‹ Deux missions françaises chez les Touareg en 1880-81Chapitre 9 sur 18 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

D'Onargla à lAglioiiat. — L'Oned Iftsab. — Le pays des Béni Msab. — La Obebkat. — Lagbonat, — Dislocation de la mission.

Du 17 au 20 mai nous réorganisons la mission en caravane légère pour faire le trajet d'Ouargla à Laghouat, les chameaux qui ne sont pas utiles pour ce trajet resteront à Oaargla jusqu'à Phiver prochain ; Cheikh ben Babia de Negoussa (1) sera chargé de les soigner, c'est un excellent homme dans lequel on peut avoir toute confiance. Il existe, d'ailleurs, à proximité de l'oasis dont il

(I) Negoussa est une petite oasis située à 20 kilomètres att nord d'Ouargla.

est le chef, de très beaux pâturages où nos animaux pourront se refaire de leurs fatigues.

Masson a réglé, sans trop de difficultés, le compte des Chaamba qui sont redevenus de petits agneaux depuis qu'ils sentent sur leur tête la puissante main de l'autorité.

Le 21 au matin, nous descendons de la gara élevée sur laquelle est perché le bordj de Ba Mendil, et nous prenons une direction ouestnord-ouest pour faire route sur le pays des Béni Mzab.

Comme nous devons faire le trajet d'Ouarçla au Mzab sans trouver d'eau, le khalifat de l'agha a envoyé un petit convoi porter une vingtaine de guerbas pleines d'eau au point où nous devdns camper aujourd'hui. Gela nous permet de tf emmener qu'une centaine de chameaux et de réduire ainsi au minimum ceiix de ees animaux qui iront à Laghouat.

Il existe, en effet, en cette saison dans Cette oasis une mouche spéciale dont la piqûre est excessivement dangereuse pour les chaoïeaux; tout animal quia été atteint parce redoutable diptère meurt presque infailliblement l'hivep §uivant-

Nous campons le 20 près du Ghourd Mellela,

haute dune isolée, qui se trouve danâ une vàsté dépression appq^ée Haoudh Mellela.

82 mai. — NoUs appuyons un peu au nord pour atteindre la vallée de VOùed Mzab, où nous devons camper aujourd'hui, prés du point appelé Hadjar el Azreg (la pierre bleue); en cet endroit roued Mzab est un large lit desséché, bordé de berges rocheuses peu élevées et encombré de sable mamelonné où pousse une assez belle végétation,

83 mai. — Nous suivons la vallée de l'oued qui conserve le même aspect, elle décrit des sinuosités assez nombreuses que nous évitons en passant tantôt sur sa rive droite, tantôt sur sa rive gauche.

La caravane campe dans Toued à une dizaine de kilomètres à Test d'Oglat Zeïfana, seul point d'eau qui existe entre Ouargla et le Mzab sur la ligne que nous suivons.

84 mai. — On suit toujours l'oued Mzab; vers 10 heures nous passons à Oglat Zelfana, les 4 ou 5 puits qui forment cette oglat (1) sont presque complètement remplis de sable ; il serait d'ailleurs facile de les dégager, car ils n'ont que

(1) Oglal désigne une réonion de puits.

trois ou quatre mètres de profondeur à ce qu'assure notre guide. ^

Au delà d'Oglat Zelfana Toued devient de plus en plus profond et décrit des sinuosités très prononcées, que le guide nous fait éviter en passant dans un chemin fort difficile qui franchit un contrefort rocheux, bordé de falaises presque à pic de 50 à 60 mètres de hauteur. Dès que nous avons traversé ce contrefort nous reprenons Toued qui devient bientôt une gorge sauvage, resserrée entre des berges rocheuses abruptes, atteignant une centaine de mètres de hauteur.

Le lit de l'oued, qui a trois ou quatre cent mètres de largeur, se couvre peu à peu de palmiers, de jardins maraîchers et de cultures d'orge; nous traversons plusieurs saguiats (conduites d'eau) qui sont alimentées par de nombreux puits où l'eau est puisée jour et nuit pour arroser les cultures.

De tous côtés on entend le grincement des poulies des appareils de puisage qui sont mis en mouvement par des chameaux, des ânes, ou même des esclaves car les BeniMzab en possèdent beaucoup.

Il fait une chaleur atroce dans le lit de l'oued

que le soleil enfile dans toute sa longueur, et nous poussons un soupir de satisfaction quand nous atteignons, dans Taprès-midi, la petite ville d'El Ateuf où nous devons camper aujourd'hui ; en cette saison une étape de 50 kilomètres est une véritable fatigue même quand on en a quelque peu Phabitude,

£1 Ateuf est une petite ville de 1,500 à 2,000 âmes, bâtie en amphithéâtre sur un mamelon détaché des berges sud de TOued Mzab; avec ses deux minarets qui dominent le fouillis de ses maisons en cubes, blanchies à la chaux et percées de centaines de petites ouvertures, elle présente un aspect fort pittoresque surtout quand on vient du Sahara.

Comme nous sommes arrivés fort tard à El Ateuf et qu'on ne peut envoyer les animaux au pâturage aujourd'hui, nous séjournerons ici demain; on fait boire les chameaux dans la soirée, opération assez longue car les puits d'El Ateuf ont 25 à 30 mètres de profondeur.

26 mai. — Nous quittons El Ateuf pour suivre roued Mzab qui garde toujours le même aspect sauvage, malgré les jardins qui forment une étroite bande de verdure au pied de ses berges.

Nous passons bientôt à côté de la petite ville

de Bou Noura, étrange forteresse à moitié ruinée qui est littéralement suspendue aux falaises escarpées bordant la rivière au nord.

Plus loin, Toued reçoit au sud un affluent important, roued Ntissa; au confluent est bâtie la ville des Béni Isguen (5,000 habitants), la seconde agglomération du Mzab, au point de vue de la population, la, première en ce qui touche la richesse des habitants ; cette ville a un aspect d'aisance qui est tout à fait remarquable, elle est entourée d'une enceinte crénelée et munie de tours de flanquement, qui parait très solidement installée et est en excellent état.

Laissant cette ville sur notre gauche, nous passons au pied du mamelon rocheux qui porte la petite ville de Melika (la Royale), la cité sainte des Béni Mzab, et nous venons dresser notre camp à peu de distance des remparts de Ghardaïa^ capitale du pays.

Cette ville est bâtie sur un mamelon rocheux complètement détaché des berges méridionales de l'oued; ses maisons, percées de nombreuses arcades, sont disposées en escaliers de la base au sommet du mamelon que surmonte le minaret élevé de la grande mosquée; l'ensemble ressemble à une gigantesque pyramide qu'on

croirait due à la fantaisie de quelque Pharaon saharien.

Un mur d'enceinte, en assez piteux état, flanqué de nombreuses tours carrées à moitié ruinées, entoure la capitale mozabite qui présente un aspect bien moins plaisant que la ville des Benilsguen.

A peine le camp est-il installé que le présî-. dent de la djemâa des Béni lsguen,.El Hadj Youssef, vient nous chercher pour nous offrir la dhiffa. Ce mozabite, qui est un des plus riches commerçants du pays, connaît Masson qu'il a eu l'occasion de voir plusieurs fois à Constantine, quand celui-ci était aidé de camp du général commandant la division,

El Hadj Youssef nous a fajt préparer un excellent déjeuner, auquel nous faisons honneur, après quoi nous visitons Béni Isguen en détail ; cette ville est fort bien bâtie, on y voit beaucoup de magasins où se trouvent des marchandises de toutes sortes: cotonqades anglaises, bougies et savon de Marseille, produits du pays et de l'Afrique noire, tout est accumulé dans ces petites boutiques où se font de grosses affaires; quant, à la marchandise noire qui .faitTobjet d'un commerce assez important à Béni Isguen

et à Ghardaïa^ on Ta quelque peu dissimulée à Poccasion de notre passage.

Quand je rentre au camp, Âïssa ben El Khaldi me raconte que, le prenant pour un client, un commerçant mozabite lui a présenté un assez joli lot de soudaniens mâles et femelles dans un fondouk où ils étaient enfermés à Tabri des regards indiscrets.

Nous faisons séjour le27mai à Ghardaïa; la plus grande partie de notre séjour se passe à visiter cette capitale qui est fort intéressante quoiqu'elle soit moins bien bâtie que Béni Isguen. Les magasins sont très nombreux et fort bien montés en toutes sortes de choses, il y a plusieurs grands bazars où un voyageur trouverait tout ce qui peut lui être nécessaire en matériel, effets et objets d'alimentation.

On remarque plusieurs ateliers de forgerons armuriers et de menuisiers dont les produits tout en étant assez grossiers, ne manquent pas d'un certain cachet, qui prouve une réelle habileté de la part des ouvriers mozabites. La rue principale de la ville qui est longue et assez large, est fort animée et suffit pour donner une idée de l'activité commerciale de la capitale du Mzab.

Nous sommes montés jusqu'à la grande mos-* quée dans laquelle nous avoils jeté un regard curieux sans y entrer; c'est un édifice sans aucune valeur monumentale, il est en assez mauvais état bien qu'il soit très révéré; on assure qu'il renferme une bibliothèque de grande valeur.

De nombreux tolba se tiennent à l'entrée de celte mosquée et nous regardent passer en nous examinant d'une façon peu encourageante; le clergé mozabite, qui jouit d'une grande puissance dans la confédération du Mzab, puissance dont il est excessivement jaloux, est complètement opposé à toute extension du protectorat que la France exerce sur ce pays.

Il faudra bien cependant que ce protectorat se transforme à bref délai en une sujétion complète, car le Mzab a servi trop souvent de centre de ravitaillement aux tribus insurgées contre l'autorité française. Malgré une surveillance d'ailleurs fort difficile et des promesses qui n'ont jamais été tenues loyalement, les Béni Mzab ont toujours fourni à nos ennemis de la poudre, des armes et tout ce qui leur était nécessaire pour leur permettre de nous faire la guerre; ces gens là tirent de la situation que

nous leur avons faite un peu bénévolement, de gros profits à notre détriment et il est probable que l'on ne pourra mettre fin à ces agissements qu'en occupant ce pays (1).

Ghardaïa est la seule ville de TOued Mzab où puissent habiter les juifs; ils sont parqués dans un quartier spécial (mellah) communiquant avec le reste de la ville par une porte qui est fermé tous les soirs •

Les Israélites sont méprisés ici comme partout en pays musulman ; en dehors de la mellah ils sont soumis à des obligations humiliantes dont ils ne peuvent se départir sans s'exposer à de grosses pénalités. Dans la ville ils doivent marcher pieds nus et l'usage d'une monture quelle qu'elle soit leur est absolument interdit; la mellah est le plus ignoble assemblage de masures qui se puisse imaginer, cette population juive est d'ailleurs dans un état de dépravation physique et morale dont rien ne peut donner une idée.

28 mai. — Nous contournons Ghardaïa par le nord en longeant le thalweg de l'Oued Mzab

(1) L'occupation de Ghardaïa a été décidée et mise à exécution en 1882, deux ans environ après Tépoque où ces lignes ont été écrites.

qui est très resserré et profond de 8 à 10 mètres ; les Mozabites ont établi de ce côté un barrage assez remarquable qui sert rarement d'ailleurs, car Toued ne coule jusqu'à Ghardaïa que tous les 5 ou 6 ans«

Les cultures de Ghardaïa s'étendent en amont de cette ville; elles forment une magnifique oasis de 50,000 palmiers qui est arrosée par un barrage établi à 8 où 10 kilomètres en amont ; la retenue d'eau formée par ce barrage est très considérable, et arrose ces cultures pendant une bonne moitié de l'année quand l'hiver est pluvieux, ce qui se présente une année sur deux environ.

Dans les années de sécheresse, les Mozabites n'ont d'autre eau que celle de leurs puits qui sont pour la plupart très profonds (de 15 à 50 mètres) ; le niveau de l'eau dans ces puits baisse d'une façon notable quand la sécheresse se prolonge pendant plus de 2 ans, fait qui se produit encore assez fréquemment.

Après avoir remonté l'oued sur un ou deux kilomètres, la caravane s'engage dans un ravin qui échancre profondément sa berge septentrionale et ne tarde pas à déboucher sur le plateau mouvementé appelé Chebkat (illet)* C'^st^

en effet, un réseau très compliqué de ravins tortueux et peu profonds entre les mailles desquels sont des mamelons rocheux désagrégés par les intempéries; tout cela d'une couleur noirâtre et uniforme, sans un atome de végétaton à cette époque de Tannée, forme un paysage d'une morne tristesse qui est bien le comble de la désolation.

La Chebkat a environ 40 kilomètres du sud au nord, elle est limitée au nord par l'Oued el Bir sur lequel se trouve la ville mozabite de Berrian où nous devons camper le 28 mai.

On descend du plateau dans la vallée de cet oued par un ravin tortueux et profondément encaissé, de plusieurs kilomètres de longueur. A Berrian, nous campons au pied du mur d'enceinte, non loin de la rive droite de TOued el Bir et tout près de la principale porte d'entrée de la ville.

Berrian est assez bien bâtie, elle s'élève en amphithéâtre sur un contrefort rocheux de la rive droite de l'Oued el Bir qui le contourne par le nord ; les cultures, qui s'étendent sur plusieurs kilomètres le long de la rivière, sont très belles, elles comprennent environ 10,000 palmiers dont les dattes sont renommées. L'Oued

el Bir coule une partie de Tannée et Toasia est facile à arroser même en temps de sécheresse, les puits creusés dans la vallée étant relativement peu profonds.

Berrian^ qui a 4,000 habitants, n'est pas aussi commerçante que les villes de TOued Mzab ; avec la ville de Guerrara, qui est située à trois jours de marche vers Test dans la vallée de POued Zeguerir, elle complète la confédération des Béni Mzab qui compte ainsi sept villes ayant une population totale supérieure à 25,000 âmes.

Nous quittons Berrian le 29 mai, la température devient chaque jour plus élevée, aussi ferons-nous de plus courtes étapes à partir d'aujourd*hui ; les 29 et 30 nous campons dans la région qui s'étend entre TOued el Bir et le Ras Resbaïer, col élevé qui marque la limite méridionale du pays des dhayat.

Le 31, nous abordons cette région, vaste plateau pierreux, ondulé, parsemé de cuvettes argileuses, comprenant chacune un système de ravines qui y apportent Teau des environs au moment des pluies. Ces petits bassins appelés dhayat sont généralement couverts d'une très belle végétation, comprenant surtout des jujubiers et des bethoums (pistachier térébinthe)

i[im y atteignent une taille énorme ; ces arbres ressemblent beaucoup à deô frênes pour lea-^ quels on les a pris souvent au début de Toccu* palion de TAlgérie.

Le 31, nous campons dans la Dhayat Tilghemt qui est Une des plus belles^ sinon la plus belle ; cette dhayat est circulaire et forme un bois de haute futaie qui a plus d'un kilomètre de diamètre ; au milieu existe un mamelon rocheux sur lequel est la kouba d'un marabout et un cimetière indigène assez étendu^

Dans la partie basse de la dhayat on a creusé un puits de 65 mètres de profondeur et on a établi une très belle citerne qui peut contenir 7 à 800 mètres cubes d'eau. Cette citerne se remplit en hiver et feert à abreuver les troupeaux des nomades qui fréquentent cette région. Elle est actuellement à sec; aussi, pour abreuver nos chameaux qui n'ont pas bu depuis Berrian, sommes^nous obligés de tirer du puits l'eau nécessaire, opération qui n'est pas des plus faciles étant donnée sa profondeur.

Commencée à l'arrivée au bivouac, dans l'aprèsmidi, cette opération ne peut-être terminée avant la nuit close, bien que nous n'ayons que 100 chameaux à faire boire.

Au coui*s de rétape du 31 riouë avons reùcontré Tagha d'Ouargla qui rentre dans le chef-lieu de son commandement, Tagha a remis un volumineux courrier à Masson, il nous annonce que le colonel Flatters a quitté Laghouat, depuis quelques jours, pour se rendre à Paris.

Nous avons installé nos tentes è l'ombre des bethoums, c'est la première fois que pareille aubaine nous échoit depuis que nous sommes en voyage ; l'arbre sous lequel Je suis installé à 3 mètres de tour et pourrait abriter quatre tentes*

Le l*** juin, nous campons à Dhayat Diba où il n'y a que quelques bethoums de petite taille ; le 2, nous sommés à l'Oued bou Trekflne, large Ut sablonneux, couvert d'halfa très beau ; Masson envoie un cavalier à Laghouat pour annoncer notre arrivée.

Le 3 juin, nous faisons notre entrée à Laghouat ; j'ai précédé la caravane en compagnie de Brosselard pour préparer les logements de la mission ; mon entrée sur mon grand méhari foit sensation, et c'est au milieu d'Un groupe compact de troupiers et de bédouins que je mets pied à terre devant le bureau arabe.

Le commandant Belin, commandant supérieur, me reçoit d'une façon fort aimable ; le capitaine

Spitalier, chef du bureau arabe, a fait préparer deux chambres dans son logement pour Masson et pour moi ; il m'indique un logement à proximité qui pourra être facilement aménagé pour recevoir les autres membres de la mission.

En attendant l'arrivée de la caravane je fais préparer ce logement, puis je me rends audevant .de Masson pour lui indiquer le quartier où seront logés nos ordonnances et l'endroit où pourront être déchargés les chameaux,

Le capitaine Spitalier a déjà désigtié des spahis qui prendront ces derniers, dès qu'ils seront déchargés, et les conduiront avec les chameaux de la smala qui sont au pâturage à une petite journée de marche vers El Haouïta (1). De cette façon nos animaux resteront ici le moins longtemps possible et échapperont peut-être à la terrible mouche de Laghouat.

Vers 10 heures la caravane arrive et est déchargée aussitôt; nos bagages sont placés dans la cour intérieure des bâtiments occupés par le service des affaires indigènes. (Jne heure après, le commandant supérieur nous réunissait tous à table, et nous fêtions dans une charmante

(1) El Haouïta, petite oasis située à 48 kilomètres 500 de Laghouat.

réception notre retour dans le monde civilisé que nous avions quitté le 7 février, il y a bien près de 4 mois.

La première mission transsaharienne était terminée ; bien qu'elle eut été menée avec rapidité, tant à cause d'une organisation défectueuse que par suite de Tépoque avancée à laquelle on Pavait mise en route, elle n'en avait pas moins produit des résultats importants.

L'itinéraire suivi se confondait en partie avec la route que l'interprète militaire, Ismaïl bou Derba, avait reconnu au cours de son voyage à Ghat en 1858. Mais, les conditions dans lesquelles ce voyageur avait exécuté cette reconnaissance, avaient été si pénibles qu'il n'avait pu en rapporter un levé régulier. Ismaïl Bou Derba avait fait ce voyage en été et, pour échapper aux Touareg qui avaient manifesté des intentions hostiles à aon égard, il avait du marcher très rapidement et souvent pendant la nuit, ce qui ne lui avait pas permis de faire des observations continues.

D'ailleurs, l'itinéraire suivi au retour, de Tebalbalet à Ouargla par El Byodh et Hassi el Mokhanza, était tout à fait inconnu et la reconnaissance du gassi de Mokhanza constituait une

véritable découverte géographique d'une réelle importance.

La mission rapportait une carte régulière d'une région peu ou point connue, un itinéraire présentant un développement de 12 à 1,500 kilomètres bien appuyé sur de nombreuses observations astronomiques et des documents précieux aux points de vue géologique, météorologique et ethnographique; en somme, étant donné les conditions défectueuses dans lesquelles cette expédition avait été entreprise, le résultat était tout à fait remarquable.

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