‹ Deux mèresChapitre 14 sur 21 · POUR L HONNEUR · texte numérisé non relu

POUR L HONNEUR

Après un court silence, l'agent de police reprit la parole.

.Cookie

DEUX HâRBS 277

— Madame la marquise, dit-il, vous pouvez croire qup ce n'est pas de gaieté de cœur que je vous parle de M. de Perny ; j'y suis malheureusement forcé. Connaissant, par le bien que vous faites autour de vous, la noblesse et la bonté de votre cœur, je comprends combien TOUS deveK souffrir d'avoir pour frère un homme indigne, et il m'est extrêmement pénible de toucher à vos plaies saignantes.

— Aujourd'hui, comme il y a huit jours, dans la chambre où ma mère a rendu son dernier soupir, vous vous rendez compte de ma douloureuse situation. Hélas I elle n'a ]>as changé ; vous me revoyez humble et tremblaDte devant vous. Oui, monsieur Morlot, je soulTre, je souffre horriblement ; et depuis l'épouvantable découverte que vous avez faite dans le pavillon des Ternes, mes nuits ont été tourmentées par de cruelles insomnies et toutes sortes de visions lugubres. Pourtant, vous m'aviez parlé avec bonté ; devinant mon horrible crainte, vous aviez calmé mon anxiété, en me disant: » Je ne ferai rien. » Eh bien, malgré cela, je n'étais pas rassurée, je ne le suis pas encore. Mon Dieu, cela se comprend, je ne sais pas quelles sont vos intentions. MaV gré votre bouté, dont je suis convaincue, et la douceur de votre regard, vous m'apparaissez menaçant et terrible...

Comme vous le dites, monsieur Morlot, M. de Perny est un indigne; mais il est mon frère, l'oncle de mes enfants, je suis obligée de le défendre.

— Malheureusement, madame la marquise, vous ne pouvez pas l'empCcher de tomber entre les mains de la justice.

— Ah! aujourd'hui vous êtes contre moi! s'écria-tclle d'un ton douloureux. Monsieur Morlot, je vous le

378 DBOX hArrs

i^iàte, « TOUS révélez, comme vous en avez le droit, le terrible secret que vous avez découvert, c'est le marquis de Coulange, c« sont mes eofants et moi que vous frappez en plein coeur; le coupable sera puni, mais les ÎDDOcents resteront à jamais couverts de sa hontel Moi, continua-t«lle d'une voix entrecoupée, la mort me soustraira h cet opprobre, car je ne pourrai pas vivre longtemps en face de la douleur de mon mari.

Norlot sentait son cœur se serrer; il essayait vainement de résister à l'émotion poignante qui s'emparait de lui.

— Madamela marquise, répondit-il tristement, quand même je garderais le silence, le malheur que tous redoutez est inévitable. M. de Perny se trouve sur une pente rapide et glissante au bas de laquelle est l'abime; il faut qu'il descende et qu'il tombe. La police correctionelle ou la cour d'assises l'attend ; c'est fatal, rien ne peut le sauver... S'il n'est pas puni pour un crime, un peu plus tard il le sera pour un autre.

— Non, non, répliqua la marquise avec énergie, je veuxl' empêcher de rouler au fond del'abtme, je veux encore essayer de le sauver I...

Et se redressant, les yeux enflammés :

— Ail cen'estpasluiquejedéfends, le misérable! s'écria-t-elle, ce sont mes enfants, c'est l'honneur du nom de Coulange I

Elle continua avec animation :

— Monsieur Morlot, si vous m'avex dit la vérité l'antre jour, vous êtes un ami de la maison de Coulange.

— Oui, madame. Du reste, je puis vous le dire, c'est vous, vous seule qui, sans le savoir, avez jusqu'à ce jour protégé M. de Perny contre moi, c'est-à-dire contre le châtiment suspendu sur sa tête. Si vous n'aviez pas été

OBDX MiHW i79

li, madamela marquise, lui servant «a quelque sorte de bondier, il y a plus de quinze jours qae M. de Peniy ferait arrMé.

— Ai-je donc perdu ce pouroir qn« tous m'ares donné, monsieur ? Ferei-Tous aujourd'hui ce que tous n'ayez pas voulu faire il y a quinze jours î

— Alors, madame, j'igDoraisce que je sais aujourd'hui.

— Pour nous, monsieur? la sltuatioD est la mâme, et lu raiions qui vous ont retenu n'ont pas cess6 d'exister.

Horlot sa troura embairassé.

— Ces raisons se sont modlHée§, balbatia-t-Q.

-~ Monsieur Moiiot, r*prit la marquise, c'est notre bonneoT qn'il s'agit de saoTeret je le veux à tout prix. Ahtvons allai me trouver bien bardia. Ecoutez-moi : Pour arriver à ce résultat, pour emptebermon frère de ronler au fond du gonOIre ouvert sous ses pieds, c'est inr vous que j'ai compté.

— Sur moi! s'écria Morlot stupéfié.

— Oui, SI» TOUS, qui n'avez qu'un mot à dire pour le bîre jeter dans une prison.

— Pardon, madame, mais je ne comprends pas...

— Bcoatez4n(d bien, monsieur Morlot : mon mari et moi, nous savons parfaitement ce qu'est M. da Pemy, et nous ne nous faisons aucune illusion sur le sort qui lai est réservé; oui, nous savons que sa déplorable existence peut le conduire à sa perte. Cela arriverait fatalemenlsi nous l'abandonnions complôtement; car, n'ayant pas de fortane, il serait obligé de vivre d'expédients.

— Déjà il en est là, pensa Morlot.

-~ L'intention de H. de Goulange était de lui faire une pension, continua la marquise, mais je n'ai pas été da mAme avis que mon mari; une idée m'est venue en pensant à vous, monsieur Morlot.

...Gooj^lc

280 DEUX MËllBS

— Ahl fit l'agent de police.

— Oui, et je me sais dit en même temps que vous ne refuseriez pas de rendre encore cet important service à la maison de Coulange.

Morlot ne savait plus que dire; il se sentait subjugué.

. — Pour la tranquillité de mon mari et la mieoDe, poursuivit la marquise, et dans l'intérêt de l'avenir de DOS enfants, surtout, il est impossible que mon frère reste à Paris et môme en France. Il est nécessaire, urgent qu'il fasse maintenant ce qu'il aurait dû faire il y a quelques années. Oui, il faut absolument qu'il parte, qu'il s'expatrie, qu'il s'en aille n'importe oti, pourvu que ce soit loin, très-loin, et qu'il mette entre nous l'immensité de l'Océan.

Le voudra-t-il? Si nous lui demandions cela, mon mari et moi, il répondrait probablement non. Maissi vous voulez m'aider, monsieur Morlot, je suis sûre d'avance qu'il consentira à partir. Ce que vous savez vous donne sur lui l'autorité d'un maître; il se courbera soos votre volonté, car il aura peur. Vous ordonnerez et il obéira. Entre l'exil avec deux cent mille francs et Is punition infamante qu'il a méritée, il n'hésitera pas à choisir.

— Mais, madame la marquise, fit Morlot, essalfant une protestation.

— Oh I ne me refusez pas, reprit-elle vivement; ponr le marquis de Coulange et pour moi, acceptez la délicate mission que je vous coflfle... Vous n'aurez pas affaire à des ingrats, je vous le jure, et vous pourrez compter sur notre reconnaissance. C'est notre honneor à tous, c'est ma vie que vous tenez entre vos mains', monsieur Morlot!

...Gooj^lc

DËDX HÈBES

L'agent de police baissa la ibXe et se comme un coupable.

De grosses larmes tombaient une h ui perles, sur les joues pâles de la marquist

— Je n'ai pas oublié ce que vous m'av nés, poursuivit-elle, et vos paroles de oui, nous avons en vous un ami : Je vo que j'accepte votre amitié, car ce que j faire pour nous ne peut se demander qu'

Voyant qu'il restait silencieux, elle coi

— Vous irez trouver M. de Perny et ■ «11 faut que vous quittiez Paris, la Frai TOUS disparaissiez et qu'on u'entende plu de vous. Le marquis de Coulange, votre b TOUS donner encore ie moyen de changi Tons relever par le travail et le repentir :

Tons poserez le pied sur !e navire qui voti en Amérique ou ailleurs, je vous remet deus cent mille francs. »

Morlot arrêta sur la marquise ses yeux ouverts.

— Cette somme, monsieur Morlot, n la toucberez chezM. Lebarbier, notre i meure rue de Lille, 54. DËs demain, il se Qne lettre de moi; vous n'aurez qu'à' pour que la somme vous soit remise in

L'agent de police était en proie à une lion.

— Eh bien I vous ne répondez pas!

femme.

Il passa sa main sur son front et jeta b tête en arrière, comme pour la débarras sée importune.

381 MtDX siitss

— Uadame la marquise, pronoDça-t-it d'oDs voix lente et grave, vous ne vous apercevez point que ce que TOUS me demandez est le contraire de ce que mon devoir m'ordonne de faire.

— Ah ! s'écria~t-elle, votre devoir ne saurait vous défendre de sauver l'honneur d'une famille I

— L'agent de police qui découvre un crimind doit le livrer à la justice, répliqua-t-il,

La marquise poussa un sourd gémissement.

— Ah! je suis perdue, perdue 1 s'écria-t-elle désespérée, en se tordant les bras.

Morlot sentit en lui un affreux déchirement. 11 se dressa debout.

— Madame la marquise, dit-il d'une voix vibrante, ne vous livrez pas au désespoir; une fois encore, ponr vous, j'étoolTerai le cri de ma cons^race ; ce que vons roulez, je le ferai!

— Ah ! je savais bien qae vous ne pourries pas étm sans pitié 1 exclama-t-elle, passant subitement de la douleurà la joie; obi oui, vous êtes bon, vous Êtes un brave homme, merci, merci I

— Je ferai ce que vous voulez, reprit Morlot de sa voix la plus grave, mais à une condition.

— Ah! demandez-moi tout ce que voas voudrez, je vous l'accorde d'avance I

. — Dans un instant, madame la marquise, vous ngretterez peut-être les paroles que vous venez de pro' ' noncer.

— Ne le pensez pas, monsieur Moriot I Hais un million n'est pas le' prix du service que vous rendez à la iBaison de Goulange !

Morlot secoua tristement la tête.

— Madame la marquise, dit-il, il vous serait plus fa-

Dim MÉHKS 383

die de donner plusieurs millioas que ce que j« vais vova dunasder.

La jeune femme sursauta sur son siège.

— Youa m'elft^jei 1 dit-elle d'une voix troublée.

— Il ne faut pas que tous soyes effrayée, madame la marquise, reprit vivement Moriot; il faut, au contraire, que TOUS restiez très-calme et que vous m'écouUez avec lapins grande attention, a&n que nous puissions examiner ensemble les difficultés de la situation et trouver le moyen de me donner satisfaction.

Vous devez bien penser, madame la marquise, continna-t-il, que je n'aurais pas eu l'audace de vous de^naoder un entretien secret, si ce que j'ai à vous dire n'était pas d'une grarKé exceptionnelle. Dn reste, comme vous allez bientôt le reconnaître, c'est uniquement dans cotre intérêt que j'ai tenu à vous parler sans témoin.

-~ En tout se otontre tadéticatess»deTossentim«its, monsieur Morlot; mais je suis dans une inquiétude mortelle, et votre émotion, que tous ne pouvez pas me cacher, augmente encore ms doutourouse anxiété. Je ne veux pas dissimuler : depuis huit jours j'ai le pressentiment d'un nouveau malheur ; et ce malheur inconnu est près de moi, et c'est vous, c'est vous, un ami, qui me l'apportez F

— C'est vrai, c'est un nouveau malheur pour vous, répondit Morlot, d'un ton ptoétri: et ce mdheur, n»adame la marquise, je sais que vous ne l'avez pas méritée. C'est ponr qu'il soîl moJBS twribte et qnevous puissiez en- atténuer les principales conséquences, que je viens à vous en amlrnssadeur de paix.

La marquise tenaît ses deux mains appuyées sur son cœur, comme pour en comprimer les battements. Qnelqnes gouttes de sueur perlaient à son front ; son

i8i DKltX MÉRKS

regard avait pris une expression douloureuse ; les soulèvements de sa poitrine trahissaient la violeoce de son émotion.

— Monsieur Morlot, dit-elle d'une voix presque éteinte, vous pouvez parler, je vous écoute.

RENDEZ LEKFANT

— Le 20 août 1853, dit Morlot, en se rasseyant, dans une maison de la commune d'Asniëres, je me trouvais devant un lit en désordre sur lequel gisait sans mouvement une jeune femme agonisante. Là, il y avait eu un drame. La veille, cette jeune femme avait mis au monde un petit garçon, et, dans la nuit, pendant son sommeil, une misérable femme, payée pour commettre ce crime, lui avait volé son enfant !

La marquise poussa un cri rauque. Morlot s'interrompit.

— Continuez, dit la marquise d'une voix étranglée. Et frémissante, livide, les yeux hagards, elle se redressa comme pour tenir tôte à l'orage.

— Après un épouvantable délire, qui avait suivi le réveil de la jeune mère, reprit Morlot, succédait un anéantissement complet plus effroyable encore. 11 y avait près du lit le berceau vide de l'enfant. Saisi de compassion et sentant gronder en moi une colère sourde, devant la mère, enveloppée des ombres de la mort, et devant le berceau vide, je jurai de découvrir les auteurs

DEUX UËHES

du crime, pour les livrer à la justice, e renfant !

Dans quel but l'avait-on voléî Quels leurs du crime? Double mystère! Je coi mes difflcullés de la tÂcbe que je m'iinpi dant je me mis à chercher dans ces ténè

Les jours, les semaines, les mois, les laient; le mystère restait impénétrab ardeur et mon courage ne diminuaient qu'il ne faut jamais se décourager, madar c'est que la lumière s'est faite toutà c< trouvé ce que je cherchais.

Lajeune femme eut un sourd gémisseï

—-Dans la plupart des événements d sard joue un rôle important, coatinui lui, c'est Dieu, si vous le voulez, qui, du signé les coupables.

Une voiture avait emporté l'enfant d 30 août entre cinq et sis heures du mat ici, au château de Coulange. Madame d' mère, reçut l'enfant et la femme qui 1 quelle allait jouer au château, pendant c le rôle de sage-femme.

Lamarquise s'était de nouveau affaissi appuyés sur ses genoux, elle cachait se ses mains. Un tremblement convulsif scci bres.

Morlot poursuivit :

— Le m&me jour, dans l'aprës-midi, i la mairie de Coulange, qu'un enfant du était né du marquis et de la marquise d< cette déclaration est signée Sosthëne d ainsi que l'enfant, volé à Asniôres, devint

286 Bevx MtiES

quia de Coulange, Is fator héritter de too nom et de son immense fortune. Voilà, du moins, ce que pensaient alors les orinineb ; et c'est dan* cette pensée que se trouve le motùle du double crime.

Ea eStet, le marquis de Coolange étant gravenient malade et condamné par ses médacint, il fallait qu'il eût un enftot pour laisser en mourant sa fortune à sa veuve. C'est là, évidemment, le calcul qui a été fait. Il est impossible d'expliquer autrement le vol de l'enfaut.

La raarquiw releva brusquement la tète et montra à l'agent de police sa figure inondée de larmes.

— Monsieur Horlot, dit^Ue d'une voix brisée, tout cela est la vérité. Ainsi, je suis pour vous une miséra-

. ble, uneinAme, qui a volé un enfant à sa mère, afin de s'approprier la fortune de Coulange ?

— Madame la marquise, répondit Morlot d'un ton solennel, si jo vous «usse crue [coupable, vous seriez en prison!

~~ Oh I ât-elle en frissonnant.

— Vous 6tea innocente, reprit Morlot en adoucissant le timbre de sa voix ; malgré vous, fatalement, par le silence que vous avez dû garder, vous êtes complice da crime ; mais vous n'êtes point coupable, vous êtes une victime I

— Le croyez-vous, dites, le croyez-vous sincèrementî

— Oui, car j'ai douté de votre innocence.

— Je le comprends, tout semble m'accuser, me condamner... Abl si vous saviez, si vous saviez 1

— Vous n'avez rien à m' apprendre, madame ; ce qu« vous avez souffert, je le sais. Obi je suis parfaitement renseigné; oui, je sais qu'une horrible pression aété exercée sur vous par madame de Peniy, voulant com-

Disx mïBKs agi

plaire à son fils, dont elle était l'esclave par, faiblesse. Gardée à vue, séquestrée pendant des moia, d'abord i Paris et h Goulange ensuite , votre existence a été un martyre. Vous aves été immolée, madame, et tous êtes nctime de la cupidité de votre misérable frère. La marquise sanglotait. '

— Le jour oîi j'eus enfin pénétré le mystère du vol de renfaat, continua Morlot, si je n'avais conwlté que mon indignation, si j'avais obéià ma conscience, qui m'ordoQDait de faire mon devoir de policier, j'aurais immé' diatement dénoacé le double crime. C'était vous perdre, TOUS qui n'êtes point coupable, et, malgré mon droit, en présence dn mal que je pouvais vous faire, je me suis arrêté. Une femme, madame la marquise, une femme, qui a un bon ccBur et que j'aime, ma femme, enfin, vous a défendue et a chaleureusement plaidé Totre cause devant l'agent de police. A mes oreilles résonne encore ce cri qu'elle m'a jeté comme une supplication : « Ne touche pas h la marquise de Goulange I » Oh! ce n'est pas à la grande dame qu'elle me défendait de toucher ; c'est à la noble femme qui a mérité le nom de mère des malheureux et qu'on appelle partout la bonne marquise. Et pour obéir à sa femme et k un sentiment qui parlait en lui plus baut que sa conscience, l'agent de police Morlot n'a pas fait son devoir.

— Oui, vous n'avez pas fait votre devoir, répondit la marquise d'une voix vibrante d'émotion, mais vous n'avez pas provoqué l'effroyable scandale au milieu duquel aurait péri l'honneur de la famille de Goulange I Ah I vous et votrefemme, vous nous avez sauvésl Vous êtes deux grands et nobles cœurs! Je verrai madame Morlot, je veux la remercier moi-même.

— Maintenant, madame la marquise, reprît l'agent

388 DEUX hAbes

de police, j'arrive au moment le plus délicat et le plus diflicile de ma mission.

— Que voulez-vous dire ?

— Il s'agit de la chose que j'ai à vous demander, laquelle, d'aprëâ vos paroles de tout à l'heure, m'est accordée d'avance.

La jeunu femme s'agita péniblement sur son siège.

— C'est vrai, dit-elle d'une voix mal assurée, j'oubliais que vous avez une demande à m'adresser. Eh bien, monsieur Morlot, que me demandez-vous? ,

— Madame la marquise, je vous demande de me rendre l'enfant !

D'un seul mouvement, la marquise bondit sur ses jambes.

— Vous rendre l'enfant! exclama-t-elle affolée.

— Oui, répondit froidement Morlot.

— Mais c'est impossible I Vous savez bien que c'est impossible I

— Madame la marquise, il le fautl

— Ah! monDieuI ah! mon Dieu ! gémit-elle, en pressant sa tête dans ses mains.

Elleiltun pas en avant et, arrêtant sur Morlot son regard effaré :

— Ce n'est pas vrai, reprit-elle d'un ton déchirant, vous ne me demandez pas cela; vous voulez m'éprouver, n'est-ce pas?

Morlot secoua la tête.

— Vous devez rendre l'enfant, prononça-t-il d'une voix qui résonna comme un glas funèbre aux oreilles de la marquise.

— Oh ! oh 1 fit-elle avec égareinent, les mains crispées sur son front, il me semble que je deviens folle !

Elle resta on moment silencieuse.

Page 1