‹ Deux misères (volume 2)Chapitre 11 sur 37 · NETTEMENT · texte numérisé non relu

NETTEMENT

Ci-joint le procès-verbal. ,

Quant aux voyageurs qui avaient péri, comme pour constater leur décès il eût fallu s'informer de leurs noms, de leurs professions, de leur âge, le commissaire s'en abstint, en vertu du principe constitutionnel qui déclare que la vie privée doit être murée.

Octroi d'an peuple oltra-soperHîiTilisé. — InconT^ient des paste^rti daguerréotypes. — Maison modèle de M. Atout. — Moyen d*étre servi sans domestiques. — Le souper à la mécanique. — Une Tieille tradition : La Pileuse d'Évrbcy.

Ceux qui avaient survécu continuèrent ensuite leur route jusqu'à la ville de Sans-Pair. Maurice trouva celleci entourée d'une double enceinte destinée à assurer la perception de l'octroi et l'examen des passe-ports.

Ces derniers n'étaient plus, du reste, comme autrefois, des sauf conduits avec signalement, mais des por* traits daguerréotypes, ornés du timbre de la police et représentant le voyageur lui-même. M. Atout expliquait à ses compagnons tous les avantages de ce nouveau pro-

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cédé, lorsqu'il fut interrompu par le bruit d'une querelle. C'était le gros voyageur, au nez microscopique, que le gendarme refusait de reconnaître dans le portraitpasse-port, qui le représentait maigre et fluet. Le petit homme alléguait en vain l'action du nouveau racahout auquel il devait cet accroissement rapide; l'agent de laforce publique, impassible comme la stupidité, déclarait ne pouvoir livrer passage qu'à l'original du portrait ! La difiBculté fut soumise à un eontrôleur, qui en déféra à un vérificateur, lequel la porta à un directeur. Celui-ci se consulta longtemps, revit celles des trente-trois mille ordonnances qui réglaient la matière, et décida enfin que le gros honune serait remis à des dégraisseurs-jurés, qui, après avoir prêté serment, s'occuperaient de le ramener à un état dans lequel on pourrait constater son identité. Le prospectus vivant s'écria en vain que , s'il maigrissait, sa position sociale se trouvait perdue ; qu'il vivait de son obésité, comme d'autres de leur bonne réputation ; le directeur lui répondit que la loi ne s'inquiétait point de ces misères, et que son premier but était de protéger la société en général, sans s'occuper de chacun de ses membres en particulier.

Les deux époux laissèrent le voyageur au racahout dans cet embarras, et arrivèrent, avec M. Atout, à la seconde enceinte, où les attendaient les commis de l'octroi.

Eux aussi avaient suivi les progrès de la civilisation en portant jusqu'à la perfection leurs moyens d'examen et de recherche. Crâce à leurs ingénieuses imaginations, la fraude était devenue impossible à faire par tout autre que par eux.

Échappés enfin de leurs mains, Maurice et Marthe suivirent leur conducteur jusqu'à sa demeure.

C'était un vaste parallélogramme blanchi et percé d'é^ troites fenêtres qui rappelait assez bien, pour la forme, une cage à poules de grande dimension. L'académicien s'aperçut de la surprise de ses botes et sourit d'un air satisfait.

i< De votre temps les maisons ne se bâtissaient point ainsi ? dit-il avec une nuance d'orgueil involontaire.

-:- Pas précisément, répliqua Maurice ; cependant nous avions l'édifice du quai d'Orsai...

— Oui, c'était un acheminement, interrompit M. Atout; mais depuis l'art a suivi sa voie, et nos architectes sont arrivés au beau idéal du système rectangulaire. La maison que j'occupe a été construite par le plus habile d'entre eux, aussi est-elle regardée comme un chefd'œuvre. Dans tout ce que vous voyez, il n'y a pas une pierre d'ornement, c'est-àrdire inutile ; quant aux dispositions intérieures, vous pourrez en jtiger. »

On avait atteint le perron qui précédait la porte ; à peine Maurice y eut-il posé le pied que la marche céda légèrement et mit en mouvement une lanterne qui s'avança pour l'éclairer; à la seconde marche la sonnette se fit entendre ; à la troisième la porte s'ouvrit d'ellemême.

Dans ce moment les yeux du jeune homme s'arrêtèrent sur une inscription gravée au-dessus de l'entrée :

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