnement mêlé d'une sorte d'an- ^isse indé&nisable.
La jeune femme s'approchait. Soudain, rapides et brillants comme deux éclairs, son regard et celui de H. de Sisterne se rencontrèrent.
Gabrielle s'arrêta aussitôt et resta immobile, comme pétrifiée.
Le comte paraissait en proie à un trouble extraordinaire. Cependant, il n'avait point reconnu Gabrielle ; mais le regard de cette femme si pâle, qui lui rappelait un autre regard qu'il n'avait pu oublier, venait de pénétrer en lui comme une flamme, et de mettre en émoi tous les tristes souvenirs de son cœur.
Et immobile, lui aussi, en face de la jenue femme, il semblait la dévorer des yeux. Peul-ètre attendait-il un noQveau regard. Mais Gabrielle tenait ses yeux baissés.
Une minute s'écoula ainsi, une minute d'anxiété at de malaise indescriptibles pour Gabrielle. On aurait dit qu'elle sentait le feu du regard qui pesait sur elle. Enfin, se raidissant contre sa faiblesse, elle parvint à se rendre maîtresse de son émotion. Alors, sans prononcer un mot, elle s'inclina devant les deux hommes. Puis, saisissant brusquement le bras de Mélanie :
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— Viens, lai dit-elle, n«B3 1 Et elle Tcntrata» ra|ndene«t.
— An revoit, madanM Louîm 1 eiia feafant.
Elle l'entendit, se retourna saos s'arrêter et lui fit avec la main plasîeurs signes ^adiw}.
— Etrange femme I mnnnara le mar^ms.
Le regard de M. de Sisterne saivait les deux ami».
Il n'avait pas fait un mouvement, n senoblait que ses pieâs fussent clooés an sol.
Au bout d'un instant, il laissa échapper un soupir.
Le marquis l'examina arec surprise. Il s'aperçât qa'il tremblait légèrement, qu'il y avait dans son regard mu tristesse profonde et quelque chose d'amer dans le pli de ses lèvres.
— Octave, qu'as-tu doncf lui demanda-!- il d'oB ton
M. de Sisterne se tourna vers lui et le regarda &ament.
— Tu es mon meilleur ami, répondit-il ; aujourdlini j'éprouve le besoin de soulager mon cœur. Edouard, venx-tu être mon confident?
— Je serai pour toi tout ce que tu voodras.
— Elentrons dans le parc.
— Tiens, dit tout à coup l'enfant, j'ai laissé mon bouquet aubord de la rivière.
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— EhbieD,m(Hi ami, répondit lepère en soariaiit, tu n'as qu'& te baissa' pour en bùre u> autre.
— C'est cela, c'est cala I s'écria joyaosameat Esgèae ; je la îwai gros, très-gros, beaucoup plus beaa qua ie ^Kam 6t je le dosBerai i maoun.
St il partit eo courant pour se mettre à la recèercbe de œnveUes fleiws.
— %ius poaTOBSca»s9r, dit te marquis.
— Edouard, je voudrais d'abord que tu me dises quelle est cette jeune femnie pflle, qui a ponr toQ fli» une si grande affection.
— MoQ cher Octa«, je l'ai Toe anjourd'faui pour la première fois, c'est te dire que je ne la >ooanais pas ; oéaumoins, je vais {'apprendre ce que je sais.
Très-brièvement, le marquis raconta à son ami tout ce que la gouTemante de son fils lui avait appris concerowt la {«nme pik du jardin des Tuileries, a]q>el6e par les «nfauts Figure de cire.
Le comte J'avait écouté jLtlesUveraent sans l'ioter- Tompre.
-- Ainsi, 4it-il, «lie se somme Louise ?
— Oui.
— Et on croit généralement que c'est une panvrelolle . -- Nous TOUiMis de ia voir; n'as-tu pas remarqué
comme moi son attitude étrange, Bon air «ffaré ?
— Non, je regardais ses yeux et sou visage pâle,
— Eh bien, moi, je l'ai observée avec beaucoup d'attœtion, et je reste couvaiocu que nous étions en présoice, je ne dis pas d'une femme complèt«ment folle, mais d'une malheureuse qui ne jouit pas de toutes ses lacuUés ùtelleMiielles.
— Pauvre femme! paui^TefeouQel murmura tristement M. de Sisterue.
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— Dans tous les cas, reprit le marquis, elle est bien telle qu'on me l'a dépeinte ; elle a la folie douce et rêveuse; c'est une manie qui la pousse irrésistiblement vers les enfants et qui surexcite sa sensibilité d'une façon extraordinaire. En somme, l'égarement de sa raisoD n'est nullement redoutable.
Ces paroles furent suivies d'un moment de silence.
— Edouard, reprit le comtede Sisterne, tout à l'heure, tu m'as entendu pousser un soupir, et tu t'es étonné de me voir agité, triste, troublé.
— C'est vrai, dit le marquis.
— Bh bien, c'est cette femme pâle qui a causé mon émotion ; je ne saurais te dire l'impression aussi étrange que subite qu'un seul de ses regards a fait naître en moi; elle m'a remué jusqu'au fond du cœur. Attends, tu vas comprendre : La coupe et les traits de son visage, sa chevelure, sa taille, la façon dont elle porte sa tSte et son regard, oh 1 son regard surtout, qui a rencontré le mien, tout dans cette femme, m'a rappelé une jeuoa fille belle et chaste que j'ai aimée, que j'aime encore, que j'aimerai toujours, car jusqu'à mon dernier souffle son cher souvenir restera dans mon cœur et ma pensée, pur de toute profanation.
— Oh I mou ami, dit le marquis visiblement ému, je ne te demande pas ton secret I Si tu dois un jour regretter d'avoir parlé, ne me dis plus rien.
Le comte secoua tristement la tète.
~ Non, reprit-il, je ne regretterai pas de t' avoir ouvert mon cœur. Pour un ami tel que toi , un frère, je ne veux rien avoir de caché. Il me brise, it me tue, il m'étouffe, ce secret que je traîne partout, sur terre et sur mer, comme le forçat traîne le boulet rivé à ses pieds. 11 me semble qu'après te l'avoir confié, je serai
soulagé. S'il n'y avait dans ma pensée que l'image gracieuse d'une femme aimée et dans mon cœur le regret seulement du bonheur perdu, ce serait un doux s nir dont je vivrais. Mais ma conscience n'est pas reproche, Edouard, et le remords a attaqué mon c Ami, continua-t-il en s'emparant d'une des mai marquis, ce n'est pas seulement une confidence ( Tais le faire ; c'est aussi une confession que tu va tendre.
— Parle, dit le marquis ; je commence par te ] dre; ensuite, si je le peux, je te consolerai.
-~ Tu ne me consoleras point ; mais tu peu:
plaindre, car je suis réellement très-malheureux.
Je le disais donc que la femme pâle, que les ei de Paris appellent Figure de cire, m'avait tout à rappelé une triste époque de ma vie, en réveillant mon cœur des souvenirs assoupis.
Un instant, j'ai cru que j'allais reconnaître, dans femme, Gabrielle. — Gabrielle est le souvenir. — . trompais. Ce n'est point Gabrielle qui était devant Maintenant, je me demande si la ressemblance i réellement. N'ai-je pas eu un mirage des yeux oi hallucination momentanée?
— Je crois, en effet, que tu as été sous le coup illusion d'optique, dit le marquis; si surprenante soient certaines particularités de la vision, elles n( pas rares et s'expliquent facilement.
— Quoi qu'il en soit, reprit M. de Sisterne, j( encore tout étourdi du choc que j'ai reçu, et cette vre femme a provoqué la confidence que je vais te
Après s'être recueilli un instant, il passa rapide sa main sur son front et commença ainsi :
— A l'occasion du mariage de ma sceur, qui s'es
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liée au mois d'août 1852, j'avais demandé et obtenu on congé de six mois. 11 est vrai qu'on ne pouvait guère me le refuser : je venais de rentrer dans le port de Brest après une absence de six années.
Quelques jours après !e mariage, qui fut célébré à Saintes, j'accompagnai les jeunes époux <[4Ù allaient s'installer à Paris. Mon beau-frère était alors, — du reste, il n'a pas cbangé, — un bon et joyeux garçon, qui fit tout ce qui dépendait de lui pour me retenir à Paris et empêcher le spleen de me saisir. Mais il se devait à ses fonctions, et le temps qu'il ne donnait pas an ministère de la marine, il le consacrait à sa femme. Certes, je n'avais garde de me plaindre d'Être un peu oublié et abandonné ; c'était une trop douce satisfaction pour moi d'être le témoin de leurs joies, de les voir s'aimer et de savoir ma sœur heureuse.
- Toutefois, je me trouvais isolé près d'eux et je vivais dans une espèce de solitude. Souvent, j'étais obligé de me sauver pour ne point les gôner par ma présence et leur laisser goûter le charme de l'intimité du tête-à-léte.
Ne connaissant personne & Paris, je n'avais pas la ressource d'aller demander à des amis de me procurer des distractions. Tu étais à cette époque tiis-^avemeat malade, et après t'avoir fait trois visites seulement, je n'avais plus osé me présenter à l'hAtel de Coulange. Bref, je m'ennuj^is, et mon existence de désoeuvré me semblait lourdement monotone.
Je n'avais pris qu'un mois encore du congé dont je jouissais, que j'avais ardemment sollicité, et déjà je m'effr^ais de sa durée. Qu'allais-je faire de ces cinq mois de liberté entière que j'avais devant moi? Je me le demandais avec une sorte d'anxiété. Enfin, je compris qu'il {allait me secouer ^ qu'il était urgent de me