LB CONSEIL DE BLAIBGAC
— Bien qu'elle soit beaucoup moins âgée que son mari,, dit Sosthëne, la marquise de Coulange a peur, parait-il, de mourir avant lui...
— Ah I &t Blaireau avec un accent singulier.
— Poursuivie sans doute par cette idée, mon excellente sœur, cette femme que vous trouvez parfaite, monsieur Blaireau, s'est imaginé, dans ces derniers temps, d'écrire sa petite histoire.
— Il y a bien des femmes qui ne pourraient pas en faire autant.
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DEUX HÈBES 69
— Elle a donc écrit cette déclaration, que le marquis a été trompé, que l'enfant n'est pas son âls, qu'il a été introduit dans la maison deCoulange frauduleusement, contre sa volonté, et, naturellement, elle raconte tout ce qui s'est passé à cetle époque.
Ôr, cette déclaration est adressée au marquis, qui doit la lire un jour.
— Je compreuds, dit Blaireau, votre sœur, par un reste d'affection pour vous et votre mère, a pris la résolution de ne rien dire au marquis tant qu'elle vivrait, afin d'éviter un grand scandale, d'abord, et ensuite pour ne pas se faire votre accusatrice devant la justice qui ne badine pas lorsqu'il s'agit d'une équipée du genre de . la vôtre. Hais sa conscience doit lui reprocher vivement de ne pas révéler la vérité au marquis ; alors, pour apaiser le trouble qui est en elle, pour se tranquilliser, elle
a dû se dire : a 11 faut, que plus tard, lorsque je ne serai plus, mon mari sache que cet enfant, qui doit hériter de son nom et de sa fortune, n'est pas sou Aïs. » Et elle a écrit la déclaration dont vous me pariez. Est-ce qu'elle l'a confiée à un notaire?
— Non. Ce manuscrit révélateur est enfermé avec les langes que portait l'enfant à son arrivée au château, dans un coffret de cuivre, dont elle à eu l'idée de faire souder le couvercle, lequel est lui-même placé dans le tiroir d'un meuble qui s'ouvre par un ressort secret.
— Tiens, tiens, Qt Blaireau, tout cela ne manque pas d'originalité. Gomment fites-vous si bien instruit?
— Qu'importe, du moment que je sais?
^ C'est juste; je suis vraiment trop curieux.
— Maintenant, vous voyez le péril 7 Blaireau releva la tète.
— Je ne le vois pas du tout, répondit-il.
— Mais l'existence de ce manuscrit n'est pas seulement une menace terrible, c'est ud effrbyable danger ! s'écria Sosthène.
— Oui, s'il tombait entre les maios du marquis ; mais, d'après ce que vous venez de me dire, votre sœur a pris d'excellentes précautions contre cette éventualité. S'il y a un danger, cher monsieur, il est encore bien loin de vous, .
— Mais dans six mois, dans deux mois, demain, la paarquise peut mourir !
— C'est vrai, puisque nous sommes tous mortels; néanmoins, cher monsieur, vous avez là une crainte chimérique. Je sais que, depuis quelque temps surtout, madame de Ooulange se. porte comme un charme. Rassurez-vous, votre sœur n'a pas envie de mourir.
— On ne sait pas, dit Sosthène, d'une voix creuse. Blaireau plongea dans les yeux de M. de Pemy son
regard perçant.
— Enfin, reprit Sosthène, qu'il soit loin ou qu'il soit près, le danger existe ; il estdonc urgent de se défendre contre lui. Pour cela, il faut que le manuscrit disparaisse, qu'il soit anéanti.
— La marquise en écrira un autre, répliqua Blaireau, et cette fois, mieux avisée, elle le remettra à un homme sûr, comme un notaire, dans une enveloppe cachetée.
— Le manuscrit peut être détruit sans qu'elle s'en doute jamais. Je vous ai dit qu'il était enferme dans iin coffret de cuivre dont le couvercle est soudé...
— J'y suis, interrompit Blaireau : vous enlevei le coffret, vous le videz après l'avoir dessoudé, bien entendu, ensuite vous rétablissez la soudure et vous le replacez dans le tiroir. J'au^^is dû devinef cela tout de suite.
L,.,... Cookie
DBtx Mènes H
— Oui, et Toilà ce qu'il faut faire le plus ïlle possible.
— Faites, faites. Ah çà! tous êtes donc bien effrayé?
— Ë^t-ce ^ue vous ne l'êtes pas, tous?
— MoiiËi éiuir^ii'oi le serais-je?
Cette ^pobsë' Tèhdii Sosthène inquiet.
— Il the setnliie, répottdit-il, que Je tïahg;er n'est pas moins grand pour vous que pour moi.
— Comment cela, cher monsieur?
— Votis savez bien que si lajustiçe mettait le u''z dans cette affaire...
— dh ! vous seriez un homme perdu !
— Voirè posîjidn né serait guère meilleure que la mienne.
Biaireâii se ûiitk tiré.
— Àhf aht vous croyez celai, fli-il ; eh ^len.je ne peux pas vous laisser c^(te Inquiétude, qui prouve combien ma tranquillité tous est chère. Je n'ai rien à craindre, moi. "Tout ce que la justice pouvait apprendre concernant renlèverrient de l'enfant, elle le sait. Un inconnu a loué S Âsnlëres une maison, une femme a volé uu enfaot. Où est rhorrjine, où est la femme ? Ils ont passé comme un nuage de fumée sans laisser une trace. La police les a inuLilement cherchés ; elle peut chercher encore et toujours sans obtenir un meilleur résultat.
A la vérité, vous pourriez me dénoncer conime votre comphce dans cette affaire, ce qui, entre parenthèses, ne diminuerait en rien votre culpabilité ; mais même dans ce cas, qui n'est qu'une supposition, je n'aurais rien à redouter. Il faudrait prouver, et vous n'avez pas de preuves. Je vous ai écrit trois billets lrès-laconi(iues, mais vous me les avez rendus et je les ai brûlés là, dans cette cheminée.
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72 DEUX HÉRBS
Ah I on voit bien que vous ne s&vez pas qui je suis... Si vous disiez, n'importe à quel magistrat du parquet de la Seine, que Blaireau, l'homme d'aQaires, a été votre complice, immédiatement il vous rirait au nez ou Use contenterait de hausser les épaules avec dédain. Du reste, je n'ai pas besoin d'entrer dans tous ces détails. Il doit vous suffire de savoir que je ne redoute rien, que je n'ai rien à craindre.
Un jour, vous êtes venu me trouver, tout ce que vous m'avex dit, je l'ai cru ; et sans me renseigner autrement, ce qui était une faute, persuadé que vous agissiez avec leconsentement de votre sœur, je vous ai prêté mon concours. Vous n'avez pas atteint votre but, ce n'est pas ma faute. Les événements se sont mis en travers de vos calculs, de vos espérances, vous ne les aviez pas prévus, moi non plus. Vous avez été trop audacieux, cher monsieur, vous vous êtes embourbé, tant pis pour vous!
— Oui, comme vous le dites, je suis embourbé, répondit Sosthëne, et voilà pourquoi je suis venu à vous. Ne voulez-vous pas m'aider à me tirer d'embarras?
— Vous avez vos affaires, vos ennuis, monsieur de Perny, j'ai aussi les micDs ; chacun mène sa barque comme il l'entend. D'ailleurs, je ne vois pas bien ce que je pourrais faire pour vous.
— Monsieur Blaireau, je réclame votre appui et votre aide, parce que l'un et l'autre me sont nécessaires.
— Alors expliquez-vous.
— Monsieur Blaireau, j'ai un besoin d'argent des plus
— Nous y voilà, pensa l'homme d'affaires.
— Dans trois jours il me faut douze mille francs, ajouta Sostbène.
~- Ahl douze mille francs! Une dette de jeu 7
DEUX NiHES 73
— Oui, une dette, une dette d'hooneur.
n n'osa pas dire à Blaireau que ces douze mille francs lui étaient absolument nécessaires pour retirer des mains d'un escompteur un billet à ordre portant une signature busse imitée par lui.
— Monsieur Blaireau, reprit-il, je vous prie de vouloir bien me prêter cette somme.
L'homme d'affaires prit ua air piteux.
— Je suis vraiment désolé, répondit-il avec l'accent de la sincérité, il m'est impossible, tout à fait impossible de vous Être agréable. Je ne suis pas un prêteur d'argent, et je n'ai jamais une aussi forte somme disponible. D'ailleurs, je ne suis pas bien rîcbe, et toute ma petite fortune est dans les affaires.
Sostbène était devenu très-p&le.
— Voyons, continua Blaireau, tous n'êtes pas sans connaître des banquiers, des hommes dont le métier est de prêter de l'argent?
— Hé, je me suis adressé à eux, répliqua Sostliène d'une voix sourde.
— Et ils vous ont refusé cette somme ! s'écria Blairean, à vous, qui avez un beau-frère je ne sais combien de fois millionnaire? Vous ne leur offrez donc pas une garantie sérieuse ? Est-ce que vous n'avez plus de crédit, cher monsieur?
— J'avais compté sur vous, bégaya Sosthëne.
— Je ne le remercie pas de la préférence, pensa Blaireau. Malbeureusement, je ne peux pas, répondit-il. An fait, continua- 1- il, pourquoi ne demandez-vous pas cette somme à votre beau-frère ? Douze mille francs pour lui, c'est une bagatelle, une misère t
Sostbène se leva brusquement et se mit à marcher daus le cabinet en proie à une agitation flévreuse, 11. 5
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Blaireau le regardait en clignaDt fortement des yeux.
— Il a l'esprit bien troublé et sa conscience, s'il lui en reste une parcelle, l'est certainement encore davantage, se disait-il ; ce serait fort intéressant de connaître les pensées qu'il a dans la tête. En me parlant da ce fameux manuscrit, enfermé dans un coffret de cuivre, il croyait me menacer et m'elfrayer pour me glisser ensuite sa modeste demande ; mais je m'y attendais et j'ai deviné l'intention.
Va, mon petit, continua-t-il, un sourire ironique sur les lèvres, tu n'es pas encore à ma hauteur; quand tu voudras faire une dupe, il faudra t'adresser h, un autre.
Sosthène s'arrêta en face de Blaireau, sombre^ les traits contractés, une flamme dans le regard..
— Ahl vous me conseillez de m'adresser au marquis de Coulange, dit-il d'une vois rauque, saccadée ; c'est vrai, il a des millions et il est mon beau-frère... Pourquoi ne le fais-je pasî Pourquoi? Parce que ma sœur est1£i et qu'il ne fait rien que par sa volonté. Ëb bien, ma bonne sœur, cette femme de cœur, cette noble femme que vous avez l'air d'admirer, a défendu au marquis de me tendre la main dans ma détresse I Elle m'a chassé de chez elle comme on chasse un domestique, en me prenant tout, en ne me laissant rien! Et maintenant ce qu'elle veut, c'est que je sois misérable, humilié, bafoué par tout le monde, réduit à l'état de mendiant I Elle me refuserait, à moi, la piècede monnaie qu'elle laisse tomber, en passant, dans la sébile d'un aveugle ou d'un cul-de-jalte 1 Sa joie suprême serait d'apprendre que je crève de misère dans un trou infect, repoussé et abandonné de tous comme une bête immonde!.,. Elle me hait, entendez-vous, elle me bail, moi, son frère ! Je suis pour elle moins qu'un chien 1'
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Mais si grande que soit sa haine, la mienne, implacable, mortelle, la dépasse encore..^ Elle vit dans la splendeur, je vis comme je peux; elle est dans la lumière, je suis dans l'ombre... Mais au milieu dé cette ombrci debout, je guette et j'attends que sonne l'heure de la Teogeance 1
Avant tout, il faut que je m'empare du manuscrit, que je le détruise...
— Et après ? demanda Blaireau.
— Après? je me vengerai I
Soslhène accompagna ces mots d'un regard sinistre (ellemeot expressif, que Blaireau sentit comme un glaçon passer sur son dos. Et pourtant l'ami de Solange et du condamné Gargasse n'était pas ua scélérat facile à émouvoir.
~ 11 est fou, le malheureux, il est fou I grommela-t-il entre ses dents.
En eSet, à voir l'expression sauvage de la physionomie de Sosthëne, il y avait lieu de supposer qu'il était en proie ànn accès de démence.
— 0ni,J6 suis foui ezclama-t-il, fou furieux, fou de ragel
Blaireau haussa les épaules.
— On le voit, répliqua-t-il froidement, les idées comme comme celles que vous avez ne peuvent germer que dans le cerveau d'un insensé. Vous vous èLes mis la corde au cou , si vous n'y prenez garde, elle vous étranglera. Croyez-moi, cher monsieur, renoncez à vos projets.
— Non, jamais, il me faut ma vengeance I s'écria Sosthèae avec fureur.
— Et pour vous venger vous voulez assassiner votre sœur! ,. ,
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76 DEUX HËBBS
Le regard de Soslhène devint effrayant.
— Je ne vous parle pas du châtiment, reprît Blaireau. Comme tous ceux qui méditent un crime, vous croyez pouvoir y échapper ; mais quand vous l'aurez commis, ce crime, serez-vous plus avancé? Il y aura toujours là le marquis, les enfants...
— Je tuerai le marquis, je les tuerai tousl hurla le misérable, en jetant autour de lui des regards de sauvage.
— Une Saint- Barthélémy, un nouveau massacre àes innocents, quoilricana Blaireau.
Soslbëne avait de l'écume aux lèvres, ses yeux injectés de sang lui sortaient de la tôte ; grimaçant, grinçant des dents, il était hideux ^ voir. Ce n'était plus uo homme, mais une bête féroce.
— Parbleu I reprit Blaireau toujours ironique, avec desidées comme les vAtres, je comprends que vous ne puissiez trouver douze mille francs à emprunter. Les préteurs n'auront jamais d'argent pour un homme dont la tète peut tomber, d'un moment à l'autre, sous le cou* teau du bourreau!
Sosthëne n'eut pas l'air d'avoir entendu.
Il se pencha vers Blaireau et lui dit d'une vois étranglée:
— Voulez-vous m'aider, voulez-vous être avec moi? Il y a des millions... nous partageronsi
Celte fois. Blaireau fut pris d'un tremblement nerveux qui le secoua des pieds à la tSte.
Violet de colère, les yeux enflammés, il bondit sur ses jambes. Alors, le buste en arrière, frémissant, les bras tendus, les poings serrés, il eut un regard si terrible qae Sostbène se sentit frappé comme d'un coup de dague.
Instinctivement, il recula de frayeur.
DEUX MÉHES
Hais, par un violent effort de sa volonté, BI parvint à contenir sa colère prête à éclater. 11 sec lËle, ses bras se déraidirent et aussitôt son visage son impassibilité, sa froideur habituelles.
Sosthène restait devant lui immobile, stupide, c un homme qui n'a plus de pensée.
Blaireau le couvrit d'un regard superbe de déda
11 marcha vers la porte et l'ouvrit toute grande
Puis, se rapprochant de Sosthène, il le prit j liras et le poussa doucement hors de sou cabinet.
Alors, son sourire ironique reparut sur ses lëv il dit à son ancien complice:
— Mon cher monsieur, vous 6tes venu me dem an conseil, je vous le donne : Prenez des douches nez des douches t
Et la porte du cabinet se referma au uez de '. Perny, qui n'avait pas eu le temps de sortit- de soi rissemeat.
Après être resté un instant immobile, frappé di peur, Sostbène se décida à se retirer. Il descendîl calier, ayant un bourdonnement dans les oreilles nuage devant les yeux.
Sorti delà maison, il se mit à marcher rapidei mais d'un pas inégal et en zigzag, heurtant les pas: ne voyant et n'entendant rien.
Cependant, au bout de quelques minutes, il par
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se remettre et à ressaisir sa pensée au milieu du trouble de son cerveau.
Alors, marchant plus lentement, 11 se mit à réfléchir.
Le misérable se voyait repoussé de partout, complètement abandonné, acculé au fond d'une impasse sombre et poussé fatalement à commettre de nouveaux crimes. Il était descendu si bas, qu'il ne voyait plus la possibilité de remonter la pente. Jusqu'à ce jour, à force d'expédients, il était parvenu à se tenir debout et à faire encore assez bonne figure ; mais le gouffre s'ouvrait devant lui, profond, sinistre, et cette fV>is, malgré son ipiagination si fertile pour le mal, il ne trouvait plus d'expédients pour empêcher ou retarder sa chute. Tout s'effondrait autour de lui et menaçait de l'écraser.
Après avoir impunément bravé la justice des hommes et joué avec laloi, allait-il donc échouer misérablement, comme un faussaire vulgaire, faute de trouver cette somme de douze mille francs qui lui était nécessaire pour reprendre et anéantir le morceau de papier, preuve matérielle d'un de ses crimes.
Le matin, il avait regardé piteusement, l'œil morne, ce qui lui restait d'argent : onze louis. Il les avait sur lui. Sa main dans sa poche, il les touchait et ses doigts ' semblaient les compter.
— Ce soir, j'irai rue de Provence. Qui sait? murmurat-il.
Et un sourire singulier crispa ses lèvres.
Il pensait probablement que, plus heureux qu'il ne l'avait été depuis quinze jours, il trouverait chez sa digne associée un fils de famille ou quelque riche étranger, ayant la bourse bien garnie, qqi serait enchanté de faire avec lui une partie d'écarté.
Tout en se livrant à ses sombres réflexions, il mar-
Xoo^Ic-
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cbajt sans savoir où ses p^s le conduisaient, passant d'un trottoir sur un autre.
Comme il allait entrer «lans le passage Boarg-l'Abbé, uq tipname se plaça tout à coup devant lui et le força h s'arrêter.
Cet individu pouvait avoir quarante ans. 11 était vfitu d'une redingote fripée et usée jusqu'à la trame ; des bottines trouées, a\ix talons écrasés, chaussaient ses pieds ; il avilit sur la tête un chapeau à baute forme, d'un Age respectable et en parfaite harmonie avec le reste de l'accoutremeat.
— Bonjour, monsiptt'' d^ perny, dît-ili en acçompagoant ses paroles d'un mouyement de tfite.
Sosth^ne fronça les sourcils et ne se donn^ pas mSme la neioe de cac}ier sa m^uvatse hqn^eur,
— J^ ne vous connais pas, que {qq TQUlez-Tpus? demanda- t-il brusque ment.
Et il jeta autour de lui des regards rapides, comme s'il eût craint d'ëtpe surpris en si piètre compagnie par quelqu'un de sa oonnaissanoe,
— Vrai, vous ne me reconnaissez ^tas? 8t l'autre.
— Non, répondit Sosthène, en regardant fixement l'intrus; qui êtes-vous?
L'inconnu se rapprocha, et, baissant la voix t
— Autrefois, dit- il, j'étais votre ami; mais plus que TOUS encore, monsieqr de Perny, j'ai vieilli. Depuis nos joyeuses nujts de la Maison-Dorée et du ch&teau de Madrid, quinze ans se sont écoulés. Eh bien, me Feconnaissez-vous, maintenant?
— Je suis Armand Des Grolles.
Ce nom, qu'il avait oublié comnie l'individu qni le
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80 DEUX MÉBES
portait, rappela à ta mémoire de Sosthène un certain nombre de souvenirs.
— Je vous croyais mort, dit-il,
— Je le suis pour beaucoup de gens, répondit Des Grolles ; du reste, continua-t-il en souriant, je suis ua. revenant de l'autre monde.
— Il peut m'fitre utile, pensa Sosthène.
Et son visage changea subitement d'expression.
~ Je suis content de Yoos revoir, reprit-il tout haut.
Puis, jetant un regard de c6té, il ajouta :
— Je serais charmé de connaître l'histoire d'un rêvenant, mais nous ne pouvons pas causer ici.
— Vous avez raison. Vous ne deveï pas avoir le désir d'entrer dans un café oîi le contraste de nos costumes attirerait l'attention sur nous. Mais je demeure à deux pas, rue Saint-Sauveur; s'il vous plait de venir jusque chez moi, noua pourrons y causer librement.
— Allons, répondit Sosthène après un moment d'hésitation.
Ils furent bientôt rue Saint-Sauveur. Des Grolles introduisit son ancien ami dans la chambre ou plutôt le taudis qu'il habitait sous la toiture.
— Voilà mon palais, dit-il d'un ton amer, ce trou infect ne ressemble guère à l'appartement que j'occupais rue Vivienne et où vous êtes venu souvent fumer le cigare de l'amitié. Heureusement, je suis devenu philosophe. Je me contente de ce que j'ai, parce que je ne peux pas'faire autrement. Voici toujours deux chaises pour nous asseoir. Le temps des gais soupers et des folles maîtresses est passé pour moi... je n'espère plus qu'il reviendra... Les amours sont des oiseaux dix printemps, ils s'envolent dès que viennent les mauvais jours, fiah 1 à quoi bon les regrets? Si j'ai presque tou-
jours la boDrse plate, si je ne fais plas sauter les bouchons de Champagne, si je bois plus souvent de l'eau que du vin, si je ne maugâ pas chaque fois que j'ai faim, je me console en me disant que j'ai la liberté, que je peux aller et venir au grand air, regarder le soleil le jour, et la nuit les étoiles.
Sosthène l' écoutait et le regardait curieusement.
— Est-ce que vous tenez réellement à savoir ce que je suis devenu depuis le jour où j'ai disparu de Paris? reprit Des GroUes.
— Certainement. N'est-ce pas pour cela que vous m'avez amené chez vous?
— En vous rencontrant tout à l'heure, monsieur de Pemy, j'ai éprouvé un véritable plaisir et je n'ai pu résister au désir de causer avec un ancien ami. Je ne veux rien vous cacher, k vous ; d'ailleurs, je sais que vous êtes incapable d'abuser de ma confiance. Plus d'une fois j'ai eu la tentation de vous faire une visite ; mais, tel que vous me voyez, j'ai conservé une forte dose d'amourpropre ; c'est lui qui m'a retenu. On n'aime pas à montrer sa misère aux gens heureux, ajouta-t-il en regardant sournoisement Sostbène.
— Je comprends cela.
— Vous savez comment, en quelques années, j'ai mangé mon patrimoine, puisque c'est de la mfime manière que voDS-mAme avez dévoré le vâtre.
Sosthène fit une assez laide grimace.
— Complètement ruiné, reprit Des GroUes, je recueillis les épaves du naufrage, une vingtaine de mille francs, et avec cela je tentai le jeu de la Bourse, en me faisant cette illusion que je pouvais refaire ma fortune. D'abord, tout marcha assez bien. Ne connaissant pas parfaitement le terrain mouvant sur lequel je marchais,
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82 SKCX MARES
j'étais up peu timide, c'est-i^-dire prudent. Je réalisai pendant quelque temps d'assez jolis bénéfices pour pouvoir briller comme par te passé, et rétablir mon cré* dit. Qii'il soit réel ou factice, le liixe est toujours le luxe. Dans une infinité de cas, c'est la poudre d'or jetée aux yeux des imbéciles. Ces derniers sont nombreux; il y en a partout ; j'en rencontrai quelques-uns, de petits capitalistes etde petits rentier^, qui me confièrent l'un vingt mille francs, l'airtre treqte, d'autres un peu plus ou un peu moins, afin de s'associer aux bénéfices de mes opérations. Alors je me lançai tout à fait dans l'agiotage, et je devins un des béros de la coulisse. J'avais perdu ma timidité et en mfime temps ma prudence.
Un jour une baisse imprévue m'enleva cent mille francs en moins d'une heure. — Je me rattraperai sur la baisse, me dis-je. Et le mois suivant la baisse, qui pouvait tout réparer, la baisse maudite me jeta définitivement sur le carreau, sans me laisser même l'espoir de me relever. Mon déficit était énorme ; j'allais être exécuté, je compris que j'étais perdu !
Je ne m'amusai pas à pousser des plaintes inutiles. Je pris la décision la plus sage, selon moi : je filai en An-
— Je me souviens de cela, dit Sostbëtie; vous êtes parti, n'emportant que vos effets... et tout ce qui restait entre vos mains des sommes qu'on vous avait confiées; deux ou trois cent mille francs, le chiffre n'a pu être exactement connu. Vous ^vez abandonné votre mobilier, vos cbevaux dans l'écurie, votre voiture sous la remise ; dans une lettre qu'on a trouvée chez vous, vous déclariez qu'ayant tout perdu, votre argent et celui des autres, vous aviez pris la résolution de vous suicider.
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— Tout cela est Trai.
— Seulement, op n'a pas cm à votre suicide; les braves gens qui vous avaient confié leur petit avoir out porté plainte poutre vous et vons avez été condamné en police correctionnelle & deux ans de prison.
~r Oui, j'ai appris cela plus tardi dit Des Qrolles d'une voix craps^ ; c'était inévitable.
— Etes-vons resté longtemps en Angleterre f
— Qaelf^ues jours feulement, Gr&ce au passeport d'un de mes camarai^es, qui portait assez exactement mon signalement, Je pris passage à bord d'un navire anglais, sous le nom dç Jules Vincent, et je hts transporté ea Amérique. Depuis, en attendant que je puisse re< prendre jnoq vé^i^bIe nom, j'ai toujours gardé celui de Jules Vincent.
— Et votre ancien camarade ne s'y oppose point?
— Non, et pour cause. . . il est mort.
— Enfin, vous n'avez pas fait fortune en Amérique 7
— Vous le voyez. Il y a encore des gens qui s'imaginent qu'on peut s'enrichir facilement dans le nouveau monde ; c'est absurde. On rencontre partout les mêmes di acuité s, [surtout quand on est poursuivi, comme moi, par la mauvaise cbance. J'arrivai à New-York avec cent quatre-vingt mille francs, pas davantage, — Dans quelques années, me disais-je, j'aurai gagné un million. Je croyais encore k ces fortunes fabuleuses faites en Amérique. J.'étais animé de fort bonnes intentions. Je me proposais de revenir en France avec mon million et de rendre jusqu'à un sou tout l'argent que j'avais emprunté. Je pensais sériensement que je pouvais redevenir un honnête homme.
— Sérieusement ! fit Sosthène d'un ton railleur.
— Quand on est en train de forger des illusions, on
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g4 SBUX HâBES I
en fabrique de toutes les espèces. Je Ss du commerce, de l'exportation, enfio tout ce que je pus pour m'enrichir; et, comme à la Bourse de Paris, j'eus de nombreuses oscillations entre la hausse et la baisse. Je louvoyais. Un jour, une affaire magnifique se présenta; je saisis la balle au bond. Cette fois, je tenais mon million. Mais le diable s'en mêla. L'affaire, qui s'annonçait saperbe, eut pour résultat un épouvantable désastre. Ruiné une seconde fois, dégoûté du commerce et ayant pris en haine l'Amérique et ses habitants, je revins en France pauvre comme Job. Il y aura bientôt deux ans de cela, monsieur de Peray, et me voilà, peu satisfait de la vie, content, néanmoins, de me retrouver h Paris, qui est et restera toujours la première ville de l'univers. 1
— Ce que vous venez de me raconter est fort intéres- j sant, dit Sosthène. Maintenant, que faites-vous?
— Le nez en l'air, je regarde d'où vient le vent. Malheureusement, je crains la lumière trop vive; je ne me cache pas, mais je ne me montre guère. Après avoir sombré, j'attends qu'une occasion, n'importe laquelle, me fasse revenir sur l'eau.
— Ah I fit Sosthène.
— En attendant, comme le bon JérAme Paturot, je i suis à la recherche d'une position sociale. |
— On ne vit pas de l'air du temps, et moins encore de la vue du soleil et des étoiles. Quels sont vos moyens d'existence ?
— Tous êtes curieux, monsieur de Pemy, vous voulez tout savoir ; mais je ne veux rien vous cacher. Peu de temps après mon retour à Paris, le hasard m'a fait rencontrer une ancienne amie qui connaît beaucoup de gens. A l'époque de ma splendeur, Joséphine Charbonneau..,
DEUX HSRES 8S
— Joséphine Gharbonneau, répéta Sosthèae, ayant l'air de chercher dans sa mémoire.
— Vous ne la connaissez pas, monsieur de Pemy, reprit Des GroUes, et c'est pour cela que je n'ai pas tu d'inconvénient à la désigner par son nom.
Donc, au temps où je menais joyeuse vie, Joséphine n'avait guère que vingt ans... C'était une très-belle flUe, qai avait les plus jolies dents du monde. Ah ! elles n'étaient pas seulement fines et blanches, ses dents ; solidement plantées, elles croquaient à merveille ; chacune d'elles m'a bien grignoté trois mille francs, et comme elle devait en avoir trente-deux, comptez...
Br^f, Joséphine ne m'avait pas oublié ; elle eut à cœur de me prouver une reconnaissance que peut-6tre elle ne me devait point. Gr&ce & sa recommandation, je fais partie aujourd'hui d'une société... de secours mutuels... non reconnue par le gouvernement.
— Je crois comprendre, fit Sosthène. Qu'est-ce que cela vous rapporte? '
— C'est selon ce qu'il y a dans la caisse ; mais en général peu, très-peu, pas mgme le nécessaire, juste ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim. .
Le front de Sosthène se rembrunit.
— Oh 1 ne vous effi'ayez pas, reprit l'autre vivement ; je ne vous ai pas attiré dans un guet-apeos pour vous crier : La bourse ou la vie ! Je n'ai nullement l'intention de vous emprunter quelques louis que peut-être voua ne pourriez pas me prêter. J'ai entendu dire que vous n'étiez pas, actuellement, dans une situation très-brillante. On prétend même qu'il y a chez vous, rue Richepause, des feuilles de papier timbré qui prouvent combien y sont rares les billets de banque.
i-Coptmentsave^-youscelaîs'éçriaSosthène stupéfié.
86 DEUX HÈRK3
— C'est très-simple, j'écoute ce qu'oa dit autonr de moi. Par eiemple, il ne faat pas m'ea vouloir de ma franchise ; je vous ai dit que je n'aurais rien de caché pour TOUS. Mais pour que vous soyez tout à fait h votre aise avec moi, comme je le suis avec vous, ja vous préviens que je connais à peu près toutes vos petites aventures.
Sosthène tressaillit.
— Que voulez-vous dire? demanda-t-il.
— Ainsi, reprit Des GroUes, un sourire sÎDgnlier sur les lèvres, je sais la merveilleuse histoire d'une jeune et belle marquise, laquelle a donné un flls à son mari sans avoir été euceinte.
Sosthène s'agita sur son siège avec inquiétude.
— ^ Un jeune Américain, que j'ai connu à New- York, continua Des Grolles, est venu passeï* à Paris l'hiver dernier, lesté de trente mille dollars. Un jour je l'ai rencontré. Il m'a parlé d'une maison rue de Pjovence ah il est allé plusieurs fois et où l'on s'amuse beaucoup. — (1 Je n'y retournerai plus, me dit-il ; il y a lit un M. Sosthène de Perny qui a au jeu une chance incroyable ; il ne perd jamais. » Et il ajouta : — « On m'a dit qu'il était Français, -mais je crois plntAt que c'est un Qrec. u
Sosthène bondit sur ses jambes , bl6me de colère.
— C'est une infamie ! exclama-t-il d'une voix frémissante ; monsieur Des Grolles, vous m'insultez I
Celui-ci haussa les épaules et répliqua froidement :
— Ce n'est certes pas mon intention ; je vous répète ce qu'on m'a dit, voilà tout.
— C'est une lâche calomnie ! Enfin, où voulez-vous en venir?
— Asseyez-vous, monsieur de Perny, je vais vous le dire.
La colère de gostbène se palma subitement.
— Je TOUS écoute, dit-il, en s'asseyant.
— Vous devez bien penser, reprit Des Grolles, que je n'aurais pas été assez b6te pour vous arrfiter dans la rue, me faire reconnaître et vous amener ici, si je n'eusse été sûr d'avance que nous pouvions nous comprendre et nous entendre.
Mais je m'empresse de vous déclarer que vous n'avez rien à redouter de moi. J'ai contre Vous des armes terribles ; je ne veus pas m'en servir. Du chantage? fl donc ! Je laisse cela à d'autres. Je préfère rester votre ami. Cela vous va-t-il?
— Oui.
— Alors vous ne m'en voulez plus de tous avoir parlé trop franchement?
— C'est publié.
— A la bonne heure.
Ils échangèrent une poignée de mains.
— Eh bien; mon cher Sosthène, reprit Des OroUes, je vous avoue, — fous n'aurez pas de peine à me croire, — que je mène une vie qui ne me plait pas du tout, je donnerais de grand cœur ma démission de la société mystérieuse et ténébreuse dont je fais partie pour entrer dans une autre association, qui me promettrait un plus bel avenir
Je me dis que, du moment qu'on court le risque de
9 DBDX HËHES
> fdre pincer par la police et d'aller au bagne, il faut noins que ce soit pour Quelque chose qui en vaille eine.
ilsembleu 1 Ventre de biche I comme nous disions efois, je me sens de force à jouer un autre rôle que 1 de comparse.
DU esquir a chaviré, je voudrais le remettre à flot. r cela, comme je vous l'ai dit, je suis à l'affût d'une sion. Je flaire de tous les cAtés. Eh bien, mon cher hène, — vous me direz si je me trompe, — j'ai é que vous pourriez m'ôtre utile, que vous m'aideà trouver cette occasion que j'attends.
Oui, peut-être, fit Sosthène.
une lueur sombre traversa son regard.
Vous Êtes un homme d'imagination, reprit Des les, vous cherchez les grandes conceptions. Sose de Pemy peut ne pas réussir toujours dans ses éprises ; mais il ne se noiera jamais. Pour vous dire 3 ma pensée, mon cher Sosthène, je voudrais être que chose près de tous, eu un mot m'attacber à i fortune ; la partager si elle est mauvaise ; prendre Lie vous me donnerez si elle est bonne.
C'est une proposition très-nette, répondit Sose; j'en prends bonne note. Dans un temps qui . peut-être pas éloigné, je pourrai avoir besoin de
Bravo I s'écria Des Grolles , je savais bien que nous
entendrions.
sthëne reprit:
J'ai conçu un vaste projet; mais pour qu'il réus-
il faut attendre certaines circonstances ou les faire ■e au moyen d'un enchaînement de combinaisons je n'ai pas encore trouvées, Je ne vous dis rien
DECX HâRES 89
de plus aujourd'hui. Mais, puisque tous voulez me servir, je compterai sur vous. Je vous préviens d'avance qu'il faudra être résolu, hardi, ne reculer devant rien.
— Vous me connaissez.
— Sans doute ; c'est pour cela que, l'heure venue, je vous appellerai. Si nous réussissons, votre part sera assez belle pour que vous puissiez remettre votre esquif iiOot.
— £n me parlantainsi, vous ferez de moi tout ce que vous voudrez.
Sosthëne eut un sourire nerveux.
— Alors, dit-il, les dangers à courir ne vous effrayeront point 1
Des Grolles répliqua, en se redressant ;
— M A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire! » On connaît ses classiques, ajouta-t-il avec un Taux
sourire.
Sosthène se leva et prit son chapeau.
— C'est bien convenu ? dit Des Grolles.
— Oui.
Avant de se quitter ils se serrèrent la main.
— A bientôt, dit Sosthëne.
Et il sortit du taudis.
— Oui> se disait-il, en se dirigeant rapidement vers les boulevards, D«s Grolles pourra me servir, je ne suis pas l^ché de l'avoir rencontré. Il sait bien des choses... Qui donc a pu lui dire ?... Si ce n'est pas Blaireau, c'est la femme... Après tout, que m'importe? il n'a aucunit preuve entre les mains. Ah 1 ce n'est pas lui qui est redoutable; c'est un autre danger qui me menace... Trois jours, je n'ai plus que trois jours !... A tout prix il me faut ces douze mille francs, il me les faut !
L,.,... Cookie
11 employa inutilement tout le l'esté de la journée à les chercher. Partout on lui répondit par un refus plus ou moins nettement formulé.
Il pensa à aller trouver le marquis; c'était ce qa'il avait de mieux h faire ; mais pour que celui-ci consentit à lui donner la somme, Sosthène savait qu'il faudrait lui dire la vérité. Avouer, à son beau-frère surtout, qu'il était un faussaire, jamais ! Du reste, il avait encore trois jours devant lui. Et s'il lui répugnait de s'adresser au marquis, d'un autre côté, il conservait l'espoir que le jeu pouvait encore le tirer de son mauvais pas,
A six heures et demie il se rendit rue de Provence. Son associée vivait comme lui d'expédients et n'était pas, pour le moment, dans une situation meilleure que la bienne,
— Nous aurons du monde ce soir, lui dit-elle avec un regard qui signifiait: il y aura peut-être quelque chose à faire.
Us dînèrent ensemble, et, tout en fumant un cigare, Sosthëne attendit.
A huit heures et demie, les habitués de la maison, des demoiselles de Saint-Chic à chignons jaunes et . autres dames déclassées, portant des noms de guerre plus ou moins sonores, commencèrent à arriver, flanquées chacune de son élégant cavaMer brun ou blond, jeune ou vieux.
Dans le salon, dans la chambre à coucher et dans une autre pièce contiguS, les tables de jeu préparées à l'avance attendaient les joueurs.
A neuf heures, plusieurs des tables de jeu étaient déjà occupées. Sosthène ne s'élait approché d'aucune ; il restait dans un coin, sombre, les sourcils froncés, promenant d'un groupe à l'autre son regard dédaigneux.
ETid^iQ (fient, aucun de ces joueurs ne lui semblait digne de se mesurer avec lui.
Cepend^pt, un autre couple venait d'arriver.
C'était une jeune fille assez jolie, h peine Agée de nagtans, aux lèvres roses souriantes, au nez retroussé, au regard bar^t, k l'air effrontéi qui portait une toilette à grqod fracas.' L'homme qoi l'accompagnait pouvait aToir quarante ans. II était vêtu avec uoe extrême recherche, et sur son gUet blanc s'étalait une grosso c^halne d'or qrnés dp deux médaillons entourés de superbes brillants. Il î^vait le teipt bistré, le regard clair, dur, l'attitude sévère et hautaine.
— Chère madame, dit la jeune flU^ 4 U maîtresse de la maison, je vous présente le senor don José, comte de llogas, un grand de Portugal.
Le tioble portugais s'inolina profondément.
— Soyez le bienvenu, monsieur le comte, lui dtt la dame ; j'ose espérer que vous passerez une soirée agréable et que vous nous ferez l'honneur de revenir.
— Certainement, madame, répppdit don José avec un accent étranger Irôa-prononcé.
Et il salua une seconde fois.
Sosthène s'était levé. Les yeux ardents, fixés sur le nuble étraager, il semblait faire l'inventaire de ses poches. Satisfait de son examen, sans douta, soij front s'éclaira subitement.
Pendant ce temps, la compagne de don José s'était approchée de la maltresse et lui avait dit à l'oreille :
— Il a de l'or et un portefeuille bourré de billets de banque.
Cette intéressante communication fut aussitôt transmise à M. de Perny. Son regard devint lumineux.
„Cooi^le
Alors la maîtresse du tripot s'avança vers le Portugais et lui dit :
— Monsieur le comte de Rogas veut-il faire comme ces messieurs? N'a-t-il pas le désir de savoir si la fortune lui est favorable?
— Ohl je jouerai volontiers, répondit don José. Mais, madame, ajouta-t-il. en se tournant gracieusement vers sa jeune compagne, vous avez un proverbe qui dit: « Heureux en amour, malheureux au jeu. i.
— Les proverbes ne sont pas toujours vrais, monsieur le comte, et ce soir vous allez probablement faire mentir celui-ci.
— Je le sooliaite, madame.
— Voici M. le comte Sosthène de Pemy qui veut bien faire votre partie.
Les deux hommes se saluèrent en échangeant un regard rapide.
Puis ils s'approchèrent d'une table et s'assirent en face l'un de l'autre.
— Est-ce le matador, l'écarté? demanda Sosthène.
— L'écarté, si cela vous fait plaisir, répondit le Portugais.
— En cinq points?
— Gomme vous voudrez, monsieur.
— Quel sera l'enjeu?
— Fixez la somme.
— Cinq louis?
— Soit, cinq louis.
Les adversaires mirent chacun cinq pièces d'or sur le tapis vert.
Tout d'abord la chance favorisa Sosthène ; ce fut W qui donna les cartes le premier, en tournant le roi. Il fit la vole et marqua trois points.
L,.,... Cookie ■
DBOX H&RES 93
A soQ tour son adversaire tourna, le roi et Bt également la vole.
A la troisième donnée Sostbène gagna la partie.
Le jeu continua.Le Portugais gagna la deuxième partie, Sostbène la troisième, l'autre la quatrième. La cinquième fut pour Sostliène. Il conservait toujours sa première position ; mais le jen serré de son adversaire commençait à l'agacer borriblenient.
~ nous continuons, n'est-ce pas, monsieur? dit le Portugais.
— Oui, nous continuons, répondit Sosthëne d'un ton bref.
— Je donne.
—Encore le roi I fit Sosthène avec dépit.
— Chacun son tour, répliqua l'étranger, qui conservait toute sa gravité.
11 gagna la sixième partie, et, par un nouveau tour d'adresse, où Sosthène ne vit que du feu, il gagna encore la suivante.
Cette fois, Sosthène Ait forcé de comprendre qu'il ivait affaire à un joueur pins fort que lui.
Leurs regards se rencontrèrent, tranchants et froids comme l'acier.
Ils savaient à quoi s'en tenir l'un et l'autre.
— Monsieur , dit le Portugais avec le plus grand calme, je suis à vos ordres.
Sosthène se dressa sur ses jambes, livide, les traits contractés, le front couvert de sueur.
— Alors, nous ne continuons pas ? fit l'autre.
— Non, répondit Sosthëne d'une voix creuse.
— Quand cela vous fera plaisir, dit don José, vous me trouverez toujours prêt à vous offrir votre revanche. •
— J'ai l'espoir de vous revoir, répliqua Sosthène.
Et se tournant vers la maîtresse de la maison, qui s'était avancée pour suivre les péripéties du jeii ;
— Cbarmaote dame, lut dit le Portugais, en laissant errer sur ses lèvres un sourire singulier, ce soir j'ai fait mentir le proverbe^
Et toujours impassible, le noble comte ramasââ les pièces d'or qui étaient sur la table et les glissa dans la poche de son gilet.
Sosthène s'était éloigné la rage au cœur, gi'ihQàllt des dents.
Ce n'était point la perte de cinq louis qui le rendait furieux. Mais après avoir caressé l'espoir i^ue le jeu viendrait à son secours, il éprouvait liiie cruelle déception. En elTet, le coup qu'il venait de recevoir était rude. Où il avait cru trouver une victime prèle au SaCrlflte, Il Venait de rencontrer un maître.
Ainsi tout lui manquait, tout était contre lîii ; C'est en vain qu'il regardait de tous les côtés, cherchant tin point d'appui, il lui était impossible de le découvrir.
Il avait beau faire de violents efforts pour se COhtefilr, pour montrer un visage sourianl, pour patattre gai, il ne pouvait échapper à l'amertume de ses pensées, tii chasser les sombres terreurs qui étaient en lui.
Le misérable se sentait vaincu, écrasé.
Pendant quelques minutes encore 11 resta dans te salon, puis il s'approcha d'une porte, souleva une portière et disparut.
...Gooj^lc
lÉS XERSEIBHEMERTS
Uorlot ae restait pas inactif. Il s'était dit : — Avant àe me présenter devaot, la marquise de Gouiange, je veux savoir quelle est l'existence de sa mère etde BOQ frëre, il faut que je sois complètement édifié
sur leur passé. .
Et, immédiatement, il s'était mis en campagne.
Nous conoaissoDS ^to^!ot : une fois lancé il y allait de tout cceur et ne s'arrêtait plus.
Il découvrit facilement que madame de Perny demeurait aux Ternes, rue Laugier, après avoir occupé, précédemment et pendant près de quatre années, un tràs-bel appartement au premier étage, dans une maison de la rue de Moscou. Il apprit en même temps que M. Sosthène de Perny n'habitait pas Complètement avec i>a mère et qu'il avait à Paris, rue Richepanse, sou appartement de garçon.
Pourquoi madame de Perny avait-elle quitté son appartement de la rue de Moscou pour aller habiter aux
Morlot le comprit lorsqu'il sut que Sosthène dépensait beaucoup d'argent et que sa mère avait trouvé trèslourd un loyer de trois mille francs.
Rue de Moscou, madame de Perny avait trois domestiques : une femme de chambre, un valet de chambre et une cuisinière. Rue Laugier elle n'avait plus qu'une bonne à toui faire et seulementun loyer de mille francs.
96 DEUX IIÈRGS
— Si le marquis de Coulaoge lui fait réellement des rentes, se dit Morlot, il me paraît certain qu'elle se prive et cherche à faire des économies pour que son garnement de fils puisse continuer à mener joyeuse vie.
Il n'eut plus aucun doute à ce sujet lorsque quelques-uns des fournisseurs de madame de Perny lui eurent dit qu'ils étaient forcés de lui faire crédit. Cependant elle payait assez régulièrement tous les mois et toujours en changeant des billets de mille francs; mais au bout de quelques joiirs, l'argent ayant probablement disparu, le crédit recommençait.
Dans de semblables circonstances, les boutiquiers et les concierges sont généralement au courant des choses. C'est à eux, naturellement, que Morlot s'adressait pour obtenir des renseignements.
On lui apprit encore que madame de Perny sortait très-rarement, qu'elle recevait peu de visites, qu'elle était souvent plus de huit jours sans voir son fils, lequel, d'ailleurs, n'avait pas précisément pour elle le respect qu'un fils doit à sa mère.
Tous les quinze jours à peu près, son gendre, le marquis de Coulange, venait la voir. 11 restait souvent plus d'une heure avec elle. Quant à la marquise de Coulange, elle n'avait jamais fait une visite à sa mère. On ne comprenait pas cela, et pour beaucoup de gens du quartier c'était un sujet d'étonnement.
La personne qui parlait ainsi à Morlot ajouta :
— Madame de Perny est une femme très-flère, trèshautaine, qui ne parle jamais à personne; c'est à peine si elle daigne répondre par un mouvement de tSte quand on la salue. Elle ^parfois, dans le regard, quetquechosed'effrayant. Elle paraît jouir d'une assez bonne santé ; cependant elle est toujours très-triste, comme
DSDX HâKES 97
si elle souffrait d'un mal inconnu. On devine qu'elle a eu de grands cbagrins, qu'elle n'a jamais eu à se louer beaucoup de ses enfants. Tout de même, c'est trisle, à son &ge, apr^s avoir connu l'opulence et s'Être sacrifiée pour ses enfants, de vivre ainsi seule, comme une abandonnée.
Son gendre, M. le marquis de| Coulange, est, dit-on, un grand seigneur immensément riche ; il lui donne certainement de l'argent, peut-être beaucoup ; mais, comme je viens de vous le dire, la vieille dame est flère; bien sftr, elle ne dit pas tout à son gendre. H. de Coulange ne sait pas qu'elle a vendu ou porté au Mont-de- Piété ses bijoux et presque toute son ai^enterie, que son fils ne lui laisse rien et qu'il ne la quitte pas d'une minute tant qu'il lui sent un peu d'argent. C'est ce qui fait qu'elle est obligée, presque toujours, d'acbeter le pain, la viande et le reste à crédit.
Enfin, Toilà la vérité : sa fille, qui est marquise et rïcbe, l'abandonne tout à fait; et son fils, qui ne pense qa'à courir et à s'amuser, ne s'est même pas aperçu que l'hiver dernier elle manquait de bois pour se chauffer.
— Cela ne m'étonne pas, pensa Morlot.
Il se trouvait, sur ce point, sufîtsamment renseigné.
Mais l'agent de police était un homme prévoyant. Comme il pouvait y avoir nécessité de surveiller ma. dame de Perny et son fils, il crut devoir examiner d'avance comment une surveillance pourrait 6tre établie autour de leur habitation. C'est ce qu'il fit avant de quitter les Ternes. La chose lui parut très-facile; En effet, madame de Perny occupait une petite maison, un pavillon si l'on veut, à un seul étage, qui avait étécous- Iniit au fond d'un jardin.
Ce pavillon était une dépendance d'une assez belle n. 6
98 DEUX UÉRBS
maisoD élevée sur la rue Laugier et en était éloigaé d'environ trente mètres. On entrait dans le jardin, planté de grands arbres et de massifs d'arbustes, par une porte vitrée qui s'ouvrait sous le porche de la grande maison. Une allée large et droite conduisait au pavillon. Mais on pouvait également entrer dans le jardin et arriver chez madame de Perny en ouvrant une petite porte percée dans le mur de clôture el donnant sur une sorte de ruelle parallèle à la rue Laugier.
Il était donc facile de se placer en observation dans la ruelle ou dans un terrain à vendre, qui se trouvait juste en face du pavillon.
Grlce aux renseignements qu'il avait recueillis, Morlot, ne voulant rien négliger, traça assez exactement sur une feuille de papier le plan de l'habitation.
Rez-de-chaussée : deux pièces de chaque côté d'un assez large corridor ; à droite, en entrant, la salle à manger ; au fond la cuisine ayant une porte de sortie sur le jardin avec quelques marches de pierre h descendre. A gauche, une chambre oh couchait la domestique, une autre petite pièce servant de débarras et d'office, puis l'escalier.
A l'étage : un salon et les deux chambres de la mère et du fils, séparées par un double cabinet de toilette. La chambre de Sosthène était sur le devant. Celle de madame de Perny avait deux fenêtres, dont l'une s'ouvrait directement au-dessus de la porte de service de la cuisine.
— Maintenant, se dit Morlot, passons à un autre exercice. Il s'agit de savoir à quoi M. de Perny emploie son temps et comment il dépense son argent et celui de madame sa mère.
Il apprit d'abord que Sosthène n'avait pas d'emploi,
DEUX HâBES 99
qu'il ne faisait absolument rien, et bientôt après que c'élait un bomme sans cœur, sans dignité, de mœurs dissolues; un viveur, un joueur, un coureur de Ailes, un d(5bauché de la pire espèce, faisant avec cynisme l'apologie des vices les plus honteux ; enfin, un être dégradé, misérable, abject, capable de tout pour arriver il satisfaire ses passions viles.
Une autre personne dit à Morlot :
— M. de Perny va très-fréquemmentrue de Provence, chez une dame qui donne des soirées et reçoit une nombreuse société, composée généralement de jeunes gens et de femmes galantes. Souvent, M. de Perny passe la nuit chez cette dame.
— La dame en question est évidemment la maîtresse de mon débauché, se dit l'agent de police. Cela est bon à savoir.
Et il mit sur son carnet le numéro de la maison de la rue de Provence, accompagné de celte note : à voir plus tard.
Q ne lui vint pas & l'idée que la maîtresse de Sosthène, qui recevait dee jeunes gens et des femmes galantes, pouvait être, en même temps qu'une femme galante aussi, l'aimable directrice d'un tripot.
Malgré son habileté et son flair, l'agent de police ne pouvait pas tout deviner. S'il eût seulement soupçonné la vérité, il ne serait pas allé plus loin dans ses recherches, car, surprendre Sosthéne de Perny volant au ■ jeu, c'était trouver ce qu'il cherchait : le moyen de le mettre entre les mains de la justice.
Morlot connaissait à Paris plusieurs huissiers. Le premier qu'il vit le dispensa de se présenter chez les autres. Il lui parla des nombreuses poursuites judiciaires dont M. Sosthëne de Perny était l'objet, '
100 DEUX HBRliS
— 11 serait difficile d'établir, même approximativement, le chiffre de ses dettes, dit l'tiuissier, et ses ressources, que je ne connais pas, sont évidemment insuffisantes pour le genre de vie qu'il mène. Quand, contraint et forcé, il arrive à payer un de ses créanciers, je suis persuadé qu'il bouche ud trou en en faisant un , autre.
Pour ma part, je l'ai déjà poursuivi cinq ou six fois et je le poursuis encore. En ce moment, sa situation paraît être plus difficile que jamais. Plus il avance, plus il s'enfonce.
Il avait, il y a deux ans, une maîtresse qui demeurait rue de Ponthieu. Il a dépensé pour elle des sommes considérables ; c'est de là que viennent en partie les dettes qu'il a aujourd'hui. Il avait alors un certain crédit, car dans les moments critiques le marquis de Coulange, son beau-frère, venait à son secours. Mais il parait que le marquis a fini par se lasser. Il a probablement reconnu l'inutilité de ses efforts pour combler un gouffre sans fond.
Dans le quartier Beaujou, M. de Perny a une réputation déplorable. Il devait à tous ses foumisseiu-s. A un seul, un marchand de vins fins, qui est mon client, il devait plus de six mille francs ; il est vrai que sur cette somme mon client avait eu la faiblesse de lui prêter trois mille francs. Je l'ai poursuivi à outrance, et, gr&ce à mon énergie, le marchand de vins a été payé, non par lui; mais par le marquis de Goulange, qui est venu ici lui-même m' apporter la somme.
Bref, M. de Perny ne doit plus savoir où donner de la tête ; c'est un homme embourbé et aux abois. Entre nous, — ceci est tout à fait conRdentiel, — j'ai la conviction intime que M. de Perny finira mal.
&EUX MàHES 101
— C'est aussi la mienne, dit l'agent de police, qui avait plus encore que l'huissier des raisons pour le
11 voulut savoir ce qu'on pensait et ce qu'on disait de Sosthène de Perny dans le quartier Beaujon.
Gomme le lui avait dit l'huissier, sa réputation y était des plus mauvaises. Il était encore le débiteur de plusieurs fournisseurs à qui ses grands airs avaient inspiré une trop facile confiance.
— Sa maltresse et lui scandalisaient tous les honnfites gens, dit à Morlol une marchande de comestibles de la rue de Ponthieu ; aussi a-t-on appris avec satisfaction que le propriétaire leur avait donné congé. Je vous assure qu'on les a vus partir avec joie ; ils n'en ont pas moins laissé de tristes souvenirs.
J'ai en le malheur, moi aussi, de leur faire crédit, et ils m'ont fait perdre plus de deux cents francs.
— Pourquoi ne poursuivez-vous pas? demanda Horiot.
— D'abord, j'ignore ce que la femme est devenue; quant à M. de Perny, rien à faire de ce côté : je sais d'avance que j'en serais pour les frais de poursuite en plus de ce qui m'est dû. On peut se laisser tromper quand on croit les gens convenables ; mais quand on les connaît et qu'on sait ce qu'ils valent, on aime mieux perdre que d'avoir encore affaire à eux.
— Au fait, vous avez peut-être raison, dit Morlot. Gomment se nommait la maitresse de M. de Pemy î
— Oh I ces sortes de femmes changent de nom chaque fois qu'elles Changent de logement. Ici elle se faisait appeler madame de Nève.
— Il est prôhabU que M. de Perny vit toujours avec elle.
J02 DEUX HÉRBS
— Je crois, au contr^iire, qu'ajirès\ l'avoir ruiné elle est en train d'en rainer un aqlre. Du reste, déjà avant de quitter la rue de Ponthieu, voyant qu'elle ne pouvait plus entretenir soi^ luxe, elle (ui avait donné un successeur.
— M. de Perny le savait-il ?
— Sans aucun doute. Il éUit excessivemçnt jali^i, et Juliette, la femme de cbambre de madame de Nfeve, lui rapportait tout ce qui se passait chez sa maîtresse en sort absence. Encore une pas grand'chose que cette Juliette. Je suis sûre qu'elle a mis un enfant au monde et qu'elle l'a fait disparaître. Comment? Je n'en sais rien.
— Oh t oh t fit Morlot, ouvrant de grands yeux. Voilà une chose qui m'intéresse énormément, ajouta-
t-il ; voulez-vous me dire ce que vous savez 7
— Volontiers. Je m'étais aperçue que la femipe de chambre était enceinte, et un jour je lut dis : « Mademoiselle Juliette, vous me faites l'effet d'être dans nne position intéressante, ii Là-dessus elle se récria trèsfort, et me jura ses grands dieux que je me trompais. Je n'insistai pas. Six semaines ou deux mois plus tard, un matin, elle vint prendre chez moi je ne sais plus quelle chose. Je ne l'avais pas vue depuis quatre ou cinq jours. Elle était très-pâle et si faible qu'elle, pouvait à peine se tenir sur ses jambes. — Tiens, lui dis-je en souriant, vous avez donc été malade ? Elle parut d'abord embarrassée, puis elle me répondit : — Oui, j'ai failli avoir une fluxion de poitrine. Je as semblant de croire qu'elle me disait la vérité. Mais je voyais trèsbien que sa taille n'était plus aussi épaisse.
Quelque temps après , quand j'appris qu'on avait donné congé à madame de Nève, je montai chez elle, un
DEDX ViHES i03
soir, espérant me faire payer ce qu'elle me devait.
Pendant que j'attendais dans l'antichambre, j'entendis un bruit da voix dans la pièce à cAté. C'étaient M. de Pemj et Juliette qui avE^ient ensemble une discussion assez vive. M. de Perny paraissait très-mécontent, il parlait baqt- A moins de ine boucher exprès les oreilles, l'étais forcée d'entendre.
Je compris que Juhette refusait ou ne pouvait pas lui dire quelque chose qu'il voulait savqir.
Alors M. de Peroy s'emporta et j'entendis très-distinctement ces paroles :
— Tu dqis me servir et m'ohéir ; tu oublies donc ce que tu as fait, misérable I Tu sais que si je disais un mot, demain tu serais arrêtée et traînée en prison I J'ai tes lettres, je les garde ; tu m'appartiens, tu es mon esclave !
— Vous avez entendu cela ? s'écria Morlot.
— Parfaitement 1
— Qu'avez-vous pensé ?
— J'ai peusé que la malheureuse fille avait tué son BBfant et qu'elle avait déjà l'intention de commettre ce crime abominable, quand elle niait qu'elle fût enceinte et qu'elle mettait tant de soins à cacher sa grossesse.
— C'est certain, absolument certain, dit Morlot. Sachant cela, qu'avez-vous f^it?
— Rien.
T- Comment ! vous n'avez pas prévenu le commissaire de police du quartier, vous n'avez pas dénoncé le crime?
— J'ai eu l'intention de le faire, je ne vous le cache pas ; puis, après, j'ai réfléchi que cela ne me regardait point. Dame, c'est toujours très-grave do se mCter de ces sortes de choses, et, à vous dire vrai, je n'ai pas osé.
104 DEDX HÈRES
— Je comprends, répliqua l'agent de police; mais c'est grâce à des craintes et à des scrupules semblables aux v6tres que beaucoup de scélérats échappent à ta justice, restent longtemps à l'abri du châtiment qu'ils ont mérité et peuvent commettre de nouveaux crimes. Savez-Yous ce qu'est devenue cette demoiselle Juliette?
— Non, Je n'ai plus entendu parler d'elle. Peut-être eEt-elle restée au service de madame de Nëve.
Malgré les recherches que Morlot fit encore dans le quartier, il lui fut impossible de découvrir la nouvelle demeure de la femme qui se faisait appeler, rue de Ponthieu, madame de Nëve. Il ne fut pas plus heureux au sujet de Juliette.
XIU
UORLOT IHQUIET
Les renseignements recueillis par l'agent de police devenaient nombreux; mais il ne trouvait toujours point ce qu'il cherchait.
Ce que Morlot désirait, ce qu'il attendait, ce qu'il espérait, c'était de découvrir dans l'existence de madame de Perny et de son Sis, en dehors du vol de l'enfant de Gabrielle Liénard et de la fausse déclaration à la mairie de Coulange, un acte quelconque qui fût de nature à faire lancer contre tous les deux, ou contre un seul, un mandat d'amener.
Faire cette découverte eût été pour lui une joie suprême, car alors il sortait de l'étrange situation dans laquelle il se trouvait ; il sentait que s^ CQQSCîeQce serait
DEUX HéBES 1(M}
salisraite, s'il parvenait à livrer les eoapablesàla justice sans toucher directement à la marquise de Côulange.
11 continua ses recberches en fouillant audacieusement dans le passé de la mère et du &ls.
Il apprit que de vingt & trente ans l'existence de Sos- IhèDe avait été également déplorable.
Apeiae sorti du collège, cherchant partout le plaisir, il s'était livré à tous les excès, à tous les désordres honteux. Loin de le maintonir et de lui reprocher sa conddte, sa mère, au contraire, paraissait l'applaudir. Elle ue s'était pas seulement montrée indulgente et faible, elle avait, en quelque sorte, encouragé ses vices et excité ses passions. Folle de son fils,trouvant toujours bien ce qui était blâmable, elle n'avait jamais senti la responsabilité qui pesait sur elle, elle avait manqué à tous ses devoirs de mère et de tutrice,
Aussi, ce qui était facile h prévoir arriva.
Après avoir payé plusieurs fois les dettes de Sosthène, elle se trouva complètement ruinée.
Horlot fut indigné quand on lui eut dit que cette mère coupable n'avait jamais aimé sa fille, qu'elle l'avait tenue constamment éloignée d'elle, et que sa part d'héritage sa dot, avait été '.livrée h son frère pour payer ses plaisirs.
Assurément, tout cela était bon à savoir. Mais l'agent de police n'était nullement satisfait. 11 ne trouvait rien, pas plus après qu'avant le crime d'Asniëres,qui lui permit de s'écrier :
— Cette fois, je lestiens l
Dans sa contrariété et son dépit il y avait de la fureur.
Il se dit :
— Quand je chercherais des renseignements pendant
... ,aK,gic
DEITX HÉRBS
)iirs encore, je p'en apprendrais pas davantage. reste plus, jusqu'à nouvel ordre, qu'à avoir l'œil e Perny.
:, en rentrant chez lui, il dit à sa femme :
suis suffisamment renseigné aujourd'hui sur les j'ai un dossier complet. Je' vais m'en tenir là noment. En quelques mots, voici le résumé de [uej'ai appris:
le de Perny a été de tout temps très-dure pour [u'elle n'aime pas, qu'elle n'a jamais aimée. En ! elle adore son fils, qui l'a ruinée autrefois, et rend encore aujourd'hui tout l'argent qu'elle 1 marquis de Goulange. Elle vit seule, triste- 'esque dans la misère, son flis ne lui laissant le parait souffrir d'un mal inconnu, m'a-t-on it-etre le remords du crime. Quant à H. Sos- Perny, c'est un homme taré, un être mépriril, un gredin de la plus rare espèce. Il est couleltes et n'a plus de crédit nulle part.
>nant, sachant ce qu'est la mère et ce que vaut peux me présenter hardiment devant la mar- Coulange. Demain elle aura ma visite.
démarche que tu vas faire est extrêmement délon ami , dit Mélanie ; tu ne dois agir qu'avec p de prudence et être très-circonspect. Jl me [u'avant de te présenter à l'hôtel de Coulange is prévenir la marquise, uoi hon ?
bord, elle peut être sortie, l'attendrai.
leut se faire aussi que, pour une cause ou pour 'e, elle ne puisse pas te recevoir, st vrai.
L i , ...Cuogle
DEUX HÈRES lD7
— Ensuite, le marquis peut se trouver là. Tu serais alors îort embarrassé, puisque c'est un entretien secret que tu veux avoir avec elle.
— C'est encore vrai, répondit Morlot. Ainsi, iu me conseilles de lui écrire pour liii annoncer ma visite?
— Oui, il faut qu'elle aoil prévenue par une letlire.
— Qu'est-ce que je lui dirai, dans cette lettre?
— Que tu as à lui faire une communication très-importante, à lui parler de choses graves qui l'intéressent personnellement; tu la préviendras que tu désires lui parler sans lémoiti, et tu lui diras quel jour lu te présenteras à l'hôtel de Coulange.
— En effet, je crois que cela vaudra mieux,
— Ce sera surlout ptils convenable, tu pourrais en core la prier de te dentier elle-même un rendez-vous à rh6tel de Coulange ou ailleurs.
— Dans ce cas elle autait à me répondre.
— Naturellement.
— Et si elle ne me répondait pas ?
— Alors tu lui écrirais de nouveau pour lui annoncer ta visite.
— fout cela demandera quatre ou cinq jours ; du temps perdu !
— Tu n'as plus à le compter, après t'étre livré pendant plus de six années à d'inutiles recherches , dit Mélanie en souriant. Du reste, continua-t-elle, il est possible que madame de Coulange puisse te recevoir et causer avec toi, en tête-à-tête, sans être gênée par son mari, ni par ses domestiques. Mais il y a des femmes qui ne sont jamais complètement libres, mOme dans leur maison. Je pensais à cela en te disant do prier la marquise de te fixer un rendez-vous.
— Que de précautions ! Bt Morlot.
108 DEUX NÂBES
— Dans cette circonstance, mon ami, tu ne saurais en prendre trop, La marquise de Coalange va se trouver vis-à-vis de toi dans une situation extrêmement difficile et pénible ; c'est pourquoi je te recommande encore de ne rien brusquer, d'être prudent et discret. Sache bien que tu obtiendras plus par la douceur qu'en employant là menace. Tu diras à la marquise ce que tu veus, ce que tu as le droit d'exiger d'elle, et tu verras ce qu'elle te répondra.
Il y eut UQ moment de silence.
— J'écrirai ce soir à la marquise, reprit Morlot, et demain matin 'je porterai ma lettre moi-même à l'hAtel
— Va, mou ami, dit Mélanie, tu rempliras dignement ta mission, je n'en doute point. Tu sais les égards que tu dois à cette noble jeune femme, et tu n'oublieras pas qu'elle est à Paris, à Coulange, à Miéran, partout où elle passe, la consolatrice des affligés, la protectrice de tous les malheureux.
— J'avais juré de découvrir les auteurs du vol de l'enfant et de les livrer à la justice qui venge et qui punit, prononça Morlot d'une voix lente et grave; j'ai juré en même temps que je retrouverais l'enfant pour le rendre à sa mère... J'ai découvert les coupables, j'ai retrouvé l'enfant. Mélanie, je manque k mon premier serment, mais je serai fidèle à l'autre. Je tiendrai la promesse que j'ai faite à Gabrielle, je lui rendrai son enfant.
— Oui, et après cela tu auras fait beaucoup, tu auras fait assez.
Un éclair jaillit des yeux de Morlot.
— Après cela, j'attendrai, mnrmura-t-il sourdement. Son visage changea subitement d'expression.
— As-tu-vu Gabrielle aujourd'hui ? demanda-t-il.
— Non, répondit Mélanie.
— Ni hier, ni aujourd'hui, c'est singulier.
— Sije n'avais pas été très-occupée ce matin, je serais allée chez elle.
— Elle ne reste jamais deux jours de suite sans venir, reprit Morlot. Mélanie, elle est peut-être malade.
— Je ue le suppose pas. Si ûabrielle était indisposée au point de ne pouvoir quitter la chambre, elle m'aurait fait prévenir.
— C'est juste.
— Du reste, elle ne vient pas toujours me voir au retour de sa promenade habituelle ; nous aurons certainement sa visite tout à l'heure. En l'attendant nous allons dtner.
— C'est prêt?
— Dans deux minutes.
Mélanie courut k sa cuisine et revint au bout d'un iDstant apportant le potage.
Ils se mirent à table, et, en mangeant, ils causèrent encore de la visite que Morlot allait faire à la marquise de Conlange.
Quand ils eurent achevé leur repas, Mélanie mit sur la table les tasses à café.
— Gabrielle prendra le café avec nous, dit Morlot.
La jeune femme s'empressa d'apporter une troisième lasse.
Morlot resta à table pendant que Mélanie allait et venait de la salle & manger & la cuisine, se livrant à ses occupations de ménagera.
Morlot regardait souvent l'heure à sa montre.
11 finit par perdre patience.
— Mais elle ne vient pas ! s'écria-t-il.
~ Quelle heure est-il donc ? demanda Mélanie. u. 1
L i ,.„ Cookie
■ — Bientôt neuf heures.
— C'est étOâilEttlt ; elle ti'àf rïte jàtùflii &n!!l! t&M. ^ Je ne iiiiS pas Imùquille; dit Morlût;
— Veux-tu que je te serve ton café ?
— NoB, je m'éti passerai eé soit-,
D se leiftk de table brust^ueitient kt st( mit i. ihatt^èt aibt agitatimi. L'ItlljillMbâe était petite ïiil^ Son Visage.
— j'eii Hviéhk à tna pi'erniBh! pfcusès, tfcprtt=il, (i&-brielle est malade.
Mélanie commençait aussi à être inquiëte> -^ le suis <ïbMme toi, dit-étlé, je ne sais QUbI M'imagitiet-. VeUi-tu que j'aille jil^qUë chez elté f ~ Non, répOHdit-ili j'y Vais moi^meifle.
— Eti bien, je vais passer une robe et j'iPàt ié t%j oindre.
Morlot prit son chapeau, s'élanÇà hati dé theï \ûi et deâceridit rapidërbeiit l'eâcalier.
Avant d'entrer dans la iUaiSdh bii demëu^aii QSbriellci il leva les yeux poilt voir si l'iiae de Ses fenfitres était éeUirée. Il M'y aTdlt de ta lumlêfe tii dans lit uWé à manger, ni dans la chambre k coucher.
Morlot sentit augmenter ioQ itiquiéludé. Il ttavëbsa la rue d'un bond et entra dans la loge des cobClërgeâ, Ceux-ci s'empressèrent de lui offrir un siÈge.
— Moil, tUBrcl, dit-il, je lie tetlJt pas «'asseoir. J8 ve. nais faire une visite à madame Louise ; j'ai regardé &<&% fenêtres, il n'y a pas de lilttiiefe chez elle ; est-ce qu'&lie n'est pas èncoPC reûtréèf
Le concierge et sa femme Ëchan^reht un t^gat-d étonné.
-~ Non, monsieur Moriot, elle n'est pas reiltt-Ôfe, répondit la femme. Nous parlions d'elle 3 l'inslàttt, inon homme et moi; je lui disais. que, bien sûr, madame
beux KÈBËÉ 411
Louise ëUit fihee vous et qu'il ne f&llait pas nous inqalâter? Alusi, tUonsieuf Morlot, voui Hé Vifbt pas vue? .
— Nt>n, 6t j« hé vous eaehe pas que je suis Ms^ln^
quiet.
— G'eiï tOtit de ibèffle bien étonilaiitl dit U femme. •^ *Ms-étoiiDâQt ] amplifia le couclei^.
— À quelle beure e^t^elle sortie Ce matla?
— Hier rtatlti, mônsiear MOflot.
u. Comment, htei' ? lit Morlot a«ec stupeur.
>*- Odl^ bier, monsieur Moriot ; quelle heure pouvaitil Être ? demanda-l-elle â son «iKri.
^^ A peu près buit heures, répondit le «oneierge. L'agent de police était devenu trOs-pAle.
— Et depuis hier matin vous ne l'âVei pas vue 7 s'é' cria-t-il d'une Tuix frAtniifl&ntdi
— Nous ne l'avons pas vue, monsieur Horiot; c'est pour cela que noua étions très-surpris, mon homme et
Morlot était consternéi
— MoA Dieu ! mon Dieu I murmui'»4'il, que lui flst-il arrivé ?
— Il Se faut pas encore vous eifrâ^er, monsieur Morlot, hasarda la concierge,
— Ab 1 vous crofez que je peux rester calme, repliqua-t-il en proie à une agitation croissante, quand je suis tourmenté par toutes sortes de craintes? Non, je suis désolé, désespéré ! Pourquoi n'ôtes-vous pas venue me prévenir hier soir?
— NoUs avons pensé que inadâme Louise était chez vous.
— En effet, vous avez pu le supposer ; mais il fallait venir ce înatin.
L,.,... Cookie
112 DEUX HàRBS
— Demandez à mon homme ce que je lui ai dit.
— Voici ce'que ma femme m*a dit ce matin, mousieur Morlot : « Tiens, madame Louise n'est pas rentrée hier soir ; elle a encore couché chez son amie Mélanie comme l'aulrtf nuit. »
— Vous le voyez, monsieur Morlot, tous ne pouvez pas me faire de reproches, reprit la coaciei^e. Bien sûr, je serais allée tous trouver tout de suite, si je n'aTais pas pensé que madame Louise fût chez vous.
— C'est vrai, dit Morlot, vous ne pouviez pas savoir. Ainsi, elle est sortie hier matin vers huit heures. Estce qu'elle ne vous a pas parlé ?
— J'étais dans l'escalier quand elle est descendue ; comme toujours, elle avait son panier à son bras. Je lui ai demandé si elle allait faire ses provisions.
— Non, me répondit-elle, j'ai déjà déjeuné.
— Alors vous sortez ?
— Oui.
— U est de bien bonne heure.
— C'est vrai ; mais le temps est superbe et j'ai envie de faire aujourd'hui une longue promenade. Et elle s'en est allée sans me dire autre chose.
Dites donc, monsieur Morlot, elle s'est peut-être égarée dans un quartier qu'elle ne connaît pas.
L'agent de police haussa les épaules.
— On ne reste pas perdu deux jours dans les rues de Paris, répondît-il.
11 resta un moment silencieux.
— Je vais rentrer chez moi, reprit-il ; mais je reviendrai à onze heures. Si madame Louise rentrait, — je veux encore l'espérer, — ne lui dites rien.
Morlot trouva sa femme habillée, prête à sortir.
DEUX NtBËB J13
— Gabiielle est malade ! s'écria-t-elle, voyant l'air effaré de son mari et )a p&leur de son visage.
— Non, répondit tristement Moriot, Gabrielle n'est pas chez elle.
— Gabrielle n'est pas cbez elle ! répéta Mélanie comme un écho.
-— Elle est sortie hier matin à huit heures, tu entends bien? hier matin, et depuis elle n'a pas reparu.
Hélauie resta immobile, comme pétrifiée, les yeux démesurément ouverts, Bxés sur son mari, qui s'était affaissé sur un siège.
L'agent de police paraissait anéanti.
Vainement il essayait de réfléchir, il ne parvenait pas à ajouter une pensée à une autre ; il y avait une tempête dans son cerveau.
VSR LUMIÈRB QUI S'ËTKIHT
An bout d'un instant, Uélanie parvint à se remettre de son émotion. Lentement elle s'approcha de son mari.
— Est-ce que les concierges ne savent rien? lui demanda -t-elle.
— Rien, répondiWl.
— Elle ne leur a donc rien dit en sortant ?
— A la femme, qui s'étonnait de la voir sortir si t6t, elle a simplement répondu que, le temps étant trèsbeau, elle désirait faire une longue promenade. Ils ne se sont pas inquiétés, ils croyaient qu'elle était ici.
HA amx kAbbs
Mél&nie baissa trist3n[i«pt la tête.
De grosses larmes roulaient àans l^f yeux de Morlol.
— Que supposesttu ? dem^nd^ M6l4i)iç, ^près up mo- """•* Ho silence.
la veu^-tu que je supposa? Je n4 coqtprends jla ; je suis terriSé, je n'ai plus ma tfite à moi.
B a disparu i voili le fait. Gomment l'expliquer?
!he, je ne trouve rJeu ; je n^ pe»? pas ifTiper.
lortes de pensées SQ heurtent oonfuséipent <lsns
où il y a comme dq brasier.
lie laissa échapper ud gémissements
idemment, un nouveau maUteur lii est arrivé,
orlot. Comment la Becourirî Je n'en saig rien, je
■ien... El ne pouvant rien faire, impuissant) dé-
iquiétudes, je suis Torcé de rester les bras Cfoi-
peuttout supposer, même les choses les plusaf-
Si, prise d'un mal subit, il lui eût été tmpos-
rentrer chez elle, «Ile nous aurait fait prévenir.
5té victime d'un de ces terribles accidents quiar-
urnellement dans Paris? Demain, je tâcherai de
.Je ne veuxpas admettre l'hypothèse du suicide.
1 non ! ohl non I s'écria Métanie.
pourtant, c'est possible.
metle est incapable d'en avoir çu seuleqient la
répliqua Mélanie avec force.
t hocha la t^te.
e a tant souffert et elle est encore si maHlÇI"
it-il d'un tou douloureux.
upe dans ses mains, Mélanie se mit à pleuper.
s heures, Morlot sortit. pour ff>ire auï concierges
elle Irt visite qu'il leur avait annonoée.
ine femme n'était pas r^venuç. ]\ rentra c)iei
agité et plus aoïieux encore.
..Cuo^Ic
MélaDie pleurait toujours,
— (1 faul tp coucher, li)i dit-U-
— Je me coucherai plus t8r4.
^ E^t-oe que tu vas écrire U Iftttre h la [parqvUi
— NoA, r-épQDditiil d'un ton farouoIiB ; j'attepds. Et il put un regard qui Qt frissonner MélanÎA.
— Morlot, lui dit-elle, en la regardant Qxppiçpt médites quelque chose de terrible !
— C'est vrai.
T-Que veux -tu faire? Dis-le ujoi, jbvauï la ^avoi n Tu TflMX la savoir? Bh bien, je vais t« )e dir« dans trois joura Gabrielle n'est pas revenue, si je qo fit Q^ elle est, ou «i J*apprends qu'elle est inOFtf B'Iiéiiterai pas i^ faire mon devoir ; oui, je SBPaj sani IJél.,. 6i je Jn^ présente à l'hftlel de CP<ïlaPge> j'y eûmpagoer3i m comipis^aire da police, et ç« sers \ arrSter la marquise.
Mélauie ne put retenir un en d'effrp».
— Oh ! malheureux I gémit-elle.
rr- L'agent de police sera un vengeur 1 ajouta-t-i| d' Foiï iombre,
— Morlot, et l'enfant? Tu ne pense pas k l'enfi s'écria la jeune fenifne i que denendra-M), lui?
Morlot ne redressa, les yeui étincelantjS,
T^ Nous C^dopterona ! répondit-il,
Mélanifi coipprit. que, dans l'état de surexcjtatioi ^tait spp mari, il Ipi ferait impp^iblp de lui faiïfi tendre wispn.
Morlot avait prié les poucierges de Gabrielta de l'a 'ir ifflmédiateîpent, si la jeune femipe rentrait e
onze heures et minuit, ou s'ils appren^iept d'uue ft
quelconque ce qui lui était arrivé,
..Gooj^lc
Il attendit inutilement jusqu'à une heure.
Alors il se décida à se mettre au Ut. Mais, en proie, comme il l'était, aux plus cruelles appréhensions, il ne lui fut pas possible de s'endormir.
Il se leva de honne heure, courhaturé, brisé, le corps aussi malade que l'esprit. Avant de sortir il embrassa ' Mélanie, ce qui était d'ailleurs dans ses habitudes.
— Tu t'en vas déjà? fit-elle.
— Oui.
— Où vas-tu?
— Je n'en sais rien. Où le hasard me conduira. J'ai besoin de me trouver au grand air, de marcher, de me' secouer.
11 partit et s'en alla au hasard, comme il l'avait dit, battant le pavé des rues. A huit heures il se trouvait rue deBabylone. L'idée lui vint de prendre un bol de café. Il entra chez madame Philippe. La crémière remarqua qu'il était préoccupé, soucieux, sombre.
— Vous n'avez pas l'air content, lui dit-elle d'un ton amical.
— En effet, répondit-il, je suis très-inquiet au sujet d'une jeune femme, d'une amie, que je considère comme ma sœur.
— Kst-ce qu'elle est gravement malade 7
— C'est pour une autre cause que je suis inquiet. Vous la connaissez peut-être pour l'avoir vue passer, cette jeune femme, car elle venait souvent rue de Babylone. KUe est assez grande, elle a de beaux cheveux noirs et, ce qui est particulièrement remarquable, elle a la figure blanche comme la neige.
— Oh 1 je l'ai vue plusieurs fois et avant-hier encore.
— Ah [ avant-hier, fit Morlot; à quelle heure?
— Il pouvait être huit heures et demie. Elle est bien
L,.,... Cookie
Deux mbbgs 117
restée un quart d'heure devant ma boutique, les yeux filés sur l'hAtel de Goulange, ayant l'air d'attendre quelqu'un.
— Eh bien, depuis avant-bier matin, cette jeune femme a disparu de son domicile. Jugez si je dois Atre inquiet !
Un jeune homme d'une vingtaine d'années, qui se trouvait à la table voisine de celle oîiMorlot s'était assis, et qui avait entendu la conversation, prit tout à coup la parole.
— J'ai vu aussi, avant-hier, la dame dont vous parlez, dit-il.
Horlot se tourna vivement vers le jeune homme.
— Où l'avez- vous vue, monsieur ? demanda-t-il.
— Boulevard de Montrouge, devant le cimetière.
— Quelle heure était-il?
— Un peu plus de neuf heures. C'est une pauvre femme qui est folle, n'est-ce pas?
— La personne dont je parlais & madame n'est pas plus folle que vous et moi, répliqua Morlot. Ce n'est pas elle que vous avez rencontrée devant le cimetière duHont-Pamasse.
— C'est possible. Mais alors celle que j'ai vue ressemble beaucoup au portrait que vous venez de faire. J'ai été frappé surtout de la blancheur extraordinaire de son visage, ce qui n'empfiche pas qu'elle soit encore très-jolie. De plus elle est grande, elle a les cheveux noirs et de grands yeux trës-brillants.
— La ressemblance est grande, en effet, dit Morlot. Pouvez-vous me dire comment elle était vêtue?
— Je n'ai pas beaucoup remarqué son costume. Autant que je puis me rappeler, elle portait une robe de laine noirç très-simple, et une longue pèlerine de soie,
L,.,.. Cookie
1)9 WVI HiEBES
4e me souviens (jw'ellfl avait à son br*»» ujj papigr 4'PsieF teint an ooir,
Cette fois Morlot ne pouvait plas douter.
^ C'est elle, c'est bien aile I (Ht-il)
— Kn ce c^s, mopsieur, çt 4'après ç? qy^ to»8 ypne?
de me dire, on a eu tort de la prendre pour uq^ fQll^i Maie rien 4e fôcbegx ne pegt lyj §tre arpiv^s, §t j§ "is ppobiiblement toi» tr^inquiili^er en you* (Ji.sf>Pt gs'çiîe ft été smmenéa par des agent? d^ police-
Horlot se dressa sur ses jambes comme pouss^ par un ressort.
— Des af^ents de police I esclama-t-il.
— Ils élflient dénis,
— Et U» J'ppt emmpné?? Ponrqnoi? Qn'aTiiit-eiie
fait?
— Ils l'ont emmenée dans nnQ yoj'ifre ^veç unie i>utre
fera nie.
— Une autre femme? ftt Morlot, je ne cpipprçnds pas.
— r fa regrette (}e Pe pooToir vqus renseigner complètement reprit 1^ jeune bomms. ffi'tis je yais vous dire tout c^ que je sais.
— Je vous en prie, dites vite ; j'ai besoin de savoir.,.
— J'allais faire uije course rue de la Tombe-Issoire ; étant pressé, je marchais très-vite. Comme je passais devant le cimetière, je yis ni\ rassemblemeçt d'pne ti^entâinp de personnes ; je m'en approchai, curieux de savQJr ce qui sa passait. J'arrivais juste au momenE oh les agents faisaient monter les deux femmes daqs la voiture. Et j'entendis l'un d'eux (jui leur disait : n Vous vous expliquerez devant le commissaire de po- Ijce. n La voiture parlit. Alors je demandai à une personne qui se trouvait là pourquoi on venait d'arrêter CCS deux femmes. Elle me répondit :
( Eilfis ss w^i qu^rpUée^ ^t ipjuriéfiG ; elles étaient pr^tps ji se pr»Q4rp »mi cftfreu? qifsnd Jm ftgep*! sçnt
pauvre folle, qui a attaqué l'autre, m'a-t-on dit. Sft reste, je suis arrivég $ Ig Qq ije I4 fJMpPt^ 9t jf> 9'QA ^»is
H(|»ta le jei"W iom W ; je We CORtentai dfi ce qu'pi^ KPïit (]fi me dirp «t je poB^g^ivip mop ebsmin,
— Je TOUS remercie, monsieur, dit Mçirlât, ça qnu^ vous venez de m'apprandrfi flSt d'HP grfnï4 j^tépH (W«r
topeudWt il ff'iStait pa? (J^Myré dfi to^^» »H crsîpte» et son front restait sombre.
Il paya son bol de café, qij'jl Q>r«it ^t qç'i PWtM*. #t RQrtit de Je créfseri^.- .
— Je ne comprends pas, se disait-il, gj) ^ dfrjgeant l^jt I)9ptf3e}4ruedeBabyloQp, pon.jepecppipf-eiids pa«,../ef]qi9 crqire que fiabnelU a &iéArrfilét>, ce j^ud^ lioaiq}4 p'ftvaft aucug infèr^t- ^ me menlir^ mais .ce qup je ng puis ^drpfittrp, p'est jjp'ellp ait injurié J'autra f^pnjB, sans ((iJB Mllg-pi l'sftl ppovoqijée pa? ijnfl pr»r rai^rfi iflsyite. Naturellement, Qsfjrjellp ^'e.st d^fenduB, Les agents sont arpT^S. ils les opt en^n^e^ées... Cela, je le comprends jusqu'à un certain point. Wïjs poHrqpoi les pnt-ilp fait monter £n voiture t Pourquoi a-lrpn pris Gabrie lie pour une folle? C'est bien singulier. Qe |i))^ je ne popiprfiQd.S plijg dH toujj c'est qij'après s'Stf e es- P'WnéefleTfiBtlecomnïJssairede polies, Ggjjrielle n'ai( pasét^roMe immédiateroept eu liberté. D'aillepr? elle a jdft se réclsfnef de ipof, Çoipnjsnt ^e f^it-ilque je n'aie paséiépréy^ni}? Et qusrftnte-buit heures, deu^joups et 4euî nuits se sont écoulé^ 1
Xoo^Ic
120 DKUX HÉHKS
Non, non, reprit-il s'arrglant brusquement, en appuyant sa main sur son front brAlaot, tout cela n'est pas clair, c'est tout à fait incompréhensible, je m'y perds.
Il se remit à marcher à grands pas.
Sur le boulevard, il trouva une station de voitures déplace. 11 prit un coupé et se fit conduire successivement cbez cinq on six commissaires de police, où il pouvait supposer que Gabrielle et l'autre femme avaient été conduites.
On lui fit partout cette réponse :
— Nous n'avons pas vu les deux femmes dont vous parlez ; nous n'avons aucune connaissance de cette affaire,
Morlot ne savait plus que penser.
Après avoir vu un instant k lumière, il se retrouvait dans les ténèbres.
11 se rendit à la préfecture de police. Il fut bientôt certain que ni l'avant-veille, ni la veille, ni le matio, aucune femme, répondant au signalement de Gabrielle, n'avait été amenée au DépM. Cependant il ne crut pas devoir s'en tenir là. Il compulsa les rapports de tous les commissaires de police de Paris et de la banlieue arrivés à la préfecture depuis deux jours.
Il ne trouva rien.
Il avait mis plus de deux heures à faire ce b-avail inutile.
il était en face d'une énigme indéchifiïable. Ne sachant plus que faire, il se livrait 6 toutes sortes de conjectures aussi invraisemblables les unes que les autres. Une idée bizarre lui venait, il la repoussait aussitôt pour en accueillir une autre plus bizarre encore. Il ne voyait plus de clarté ni en lui,'ni aatour de loi- 1*
était dans la nuit, une nuit épaisse, lugubre. Il se seDtait découragé ; îl était affolé, désespéré.
HBKCONTRB IMFRËVDB
Disons, maiotenaot, ce qui s'était passé devant le cimetjëre de l'Ouest ou du Mont-Parnasse.
Après s'être éloignée de l'hAtel de Coulange, devant lequel elle était restée environ un quart d't^ ure, comme madame Philippe l'avait dit & Morlot, le hasard seul avait conduit Gabrielle sur le boulevard de Montrôuge.
Elle marchait le long du mur du cimetière, absorbée dans ses tristes pensées, les mêmes toujours, lorsque, toutàcoup, dans une femme qui marchait d'un pas pressé et en sens inverse, également le long du mur du cimetière, elle reconnu! sa fausse amie d'Asnières, Félicie Trélat, ou plutôt Solange, l'associée de Blaireau.
Gabrielle ressentit une forte commotion et il lui sembla que tout se retournait en elle. Un instant son cœur cessa de battre : son sang s'arrêta dans ses veines, la respiration lui manqua et elle chancela comme si elle allait tomber. Un tremblement nerveux la saisit et il loi fut impossible de faire un pas en avant. Mais ce ne fut qu'un moment de faiblesse causée par la violence même de son émotion.
Solange arriva près d'elle et allait passer sans la reconnaitre, lorsque Gabrielle, le regard plein d'éclairs, se jeta devant elle et lui barra le passage,
instjnotiyementi Solange U jJew* p^s bp arnèi*- L'œil enflammé, iflenag^nt, OabripUg msrçlia W
]lange, qui ne la reconnaissait pas encore, la re' la avec surprise et murmura :
■ C'est une folle !
Ile voulut s'éloigner. Mais, avant qu'elle eût le ps de IViire un pas, 6abrielle bondit sur elle et la it par le bras. Solange essaya de la repousser.
. Vous m m'hkkppeseji pgs, [nis4F4l)|fi i 4\l Galle d'une voiç rssqiip.
)|Ang9 treM9Jlliti et ^pp vj^^^a s& RQiiypit d'qme pilividfl. \» son da 1^ voix, ellp V3nait 4a resQPB^Ilrs tçtime. Cependant, elle se r^piit prpmpteiQfflt pi
lut faire faoïme eontepançe.
■Laissez-moi passer mon chemin, dit-elle ;k pe i copuais pajs, que n)p yoitlej-vous?
■ A^b ! ab ! vous Rfl ma conqajgspi pas 7 rippst^ Uslia d'wflP yoi? CfémiSîsnte, Regardea-iooi doncl , vpus riétoprije^ les yfiuç, yûHS D'oçe^ pj^g piereer. Je suis la ipalheurgn^a que yopp aypz troiRp^ l'os p^roLe^ ipen.teuse^. Vol^usp, yolauge d'epfant!.. ans ai retroifvée, epflp, you^ vojjà, je voys Ueps ! vous ijp pi'écbapppFBz pas !,, Iqfâme, qu'avez.-ïQHS de mop enfsB^ ^^nijeî-nîoi ippp epfanf,! Fpqdpfc ipon enfant | •
liante Goipraençsit à s^Ptic |a peur ^'emparer e. SQBgeapt à prepdriB |a fuite, elle flt up vifllen^ t pour se dégager- M*is 1^ main de GabrieJle, pri?iur son bras, serrait comme des tepaillp^.
Je yep? piop enfant 1 Je veyï pipn e^faiît I «liait iiiîe fille.
, situation devenait dangereuse pour gplapge, car
elle fiMignait de ïoir «pp^raîtr^ d'uB iJiMment h l'autre le iiÉpi d'i)a «f r^pt de viii9, Elle ns Ua?n phU^ lo^Pt, 01 lû comp?and, k Ht9 waRÔa *n peste et 4 «vpir i rpur-
nir des explications.
-En vérité, ja DH wj; ps* 09 que vpuf TQiiIp» aire,
pfflDûBça-frpIlé 4'piie Toiï inal assuré^ ; fpus me jpfenei certaiaement pour une autre.
PI ptl@ jçt^ «HtPiir d'elle <1bi regards Iperdqs. =^MjsÉraW« femme I reprit GabpieliB, e?» fixant wr tiiejses yaas ardent», maintAnaitt i]uq je vous tiew»
après TOUS avoir si longtemps cherchée, je ne vous J**
i^iisraipiis,,. Ah! fQusieign^^ deoepusmpçooQ.aîtreet
rnusditeqqflje FOUS ppeniispQur une Aytre.. Npp.wus êles Félicie Trélat, là voleuse d'enfanti Vflis ïerppz, mi- SÉratiie, ïpus yerrM,., Il f â k justice, il y a les iqagis- Irats; ils vous feront parler, $af ', il fapdfS biea que
vous leurdjsie? ce q^e vous aws fait (ia mon enfast,... 41i 1 ïçIbwsb, volauae d'anfant ' D^i- ploaieprs persQRnas ijui pa^siaieDt ^'étaiept arr
rêlées près d'elles pour écouter.
Solange pbercba à sa tirer d'embarras e» payant d'auiw. l^lle 86 tourna rarp lea témoins de la ?c^a, -rMeîsiflpr^, dit^jle d'un tau très-calnaa an appar
rence, ïojjis avpz entendu las paroles de cette femme; jen'en suis pas offeiïsée, caf elles sortant évidemntept lis U bouche iJ'uBu in.saijâéa.- Je ne saijs pas quiella ast, je la ïflis ^lyourd'iipi Rpiir l4 pFemière fois, et elle prjp lu^je hû ai ^^lé son enfai^t j Q'e^t biep d(! la folia-,. fe passais tranquillement sur le boutevard, allaptjliBas affaires, lorsqu'elle s'est précipilée sur moi comme UOe ^'JfiS/ Je yousen pria, messieurs, ai^z-jiioi 4 ffle déli»trasser de cette fflalbeureuse, gui eist privée de sa raisop.
124 DËV\ HÈRES
— Ne l'écoutez pas, s'écria Gabrielle avec emportemenl, elle vous trompe... Elle me coDnatt très-bien; c'est une coquine, elle m'a volé mon enfant 1
Solange haussa les épaules.
' — Vous voyez bien qu'elle est folle, dit-elle. Et elle ajouta avec un accent plein de compassion :
— Pauvre femme! je ne peux pourtant pas lui en vouloir. Qui sait 7 Bile a eu probablement un enfant, qui est mort, et dans sa folie elle s'imagine qu'on le lui a volé...
— Ce doit être ça tout de même, dit une femme. Et plusieurs voix répétèrent autour de Gabrielle :
— Pauvre folle 1
Les paroles astucieuses de Solange obtenaient le résultat qu'elle avait espéré.
Gabrielle elle-même restait confondue de son Idcroyable audace. La stupéfaction était peinte sur son visage ; il y avait de l'égarement dans son regard plein de lueurs étranges.
Anxieuse, haletante, prise à chaque instant d'un frémissement nerveux, ses yeux cherchaient parmi les pe^ sonnes présentes un défenseur, un protecteur ; elle interrogeait l'une après l'autre toutes les physionomies et semblait implorer aide et protection.
Les spectateurs, des ouvriers pour la plupart, s'Intéressaient évidemment beaucoup à cette scène étrange qu'ils avaient sous les yeux, mais aucun ne paraissait décidé à prendre parti pour l'une ou l'antre des deoi femmes.
Gabrielle reprit d'une voix étranglée par l'émotion:
— Oh ! ne m'abandonnez pas, protégez-moi !... Elle vous dit que je suis folle, nç le croyez pas, ne Je croyen
pas I Non, je ne suis pas foUe, j'ai toute ma raison...
Oui, cette femme est aoe misérable Je vous le
répète, elle m'a volé mon eafant 1 11 était tout petit, il venait de ntdtre... c'est un garçon, ua beau petit garçon... Il aura sept ans celte année après la Notre-Dame. Ah! j'ai beaucoup pleuré.... Je suis ta mère.... J'ai eu à peine le temps de le voir, je ne l'ai presque pas embrassé... C'est affreux, voyez-vous, c'est affreux 1 Je ma suis endormie, cette Temme était là... Et pendant que je dormais, elle a pris mon enfant et elle est partie... Et quand je me suis réveillée, l'ange n'était plus dans son petit berceau...
Malgré l'inquiétude qui la dévorait, Solange gardait toute sa présence d'esprit,
— La pauvre malheureuse, dit-elle d'un ton contrit, comme elle divague I
— Je ne mens jamais, reprit Gabrielle, je Jure que je dis la vérité. J'ai mis au monde un enfant, et la femme que voilà me l'a volé... S'il y a ici une mère, qu'elle réponde. On a pris son enfant à une pauvre mère, qui ne demandait qu% l'aimer... Voyons, dites, est-ce qu'il ne faut pas qu'on le lui rende ?
Des larmes jaillirent de ses yeux.
Mais aucune voix ne s'éleva en sa faveur.
Elle ne voyait autour d'elle que des figures attristées, des gens qui paraissaient la plaindre.
Son étrange pâleur, l'éclat de son regard, son effarement, son air exalté, le décousu de ses paroles, tout cela, malheureusement, faisait croire aux gens à qui elle s'adressait, qu'ils se trouvaient réellement en présence d'une malheureuse atteinte d'aliénation mentale.
D'un autre côté, l'attitude résignée de Solange, sa tranquillité apparente semblaieutjustifier leur fatale erreur.
136 WVi H^SES
Deptûs uit instant, Gabrielle pe; tpa^ît pl^s le bras <jë SoUnge. Celle-ci pouvait s'éloigqer, Brefldre I4 fuite ; niHis, malgré se$ craintes et Iç Ranger qui la qjenacMti ellp p'ossjt pas Ifi faire hrasqiieHient. mie restait jiliinobile au milieu du groupe, attendant ('instant propip^
pour s'esquivpr sans ôtrp trop rem^r^uée. P'^ill^urs, eljq comprenait que Cabrielle s'él^npera" sur sep pas et la poursuiviait de ses cris ; op, elle pe se spi^ciait nullement (le courir elie-môme à I» rppçontre rt§s sergents
de ville qi)it P^r un bqnbeqr iaou) pour ^'le, ne 9Ç n<>iitraieqt ppini sur le bontpyard,
Ensuite, en s'éloignant, elle redoutait encpr^ 49 fajrQ croire qu'elle avait peqr- N'interpréter jit-0(i pas sa fuite, en eflet, conime un av^H 4e S4 culpabilité? Alors, tPUS qesgans hésitants, qiji ne ypiilaient pas intervenir, pouvaient prendre subiteipent fait et csnsç pour GabripUe,
Dqns ce cas, Jps cons^quepcçs de «a r^ntiantre avep sa viptime devenaient terribles.
Voil^ les réflexions que faisait Solange, pile svail réussi k fftire passer Gabrielle popr une fpU^ ; il fallait absolument que ceus qui étaient là en restassent poBvaincus. Là seulement était son salut.
Cependant s^ situation (Jevepait de plus en plps difAcil*) et pÉrilleuse, car Gabrielle était bien résolue M^ pas la laisser s'échapper,
Autour d'elles, des hommes pt dps fenfpifia écbBogeaient des paroles rapides.
— Moi, dit up ouvrier, je ne vpis an'nn moyen d'arranger cela.
r- Lequel?
— C'est de les mener tout ^impl3nienî Pheîî le pqcmissaire de police.
DKV1( MàRBa 131
T^ CM juiiUi, dit UR ^utTfl ; il ferq ^ iitpiidre raison & la folle, et il saura bien les mettre cJ'^ccQrd.
T-Jçne 4emaQ<)«ique ce|q, dîL viv^mfint Qabrletle; oui, allons çbei te fîommi^sairg de pplice.
Solange sentît un frisson courir 49PII toug e^R niembresi
Les choses commenç;tîen( % prApdrepopr ellç une mauvaise lournure.
^C'^sli çomoip HP fffit exprès, dit ni»e fpmroe. pn ne voit pas up sergeipt dfl ville ; )U pe jiont jamsîE ))i qpttnd on a besoin d'eux.
— Eh bien, nous feruna leur service, répliqua l'ou- Trippqgi ayait parlé le premier.
Qui veut apcqmpiigBer'ceB cjames ^\w !P0) ^u buwaij ducommissaim? deiPandvt-il.
~ Noua ipoas volontiers, répondirent Irpis ijji quatre ïoii.
Deux hommes vMus en bourgeois Ysnsieitt (l'arriver m l« Ijeu de \n scëne e( 4e ^e ffiéler au grqvipe des curieux,
Après avoir jeté "O regprâ pur Solanço ej Ggbrielle, <iai s« trouv^ieat en l'ace l'une de l'aytre, ap péntre du
cercle formé autour d'elles, l'un de ces hommes, parlant ajeç une certaine autorité, se fit renseigner sur la cause du rassemblement.
— YOH* ftvej parfaits in^nt raisen, dit-il aux ouvriers, cette atr^irç r^S^rde le cgmmlssaire (je police,
Solange tressaillit gt {qurn^ V'^ementlii tête. Son regard rencpqtrs l^elgi de l'individu. Aussitôt ses yeux ^'illupÎQèreot ftt uq «ourirë sip^ulier glissa raptflement sur ses lèvres.
L'homine se pepcba veri $pn çoippapon et lui dit tout bas quelques iRot§ ^ roreille-
,,Guo^Ic
Pendant que ce dernier s'éloignût rapidement, l'homme reprit à haute voix :
— Je suis inspecteur de police ; je me charge de ces deux femmes, qui auront à s'expliquer tout h l'heure devant qui de droit.
— Je suis prêt à TOUS accompagner, dit un ouvrier.
— Et moi aussi, dit un autre.
— Moi aussi, dit un troisième.
— Merci, répondit l'homme ; mais c'est tout à ^it inutile. Du reste, je ne suis pas seul. J'ai un camarade qui est allé chercher un fiacre.
Puis, s' approchant des deux femmes :
— Vous allez venir avec moi, leur dit-il d'un ton sévère, je vous arrête. L'une de vous deux a tort, je n'ai pas à savoir laquelle, ce n'est pas mon afiïiire.
~- Comment, on m'arrête, moi I s'écria Solange, qu' parut très-indignée.
L'homme répliqua sèchement :
— Si vous n'avez ri^n à vous reprocher, vous n'avez rien à craindre.
— Monsieur, dit Gabnelle, je suis prête à vous suivre.
— J'aime mieux cela que d'être obligé de vous emmener de force.
— Vous êtes inspecteur de police, monsieur, laissezmoi vous dire...
— Vos affaires ne me regardent point, interrompit brusquement l'individu ; je n'ai rien à entendre ; vous parlerez quand on vous interrogera.
A ce moment, un fiacre s'arrêta à quelques pas.
— Allons, en route, dit l'bomme. Voilà la voiture, od fait bien les choses.
Et il plongea k droite et à gauche un regard rapide, qui aurait pu paraître inquiet à un observateur,
»RCX HëBSS 139
— Vite, vite, reprit-il, nous n'avons pas le temps de noas amuser.
Solange eut l'air de lui résister, disant :
— C'est inimaginabte, c'est ridicule ; on n'arrête pas ainsi les gens ; j'ai mes occupations, je suis attendue chet moi.
— On TOUS attendra plus longtemps, voilà tout, riposta l'homme.
Et il la poussa vers la voiture.
— On n'a pas idée de cela, reprit-elle : mais comprenez donc...
— Encore ane fois, je n'ai pas à vous écouter ; vous vous expliquerez toutes les deux devant le commissaire de police.
L'autre individu avait ouvert la portière du fiacre.
Gabrielie y prit place la première. Solange, l'air renfrogné, enjamba à son tour le marchepied. L'homme, qui se disait inspecteur de police, se plaça en face d'elle sur le siège de devant et ferma la portière. Son camarade avait déjà grimpé à cAté du cocher.
Celui-ci fouetta ses chevaux et la voiture roula bruyamment sur le pavé.
— Les voilà emballées, dit un ouvrier loustic.
Le loustic est un produit essentiellement parisien ; on le rencontre partout.
Tous ces honnêtes ouvriers, qui venaient de voir par. tir Gabrielie et Solange, s'éloignèrent persuadés qu'elles étjùent emmenées par deux agents de police.
...Gooj^lc
LE FIÈGB
Le fiacre, tournant à gauche, avait pris Itt fixé IfO la Galté, puis la chaussée du MalilË ; ensaitfl, El[)rÈ9 Afoir suivi un instant la fue de Vantes, U s'ètstt engagé flans
un dédale de petites rues étroites, saies et mal ttUtééS^ se dirlgeattl têrs le PBtU'Moilt«)ug«:
Lecbehereoflduisftitsesclievaux sijMbs Iftdiefttions
que lui donnait l'individu assis à côté de lui.
Solange i'étalt, blottie à&n» ^oë coln^ totiftiafit l6 âos à GabHelld et lui cafinsnt Stiri visage.
Ge temps h Autre, elle eehangé&it uH HigArd d'ID-' telligebCe iMet Vhotnvab usais eri faCe d'elle;
Qabt-iëlié ne s'ApercëVâit dArt^n. Elle ét>raatftit iine satisfaction ineffftbie. Tout» ftémlftsâiite de j^e, «lie ouvrait largBiîieflt son ttnat ft la doUdé espértÛOB. Enfin, cette misérable femme, qui l'aVatt tftinlttSft, trahie, qui lui a«alt pri» son ént^iifj que (teudant des années elle avaii cherchée partout, cette odieuse Créàtun allait être obligée de répondre à son accuiatiôti.
^ Il faudra bien qu'elle fttoue qu'elle m'a volé faon enfaut, pensait-elle ; il l^udM biéti qu'elle dise oh ttest, et mon enfatit, mon fiU, tné sera ^endu !
Pleine de confiance, elle s'attendait à se trouver bientôt en présence du commissaire de police. Elle Dévoyait pas que la voiture s'éloignait de Paris.
— Monsieur rinspecleur de police, dit-elle de sa voii douce et timide, connaissez-vous M. Morlot?
bEttJt HÈRtiS iU
Vhamma sb tourna bf usquement de »oti cOtë.
— Qu'est-ce 4\ie c'est que M. Morlflt f flt-tl. —C'est tlQ tlé VdË coUè^ileâ, moiQsiéUl-, dQ iilât)ectËur
aepbllfcé.
— Mariai V tH, oui, ]ë le «ontiaU Iffes-blen.
-^feti filea, ttibusteur, lui et sa tbmtde Saut mes metlléuf-â amiâ.
— Tàal mleii!Ê, j8 VttiiS Bil I^lictle, i-épondlt l'htHHhiS. tiàbt-iêllë regÂfâb à travers lé éatreau du flâfcre. Kllé
«tdèsjatdlùs elde grande tertalriâ ifldulles dans les- (]UËlâ ïîchJiU du liHgë étéadu suf des col-dés, pùH, çà et là, de petites maisons basses, misérables, construites aUiâilleu deiti&attlpâ.
Son tegard étprlthâ U sdrprlSË.
— Môtisledf, tll'HVèPôfts-flbUâ blefltàt t demaflda-telleavec un commencement de vague inquiétude.
— Darts un Instant, pfipondit lacoUiquenlÈilt rhorame. GabriBlle laissa ôchappBf- un sôtipih.
Solàfigô était rèStêê darts sua coîH, sans falr& uu
mouvement, SàriS pi'bnoiicet' uhë pafolé.
Maidtenatitla voiture avançait léateffient iat \iû cheittiQ abandbdfié otl hi l'HliBâ des Voitures dB mafatcbBrs avaient creusé de profondes ornières.
Enfth, au bt>uf d'UU inslmlt, IB Bàc(-8 B'âPréta.
— Naus soniraes arrivés, dit rùomtiiô.
— fe ft'esi pas btalh&ui'euï, fit Solange avec bumeur.
L'autre individu, ayant sauté à bas du BlèfîB dU COèlier. tint onvHt- la poKièl'e.
L'homme niit plBd à terfe 1b pt-etniëf, puis SolangB, pviis GabriBltB.
Ladiieiiêi', qui avait êii payé tJ'avawte, s'éloigna Ifil-
fflÉdiateffiSnt.
L,.,... Cookie
133 DBCX HÂBES
Gabrielle regardait autour d'elle, ouvrant de grands yeux étonnés. Elle ne comprenait pas encore.
Elle vit un mur noir, crerassé, bombé par places, branlantiprèt à tomber, et dans ce mur une porte grossièrement fabriquée avec dea planches mal jointes.
A droite, à gauche et derrière elle s'étendait la plaine coupée de murs, accidentée de monticules de pierres ou de sable, comme on en voit au bord des carrières, De loin en loin, une chétive habitation isolée, des arbres rabougris, des palissades, des haies, des buissons. Dans le fond, très-loin, un alignement de maisons k plusieurs étages.
Au milieu de la plaine, Gabrielle vit encore des remmes et des hommes courbés vers la terre, et, sur des chemins tracés i travers champs, quelques voitures de paysans.
Ce n'était pas la solitude complète ; mais cet endroit inconnu, oii se trouvait Gabrielle, avait quelque chose de triste, de désolé, d'eiFrayant même. Elle neputs'empècber de frissonner, et son cœur se serra.
Elle ne pouvait se rendre compte de ses impressions; mais elle était anxiease et elle éprouvait un malaise singulier.
L'un des hommes tira une clef de sa poche, l'introduisit dans la serrure de la porte dont nous venons de parler, et la porte s'ouvrit sur un terrain carré, clos de murs, couvert de hautes herbes, qui avait pu être autrefois un jardin.
A l'extrémité d'un sentier à peine frayé sur le sol envahi par les orties et les ronces, Gabrielle vit se dresser un petit b&timent écrasé, sombre, aux murs lézardés, noircis par la pluie, à l'aspect sinistre, une sorte de ruinef Cette chose, qui ressemblait à une maison, lui
DBOX HÈBES 133
apparut menaçante et lui fit l'elTet d'Atre une caverne.
Aussit&t la porte ouverte, Solange s'était élancée dans le terrain et elle marchait rapidement vers la maison.
Gabrielle, saisie d'un effroi subit, se rejeta en arrière. Ses yeux hagards cberchèrent le fiacre. Elle ne le vit plus. 11 avait tourné brusquement à l'angle du mur, ayant probablement découvert ua chemin plus facile que celui par lequel il était venu.
La jeune femme se vit seule entre les deux hommes. Ils avaient changé d'attitude ; maintenant, ils avaient dans le regard quelque chose de farouche et de terrible.
Une pensée traversa le cerveau de Gabrielle, rapide comme l'éclair. Elle venait de comprendre, cette fois, qu'elle était tombée dans un piège.
— Oîi suis-je donc ici ? s'écria-t-elle éperdue. L'un des hommes la saisit brutalement par le bras.
— Allons, venez, dit-il d'une voix rude.
— Non, non, laissez-moi I cria-t-elle, je ne veuxpas entrer là 1
Elle fit un bond en arrière et voulut prendre la fuite.
Uais les deux hommes se jetèrent sur elle en même temps et la poussèrent dans L'enclos.
— Au secours I appela-trelle.
Elle vit aussîtAt ta pointe de deux couteaux menacer sa poitrine.
Elle n'eut plus la force de pousser un nouveau cri. Ce fut une sorte de rflle qui sortit de sa gorge. Elle était paralysée par l'épouvante.
— Si tu jettes encore un cri, lui dit un des homme^ d'une voix sourde et menaçante, je t'enfonce mon couteau dans la gorge.