‹ Deux mèresChapitre 12 sur 21 · DEUX M^KS · texte numérisé non relu

DEUX M^KS

distraire. Je résolus de quiltor Paris pour aller oi traTers l'Angleterre, l'Allemagne ou l'Italie.

Or, j'avais déjà flzé le jour de mon 4lépart k pissant UD soir rue Saiut-Honoré, j'eus la singiUiè d'eatrer dans le bal public de la salle Valeatioo. pas besoin de te parier de la pbysioaomie de cett un jour de bal ; tu k connais, sans doute ; du resl les bals publics se ressemblent. Ce soir-là, il i foule JtValentino. Aveuglé par la lumière éclatai lustres, abasourdi par le bruit de l'orcbestre el par le mouvemeat extraordinaire que j'avais si yeux, je m'avançai jusqu'au milieu de la salle, frayant difficilement un passage.

Je découvris une place libre sur une banqueti m'en emparât An bout d'un instant, je m'aperç le hasard m'avait placé à c6té d'une jeune fille beauté ravissante, idéale. Je k regardd A la Ai d'abord, et je me sentis émerveillé et saisi d'à lion.

11 7 avait sur ses lèvres souriantes nu charme nissable et sur son front pur le calme et la séré l'innocence. Rien ne saurait rendre l'expression et enchanteresse de sa physionomie un peu rêvei elle tout était gracieux et révélait la pureté de so On devinait qu'elle avait encore l'ignorance du que rien n'altérait la suavité de ses pensées.

N'ayant guère plus de dix-sept ans,- fraîche e heureuse de sa jeunesse en fleur, ravie de sa senti il semblait qu'elle Iftt éclose d'un rayon de prin Aht mon anù, entre cette délicieuse enfant «t très jeuMsâlLes, également belles, qui tourbiUoi devant moi, quel contraste frappant!

Devenant plus hardi, je lui adressai k parole.

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— « Vous ne daasez donc pas, mademoiselle ? lui demandai-je.

Alors, son regard, que je n'ai jamais oublié, sou regard voilé, expressif et plein d'une langueur adorable s'arrêta sur moi. Et je pus voir et admirer ses beau yeux d'une douceur ineffable, clairs et limpides, qif reflétaient comme un miroir l'innocence de son cœur, la blancheur de son àme.

J'eus une sorte d'éblouissement et je fus aussitôt . saisi d'un grand trouble intérieur. J'avais aspiré comme un parfum la lumière de sou regard, elle descendait en moi et je la sentais pénétrer dans mon cœur. Je ne cberchai point à me rendre compte des sensations que j'éprouvais ; je n'étais pas en état de me livrer à un travail d'analyse psychologique. Complètement captivé sous le charme de ce regard lumineux, je commençais à savourer tes délices d'une ivresse inconnue..

D'une voix mélodieuse, un peu timide, et le fVont rougissant, elle me répondit :

— « Je suis venue ici ce soir avec deux de naes compagnes ; elles aiment la danse et je les regarde s^ divertir; moi, je ne danse jamais.

■ — « Pourquoi? Est-ce que vous n'aimez pas la danse?

— « Je l'aimerais peut-être, monsieur, me répondilelle avec son air plein de candeur ; mais la danse, dans un bal public, est un plaisir que je crois devoir me refuser. M

Je fus enchanté de cette réponse. Alors, je lui adressai plusieurs autres questions. Elle m'apprit qu'elle était employée dans une maison de commerce en qna^ lité de demoiselle de magasin, et qu'elle n'était à Paris que depuis quatorze mois environ. Née à Orléans, ses parents étaient des commerçants aisés de cette ville.

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Mais ayaiiteu le malheur de perdre sa mère, qui l'adorait, et son père s'étant remarié, on l'avait retirée du peQsionnat où elle était élevée. Malheureusement, elle n'avait pu s'accorder avec sa helle-mère qui, loin d'être bonae pour elle et de lui témoigner de l'amitié, était parvenue, au contraire, à lui aliéner le cœur de son père. Enfin, lasse de souffrir et ne pouvant plus supporter les mauvais traitements de la marâtre, elle s'était enfuie de la maison paternelle pour venir ù Paris où elle se trouvait relativement heureuse.

A onze heures et demie je sortis du hal en même temps que Gabrielle et ses amies. Je n'avais pas eu la hardiesse de lui demander où elle demeurait, pensant arec raison que cette question lui paraîtrait indiscrète etqa'elle refuserait d'y répondre. Mais j'avais déjà en moi le diésip de revoir cette jeune fille, et je ne sais quel démon m'inspira la pensée de ta suivre. C'est ainsi que je découvris qu'elle demeurait dans un hôtel meublé de lanieTiquetonne.

Toute la nuit je pensai à elle ; j'eus constamment devait les yeux son angélique figure, son doux sourire, son front radieux, et je sentais toujours en moi l'étrange impression de son regard illuminé.

Le lendemain, je ne parlai plus de quitter Paris ; mon ennui avait disparu comme par enchantement.

Je me sentais brûler d'une ardeur singulière, qui aurait dû être pour moi un avertissement, La distraction que je voulais aller chercher à l'étranger, je l'avais trouvée à Paris. Revoir Gabrielle et m'en faire aimer était ma seule pensée. Et après 7 aurais-je dû me demander.

Certes, si j'eusse été capable de réfléchir et d'examiner froidement la situation, obéissant immédiatement à la voix de ma conscience et au sentiment de l'honneur,

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j'ftorais boudé ma valise et je on serais aauvé de Paris par un train rapide. MatbeuretuefDeat La réâexioB ne me viat pas. Déjà la mile, — et oe ait non preouertCHi, — «n m'attacbant aoz pas de la jeûna Alie, j'avais été eatratné par un mauvais sentiment, un seotim^t de curiosité, peut-6tre irré&écki, mats mauvais qaaod tnAme.

Ainsi, poussé par je ne sais iqaoî de fatal, j'allais jouer vis^vii d'une innocenta ea£ant, un râle indigne de moi, contraire à tons mes principes, le r6Ie odieux de séducteur! Et j'avais poursuivre mon but sans m'arréter devant sa jeunesse et sa' candeur virginale.

Que de reivocbes am^s je me suis adressés depuis I

Ah 1 je a» reconnais coupole I... J» a'ai ^lu'me excuse à invoquer : je l'aimais !...

M. de Ststerne s'interrompit, ne pouvant plus maitriser son émotion.

— Tout cela est très-grave, en effet, dit ta man|ns, et tu es vérit^)lemNit jk plaindre. Mais continue, mon ami, je t' écoute avec le plus vif intérêt. *

— Ainsi, Edouard, tu ne me blâmes point ?

— Le moment serait mal choisi. D'ailleurs, tu t'es jugé toi-même ; je n'ai plus rien à dire.

Le comte de Sisteme oonlinua :

— Je cherchai donc à revoir Galnielle ; mais Uâ& jours s'écoulèrent sans que je pusse paTv«nirà la rencontrer. Alors je pris le parti de lui écrire «rt je s^inai ma lettre : Octave Longuet ; mon prénom et le nom du chef de ma famille, qui porta le premier la titre de comte de Sisterae.

CoraoM tu le vois, je cachais mon véritahla mnn. Pourquoi? Je ne saurais l'expliquer. Evidemmant ce fait

.Coglc

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ilait le résnttat d'un caleul. Je sectaîs inatinctifement ^e je se ^vais pas effanmcber Gabrt^« et éreiller sa pradenee. J'entrais tost i fait dans mon rOle de sédneleur. Octave LoDguet, un simple bonrgeois, poavait attirer sa eofiSaDce ; le comte de Sisterne, officier de iDctriiie, deveDait pour elle, an coatraire, un épouvantiil el la mettait ea garde contre mes projets. Et puis, je dois le dire, poisqne je veux ne te rtoi cacbOT, j'étais quelque peu défiant. Malgré son histoire qu'elle m'araît racontée n^vement, et le jugement bvorable que j'sTais porté sar elle, il existait encore dans ma pensée un léger doute sur sa vertu.

H^as I l'homme est fait ainsi ; te meilleur ne peut échapper au scepticisme et nous sommes généralement trop disposés à accepter le soupçon injurieux à l'égard de la femme. C'est tout simplement abominable. Ahl mon ami, comme nous sommes loin de ces temps où, pour nos pères, la femme était on culte I Nous n'avons plus k foi sainte ; nous ne savons plus rien idéaliser I M bien, oui, malgré mon cœur qui se révoltait, je doutais de l'innocence de Gabrielle. Oh I je ne puis me rappeler cela sans honte 1 Gomme j*étais aveugle et misérable t

Ma lettre resta sans réponse. Je m'y attendais un pen, je ne me sentis nullement découragé. Voulant revoir Gabrielle à tout prix, je me décidai à entrer un jour daasle magasin de nouveautés de la rue Montmartre oîi elle était employée. A ma vue elle se troubla et une vive roajîeur colora ses joues. Je compris que je ne lui étais pas indifférent et que ma lettre avait produit l'effet espéré. Je m'adressai à elle pour acheter je ne sais plus Quoi, et, pfflidant quelques minutes, je pus ainsi échan- S^r quelques paroles avec elle. Je revins plusieurs fois

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dans le magasin, faisant à chaque visite l'emplette d'un objet quelconque, que je donnais le soir même ou le lendemain à la femme de chambre de ma sœur, à si cuisinière ou à sa concierge pouf ses enfants.

Enfin, un soir, Jugeant que le moment était venu ie me prononcer sérieusement, j'attendis Galirielle à la porte de sa maison. Un peu malgré elle, je m'emparai de son bras et nous nous mîmes à marcher sur le trottoir, le long des maisons. Ce que je loi dis, je ne me le rappelle plus : mais mon langage ne pouvait être que celui d'un séducteur. Elle m'écoutait en proie à une violente émotion. Elle avait la poitrine oppressée, la respiration haletante, et elle tremblait de tous ses membres. Je Ini parlai de ma lettre.

— « Oh ! me répondit-elle, j'ai été tout un jour sans pouvoir me remettre de l'émotion qu'elle a produite en moi ! Cependant, continua-t-elle avec une naïveté chai^ mante et un adorable abandon, si vous n'étiez pas venu au magasin, j'aurais réussi à vous oublier, »

Après cette réponse qui lui était pour ainsi dire échappée, j'obtins facilement l'aveu que mon amour était partagé. Je sentis aussitôt mon cœur inondé d'une joie infinie. Je l'entourai de mes bras et je posai mes lèvres sur son front. Dès lors, mon triomphe devenait facile, pourtant, j'eus à lutter contre certaines résistances, nées de pudiques terreurs, derniers retranchements derrière lesquels se défend la vertu qui chancelle.

Mais Gabrielle m'aimait autant et peut-être plus que je ne l'aimais alors ; elle ne pouvait résister longtemps. D'ailleurs, pleine de confiance, ne me supposant point capable de la tromper, et croyant à la promesse que je lui avais faite de l'épouser, elle se donna à moi entière-

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— Comment, s'écria M. de Goulange avec étonnement, tu lui a^ais promis de l'épouserî

— Oui.

— Ohl c'était mal, cela, très-mal!

— Oui, c'était très-mal. Après la séduction, lorsqu'elle fat ma maîtresse, je lui renouTelai eucore celte promesse ; mais cette fois, Edouard, connaissant la pureté de toutes ses peosées, sachant quels rares trésors étaient renfermés dans son cœur, cette fois j'étais sincère; oui, i'iTais résolu que Gabrielle serait ma femme.

— Lui as-tu dit alors que tu étais le comte de Sisterne?

— Non.

— Pourquoi?

— Pour ne pas avoir à rougir de mou mensonge ; pour ne pas lui laisser supposer qu'après lui avoir menti ODe fois, je pouvais la tromper encore.

— Faible excuse, mon cher Octave.

— Je voulais aussi, le moment venu, me donner la joie de sa surprise. Mais, comme je te l'ai déjà dit, tout cela était fatal. Tout à l'heure tu en auras la preuve.

Tu ne saurais te faire une idée, Edouard, de l'élévalion, de la grandeur et de la véritable noblesse qu'il y avait dans cette adorable enfant. Et dans les sentiment.', quelle délicatesse exquise t

Son travail lui donnait à peine de quoi se suffire et elle logeait dans une pauvre chambre d'hûtel, une mansarde. Je voulus lui louer un logement plus convenable et le lui meubler. Je voulus lui donner des bijoux, des toilettes, de l'argent. Et bien, il me fut impossible de lui faire rien accepter.

— « Non , me disait-elle avec une expression touchante, je veux rester à mes yeux toujours digne de

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