CHAPITRE II
Hassi el Hadjadj. — Les monts Iraonen. — Amgnid. — Réponse d'AHitaghel. — L'Oued Tedjert. — Inzlxnan Tikhsin.
De Hassi Insokki à Hassi Mesegguem, la mission a suivi une direction est-sud -est ; à partir de ce dernier point, elle marche au sudest en suivant TOued Haddja, affluent de la Sebkhat de Mesegguem ; cet oued peu profond est marqué par une bande de végétation. L'itinéraire se dirige vers une gorge assez profonde par laquelle TOued Haddja sort de la Hamada de Tinghert, plateau rocheux assez élevé qui ressemble beaucoup au Tassili des Azgar; on campe à l'entrée de cette gorge.
Le 8 janvier, la mission suit POued Haddja qui fait un coude brusque vers Test et devient une gorge assez resserrée, bordée de falaises rocheuses de 60 à 80 mètres de hauteur, itinéraire monte en pente douce jusqu'à un col élevé, PArgoub es Séniat, qui forme un passage assez difficile. De ce col on a une vue étendue sur la Hamada de Tinghert qui paraît fort accidentée de ce côté.
Au delà de TArgoub es Séniat on suit la vallée de rOued el Hadjadj, qui est un bas-fond de sol reg, bordée au nord de gour formant une chaîne discontinue; du côté sud, Poued a une berge à peine sensible, on campe dans cette vallée qui a une très belle végétation.
Le lendemain, la marche continue dans la vallée dePOued el Hadjadj qui présente toujours le même aspect; un peu avant d'arriver à Hassi el Hadjadj, gîte d'étape du 9 janvier, on laisse au sud une série de gour élevées.
Le Hassi el Hadjadj est un puits de 2 mètres de profondeur, très étroit et donnant peu d'eau ; il est probable que Pon mettra plus d'un jour pour abreuver les chameaux, aussi le colonel décide-t-il que Pon fera séjour en ce point le 10 janvier.
On voit à Hassi el Hadjadj un cimetière assez étendu, où reposent 15 indigènes qui auraient été tués par les Chaamba, il y a environ 60 ans, les malheureux faisaient partie d'une caravane qui se rendait en pèlerinage à la Mecque ; c'est en souvenir de ce fait que Ton a donné au puits le nom d'Hassi el Hadjadj (puits des pèlerins).
Dans la journée arrivent au camp trois nègres conduisant trois chameaux, Tun d'eux est Sliman, le gardien de la Zaouïa de Temassinin, avec lequel la première mission avait été en rapport en 1880; cet individu revient d'In Salah où il est allé faire ses provisions de Tannée.
On a dû tirer Peau du puits toute la journée et toute la nuit pour tâcher d'abreuver les chameaux, opération qui n'est terminée que dans la journée du 10. D'après les renseignements que le colonel a pu avoir de ses guides, il serait très difficile de marcher de -Hassi el Hadjadj sur Khanguet el Hadid, point où la mission devait aller en quittant Mesegguem ; le reg d'Adjemor, qu'il faudrait traverser à cet effet, serait complètement dénué de végétation et impraticable à une caravane.
Dans ces conditions, il va falloir appuyer à l'est, et, comme le colonel a indiqué ce point de
Khanguet el Hadid à Cheikh ben Boudjemaâ et à Ahitaghel comme rendez-vous, il envoie Mohamed ben Radja et Hamma Ould Djabour de ce côté pour tâcher d'avoir des nouvelles de Cheikh et du chef des Hoggars. Arrivés à Khanguet el Hadid, ces deux hommes verront si Cheikh a laissé des traces de son passage et rejoindront la mission aussi vite que possible pour rendre compte ; ils ont d'excellents méhara et pourront être de retour dans 7 ou 8 jours au plus.
En quittant Hassi el Hadjadj la mission prend une direction sud en suivant TOued Hameïan, affluent de rOued el Hadjadj ; cet oued, d'abord bien marqué par deux lignes d'escarpements rocheux, s'élargit peu à peu et disparaît complètement dans une vaste plaine de reg où l'on voit quelques gour paraissant fort éloignées; on campe à peu de distance au sud de l'Oglat Hameïan qui comporte trois puits à moitié comblés.
Le 12 janvier l'itinéraire suit une direction sud-est, sur un plateau pierreux généralement assez facile, sur lequel s'étend un réseau de ravinements peu profonds et marqués par une maigre végétation. A la fin de l'étape, on franchit
une ligne d'escarpements rocheux peu élevés au pied desquels court du sud-ouest au nordest un oued plus important, on campe dans cet oued à côté du Tilmas el Mra, puits à demi comblé; ce puits, profond de 2 mètres seulement, est dégagé et donne un peu d'eau, Toued a d'excellents pâturages pour les chameaux.
Au delà de l'Oued Tilmas el Mra, la mission marche encore quelque temps sur le plateau et atteint, à peu de distance du camp du 12, le sommet d'escarpements élevés (150°») qui le limitent suivant une. ligne sud-ouest, nord-est ; au pied de ces escarpements, court parallèlement un large oued dit Oued Melah, qui va se jeter dans righarghar à l'ouest de Timassînin. Les falaises qui terminent ainsi le plateau de Tinghert ne sont que le prolongement de celles que la première mission a franchies pour des cendre dans l'Oued Igharghar, le 28 mars 1880.
La descente dans l'Oued Melah est très difficile, elle s'effectue sans accidents; l'Oued Melah reçoit un grand nombre de petits affluents dans sa partie haute où la mission le traverse, sa vallée est bordée vers le sud-est de nombreuses gour assez élevées. L'oued est lui-même peu sensible et l'ensemble forme une sorte de
chebkat peu mouvementée sur l'itinéraire suivi ; on campe le 13 janvier dans un des affluents de roued Melalî, le Chaabet el Arouï, qui a des pâturages à peu près suffisants pour les chameaux. Cet oued est bordé à Test par un massif élevé appelé Gara Alba qui paraît très important.
Le lendemain la marché continue le long du Chaabet el Arouï qui est toujours peu profond, la région parcourue est une sorte de plaine de reg entrecoupée de parties rocheuses. Au bout de 4 heures de marche, on arrive au sommet d'escarpements élevés de 50 à 60 mètres pareils à ceux que Ton a franchis le 13, la mission se trouve à l'extrémité d'un plateau qui forme la deuxième assise du Tinghert ; au pied des escarpements s'ouvre une large vallée, l'Oued Iraouen, au delà duquel s'élèvent les pentes découpées du Djebel Iraouen.
Au point où la mission atteint ces escarpements, la descente n'est pas possible pour les chameaux et ce n'est qu'au bout d'une heure de recherches que l'on peut trouver un passage à peu près praticable ; le Chaambî Mohamed ben Belghit, qui guide la mission depuis le départ de Mohamed ben El Hadj Radja pour Khanguet
El Hadid, ne paraît pas connaître très bien cette région.
On campe ce jour-là dans une belle dhayat qui est un élargissement de TOued Iraouen, la végétation est très belle. On a vu beaucoup de gibier au cours de cette étape, des mouflons, des antilopes, des gazelles, les Chaamba ont tué deux mouflons ; il y a des traces d'autruches dans la dhayat.
Le 15 janvier, on remonte rOued Iraouen dans une plaine de reg qui s'étend jusqu'au pied du Djebel Iraouen, on voit deux magnifiques autruches au cours de la marche. Plus loin, rOued Iraouen pénètre dans la montagne, formant une gorge assez large et assez facile où la mission campe un peu, en aval du point où cet oued reçoit un affluent important nommé Oued Adjelman Arghem. Les crêtes de la montagne dominent le fond de la vallée de 150 à 200 mètres.
Dans la journée, Mohamed ben El Hadj Radja et Hamma Ould Djabour rejoignent la mission; ils sont allés à Khanguet el Hadid où ils n'ont vu aucune trace du passage de Cheikh ben Boudjemâa, ils ont laissé un signal pour que Cheikh puisse savoir la direction suivie par la caravane.
D'après les renseignements que Mohamed donne au colonel, Khanguet el Hadid serait un défilé de 100 mètres de largeur compris entre des falaises abruptes de 200 mètres de haut, il s'y trouverait une source d'eau vive coulant sur toute la longueur du défilé qui serait de 2 kilomètres environ.
Le 16 janvier, la mission suit l'Oued Iraouen, puis l'Oued Adjelman Arghem qui monte doucement en se rétrécissant beaucoup, la gorge est souvent encombrée de débris rocheux qui rendent la marche difficile .
Dans l'après-midi, on met le camp dans l'oued à hauteur du point appelé Sobba, qui est situé à un kilomètre au nord de l'itinéraire suivi. On désigne ainsi une sorte de cirque rocheux formé de plateaux étages qui donnent lieu à de belle cascades en temps de pluie, à chaque étage se trouve un réservoir rempli d'une eau excellente; le chemin qui conduit à la Sobba est très difficile et impraticable aux chameaux.
Le lendemain, on atteint à peu de distance du camp de la veille la tète de l'Oued Adjelman Arghem, qui est à l'entrée d'un col bas communiquant au sud-est avec l'Oued Igharghar; la mission appuie à l'est pour éviter un massif de
dunes élevées, à travers lequel débouche par une coupure très nette TOued Gharis affluent de gauche de Flgharghar; elle ne tarde pas à franchir cet oued qui est couvert d'une végétation magnifique, puis elle atteint TOued Igharghar. Celui-ci court du sud au nord au pied du Tassilî des Azgars qui se termine de ce côté par des escarpements rocheux de 250 à 300 mètres de relief.
Au nord, du point où la mission campe dans cet oued, on voit l'entrée du Kheneg, large gorge dans laquelle passe TOued Igharghar entre le Tassili et le Djebel Iraouen, pour aller déboucher au nord dans la grande plaine de reg que la première mission a traversée à son retour.
Le 18 janvier, on remonte l'Oued Igharghar qui forme une large bande de végétation comprise entre le pied du Tassili et de hautes dunes en chaîne compacte ; on laisse à Test le débouché de rOued Tounnourt qui descend du Djebel Tahohaït, sommet principal du Tassili, situé à 3 ou 4 jours de marche à Test. Cet oued se présente sous l'aspect d'une gorge étroite encombrée de dunes.
Dans l'après-midi, la mission campe à Amguid au débouché d'une gorge très étroite et encais-
sée entre des escarpements fort raides ; au fond de cette gorge, coule un filet d'eau excellente qui forme un petit lac où il y a du poisson.
Le colonel pensait trouver des campements hoggars en ce point, il y en a de nombreuses traces mais elles sont vieilles de plusieurs mois; les guides chaamba prétendent ne pas connaître le pays au sud, quant aux Touareg Ifoghas qui marchent avec la mission, ils ne veulent pas aller chez les Hoggars.
Dans ces conditions, il est nécessaire d'attendre le retour de Cheikh ben Boudjemâa; on s'arrêtera donc à Amguid pour attendre le retour de ce dernier et si, d'ici à 5 jours, il n'a pas rejoint la mission, on prendra à l'est par Tahohaït pour tourner le pays des Hoggars par le Tassili et Ghat.
En attendant, le colonel envoie Sghir ben Cheikh et Entiti Ould Abd el Hakem à Tahohaït pour avoir des guides azgars ; si dans quelques jours la situation venait à se modifier, il en préviendrait Entiti; il garde à cet effet l'Ifoghas Hamma ould Djabour qu'il lui enverra dans le cas où la mission pourrait continuer sa marche au sud.
Le 19 janvier, on n'a aucune nouvelle de Cheikh
ben Boudjemaâ; le colonel décide qu'il partira le 20 en reconnaissance vers le sud en compagnie des deux ingénieurs ; cette reconnaissance comprendra un guide, 4 chameliers et quelques chameaux, formant un petit convoi sous le commandement du maréchal des logis Pobéguin.
Le colonel, laissant le commandement de la mission au capitaine Masson, quitte le camp d'Amguidle 20 dans la matinée; la reconnaissance suit le pied du Tassili qui s'élève beaucoup au fur et à mesure que Ton avance vers le sud. A 10 kilomètres d'Amguid, on reconnaît une petite source appelée Tinesel Maken (1), auprès de laquelle sont quelques figuiers et palmiers et les ruines d'une petite maison ; à 20 kilomètres d'Amguid, le Tassili se termine par un contrefort très abrupt et qui n'a pas moins de 7 à 800 mètres de relief.
Au sud de ce contrefort, le Tassili se prolonge par une chaîne de roches granitiques moins élevée mais très découpée, au sud de laquelle l'Oued Tedjert, affluent de droite de Tlgharghar,
(1) Cette source est ainsi appelée Aïn el Kerma par les Chaamba.
débouche dans une gorge encombrée de dunes ; le colonel bivouaque dans l'après-midi au point nommé Azurahren à peu de distance au nord-est du confluent de TOued Tedjert et de Tlgharghar.
Le 21 janvier, la reconnaissance quitte Azurahren et passe au confluent des deux oueds où se trouve un grand ghedir plein d'eau au milieu d'une très belle végétation ; c'est le point appelé Aguellach, mot tamachék (1), synonime du mot arabe dhayat; toute cette partie de l'Igharghar est très boisée et porte le nom d'Iguellachen, pluriel d'Aguellach ; on campe à côté du ghedir d'Aguellach.
Le lendemain, le colonel, les deux ingénieurs et le guide se portent rapidement au sud, marchant sur le Khanfousa, piton rocheux isolé dans la grande plaine de reg qui est à l'ouest de l'Igharghar; le maréchal des logis Pobéguin, avec le reste de la reconnaissance, suit le colonel pour gagner quelques kilomètres dans le sud.
Le point extrême atteint par les trois explorateurs est situé à 10 kilomètres au nord du Khanfousa et à 65 kilomètres au sud d'Amguid, soit
(1) Le tamachék est la langue parlée par les Touareg, langue qui ressemble beaucoup à celle que parlent les Kabyles.
environ par 25° 40' de latitude nord ; de ce point, qui est situé dans la plaine de reg séparant le Djebel Hoggar du Djebel Mouïdir, on aperçoit distinctement à Touest les contreforts orientaux de cette dernière montagne qui sont à 40 kilomètres environ de ce côté.
Au sud le Djebel Oudan dresse vers le ciel sa cime aiguë qui paraît avoir un relief d'au moins 1,500 mètres ; ce pic est à une distance de 60 kilomètres environ. Vers Test, le massif de l'Eguéré se présente sous la forme d'une chaîne épaisse qui paraît excessivement tourmentée ; des sommets assez élevés dominent le massif qui ne ressemble en rien au plateau que l'on supposait exister de ce côté sur la foi de renseignements indigènes.
Dans la journée du 21, le colonel rejoint le maréchal des logis qui est campé dans TOued Igharghar; pendant son absence, Cheikh ben Boudjemâa est arrivé accompagné d'un Targui qui lui a servi de guide, il vient d'Amguid où il a vu le capitaine Masson qui lui a indiqué la direction prise par le colonel.
Cheikh est porteur d'une lettre d^Ahitaghel, par laquelle le chef des Hoggars informe le chef de la mission qu'il lui envoie Chikat ben Hanfou
des Oulad Messaoud son proche parent et deux guides, qui conduiront la mission jusqu'à Hassiou point qui marque la limite sud de son territoire.
D'après les renseignements donnés par Cheikh ben Boudjemaâ, Chikat serait campé dans roued Gharis à deux jours de marche dans Touest, où il attendrait des nouvelles de la mission qu'il ne savait pas de ce côté.
Le colonel envoie le Targui à Chikat pour lui indiquer où se trouve la mission, il envoie en même temps son guide au capitaine Masson pour lui prescrire de venir le rejoindre au confluent de rOued Tedjert et de TOued Igharghar où il ira bivouaquer le 22.
Le 24, toute la mission est réunie à Aguellach ; le lendemain arrive Chikat ben Hanfou, accompagné de quelques Touareg Hoggars ; cet homme est très vieux, il semble bien disposé et assure qu'Ahitaghel tiendra la promesse qu'il a faite au colonel.
Le chef de la mission envoie à Entiti ould Abd el Hakem le Targui Hamma ould Djabour, avec des cadeaux et une lettre pour El Hadj Ikhenoukhen, grand chef des Azgars, par laquelle il lui promet d'aller le voir à Ghat au retour du voyage.
Le colonel a demandé à Cheikh ben Boudjemâa des renseignements au sujet de son voyage et de ses relations avec Ahitaghel ; parti d'insokki le 27 décembre, en compagnie du Chaambi Ali ben Mahtallah, Cheikh marcha sur In Salah où il arriva le 31 décembre* Ahitaghel avait quitté le Tidikelt (1) depuis plusieurs jours pour marcher sur le Hoggar, Cheikh et son compagnon se lancèrent sur les traces du chef des Hoggars et le rejoignirent sur roued Menyet, le 5 janvier.
Cheikh remit la lettre du colonel à Ahitaghel ainsi que les cadeaux que le chef de la mission lui avait confiés, et lui dit que le colonel désirait beaucoup le voir. Le chef des Hoggars répondit qu'il ne pouvait s'absenter et ajouta qu'il enverrait son beau-frère Chikat, chef des Ouled Messaoud.
Pendant huit jours Ahitaghel conserva avec lui les envoyés du colonel ; ce ne fut donc que le 13 janvier que Cheikh ben Boudjemâa et Ali ben Mahtallah, accompagnés de Chikat et des deux
(1) Le Tidikelt est un groupe d'oasis dont In Salah est en quelque sorte la capitale ; In Salah désigne un groupe de ksour dont Ksar el Arab est le principal,
Touareg Ahamed et El Alem, quittèrent le chef des Hoggars pour se mettre à la recherche de la mission. Ils se portèrent surPOued Gharisoù ils pensaient qu'elle se trouvait à ce moment et l'y attendirent trois jours, au bout desquels Cheikh se rendit avec Ahamed à Khanguet el Hadid ; il ne vit pas le signal laissé par Mohamed ben El Hadj Radja et revint à TOued Gharis où Chikat et Ali ben Mahtallah Tattendaient. El Alem et Ahamed, las de cette attente, rentrèrent dans leurs campements; le dernier remit à Cheikh la lettre qu'Ahîtaghel l'avait chargé de remettre au colonel; c'était le 19 janvier. Chikat consentit à attendre encore quelques jours sur l'Oued Gharis et indiqua à Cheikh la direction d'Amguid comme étant celle où il avait le plus de chance^ de trouver la mission. Cheikh et Ali se portèrent dans cette direction aussi vite que l'état de leurs méhara, très fatigués, le leur permettait; le 20, ils rencontrèrent des gens d'In Salah qui faisaient paître leurs chameaux dans l'Oued Gharis et ne purent leur indiquer où était la mission.
Un de ces hommes, Targui, nommé Mohamed ould Moumen, lui proposa de le conduire à Amguid, proposition que Cheikh accepta; Ali et deux compagnons de Mohamed se portèrent sur
le point où se trouvait Chikat pour lui demander d'attendre encore quelques jours.
Nous avons vu comment Cheikh rejoignit le colonel Flatters sur righarghar, le 22 janvier et lui remit la lettre d'Ahitaghel, laquelle était conçue en termes que le colonel trouva très satisfaisants.
Chikat et Mohamed ould Moumen, que le chef de la mission garda comme guide en attendant l'arrivée de ceux qu'Ahitaghel devait lui envoyer, conduisirent la mission à partir du 25 janvier, jour où elle est réunie en entier à Aguellach.
Un courrier venu d'Ouargla est arrivé à Amguid avant que Masson ait quitté ce point, le colonel a décidé qu'il suivrait la mission quelques jours avant de retourner à Ouargla.
Le 26, la mission quitte Aguellach et prend la direction de l'est suivant l'Oued Tedjert, gorge étroite comprise entre des hauteurs rocheuses ayant un relief de 5 à 600 mètres. Le pays est très montagneux et très tourmenté, on campe ce jour à Agzel, point où se trouve un ghedir plein d'eau.
Le 27, on suit pendant quelques kilomètres roued Tedjert qui a toujours unie direction ouest-est, puis on le quitte pour prendre une
direction sud-est dans une région coupée de ravins et assez difficile, on laisse à l'est plusieurs pics élevés ayant un relief d*au moins 500 mètres.
Vers le sud, on aperçoit un massif important, le Tihin-Ahaggar que domine un piton très haut, ressemblant beaucoup au Djebel Oudan ; ce piton, qui est moins élevé que ce dernier, s'appelle Toufrigh.
La mission campe dans l'Oued Ahadjeri affluent de gauche de l'Oued Tedjert ; le 28, on suitrOued Ahadjeri qui a une direction nordsud, puis l'itinéraire franchit un col et débouche dans la vallée de l'Oued Alouhad, affluent de rOued Tedjert à l'embouchure duquel la mission a campé le 26.
L'Oued Alouhad est tantôt large tantôt très étroit, il est bordé de berges peu élevées mais très abruptes formées de lave et de basalte.
D'ailleurs, une grande partie du massif de l'Eguéré est formé de roches volcaniques, produits d'éruptions très anciennes dont les traces se voient de tous côtés.
La plupart des oueds sont des vallées d'érosions creusées à travers d'énormes coulées de lave ou de basalte, qui se présentent parfois en colonnes prismatiques.
On campe ce jour dans roued Alouhad; le lendemain la mission suit toujours cet oued, marchant au sud-est; elle campe, après deux heures de marche, en un endroit où on trouve de Peau en abondance à 30 centimètres sous le sable, ce point est appelé Inziman Tikhsin.
Dans la soirée du 29, le colonel renvoie, en Algérie, le Chaambi qui lui a apporté le courrier reçu à Amguid, cet homme est Kaddour ben Mouïssat, qui a servi de guide au cours de la première mission (1).
(1) A partir du 29 janvier, on n'a plus eu de nouvelles directes du colonel Flatters, la suite du voyage a été racontée par les indigènes qui ont échappé au massacre de Bir el Gharama. '