‹ Deux misères (volume 2)Chapitre 9 sur 37 · TROIS MILLE · texte numérisé non relu

TROIS MILLE

Marthe et Maurice se regardèrent émerveillés.

« En Tan trois mille ! répéta celui-ci; et alors les germes semés par notre époque auront rapporté tous leurs ftruits ?

— En l'an trois mille ! et nous nous retrouverons ensemble ? ajouta celle-là , un bras posé sur le bras du jeune homme.

— En Tan trois mille lei vous vous réveillerez aussi jeunes et aussi amoureux , acheva le génie avec un rire de financier.

— Ah ! s'il est vrai , reprit Maurice exalté , ne tardez point davantage ; montrez-nous l'avenir qu'on nous annonce si splendide ! Qui nous retiendrait dans ce présent, oti tout n'est que lutte et incertitude? Dormons pendant que le genre humain marche péniblement à travers les routes mal frayées ; dormons pour ne nous réveiller qu'au terme du voyage ! »

Il avait enveloppé Marthe d'un de ses bras , et l'approcha de son cœur, afin d'être sûr de l'emporter à travers ce sommeil de plusieurs siècles. M. John Progrès se pencha vers eux et avança les deux mains, comme un magnétiseur près de communiquer le fluide merveillenx qui transporte le nerf visuel dans l'occiput et l'odorat dans l'épigastre ; mais Marthe fit un mouvement de côté.

i< Ah ! s'écria-t-elle épouvantée, votre sommeil, c'est la mort; votre monde, c'est l'inconnu. Maurice, restons où nous sommes et ce que nous sommes !

— Non , s'écria le jeune honune fasciné, je veux voir le but.

— La route est si belle ! Regarde , que de fleurs à cueillir ! quel ciel bleu sur nos têtes ! que de douces rumeurs de sources et de brises !

— Savoir J savoir ! Marthe.

— Vivre ! vivre ! Maurice.

— Oui, mais dans un meilleur monde et sous de plus justes lois! Appuie ton front sur mon épaule, Marthe;

serre-toi contre mon cœur, et ne crains rien ! je suis là et je t'aime ! »

Il avait enveloppé la jeune femme dans ses bras, et les mains du génie étaient restées étendues ! Tous deux sentirent, tout à coup, leurs paupières s'appesantir; ils cherchèrent instinctivement le grand fauteuil de travail de Maurice , et s'y affaissèrent dans un sommeil glacé qui ressemblait à la mort.

Le lendemain , tous les journaux donnaient, aux faits divers , la nouvelle suivante :

« Un événement aussi triste qu'inattendu vient de jeter la désolation parmi l'intéressante population des BatignoUes. Un jeune homme et une jeune fille, qui habitaient l'étage supérieur d'une maison située rue des Car^ rières , ont été trouvés morts ce matin. On se perd en conjectures sur ce funeste accident, qui ne paraît être ni le résultat du crime, ni celui du désespoir. »

Le jour suivant, le Moniteur parisien consacrait un nouvel article aux amants batignoUais, en annonçant que tons deux s'étaient asphyxiés par inspiration poétique et pour échapper aux désenchantements de la vie. Le surlendemain, Le Constitutionnel publiait des détails intimes sur leurs derniers instants , et le lendemain du surlendemain La Presse annonçait la publication de leur correspondance inédite , recueillie par un ami !

De plus , tous les poètes de province accordèrent leur lyre (car la lyre et la guitare sont encore connues dans les départements) ; et il en résulta douze cents strophes, «n vers de toutes mesures , sur la mort de Marthe et de Maurice. Mais les plus citées furent celles'd'un employé

des droits réunis de Bar-sur-Aube, qui venait de se placer aux premiers rangs des poètes dramatiques par une tragédie grecque jouée avec un immense succès au théâtre de Bobino. On répéta surtout le refrain :

Ange aux yeux noirs, ange aux yeux bleus, Vous êtes partis pour les cieux !

Heureux vers, dont le premier, selon la remarque d'un célèbre critique , appartenait évidemment à Fécoie colorée de Shakspeare , et le second à la sombre école de Racine.

La gravure exploita également le couple amoureux. Le journal L'Illustration publia la vue de leur fenêtre de mansarde, avec une gouttière sur le premier plan, dessin de circonstance, qui ajoutait un charme touchant au récit de cette double mort.

Enfin, pour que rien ne manquât à leur célébrité, M. Gannal écrivit au Journal des Débats une lettre pariaquelle il offrait de les embaumer gratuitement, en donnant Tadresse de sa fabrique de conserves humaines.

Mais un seul mot fit évanouir toute cette gloire !

L'oncle de Marthe, averti par la rumeur publique, s'indigna des mensonges publiés par les journaux, et leur adressa une réclamation à laquelle il joignit comme pièces à Tappui :

1*» Le certificat du médecin du quartier, constatent que Marthe et Maurice étaient morts naturellement, de mort subite ;

2« L'extrait des registres de l'état civil, prouvant qne tous deux étaient mariés à la marie du quatrième arrondissement.

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Ainsi , on avait oni s'intéresser à des amants suicidés, et Ton n'avait que des gens morts malgré eux et mariés ! Cette nouvelle fut comme un coup d'air qui eniiiuma subitement tous les organes de la publicité. Le ConsUtutionnel revint à son histoire des jésuites , entrecoupée de quelques anecdotes sur le serpent de mer; La Presse découvrit que la correspondance annoncée était apocryphe, et en suspendit l'insertion; enfin La Gazette des Tribunaux annonça l'arrestation d'une empoisonneuse de bonne maison qui venait de se défaire de toute sa famille, par suite de la déplorable organisation sociale qui ne nous permet d'hériter que de ceux qui sont morts !

Cette dernière afiaire absorba toute l'attention publique, et les noms de Marthe et de Maurice retombèrent dans l'oubli.

Cependant tous deux avaient été réunis dans un même cercueil et portés au cimetière. L'humble corbillard tra- Tersa Paris suivi d'un vieillard, d'une jeune femme et de ses enfants : c'était toute la famille des morts ! Le soleil brillait, les bouquetières offraient aux passants les premières violettes, les arbres commençaient à montrer leurs feuilles soyeuses, et les oiseaux gazouillaient le long des toits en cherchant la place de leurs nids ! Tout était mouvement, parfum, lumière, et, au milieu de cette renaissance générale , le cercueil isolé passait sans être aperçu : car qui peut demander k la vie de voir et de comprendre la mort?

En revenant, le vieillard , la jeune femme et les deux enfants montèrent à la mansarde qu'avaient habitée ceux qu'ils venaient de déposer dans la terre. Sur le seuil se tenait l'employé des pompes funèbres, le mouchoir d'une

U LE HONDE

main et son mémoiFe de l'autre. Le mouchoir ne couvrait qu'un œil ^ mais le mémoire eût pu envelopper toute la personne : car, s'il coûte cher de vivre à Paris , il est encore plus dispendieux de s'y faire enterrer. Pour payer la tombe des deux morts , il fallut vendre tout ce qu'ils avaient possédé vivants. Les livres de Maurice soldèrent le cercueil ; la bague et la croix d'or de Marthe, le suaire ; le reste., ce trou de terre oii ils reposaient. Quand tout fut enfin payé , le croque-mort mit son mouchoir dans sa poche , et demanda son pourboire

Cependant les jours s'écoulèrent, puis les années, puis les siècles, et tout souvenir de Marthe et de Maurice s'était effacé. On ne se rappelait même plus les deux vers de l'employé des droits réunis de Bar-sur-Aube ; mais le génie au paletot n'avait point oublié sa promesse. La mort des deux amants n'était qu'un sommeil , el, du fond ,de leur tombe , ils suivaient les transformations successives des sociétés , comme les images d'un rêve confus.

Il leur sembla d'abord qu'ils voyaient les monarchies changées en gouvernements constitutionnels, et les gouvernements constitutionnels en républiques. Puis les races puissantes vieillissaient et faisaient place à des races plus jeunes. La civilisation, transmise comme ce flambeau allumé des saturnales, passait de mains en mains, laissant peu à peu dans l'ombre le point de son départ. De nouveaux intérêts appelaient l'activité humaine sous d'autres cieux. L'Europe négligée retombait lentement dans Tinertie et la solitude , tandis que l'Amérique, puis une contrée plus nouvelle , absorbaient en elles tous les éléments de vie. Le vieux monde n'était déjà plus qu'une

terre sauvage , dont les sociétés modernes exploitaient les ruines. Ricbesses enfouies, monuments abattus, tombes oubliées, tout devenait la propriété de ces générations marchandes. Il sembla même à Marthe et à Maurice que le cercueil qui les renfermait était arradié au sol funèbre avec des milliers d'autres, qu'on les embarquait ensemble , et que tous étaient transportés dans une région inconnue, centre de la civilisation nouvelle.

Mais ici l'espèce d'intuition mystérieuse qui leur avait tout révélé jusqu'alors s'obscurcit. Il y eut dans leur songe une interruption subite; puis une voix claire fit tout à coup entendre à leurs oreilles ce cri : L'an trois mille !

Au même instant, le couvercle de la bière fut rejeté, et les deux amants, réveillés en sursaut, se soulevèrent de leurs linceuls.

D'abord , ils n'aperçurent rien qu'eux-mêmes. En se retrouvant après un sommeil de tant de siècles, tous deux jetèrent un cri de joie ; leurs bras s'étendirent l'un vers l'autre, et ils échangèrent leurs noms dans un baiser. Un éclat de rire strident les interrompit. Ils se retournèrent en tressaillant : le petit génie était à quelques pas, debout sur sa locomotive fantastique.

Marthe poussa une exclamation , rougit, et ramena autour de ses épaules les plis du suaire.

« Eh bien ! j'ai tenu parole, dit le déicule ; grâce à moi, vous venez de traverser onze siècles sans vous en apercevoir.

— Se peut-il? s'écria Maurice stupéfait. «-.Et vous voilà transportés au centre de la civilisa-

lion que vous désiriez connaître, continua le génie; nous sommes ici dans File autrefois appelée Taîti.

— La Nouvellâ^ythère du capitaine €ook? demanda le jeune homme.

— Aujourd'hui nommée Vile du Noir-Animal^ continua le dieu. Les gros industriels du pays font fouiller le mondeentier pour se procurer la matière première de leur commerce ; et vous devez à ces recherches d'avoir été transportés chez eux. »

Marthe r^arda autour d'elle , et remarcpia alors qu'ils se trouvaient dans un immense édifice rempli de bières et d'ossements. Elle se serra contre Maurice avec un geste de frayeur.

« Oh! ne craignez rien , reprit le génie en riant de sa voix aigre ; on ne vous confondra point avec les morts. Vous vous trouvez chez l'un des plus respectables fabricants de l'île, M. Omnivore, qui sera ravi de voir en vous un échantillon des temps barbares. Il est averti de votre résurrection, et va venir lui-même.»

La jeune femme, inquiète, s'enveloppa plus soigneusement dans son linceul.

« Ne prenez point garde à la légèreté de votre costume , fit observer le petit dieu; nous ne sommes plus ici dans vos ridicules climats , oîi le soleil fait l'ofiSce d'une bougie qui éclaire sans chauffer. A l'île du Noir- Animal, Tair tient lieu de paletot ; aussi vous voyez que l'intérêt bien intendu a réduit l'habillement à sa plus simple expression. »

Les deux amants remarquèrent alors , en effet , la transformation qui s'était opérée chez M. Progrès. Il n'avait pour vêtements qu'un caleçon de coton, un cha-

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peau d'écorce à larges bords, et des bottes en vannerie ornées de clochettes. Maurice apprit de lui que tel était le costume généralement adopté, vu sa commodité et son économie. La civilisation de Tan trois mille, ayant renoncé à tout ce qui n'était pas d'une utilité immédiate, avait laissé la parure aux femmes ou aux esprits futiles ; les hommes graves se contentaient du caleçon, rehaussé de leurs grâces naturelles.

Comme il achevait ces explications, un bruit de pas retentit à la porte de l'édifice, et le génie, donnant un coup de talon à son coursier de vapeur, disparut comme l'éclair.

Èloqoonce parlementaire de Maurice. — Éloquence perfectionnée de M. OmniTore. — Gostnme d'un homme établi, en Tan trois mille. — M. Atout. — Départ de Marthe et de Maurice. — NouTeau moyen de trayerser lei rlTièrea. — Routes souterraines. — M. Atout rassure Marthe par un calcul sta* tistique. — Marthe s*endort. — Un réTC.

M. Omnivore était suivi d'une demi-douzaine de serviteurs qui donnaient tous des marques du plus vif étonnement. Ils parlaient à la fois, comme nos députés lorsqu'ils veulent éclaircir une question importante, et Maurice reconnut que leurs paroles étaient un mélange de français, d'anglais et d'allemand , dont il se rendit compte assez facilement, vu la connaissance qu'il avait de ces trois langues. Us répétaient tous ensemble :

« Merveille ! merveille I deux morts des premiers âges sont ressuscites ; le chauffeur les a vus sortir de leur bière! »

Mais ils s'interrompirent tout à coup, à la vue des deux époux, en criant :

« Les voilà ! »

Et ils s'arrêtèrent à quelques pas , avec une curiosité que tempérait évidenninent la peur.

Marthe, confuse, s'était cachée à demi derrière Maurice; mais ce dernier, qui voulait soutenir l'honneur du dix-neuvième siècle, auquel M. Progrès venait d'accoler l'épithète de barbare, se redressa «gravement, salua les visiteurs, et leur adressa le discours suivant :

« Messieurs et honorables inconnus,

« Ce n'est point le hasard, mais notre libre choix, qui nous a fait traverser près de deux mille années, pour renaître au milieu de cette génération puissante et éclairée, qui, à force de conquêtes dans le domaine de la

ly^^Pootjbiliié humaine, a fait descendre le royaume du ciel sur la terre.

« Aussi nous estimons-noi»^ heureux de pouvoir connaître par nous-mêmes cette ràice de demi-dieux , si noblement représentée par ceux J^veulent bien m'écouter dans ce moment !...»

(Ici un murmure d'approbation interi^pit l'orateur- 11 reprit d'une voix plus élevée :)

« Je viens parmi vous, Messieurs, pour Vn'échauffer au soleil de la civilisation, qui ne brille null% part ailleurs aussi éclatant ! ... »

(Bruyants applaudissements.) « Pour admirer les miracles opérés par une na^^^ ^°' telligente et généreuse. . . »

(Applaudissements plus bruyants.) « Pour rendre hommage à un pays que l'on p^fctf^' appeler la patrie de toutes les gloires ! » (Applaudissements prolongés.)

« Enfin, pour jouir de cette noble alliance de Tordre et de la liberté , réalisée par le plus grand peuple du monde.»

(Tonnerre d'applaudissements : plusieurs voix crient: — Vivent les morts parisiens !)

Il fallut quelques instants pour apaiser Témotion produite par l'éloquente improvisation de Maurice ; les habitants de l'ile du Noir-Ânimal ne pouvaient cacher leur surprise de trouver dans un barbare, enterré depuis onze siècles, cette élévation de pensée et cette justesse d'appréciation. Les auditeurs les plus instruits croyaient reconnaître, dans le langage du jeune homme, un ancien président de congrès provincial, ou pour le moins un secrétaire de société philanthropique , conservé par la méthode de M. Gannal. Enfin, quand le silence fut rétabli, M. Omnivore, qui voulait répliquer dignement au discours de son hôte , s'avança avec gravité, toussa trois fois, afin de recueillir ses idées, et dit, avec un accent franc-anglo-tudesque *

« Monsieur,

« En réponse au vôtre du présent jour, je m'empresse de vous faire savoir que la maison Omnivore et compagnie se trouvera flattée d'entrer en relations avec la vôtre, et que vous serez accueilli aussi favorablement qu'une traite à présentation ; ladite maison tenant à honneur de vous maintenir dans la bonne opinion que vous avez conçue du peuple auquel elle a l'avantage d'appartenir. »

% Lei

Les auditeurs échangèrent un regard de satisfaction.

Tous applaudissaient évidemment à la clarté et à la précision commerciale de la réponse faite par M. Omnivore. Celui-ci s'en aperçut, et prit une prise de tabac pour donner une contenance à sa modestie.

Mais la glace était rompue, et Ton en vint à des explications moins solennelles. Maurice raconta ccxmnent Marthe et lui se trouvaient là, en exprimant le désir de quitter au plus tôt ce lieu funèbre, dont Vaspect attristait sa compagne. M. Omnivore se hâta de faire apporter des vêtements fournis par les fouilles récentes qui avaient été faites dans les ruines du vieux monde, et il se retira, en annonçant qu'il reviendrait prendre ses hôtes.

Il reparut, en effet, au bout d'un quart d'heure, et ne put retenir un éclat de rire à la vue du costume des deux jeunes époux. Il en examina quelque temps toutes les parties, avec la même curiosité qu'un Français du dix-neuvième siècle étudiant la toilette d'un Hottentot. Il fallut lui expliquer l'utilité de celte longue robe de femme qui embarrassait la marche , de ce chapeau qui plaçait son visage au fond d'un cornet, de cet habit d'homme dont les basques pendantes ressemblaient aux deux ailes d'un hanneton malade, de ce pantalon que se disputaient les bretelles et lès sous-pieds, comme^ ime victime tirée à quatre chevaux. Marthe et Maurice justifièrent de leur mieux les costumes de leur époque ; mais, après les avoir écoutés, M. Omnivore jeta un regard sur son habillement perfectionné, et ne put retenir un sourire d'orgueil.

Cet habillement avait, en effet, résolu la question d'utilité aussi complètement qu'on pouvait l'espérer. Il ne

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servait point seulement de costume, mais d'annonce, de prix-courant et de carnet à échéance.

 la ceinture du caleçon se voyaient imprimés les mots Omniyore et compagnie , suivis des renseignements commerciaux les plus détaillés sur la nature et Texcellence des produits fournis par leur fabrique. La jambe droite présentait un barrême complet destiné à simplifier les pluç longs calculs , et la jambe gauche un almanach de cabinet avec les heures de départ des paquebots et courriers. Des deux côtés apparaissaient, en guise de rubans, des nœuds de traites soldées , constatant à la fois l'étendue des affiiires de la maison Omnivore et l'exactitude de ses payements. Enfin, une plume posée sur l'oreille prouyait que le digne fabricant venait d'être subitement arraché aux douceurs de la comptabilité en parties doubles.

11 conduisit d'abord Marthe et Maurice à travers d'immenses entrepôts, oii se trouvaient entassés tous les débris arrachés par ses facteurs aux ruines du vieux monde : car telle était la spécialité à laquelle M. Omnivore devait sa fortune et son nom. 11 exploitait les générations éteintes, comme on exploitait ailleurs les végétations carbonisées en houille, ou desséchées en tourbes combustibles. Sépultures antiques, débris de monuments, bronzes précieux, armes, médailles, statues, tout passait par ses mains; son entrepôt était le magasin de curiosités du monde; c'était là que venaient les collecteurs et les académiciens , race indestructible que la nouvelle civilisation n'avait pu faire disparaître.

Les deux époux rencontrèrent précisément un de ces derniers au moment oii ils quittaient l'entrepôt. C'était

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le célèbre M. Âtoul, qui avail pour spécblité d'être universel. 11 représentait à lui seul vingt-huit citoyens, c'est-à-dire qu'il touchait les rétributions de vingt-huit places ; la liste de ses titres couvrait une page in-quarto, et il portait autant de croix qu'une mule espagnole de clochettes. M. Omnivore le présenta seulement comme secrétaire perpétuel de la société historique, professeur de littérature, président du conseil universitaire, directeur de toutes les écoles normales, et membre de quatorze mille sept cent trente-quatre comités.

M. Atout, qui venait d'apprendre la résurrection du couple français, le salua avec la dignité d'un homme affilié à trop d'académies pour que rien l'étonnât.

Après les premières politesses, il adressa à Maurice plusieurs questions destinées à prouver ses études bistoriques et littéraires. 11 lui demanda s'il avait connu Charlemagne, madame de Pompadour et M. Paul de Kock, trois grandes figures appartenant à la troisième race des rois de France, et l'interrogea longuement sur le connétable de Louis XYlll, Napoléon Bonaparte, dont l'histoire avait été écrite par le révérend père Loriquct. Maurice, d'abord étourdi, allait essayer de répondre, mais M. Atout ne lui en laissa point le temps ; il en vint, sans plus longues transitions, du passé au présent, . et commença une leçon sur l'état de la terre en l'an trois mille.

Nos ressuscites l'écoutèrent avec d'autant plus d'attention qu'ils avaient tout à apprendre. Le professeur leur déclara qu'ils se trouvaient au centre même du monde civilisé, dont les différents peuples ne formaient plus qu'un État sous le nom de République des Intérêu*

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Unis, Le centre ou capitale de cette république se trouvait dans l'ancienne île de Bornéo, maintenant nommée Ile du Budget, Chaque peuple y envoyait un certain nombre de députés, et ceux-ci réglaient en commun les affaires générales. Quant au vieux monde, on y entretenait des colonies qui recevaient de la métropole la direction et les lumières.

La grande loi de la division de la main-d'œuvre avait été appliquée à la république elle-même. Chaque état formait une seule fabrique. Ainsi , il y avait un peuple pour les épingles, un autre pour le cirage anglais, un autre pour les moules de boutons. Chacun ne s'occupait, ne parlait, que de son article, ce qui contribuait médiocrement à l'étendue des idées et aux charmes de la société, mais profitait singulièrement à la fabrication, l/île du Budget, seule, réunissait toutes les variétés d'art et d'industrie ; on y trouvait des spécimens de la civilisation entière, méthodiquement classés comme dans une trousse d'échantillons.

Maurice et Marthe déclarèrent aussitôt qu'ils voulaient aller à l'île du Budget, et l'académicien , qui s'y rendait, proposa de les conduire; mais Omnivore s'y opposa. Il soutint que les deux époux se trouvaient compris dans une partie de marchandises expédiées à sa maison , et qu'ils lui appartenaient aussi légitimement que les autres antiquités de son entrepôt. Il y eut d'assez longs débats. Enfin, M. Atout, qui tenait à présenter les ressuscites dans la capitale , et à se faire honneur de leur découverte, consentit à désintéresser le fabricant sur les fonds de la société historique.

Nos époux le suivirent, en conséquem^e , jusqu'aux bords de la baie qu'il fallait traverser.

Des batteries de mortiers -postes avaient été établies sur les deux rives pour le passage. Un conducteur ouvrit la plus grosse pièce par la culasse , et fit entrer nos trois voyageurs, qui s'assirent au milieu d'une bombe soigneusement rembourrée. Marthe ne put se défendre d'une certaine émotion en se trouvant placée , comme une gargousse, aulbnd d'un canon; mais l'académicien entreprit de lui expliquer les avantages de cette manière de passer les rivières. Il était encore au milieu de sa démonstration , lorsque la jeune femme entendit crier :

« Feu ! »

Au même instant, elle se sentit emportée, et, traversant les airs avec la rapidité de la foudre , elle se retrouva sur l'autre rive, au milieu d'une vingtaine de bombes fumantes qui venaient également d'arriver.

M. Atout leur déclara alors qu'ils allaient continuer par l'une des routes souterraines qui traversaient 111e.

« Avant les progrès de la civilisation, dit-il, on construisait les chemins sur terre ; mais ils devinrent insensiblement si nombreux, qu'ils envahirent presque toute la surface du globe. Le sol ne portai^ plus que des rails de fonte, et on s'aperçut qu'à force de multiplier les voies de transport, on touchait au moment de n'avoir plus rien à transporter. Ce fut alors que vint l'idée de tracer les routes, non sous le ciel, mais sous la terre, et l'expérience a prouvé la supériorité du nouveau système. Grâce à lui on ne perd que la vue ! On peut voya-

g^ sans distractions , en dormant ou en pensant à ses affaires. Au lieu du soleil, tantôt éblouissant, tantôt obscurci , on a l'éclairage uniforme des lampes de voyage; plus de curieux qui vous regardent passer, plus d'appel de marchands , plus de bruit de ville ; on voyage aussi tranquille qu'un ballot. »

Il montra ensuite à ses deux compagnons les routes souterraines, dont les ouvertures apparaissaient au penchant de la colline comme autant de gueules de fournaises. D'immenses pelles , mises en mouvement par les machines, y engouffraient sans cesse ou en retiraient des trains de wagons fumants. On entendait, au sein de la montagne , mille roulements, mêlés aux froissements du fer et aux sifQements de la flamme.

£n s'enfonçant dans un de ces conduits sinistres , Martlie ne put retenir un cri , et chercha la main de Maurice. L'académicien, après l'avoir réprimandée assez aigrement, entreprit de lui démontrer que les chemins souterrains étaient non-seulement les plus commodes, mais les plus sûrs. Il lui énuméra pour cela le nombre de gens tués chaque année par les différents .modes de locomotion; il y ajouta le nombre des estropiés, puis le nombre des blessés; il détailla l'espèce de blessures et leurs gravités; enfin il additionna le tout, fit une règle de proportion, et arriva à prouver que les routes souterraines ne faisaient par année que treize cents victimes et une fraction !

Cette démonstration changea l'inquiétude de Marthe en effroi.

M. Atout passa alors aux détails. Il fit observer à la jeune femme qu elle se trouvait à l'abri de tous les me-

nus accidents que Ton pouvait craindre sur les autres chemins. Elle n'était exposée ni aux courants d'air, ni aux coups de soleil, ni à la poussière, ni au vent, ni aux émanations marécageuses, ni aux impertinences des passants ; elle n'était absolument exposée qu'à être tuée.

L'effroi de Marthe devint de l'épouvante.

Heureusement que, dans ce moment , le bras de Maurice l'enveloppa doucement; elle se laissa aller à demi sur la poitrine du jeune homme, et, en sentant son cœur battre largement et paisiblement sous le sien , la peur s'envola; le cahne de celui qu'elle aimait se ccMumuniqua à tout son être; elle ferma les yeux souriante et enivrée.

M. Atout, persuadé qu'elle méditait ses raisonnements , admira les résultats de la statistique, et passade la justification des différents véhicules nouvellement inventés à rénumération de leurs avantages.

11 constata que, vu la rapidité moyenne de la locomotion , il ne fallait plus maintenant que deux heures pow aller chercher son sucre au Brésil, trois pour acheter son thé à Canton , quatre pour choisir son café à Moka. On voyageait même plus loin au besoin. Madame Atout avait son marchand de nouveautés à Bagdad, sa modiste à Tambouctou, et son fourreur au pôle nord, trois po^ tes plus bas que le cercle arctique.

L'académicien démontra par des chiflres les immenses résultats sociaux de ces perfectionnements dans les voies de communication. Il prouva qu'en ajoutant à la vie des hommes de l'an trois mille toutes les heures gagnées par cette rapidité de transport, la durée moyenne de leur existence représentait cent vingt-<:inq ans... plus

une fraction ! Ainsi avait été résdu le problème de franchir l'espace sans fatigues à subir, sans observations à faire , sans confidence à échanger. On se prenait sans se voir, on se quittait sans s'être parlé ; chacun était indifférent à tout le monde, et tout le monde à chacun ; voyager, enfin , n'était plus vivre en chemin ni en commun , mais partir et arriver!

Marthe avait d'abord écouté l'apologie de M. Atout; mais insensiblement elle devint moins attentive ; ses paupières se fermèrent , et, bercée par l'haleine de celui qu'elle aimait, elle s'endormit! Les images confuses du passé flottèrent d'abord quelque temps autour de son esprit ; puis un souvenir rayonnant effaça tous les autres , et sortit lentement de ce chaos, comme une étoile des nuées.

Marthe rêvait au voyage fait avec Maurice la veille même de leur long sommeil!

Elle croyait voir encore les dernières lueurs du jour illuminant les coteaux de Yiroflai et la lisière des bois; elle apercevait l'épine fleurie qui brodait le vert pâle des haies; elle sentait le parfum des lilas, dont les touffes riantes couronnaient les murs des jardins; elle entendait, sur les chemins déjà cachés dans l'ombre, le bruit des clochettes cadencé par le trot des chevaux.

Près d'elle était Maurice , une main dans les siennes; près de Maurice un vieux cocher, au regard pensif; derrière, les autres voyageurs : paysan à la parole haute, jeune mère inquiète à chaque mouvement de ses enfants, vieux soldat silencieux!

La voiture roulait doucement sur la terre amollie;

mais à chaque instant sa course devenait plus lente , et des exclamations d'impatience s'élevaient, a Fouettez le cheval! » criaient-ils tous. Le cocher se contentait d'agiter les rênes^ « Fouettez! fouettez ! reprenaient les voix.

— C'est une rosse! faisait observer le paysan.

— Un paresseux! ajoutait la mère.

— Un lâche ! » achevait le soldat.

Le cocher branlait la tête.

<(Non, non, disait-il, Noiraud n'est pas une rosse, car il a supporté plus de misères que les plus forts, et voilà vingt ans qu'il les supporte.

— Vingt ans ! répétait le paysan stupéfait.

— Peut-être davantage , reprenait le cocher, et ce n*est point un paresseux celui qui a nourri si longtemps, de son travail, l'homme , la femme et les deux enfants.

— Tant que cela ! s'écriait la mère : oh ! le brave cheval.

-r- Sans compter qu'il a fait ses preuves de courage , continuait le cocher; voyez plutôt les deux cicatrices qui sont au poitrail.

— Ah! il a servi? » interrompait le vieux soldat, d'un accent radouci.

Et tous les yeux s'étaient arrêtés sur Noiraud avec un intérêt curieux , personne ne disait plus de le fouetter I Le paysan calculait ce que pouvait valoir son travail de vingt années; la mère pensait aux deux enfants que ce travail avait nourris , le vieux soldat regardait les cicatrices! Tous trois avaient perdu leur impatience; rien

ne les pressait plus; ils pouvaient attendre; Noiraud n'avait qu'à prendre son temps.

Aussi , quand la route était devenue facile , la mère avait voulu faire marcher ses enfants; le vieux soldat avait déclaré qu'il ne pourrait demeurer plus longtemps assis sans souffrir de ses blessures, et tous deux descendus , le cocher s'était mis à encourager Noiraud de la voix.

« Ferme , mon vieux trompette ! disait-il ; encore cette corvée pour Georgette; demain, nous nous reposerons. »

Puis , se tournant vers Marthe et Maurice : (( C'est la fille de la maison , Georgette , avait-il ajouté en souriant; elle épouse le fils du voisin samedi , et sa naère et moi nous lui avons préparé une surprise : lit, secrétaire et commode de noyer, avec la garniture de cheminée ! Elle ne se mariera qu'une fois , cette enfant ; je veux qu'elle ait la joie complète. Joli nid et bel oiseau. L'oiseau est trouvé; mais pour le nid il manque encore cent sous , et Noiraud ne peut se reposer que quand je les aurai... Pas vrai, vieux, que tu me les gagneras demain !

— Il vous les a gagnés , s'était écrié Maurice en lui tendant l'argent ; vous pouvez hâter d'un jour la joie de Geoi^ette et le repos de Noiraud ; allez , brave cœur, e t que Dieu bénisse vos amoureux. »

11 avait alors sauté, enlevant Marthe dans ses bras, et la voiture allégée s'était perdue dans l'ombre !

Paris se trouvait encore loin ; mais tous deux avaient marché joyeusement, les bras enlacés, causant à demivoix de Georgette, de Noiraud, des étoiles! Ineiiable

échange de bagatelles charmantes , de fugitives impressions, de confidences comprises sans être achevées; sorte de rêverie dialoguée, dont on ne se rappelle rien , et qui laisse dans le passé une de ces traînées lumineuses vers lesquelles le regard se tourne toujours.

Ils n'étaient arrivés qu'au milieu de là nuit, haletants de fatigue, couverts de sueur, les pieds poudreux et meurtris, mais le cœur plein et Tesprit joyeux. Ce voya^ ge , ils ne pouvaient l'oublier désormais, car ils n'avaient pas seulement changé de lieu, ils avaient vu, senti; ils n'étaient pas seulement arrivés, il leur restait un souvenir! Ils se souviendraient toujours du vieux cheval et de son vieux maître î

Toutes ces images venaient de se reproduire dans le rêve de Marthe ; elle croyait franchir le seuil de sa joyeuse mansarde , lorsqu'un grand bruit l'éveilla en sursaut.

Extraction de Toyagears. — Aubergei modèle! . — Le Terre d'eau de fontaine. — Départ de Martlie et de Naorice snr la Dorade accélérée, batean soicmarin. — M. Blaguefort, commis-Toyagenr pour les nez , la librairie et les denrées coloniales. — Un prospectus d'entreprbe industrielle de Tan trois mille. — Fâcheuse rencontre d'une baleine. — Leçon de M. Vertèbre sir les cétacés. — Destruction du bateau sous-marin. — Son extrait mortuaire

Le convoi qui conduisait l'académicien et ses deux compagnons venait jle s'arrêter au fond d'une sorte d^ précipice ; sur leurs têtes apparaissait un coin de cid barré par les bras d'une immense machine. M. Atoul leur apprit qu'ils étaient arrivés à leur destinaUon , el

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que chacune des villes sous lesquelles passait le chemin avait ainsi un puits d'extraction pour les voyageurs.

Leur wagon venait, en effet, d'être saisi par le grand bras de la machine, et commençait à monter rapidement, comme une banne de mineurs.

Lorsqu'ils atteignirent Torifice du puits, mille cris éclatèrent à la fois , et une centaine d'hommes et d'enfants se précipitèrent vers les arrivants. Marthe crut qu'on voulait les mettre en pièces , et recula épouvantée jusqu'à M. Atout; mais ce dernier lui apprit que c'étaient les aubergistes et les commissionnaires du pays qui venaient oflrir leurs services.

Les uns répandaient sur les voyageurs une pluie de cartes et d'adresses, d'autres tenaient des plateaux couverts de rafraîchissements, qu'ils voulaient leur faire accepter; quelques restaurateurs portaient d'immenses fourchettes garnies de volailles rôties, de côtelettes et de jambonneaux , qu'ils promenaient, au-dessus de la foule, comme un prospectus de leurs établissements. Il y avait, en outre, les brosseurs, les cireurs, les indicateurs, les porteurs, tous également acharnés à vous rendre service. Maurice n'avait pas fait six pas, qu'il s'était vu forcé d'accepter deux verres de limonade, et de livrer à trois commissionnaires sa canne, son foulard et son chapeau.

M. Atout lui faisait admirer cet empressement hospitalier, cette multiplicité de soins, cette abondance.

« Voyez, s^écriait-il, les bienfaits de la civilisation ! Une population entière est aux ordres de chacun de nous; toutes les productions du monde viennent, pour ainsi dire , à notre rencontre ; ftous arrivons à peine, et

déjà nos moindres besoins ont été prévenus; rien ne nous a manqué ! »

Rien ne manquait, en effet, à Marthe et à Maurice, que de pouvoir respirer. Ils se réfugièrent dans la première hôtellerie qu'ils aperçurent , comme dans un lieu d'asile.

A la porte se tenait un concierge , portant hallebarde , qui leur fit trois saints et les remit à un huissier à chsdne d'or, par lequel ils furent conduits à un valet de pied chargé d'ouvrir le salon.

C'était une immense galerie, dont le premier aspect éblouit les deux jeunes gens. Leur conducteur s'en aperçut et sourit.

« Vous voyez , dit-il, le triomphe de l'industrie; rien de ce que vous apercevez ici n'est ce qu'il parsdt. Cette colonnade de marbre sculpté n'est que de la terre cuite ; cette tapisserie de brocart, qu'un tissu de verre filé ; ce parquet de bois de rose, qu'un carrelage en bitume colorié; le velours qui couvre ces sofas, que du caoutchouc perfectionné. Tout cela peut durer deux années, c'està-dire le temps nécessaire pour que l'hôtelier vende son établissement et se retire millionnaire.

Comme il achevait, arrivèrent les garçons de service. Tous avaient, imprimés sur leurs vêtements, les symboles de leurs attributions : l'un , des plats , des assiettes, des couverts ; l'autre , des verres et des bouteilles; un troisième , des viandes , des poissons ou des 'fruits. Ils portaient, en outre, un collier au chiffre de l'aubergiste , qui servait à les faire reconnaître.

M. Atout engagea ses compagnons à déjeuner; mais, depuis tantôt douze siècles qu'ils ne mangeaient plus,

tous deux en avaient perdu Thabitude. l^'académicien , qui n'était point non plus en appétit , se contenta do demander un verre d'eau.

Le valet chargé de recueillir les demandes alla aussitôt à une petite bibliothèque et appprta un volume relié, sur lequel on lisait, gravé en lettres d'or :

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