‹ Deux missions françaises chez les Touareg en 1880-81Chapitre 10 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Organisation de la denzième Mission. — Départ d'Onargla — La vallée de roned Mya. — Hassi el Meseggnem.

Au cours du premier voyage, le colonel Flatters avait cherché à nouer des relations avec Ahilaghel, amenokhal des Hoggars, à qui il avait envoyé une lettre par le Targui Dob ben Maheza ; la réponse d'Ahitaghel lui parvint à Paris où il s'occupait de déterminer une organisation nouvelle pour une deuxième mission.

Celle lettre du chef des Hoggars était peu favorable, elle fut bientôt suivie d'une autre missive conçue en termes plus engageants, qui était une réponse à une lettre que Flatters avait envoyée d'Ouargla à Ahitaghel par Cheikh ben Boudjemaâ, un des guides chaamba de la première mission.

Cette réponse décida le gouvernement à reprendre les opérations au cours de Thiver 1880-81 et le colonel prépara sans retard l'organisation de celte deuxième expédition.

Voulant cette fois avoir une caravane où il fût réellement le maître, il demanda à choisir ses chameliers dans les régiments de tirailleurs algériens, de façon à ne prendre parmi les Chaamba que les guides et quelques chameliers ; cette demande lui fut accordée.

Ayant reconnu le peu de fonds que Ton pouvait faire sur les engagements pris par les indigènes, en ce qui touche les approvisionnements à emporter, il décida que la mission prendrait des vivres pour tout son personnel auquel seraient faites des distributions journalières.

L'organisation était donc toute militaire et très supérieure à tous égards à celle de la première mission; il devait en résulter de grandes

facilités pour la conduite de l'expédition qui se trouvait ainsi dans des conditions bien meilleures pour réussir.

Le colonel crut devoir diminuer Timportance du personnel comprenant la mission proprement dite qui fut réduite à 6 membres :

MM. Masson, capitaine d'état-major, commandant en deuxième, Béringer, ingénieur des travaux de TÉtat, Roche, ingénieur des mines, Guiard, médecin aide-major de 1" classe, de Dianous de la Perrotine, lieutenant d'infanterie, détaché aux affaires arabes, Santin, ingénieur

Le lieutenant de Dianous, devait être chargé spécialement de la conduite du convoi; les maréchaux des logis de cavalerie Pobéguin et Dennery lui étaient adjoints pour l'aider dans ce service.

Le personnel de la mission se réunit à Alger dans la deuxième quinzaine d'octobre ; le colonel y trouva le Cheikh Abd el Hakem, son flls Entiti et Hamma ould Djabour, tous des Ifoghas, qui étaient venus au-devant de lui, accompagnés de Sghir ben Cheikh; on fît visiter en détail la ville d'Alger aux Touareg puis on se mit en route vers le sud dans les derniers jours d'octobre.

Les membres de la mission arrivèrent à Laghouat vers le premier novembre, pendant que les approvisionnements étaient dirigés par convoi d'Alger sur Laghouat de la même façon que cela s'était fait pour la première expédition.

Dès son arrivée à Laghouat, le colonel constitua sa caravane en personnel et animaux; les chameaux laissés à Laghouat au retour du premier voyage n'étant pas en nombre suffisant, il loua une partie des chameaux de la smala et on se mit en route sur Ouargla le 18 novembre.

On suivit l'itinéraire : Laghouat, Ksar el Hiran, Guerrara, Negoussa, Ouargla, lequel est sensiblement plus court que la route passant par le Mzab.

La mission était le 25 novembre à Guerrara et arrivait à Ouargla le 30, les animaux loués à Laghouat furent renvoyés le surlendemain dans cette dernière oasis et remplacés en partie par les chameaux qui avaient été confiés à Cheikh

Ben Rabia; un certain nombre d'animaux furent achetés pour compléter la caravane.

Pendant les l*'', 2 et 3 décembre on termina l'organisation de la caravane qui fût prête à partir en exploration le 4 décembre.

Comme nous l'avons dit la deuxième mission

comprenait 7 membres y compris le colonel; son personnel de service était composé : de 2 sous-officiers français, 2 français, Brame et Marjolet (1), 78 chameliers ou ordonnances indigènes dont 47 tirailleurs; les 31 autres hommes de service comprenaient d'anciens soldats et quelques Ghaamba de la première mission.

Les guides étaient au nombre de 7 pris parmi les Ghaamba, sauf toutefois le nommé Mohamed Ben el Hadj Radja qui était des Ouled Sidi Cheikh, enfin un mokaddem des Tedjania accompagnai-t la mission; Tensemble du personnel comptait donc 97 personnes dont 11 français.

On emportait 4 mois de vivres et un équipage de 8 jours d*eau renfermée dans des guerbas goudronnées, récipients où Teau se conserve mieux que dans les tonneaux (2),

Tout le personnel était monté, les français et les guides sur des méhara, tous les autres sur

(1) Brame, ordonnance du colonel avait fait le premier voyage, Marjolet, avait accompagné la première mission et avait dû rétrograder d'Ouargla sur Constantine à la suite d'une chute de cheval en mars 1880.

(2) Par contre les guerbas ont le grave inconvénient de

I perdre beaucoup par l'évaporation.

des chameaux de bât, le colonel emmenait 3 juments pour lui et Masson.

La caravane comptait 280 chameaux, elle était donc plus nombreuse que dans le premier voyage, mais tout le personnel était monté, avantage considérable qui devait permettre d'obtenir une marche plus régulière et plus rapide.

En résumé, cette organisation était très satisfaisante et, sous ce rapport, on peut dire que le colonel Flatters avait mis toutes les chances de succès de son côté.

Le 4 décembre la mission quitte Ouargla et va camper dans TOued Mya à 15 kilomètres au sud, elle doit suivre cette vallée pendant plusieurs jours de façon à contourner le massif de l'Erg et appuyer ensuite à Test pour aller au Hoggar (1).

Le 5 décembre on campe à Hassi Bou Khenissa qui a de Teau ; les 6 et 7, les endroits où bivouaque la mission ne sont pas des points d'eau, ou les puits qui s'y trouvent sont morts.

(1) Le cheikh Abd el Hakem des Ifogbas a quitté la mission le 4 pour aller chez lui, au lac Menkhough ; son fils Entiti et Hamma ould Djabour doivent accompagner le colonel jusqu'à ce que la mission arrive au pays des Hoggars.

Le 8, on arrive à Hassi Djetnel, puits profond (11*") qui a de l'eau en abondance, les chameaux sont abreuvés et Téquipage d'eau est rempli car les guides font prévoir une marche de 7 jours sans trouver d'eau.

La mission fait séjour à Hassi Djemel le 9 décembre et se remet en route le 10, elle suit toujours roued Mya dont la vallée est bien marquée par une ligne de hauteurs qui en forme la berge occidentale, tandis que de l'autre côté cette vallée n'est pas limitée.

Le sol est le plus souvent du reg, parfois de la nebkat avec quelques dunes qui forment tantôt des chaînes tantôt des pitons isolés.

Le 12 décembre on atteint au Hassi Ben Abd el Kader le point à partir duquel l'Oued Mya, compris dès lors entre deux berges rocheuses assez élevées, présente l'aspect d'un ht de rivière bien délimité.

L'oued est encombré de nebkat et il est assez difficile à suivre, aussi la caravane passe-t-elle bientôt sur sa rive occidentale qu'on suit environ pendant 2 jours; le 14,1a mission passe à la dhayat Safsaf, point où se trouve un petit bois de trembles, qui est connu de tous les nomades sahariens comme une grande curiosité du

désert. Le 14, on campe dans TOued Mya que la mission suit ensuite pendant 2 jours, elle arrive le 16 décembre à Hassi Inifel au confluent de rOued Mya et de TOued Insokki.

Le Hassi Inifel est aussi appelé Hassi Abd el Hakem, du nom d'un marabout des Ouled Sidi Cheikh qui est enterré à proximité, sous une koubba assez modeste. Ce puits qui a 6 mètres de profondeur donne de bonne eau, mais elle est peu abondante si bien qu'on ne peut abreuver tous les chameaux dans la journée du 16 décembre; aussi le colonel fait^il creuser un deuxième puits. La mission est obligée de séjourner en ce point les 17 et 18 décembre pour exécuter ce travail, faire boire les animaux et constituer la provision d'eau de l'équipage.

Le 19, la mission quitte Hassi Inifel pour suivre l'Oued Insokki; le colonel a renvoyé à Ouargla quelques cavaliers du makhzen que l'agha avait mis à sa disposition pour battre le pays, ces hommes emportent un courrier et emmènent une des trois juments que Ton a échangée contre trois méhara.

On relève au cours de cette étape les traces d'une troupe assez nombreuse de cavaliers à méhari ; les guides assurent au colonel que ces

cavaliers, qui seraient passés il y a quelques jours, conduisaient un certain nombre de chameaux de bât ; comme on ne voit pas de traces d'hommes à pied, il est bien probable quMl s'agit d'une bande de coupeurs de route conduisant des chameaux dont ils se sont emparés.

Le 20, on campe à peu de distance du point appelé El Hachchana où il y a quelques palmiers, sur le bord d'une ghedir actuellement a sec.

Pendant la marche du 22 la mission rencontre une caravane qui va de Ghadamès à In Salah, elle compte une vingtaine de chameaux et 5 hommes, ce sont des ouled Ba Hamou d'in Salah. Ils apprennent au colonel qu'Ahitaghel était à In Salah il y a un ou deux mois avec 300 méhara et une très grosse caravane de chameaux de bat, le chef des Hoggars avait parlé de l'arrivée de la mission et semblait disposé à bien l'accueillir.

Dans la journée du 24 on laisse à l'ouest l'Oued Moussa ben Aïch, affluent important de roued Insokki ; à peu de distance du confluent de ces deux oueds, la mission quitte la vallée de l'Oued Insokki pour suivre l'Oued Aghrid affluent de droite, de façon à éviter un fort détour

que le premier décrit par l'ouest; on campe ce jour dans TOued Aghrid.

Le 25, la mission suit TOued Aghrid, puis elle quitte cet oued pour traverser le plateau rocheux qui le sépare de TOued Insokki, que Ton rejoint pour camper ce jour au Hassi Insokki, puits peu profond (2™50) et qui donne une eau excellente en très grande quantité.

Depuis le 19, jour ou on a quitté Hassi Inifel, on n'a trouvé de Peau qu'en très petite quantité dans quelques ghedirs aux trois-quarts desséchés, aussi fera-t-on un assez long séjour à Hassi Insokki pour abreuver les chameaux.

La mission séjourne, les 26 et 27 à Hassi Insokki ; le 26 dans la soirée, arrivent au camp quelques cavaliers du makhzen d'Ouargla que Tagha avait envoyés pour reconnaître le pays du côté d'in Salah ; ces hommes ne donnent aucun renseignement nouveau, le pays est désert à l'ouest.

Le colonel décide que ces cavaliers suivront la mission jusqu'à Hassi Mesegguem, où elle sera dans quelques jours et d'où il a l'intention d'envoyer un courrier.

Le 27, des gens des Zoua d'in Salah campés dans les environs, sont venus au camp et ont appris au colonel qu'Ahitaghel était encore à

In Salah et se préparait à retourner au Hoggar ; en conséquence, le chef de la mission décide que Cheikh ben Boudjemâa partira le jour mênne pour In Salah afin de porter une lettre au chef des Hoggars.

Le colonel informe Ahitaghel de son arrivée à Insokki et le prévient qu'il va se porter au sudest dans la direction du Djebel Hoggar; si Ahitaghel a quitté In Salah, Cheikh se portera sur ses traces de façon à le rejoindre le plus tôt possible.

La mission quitte Insokki le 28 décembre et rejoint la vallée de TOued Aghrid ; elle marche tantôt dans cette vallée, tantôt sur le plateau en suivant un medjebed très bien tracé, sorte de route qui est très connue des sahariens sous le nom de medjebed d'Ilgou.

Chef de la puissante tribu touatienne des Zenata au xu® siècle, Ilgou dirigea une expédition sur Ghadamès dont il s'empara et qu'il pilla ; au retour de cette campagne, il rencontra vers Tin Yagguin une forte colonne d'arabes hillaliens qui s'était mise en route à sa suite; un combat s'engagea en ce point et les Zenata furent massacrés ainsi que leur chef. La route suivie par cette expédition, route qui est encore très

fréquentée, a conservé le nom du malheureux Ilgou.

Le 28, la mission campe à Pest de roued Aghrid au point appelé El Benia, où se trouve un redjem, sorte de cairn, qui est un des points de repère du medjebed.

Le 29, on suit toujours le medjebed d'Iigou qui est très bien marqué ; l'itinéraire traverse une série de ravins dont la pente est au nord, ces ravins forment un réseau de gouttières dont l'ensemble a reçu le nom de Mader; le pays figure un plateau pierreux, assez mouvementé et difficile.

On campe ce jour à quelques kilomètres au delà du Tilmas Sedra, puits peu profond qui renferme un peu d'eau; les oueds du Mader ont une végétation assez abondante, on y voit beaucoup de gibier et surtout des gazelles en troupes nombreuses.

Le 30, la mission sort du Mader et s'engage dans la vallée de l'Oued Aoulouggui dont le medjebed, toujours assez net, suit le fond; cette vallée est une sorte de gorge étroite comprise entre deux berges rocheuses élevées et à pic. On campe au point nommé Zeribet Ifoghas, où l'on voit quelques huttes en branchages qui ont

servi récemment de campement à une fraction de Touareg Ifoghas.

La végétation est très belle tout le long de rOued Aoulouggui ; cette circonstance est très heureuse, car les chameaux ont beaucoup souffert entre Ouargla et Hassi Insokki et la mission en a perdu beaucoup ; ils pourront se refaire dans les beaux pâturages de cette vallée.

Le 31 décembre ritinéraire suit toujours TOued Aoulouggui qui présente le même aspect, la vallée est souvent sablonneuse; la mission campe à Hassi Aoulouggui, groupe de puits peu profonds (4°*) dont deux ont de Peau en petite quantité.

Dans la soirée, on aperçoit des feux versTouest et on entend des coups de fusil, on redouble de surveillance pendant la nuit qui se passe sans incident.

Le 1*^ janvier, après avoir marché encore dans rOued Aoulouggui pendant 2 heures, la mission débouche dans la plaine de Mesegguem et vient camper auprès du Hassi Mesegguem qui est creusé à peu de distance d'une petite sebkhat.

Ce puits est à moitié comblé par le sable, sa profondeur totale qui est de il mètres est réduite à 5 mètres; à proximité du puits est une koubba

à ciel ouvert qui entoure le tombeau de Sidi el Hadj Merabet, des Zoua d*In Salah .

Dès l'arrivée à Mesegguem, le colonel fait déblayer le puits, travail qui est prolongé jusqu'au milieu de la nuit et est repris le 2 janvier dès le lever du soleil. Dans l'après-midi de ce jour, on arrive à la nappe aquifère qui paraît assez abondante, l'eau est saumâtre mais elle est meilleure que celle d'El Byodh.

Les chameaux sont très fatigués et la situation de la caravane laisse beaucoup à désirer; aussi le chef de la mission décide-t-il que l'on séjournera plusieurs jours à Mesegguem où les pâturages sont bons.^

Une caravane de 30 chameaux, conduite par 10 hommes des Ouled Ba Hamou, passe à Mesegguem; elle va de Ghadamès à In Salah, où elle transporte des marchandises de toutes sortes, elle est suivie de quelques nègres esclaves.

Cette caravane campe à proximité du puits et son chef, un marocain nommé Mouley Ahmed, vient rendre visite au colonel, à qui il donne quelques renseignements sur In Salah et sur son commerce. Naturellement c'est la marchandise noire qui est le principal élément de ce commerce, lequel a lieu surtout avec le Maroc

et la Tripolitaine, pays où la traite des nègres se fait encore ouvertement.

La mission séjourne à Hassi Mesegguem les 3^ 4, 5 et 6 janvier, il a fallu travailler au puits pendant 3 jours pour pouvoir abreuver les chameaux; ils se remettent peu à peu de leurs fatigues, on les fait boire une deuxième fois le 5 et le 6, le débit du puits ne permettant pas de les abreuver en un jour.

Dans la journée du 4, il est venu au camp des gens des Zoua d'In Salah qui ont emmené quelques moutons, le colonel a pu ainsi procurer un peu de viande fraîche à son personnel.

Le Hassi Mesegguem est un des points principaux de la route de Ghadamès à In Salah, cette route a été suivie, en 1864, par le voyageur allemand Gérard Rholfs qui voyageait avec une caravane indigène en se faisant passer pour musulman.

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