LB SOUPÇON GRANDIT
Morlot, faisant «in iQouyepteat l^fi^squ^, ayait relevé la tête.
— Alors, dit-il d'une toîx qui tremblait malgré lui, TOUS croyez que tnadanje de Perny et son fils souhaitaient la mort du marquis de Coulapge pour s'emparer de sa fartuoe ?
— Oui, je le crois, et c'est aussi l'opinion de Firnoiïi, le valet de chambre de M. le marquis.
}jes yeux de l'agent de ppliee s'enflammèrçiit.
Cependant, malgré le travail auquel se livrait sa pensée depuis un instant, aucune clarté soudaine ne venait l'éclairer. Son esprit, ordinairement si lucide, restait enveloppé de ténèbres.
Assurément, tout ce que l'ancien concierge venait de lui dire l'avait vivement intéressé ; mais c'est autre chose qu'il désirait savoir.
Toutefois, il sentait que, dans ce qu'il venait d'entendre, il y avait la clef du mystère qu'il voulait pénétrer.
Après avoir avalé une gorgée de café :
— Monsieur Pastour, savez-vous l'âge du fils du marquis deCoulange? demanda-t-il.
— Attendez ; il est né en 1853, au mois d'août...
— Au mois d'août, répéta Morlot, qui ne put s'empêcher de tressaillir.
— Il aura donc bientôt sept ans, ajouta le vieillard.
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— Vous avez pQf) e^celleiite mép^cùre!, moq^içur Pastopr, dit Moplot.
— Mais oui, mais oui, fit le vieillard flatté du compliment.
— Je sois persuadé que roq^ tous spuvenez de Ifi date de I9 naîssapce dp l'eufant.
liQ vieux chercha un iastaQt.
— |fon, râpond)t-il, je ne me appelle pas I9 date. Du reste, cela se comprend) l^fij? de M- le marquis
est né au château de Coulange.
— Ah I c'est ai) ch&teau de Çoulapge qp'i) est né?
— Qiii. Qés Iç tDQis d'^vrij, mad^i^e de Perny avait emmené sa fille au chAteau. J'étais là au moment de leur départ ; j'ai vu la bonne tifiarquise monter en voiture. Dieu du ciel, quel changement 1 Elle n'était pas reconnaissable, monsieur. 11 çsi vrM que, depuis prés de trois mois, je ne l'avais pas vue. Pâle, maigre, les traits tirés, les yeiix éteints, pouvant à peins marcher, on aurait cru voir un fantôme.
— Est-ce que ie qiarquis était de retour du Midi au moment de l'accouchement ?
— Non, il n'est revenu que quelque temps après.
— Dites-moi, monsieur Pastour, j'ai entendu dire que la bonne marquise était souvent songeuse et trèstriste, comme s'il j avait en elle une douleur inconnue, une souffrance cachée.
— Qui, madame la marquise est toujours un peu triste. Mais, aujourd'hui, elle ne souffre plus ; elle est guérie.
— Elle a donc été malade?
— Obi trèe-matade, monsieur I Elle avait une bien singulière maladie ; imaginez-vous qu'elle ne pouvait pas voir son enfant.
32 DEUX HÂBES
Morlot éproQTa qd vif saisissement.
— La petite Maximilienna ? interrogea-t-il avec intention.
— Non, son flis, le petit Eugène. Ohl sa fille, ce n'est pas la même chose, elle l'adore, on dirait qu'elle ne vit que pour elle. C'est quelijues mois avant la naissance de la petite Mazimilienne qu'elle a commencé à aller mieux, et le premier acte qu'elle fit de sa volonté, fut de renvoyer sa mère et son frère.
— Abl vraiment?
— Elle les a chassés, monsieur, elle les a chassés 1 Et, depuis, ils n'ont pas remis les pieds & -l'hôtel de Goulange.
Morlot ouvrait de grands yeux.
— Pourqu'elle eu vint à cette extrémité, dit-il, il fallait qu'elle eût réellement à se plaindre d'eux.
^ Je vous l'ai dit, ils l'ont fait horriblement soufi'rir. Rien ne m'Mera de l'idée que ce sont eux qui l'ont rendue malade comme elle l'était.
— Oui, c'est bien possible, fit Morlot.
— Ah ! ils ont été punis comme ils le méritaient. Ils se trouvaient h merveille chez M. le marquis : ils étaient bien logés, bien nourris, et, comme je vous l'aï dit, les véritables maîtres. Ils commandaient, ordonnaient, les domestiques n'obéissaient qu'à eux. J'ai tu M. te marquis être obligé de sortir à pied parce que madame dePerny etsonflls avaient disposé de ses chevaux et de ses voitures. Eh bien, voilà ce que madame la marquise n'a plus voulu endurer ; et un beau jour elle s'est dit : » Il faut que mon mari et moi nous soyons maitres chez-nous. u
— Est-ce que madame de Perny est riche ?
— Elle est très-pauvre, au contraire ; mais M. le
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marquis lui fait une pension. C'est égal, pour elle et son fils, les beaux jours sont passés, comme dit la chanson.
Morlot avait pris sa tète dans ses mains et réfléchissait.
— A quoi pensez-vous ?. lui demanda Pastour.
— A ce que vous me disiez tout à l'heure, et je me demande pourquoi la bonne marquise ne pouvait pas Toir son fils.
— Une idée de malade, monsieur !
— Elle ne l'aimait donc pas ?
— Oh ! on ne saurait dire cela ; une mère aime toajours son enfant.
— Pourtant, monsieur Pastour...
— Dame, c'est vrai, c'était bien extraordinaire. Jamais une caresse, un mot d'affection, pas même un regard, insensibilité complète. . . Et cela a duré plusieurs années.
— Et le marquis ne disait rien ?
— Rien. Il était malheureux, voilà tout. D'ailleurs, que pouvait-il dire? Il voyait bien que madame ia marquise était malade. Et puis, il l'aime trop pour oser lui Taire seulement une observation. Enfin, gr&ce à Dieu, madame la marquise est revenue à de meilleurs sentiments.
~ Ah I elle aime son fils, maintenant ?
— Oui. Depuis quelque temps elle ne le repousse plus, elle lui parle, elle l'embrasse ; mais comme Firmin me le disait tout à l'heure, elle ne l'aimera jamais autant qu'elle aime sa fille ; c'est toujours la petite Masimilienne qu'elle préfère.
— Et M. de Goulange, aime-t-il son fils, lui?
— Oh I pour ça, oui. Et si madame la marquise a une
DEUX HàRBS
nce pour sa Elle, lui, au cootrair^ti aime mieux
que sa fille.
trange ! murmura Morlot.
se mit à réfléchir, tout eii acbêTant i^e prendre é par petites cuillerées.
lis-je euflu, et rêellemeut, cette fois, sur la piste cherche depuis si longtemps? se disait-il. L'en-
marquis et de la iQarquise de Coulange est-il le jabrielle? Tout me le dit. Oui, mais rien ne me ive. J'ai toujours peur de ce maudit guignoa,
à mes trousses. Et puis , ce serait uns sotme livrer trop vite à la joie ; j'ai eu déjà tant (te ousl... L'enfant est né à Coulange au mois
C'est très-bien. Mais il peut n'y avoir qu'une lence. Sur toute la surface du globe, il naît nfants par heure; j'ai lu cela dans je ne sais plus statistique.
larquise n'aime pas ou n'aimait pas son fils. Evimt cela n'est pas naturel et pourrait être une . Mais si bizarre que cela paraisse, on l'explique, I vient de le faire ce brave homme, en disant : Idée de malade I » Depuis que j'ai vu leg choses lieuses du somnambulisme, je crois que tout sible.
tout cela est incompréhensible, sans la moindre
c'est le chaos. Et pourtant, pourtant...
: frappa le front de la paume de sa main, et
faut que j'aille au chAteau de Coulange.
sa sur la table une pièce de cinq francs et apadame Philippe.
s demande à M. Pastour la permission de payer li et pour moi, dit-il.
VÊVX SfillBS 3S
— Ifdn, non, répliqua ta crémière, c'est mol qui ai oBËH le tAK à îQdD vieil aini.
Elle rendit & l'agCDi la monaaie de sa pièce. NoHot se létai firlt sOQ chapeau et sa citBBe, et, tendant la maiD au vieux conèiergâ :
— Monsieur I>astoar, ttii dit-il, je fiuiâ «ticliatité d'a- Toir fait totre cttimaissànce.
— Bt tnol adssit monsieur.
— Je tais aller à Coulahge très-prsebâinemetit. Bt TOUS avez quelque chose à faire dire à quelqu'un du chàteaD, ce 6&tk avec plaisir que je Te^ai totre commission,
— Eh bien, monsieut, si tous voyez le jardinier; H. Burel, et sa femme, ayez l'obligeance de leur dire que lé tifeui PastMf se porte toujours biea, el qu'il leur envoie le bonjour.
-~ Je n'oublierai pas. Au revoir, oionsieur Pastour.
Bîi sortant de la crémerie, l'agent de police regarda encore l'bdtel ih Gbulange. Un double éclair jaillit de seifetix, et en s'éloignadt il murmura :
— Je l'ai dit : je connaîtrai le secret de la marqoise !
Il se rendit directement à la préfecture, et il prévint iéi bhefs qu'il avait l'intention de s'absenter pendant quelques jours.
On l'interrogea.
— Il s'agit d'une vieille atfaire depuis longtemps oubliée, répondit-il ; mais, comme je crains de me tromper, je ne peUx rien vous dire encore.
Voulant s'appartenir complètement pendant un certain temps, Morlot prenait d'avance ses précautions.
— Oui, se dit-il en sortant des bureaux, je crains de me tromper ; mais, aurais-je la certitude, je ne dirais
\,.,... Cookie
36 DEUX HÂBKS
rien quand même. Je n'ai besoin de personne pour m'aider ; ce que je ferai, je ne le sais pas encore, mais je veux le faire seul.
itra chez lui un peu avant midi. Mélaaie l'atteu-
i déjeuner était prêt.
)minent va Gabrielle ? demanda-t-il.
imme si elle n'avait pas été malade hier soir. Je
)sée dormir jusqu'à neuf heures, et elle s'est
arfaitement reposée. Ses premières paroles ont demander le portrait de l'enfant. Je le lui ai Ahl comme elle s'est mise h l'emhrasser !... Je
i la retenir pour qu'elle déjeune avec nous, mais
hsolument voulu s'en aller.
1 ne lui as rien dit ?
1 me l'avais défendu. D'ailleurs, je n'aurais pas
mirent à table.
lie ne tarda pas à s'apercevoir que son mari mbre et sérieusement préoccupé.
I es soucieux, lui dit-elle, est-ce que tu penses s...
quoi?
l'idée que tu as eue hier soir?
i bien, oui, elle est là, répondit-il brusquement appant le front.
le nouvelle déception qui t'attend, mon pauvre
ne les compte plus, fit-il en ébauchant un son-
. un moment de silence il reprit :
ne veux rien te cacher, àtoi : hier soir j'ai eu un I ; Mer il était petit, aujourd'hui il est gros. La le de Goulange a un secret.
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— Tu ne peux pas t'en rapporter à ce qu'a dit Gabrielle.
— Ce matin, les paroles de Gabrielle m'ont été confirmées. Je te le répète, la marquise a ud secret. Quel est ce secret? Je veux le savoir.
— Tu m'effrayes, mon ami, mais, que veux-tu donc faire?
— Sois tranquille, je serai prudent; je sais qu'on ne touche pas à une grande dame, à une marquise, comme à la première venue. Cependant, si ce que je soupçonne est vrai, tant pis pour elle ; je n'hésiterai pas à faire mon devoir.
— Hais enfin, que soupçonnes-tu ?
— Je soupçonne la marquise de Coulange d'avoir volé l'enfant de Gahrielle.
— Hais c'est impossible, c'est de la folie! s'écria Hélanie.
— Eh bien , si je me trompe, je le saarai demain.
— Demain î
— Oui, je prendrai demain matin le premier train, et à onze heures je serai à Coulauge. Il me faut la vérité, je la trouverai là. Mais tu sais, femme, pas un mot de tout cela à Gabrielle.