LHOHHE ET LA CORDE
Cholard, dit Cbauve-Sourïs, avait à ce moment une figure repoussante.
Pour se donner du courage, la force de commettre le crime, peut-être aussi pour s'étourdir, il s'était chauffé le corps et la tête en avalant plusieurs rations d'eau-devie. Il était à moitié ivre.
De sus petits yeux glauques, quijui sortaient de la tSte, jaillissaient des éclairs livides. Hien ne saurait rendre l'expression farouche et sauvage de sa face patiliulaire.
La porte ne pouvant s'ouvrir que du dehors, il l'avait
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laissée entF'otiverte. ÉTidemmeot, il ne <»«igDaît pas que sa 'victime pût lui échapper.
Ne trouvant rien pour poser sa lumiftre, il prit le parti' de la mettre sur le carreau de la chambre.
La jeune femme le regardait, un froid glacial dans les membres.
Quand, après s'être débarrassé de son bongeoir, il s'avança vers elle, elle recula en frémissant.
— ne m'approches pas, lui eria-t-elle, tous me faites peuri
— Je comprends ça, batbntia-t-il d'une vois avisée.
— Tenez-Yous me rendre la liberté? demanda Gabrïelle.
— Hein I la liberté 7 des bêtises I
— Que me voulez-vous, alors, dites, que me voulexvous?
— Ce que je te veux ! tu vas le voir.
Et le misérable se rua sur elle pourlui passer la corde autour du cou. Mais, rassemblant toutes ses forces, Gabrielle parvint à le repousser. Pois elle bondit vers la porte qu'elle voyait ouverte.
Chôlard avait deviué son intention. Il eut le temps de la saisir au passage et il la poussa rudement jusqu'au fond de la pièce.
— Tu voudrais te sauver, dit-il, en ricanant; impossible 1 A l'exception de celte porte, toutes les antres font fermées. Il n'y a plus que nous deux dans la maison... les autres sont partis. Tu peux crier si ta veux, cela m'est égal, on ne t'entendra pas. Tu es en mon pouvoir, tu ne peux pas m'échapper.
— lit avec cette corde vous voulez m'étranglerT fii Cabrielle frissonnante.
— Voilà : il faut que tu meures !
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— 0ht assasKBiassMsiQl crîa-t-elle.
— Pu encore, répliqaa-t-il sourdement; mais je \e serai dans un instant.
Le cynisme du misérable était plus épouvantable encore que lui-même. Gabrieile jeta wtour d'elle desregards effrayés.
— Perdue! mnrmora-t-elle, je suis perdue!
, — Si cela n'avait dépendu que de moi, reprit Gbolard, je t'aurais laissé la vie.
La jeune femme entrevit dans ces paroles un rayoa ■fespoir.
— Alors, TOUS D-'ëtes pas tout h fait un scélérat, dit- ^e ; oui, vous êtes trop jeune encore pour être un monstre 1 le ne veux pas vous parier de la justice des hommes, de celle de Dieu et du châtiment terrible qui, tAt on tard, frappe le meurtrier... Mais vous avez une mère, une sœur, peut-être ; eb bien, c'est en leur nom, su nom de la femme qui vous a mis au monde, au norade ceax qui vous ont aimé dans votre enfance, de ceux que vous, avez aimés, que je voua dis : Arrfitez-vous sur la pente du mal, ne devenez pas un assassin 1
Ah t croyez-le, continua-t-elle tristement, ce n'est pas mon existence désolée que je défends; c'est vous,, malfaeoreux, c'est voue que je défends contre vousmême I Laissez-moi sortir d'ici 1
n secoua la tête.
— Impossible, répondit-il ; ce serait trahir les autres. ^ Les autres ? vos compUces, ceux qui m'ont volé-
mon enfant, n'est-ce pas?
II garda un sombre silence, tournant la corde dans ses mains.
— Mais TOUS n'avez rien à craindre, vous, poursuivit Gabrieile : je ne sais pas votre nom, je ne vous connais
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pas... Laissez-moi partir! Je vous promets de ne révélera personne que j." ai été amenée dans cette maison, et j'oublierai ce qui s'y est passé.
Cholard, qui avait été un instant bésitiint sous l'influeuce de la parole de Gabrielle, reprit soudain son air farouche.
— Non, prononça-t-il d'un ton guttural, tues gênante, tune dois plus vivre 1
Gabrielle pouvait encore l'implorer, essayer de rémouvoir; elle éprouva à le faire une répugnance invincible. Quelques heures auparavant elle avait fait le sacrifice de sa vie ; elle était prête pour la mort. Mais elle n'entendait pas se livrer sans défense à la corde de l'étrangleur. Elle se dressa en face de lui, les yeux étincelants, superbe d'énergie.
— Vous n'êtes pas encore tout à fait un scélérat, lui dit-elle, mais vous allez le devenir. Misérable, commettez donc votre crime, si vous l'osez 1
Cholard était un peu tremblant. On comprend qu'il devait être troublé et inquiet au moment de commettre son premier meurtre. Mais ce ne fut qu'une émotion passagère. Du reste, dans sa tète, l'alcool produisait son effet de surexcitation. Se déûant de son vrai courage, il avait demandé à la liqueur forte delui donner la férocité.
— Il faut en finir, dit- il d'une voix sombre.
Et d'un bond, comme un tigre qui saute sur sa proie, il se précipita sur Gabrielle et la saisit à la gorge.
La jeune femme fit un efi'ort suprême et s'échappa de l'étreinte terrible. Il la ressaisit, elle put lui échapper encore. Il se jeta une troisième fois sur sa victime, en poussant un hurlement de colère et de rage.
Gabrielle était épuisée, haletante, hors d'haleine;