‹ Deux missions françaises chez les Touareg en 1880-81Chapitre 12 sur 18 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dans la plaine d'Amadglior. — La Sebkhat. -> Temassint. Le miaad des Hoggars. — Gnet-apens de Bir el Gliarama.

Le 30 janvier, la mission quittait Inziman Tikhsin et se portait au sud-ouest vers la Sebkhat d'Amadghor; elle était guidée par les deuxTouareg Mohamed ould Moumen et Ahamed.

Chikat était parti ce jour pour rejoindre sa tente sur roued Gharis, le colonel lui avait remis de très beaux cadeaux pour lui et pour Ahitaghel. • Les étapes des 30 et 31 se font dans la région montagneuse où Ton marche depuis qu'on a quitté rOued Igharghar, les points où campe là mission ont de Peau.

Le l^*" février, on entre dans la plaine d'Amadghor, vaste désert pierreux et sablonneux qui sépare le Djebel Hoggar des montagnes des Azgars; le sol est généralement du reg, il est peu mouvementé, quoique la mission rencontre quelques ravins descendant des montagnes qu'on laisse à Touest.

La mission campe ce jour dans une dhayat isolée après une étape très longue; elle doit atteindre demain la sebkhat d'Amadghor, célèbre saline qui a été pendant des siècles l'objet d'une exploitation très active. Cette saline a été abandonnée depuis que le commerce par caravanes a presque complètement cessé entre l'Algérie et le Soudan.

Le 2 février, malgré une forte marche, on n'atteint pas cette sebkhat, les guides touareg informent le colonel qu'ils ne se retrouvent pas très bien, n'étant pas venus de ce côté depuis longtemps ; ils partent en reconnaissance dans la soirée et rentrent au camp pendant la nuit, apportant du sel de la sebkhat qui serait à deux ou trois heures de marche du camp du 2février»

Le 3, le colonel, suivi de tous les membres de la mission, quitte la caravane qu'il laisse sous la direction du maréchal des logis Pobéguin, et,

conduit par Mohamed ould Moumen, se dirige vers la sebkhat,

Celle-ci est un gîte de sel gemme aitué au fond d'une vaste cuvette de 2 à 3 kilomètres de diamètre ; (les traces d'exploitation consistant en puisards larges et profonds, permettent d^ vpir la roche saline qui est en bancs épais,

Il existe à proximité un cimetière musulman très étendu ; le medjebed qui passe le long de la sebkhat, quoique très peu fréquenté depuis bien des années, ressemble à une véritable route. On campe dans la plaine sans eau, mais au milieu de bons pâturages pour les chameaux ; la température est très élevée pendant le jour et la provision d'eau diminue sensiblement parTévaporation .

Les 4, 5 et 6 on marche à longues étapes dans la plaine qui devient peu à peu sablonneuse, on longe une chaîne de hauteurs rocheqsQS que l'itinéraire suivi laisse à l'est.

Les guides touareg avaient assuré le 4 que la mission atteindraitun point d'eau le 5, assurance qui ne se réalise pas ; quand on se met en route le 6, la provision d'eau est complètement épuisée et cette étape se fait dans des conditions très pénibles. La caravane marche disséminée sur

un très grand espace; le colonel est parti en avant avec les guides portant des guerbas, de façon à envoyer de Teau aux chameliers qui sont exténués, les chameaux sont d'ailleurs très fatigués et marchent avec peine <1).

Le 6, on campe dans un oued à proximité de ghedirs qui ont de l'eau en assez grande quantité, les pâturages sont très beaux dans cet oued qui est bordé de grands arbres ; aussi le colonel décide-t-il que la mission y séjournera le temps nécessaire pour refaire les chameaux qui sont en très mauvais état.

Le 8 février, arrive au camp le chaambi Sghir ben Cheikh, que le colonel avait envoyé d'Amguid

(1) On ne peut s'empêcher d'être étonné de la rapidité avec laquelle l'approvisionnement d'eau de la mission a disparu pendant cette marche dans la plaine d'Amadghor ; la mission aurait quittée son camp du 31 janvier avec 8 jours d'eau et son équipage était vide le 5 ; les pertes par cvaporation ou par suite d'accidents auraient donc été de 3 jours d'eau soit des 3/8; ce fait prouverait que le colonel Flatters avait été bien mal inspiré en composant son équipage de guerbas et en renonçant à l'emploi des tonnelets qui avaient donné de bien meilleurs résultats au cours du premier voyage.

D'Aïn el Taïba à El Byodh la mission avait fait 5 jours de marche sans trouver d'eau, et, quand elle arriva à El Byodh, il lui restait encore de l'eau pour 2 jours environ.

5 Tahohaït avec Entiti ould Abd el Hakem, pour demander des guides aux Azgars, il est accompagné de deux Touareg Hoggars qu'il prétend avoir rencontrés à Tahohaït.

Le retour de Sghir, qui a adopté le costume targui, semble très louche au colonel qui lui demande pourquoi il est venu rejoindre la caravane. Le Chaambi répond qu'il a tenu à venir retrouver le colonel pour lui rendre compte delà mission qu'il lui avait confiée à Amguid; quoiqu'il en soit, Sghir et ses deux compagnons Khebbi et Baba se joignent à la caravane.

On voit un certain nombre de chameaux au pâturage près du camp; le chef de la mission cherche à en acheter aux bergers touareg qui les gardent, mais il est obligé de renoncer à ce projet en raison du prix exagéré qu'on lui en demande.

Le 9 février, la mission reprend sa marche ; l'itinéraire suit le pied des hauteurs contre lesquelles on a campé le 8 ; le sol est pierreux, raviné en beaucoup de points et assez difficile, on campe dans un oued bien boisé.

Dans la journée trois Touareg viennent au camp, l'un d'eux est frère de Khebbi, l'un des compagnons de Sghir; le colonel reçoit ces indi-

vicJus et leur achète un méhari, très cher naturellement ; Khebbi quitte le camp dans la soirée accompagné de son frère, il doit rejoindre la caravane le lendemain.

Dans la nuit, deux méhara disparafssent; les renseignements que Ton peut se procurer au sujet de cet incident, prouvent d'une façon à peu près certaine que ces animaux ont été volés par Khebbi et son frère.

Le 10 février, on marche dans une région mouvementée et coupée d'oueds nombreux avec beaucoup de végétation; on campe dans une large vallée où se trouve un puits peu profond qui contient de Teau excellente, ce point est appelé Témassint,

Au moment où le camp s'installe arrive un Targui monté sur un petit cheval, cet individu appelé El Alem, est un des guides qu'Ahitaghel avait envoyé le 13 janvier au colonel, avec Cheikh ben Boudjemâa et Chikat ben Hanfou. El Alem annonce au chef de la mission que le miaad (1) des Hoggars se présentera sous peu ; cet individu après être resté une heure au camp, retourne à sa tente qui est proche ; il part accom-

(1) Miaad : députation, ambassade.

pagné de trois Chaamba qui doivent ramener des moutons cjue ce targui a proposé de vendre à la mission, tous quatre rentrent dans la nuit, amenant 8 moutons et 7 chèvres.

La mission séjourne le 11 février à témassint ; le colonel cherche à s'entendre avec El Alem au sujet du prix de ses services, ce Targui demande 2,500 francs pour conduire la mission au Soudan, somme qu'il voudrait toucher avant de se mettre en route. Le colonel nô veut pas le payer d'avance ; il finit par le décider à accepter 1,000 francs d'arrhes, le surplus lui sera donné à l'arrivée au Soudan.

Le guide demande alors au chef de la mission de le laisser retourner à sa tente pour mettre cet argent en lieu sûr, le colonel l'y autorise et le fait accompagner par Sghir ben Cheikh.

Dans l'après-mîdi le miaad arrive au camp, il comprend 30 cavaliers à méhari appartenant à diverses fractions des Hoggars ; les personnages les plus marquants de cette députation sont : Engadi, chef d'Idelès (1) et cousin germain d'Ahltaghel à qui il est appelé à succéder comme

(1) Idelès est un petit ksar situé au centre du Djebel Hoggar sur l'Oued Igharghar qui coule toute l'année en amont de ce points

amenokhal des Hoggars, et Tissi, fils de Chikat ben Hanfou, que le chef des Hoggars avait envoyé au-devant de la mission à Aguellach.

Tissi adresse au colonel un discours conçu en termes très engageants, il lui propose de le conduire à Idelès et lui promet d'ailleurs de le laisser visiter leur pays comme il le désirera.

Le chef de la mission remercie Tissi de sa bonne volonté, mais il lui dit qu'il doit aller au Soudan et qu'il ne peut se détourner de la route qui conduit dans ce pays, il manifeste son étonnement de ne pas voir Ahitaghel ; Tissi répond que ce dernier est revenu très fatigué de son voyage à In Salah et que, sans cette circonstance, il serait certainement venu à la rencontre de la mission. Comme cela s'est passé au cours de la première mission, on donne au miaad la plus large hospitalité; les Touareg visitent le camp en détail et font preuve d'une extrême curiosité.

Ils sont particulièrement frappés à la vue des deux juments ; le colonel en fait seller une et le capitaine Masson donne aux Touaregs une petite séance d'équitation. Tissi demande au chef de la mission de lui faire cadeau d'une des juments,

le colonel lui promet de la lui envoyer par El Alem dès qu'il sera arrivé au Soudan.

Le 12, la mission séjourne encore à Témassint, le colonel distribue des cadeaux aux membres du miaad et, comme toujours, il se montre fort généreux sans pouvoir contenter ses visiteurs qui sont insatiables; il se produit même une dispute assez vive entre Tissi et un autre chef hoggar nommé Mohamed, qui prétend avoir reçu de moins beaux présents que son collègue.

Le chef de la mission perd alors patience et déclare vivement aux Touareg qu'il est las de leurs exigences auxquelles il n'accordera plus rien à l'avenir.

Le miaad quitte le camp de la mission dans la soirée ainsi qu'Ahamed et les Touareg qui étaient venus précédemment; il ne reste plus avec la mission que Khebbi et Mohamed ould Moumen qui continueront à lui servir de guides.

Après le départ de ces gens on constate la disparition de deux méhara ; un chamelier envoyé à leur recherche les trouve attachés à une certaine distance du camp; pendant qu'il les ramène, il est attaqué par un Targui qui cherche à lui reprendre ces animaux, le. chamelier est obligé de tirer un coup de revolver sur cet indi-

vidu pour s'en débarrasser. On a vu un groupe de 15 cavaliers à méhari à une Certaine distance du camp, cette troupe paraissait se dissimuler avec beaucoup de soin ; le colonel^ à qui on a signalé tous ces faits, ne semble pas y attacher grande importance, de façon ô ne pas frspper le moral de son personnel indigène qui n'est pas très bon depuis quelque temps.

Le lô février, la mission reprend sa marche au sud ; le pays devient de plus en plus accidenté, c'est un réseau très compliqué de ravins circulant entre des hauteurs rocheuses élevées, très rapprochées les unes des autres, et où la marche est des plus difficiles; on campe dans un oued couvert d'une magnifique végétation.

El Alem et Sghir rejoignent la mission à son bivouac, ils sont accompagnés de deux Touareg qui apportent au colonel une lettre émanent de la djemaâ des Hoggars; Tissi ould Chikat qui est un des signataires de cette lettre, demande d'une façon particulière au chef de la mission de lui envoyer par l'un des Touareg la jument qu'il lui a promise ; l'autre Targui, qui se nomme Ahitaghel, comme le chef des Hoggars, doit servir de guide dans les mêmes conditions qu'El Alem.

Dans la soirée, Sghir ben Cheikh réunit les Chaamba qui marchent avec la mission et leur conseille de quitter celle-ci pour rentrer dans leur pays ; comme il ne parvient pas à les convaincre, il va trouver le colonel et lui demande Tautorisation de retourner chez lui, sous prétexte qu'en raison de faits de guerre passés, il risquerait sa vie en allant au Soudan.

Le colonel refuse cette autorisation, il ajoute qu'aussitôt la mission arrivée à Hassiou (1), les Chaamba seront libres de retourner en Algérie. A la suite de cet incident. Cheikh ben Boudjemâa serait allé trouver le colonel, et l'aurait engagé à se méfier de Sghir dont les allures lui paraissent tout à fait louches depuis qu'il a rejoint la mission.

Le colonel est très frappé de toutes ces complications qui l'inquiètent vivement, il donne les ordres les plus sévères pour que le service de garde soit fait pendant la nuit avec la plus grande vigilance.

Le 14 février, avant le départ, le chef de la mission a un long entretien avec Sghir ben

(1) Hassiou est un groupe de puits qui marque la limite méridionale du pays des Hoggars.

Cheikh; il renvoie le Targui qui a apporté la lettre des Hoggars, cet homme emporte une lettre par laquelle le colonel informe Tissi qu'il lui enverra la jument qu'il lui a promise, dès son arrivée à Hassiou.

On marche ce jour dans une région pareille à celle d'hier, toujours très mouvementée et coupée de nombreux oueds sablonneux et bien boisés ; on campe dans un de ceux-ci qui est compris entre des montagnes escarpées et très élevées.

Les plus grandes précautions sont prises pour assurer la sécurité du camp, le colonel paraît craindre d'être attaqué pendant la nuit.

Le 15 février, le pays où l'on marche est moins accidenté et moins difficile, la mission campe dans une dhayat sablonneuse où les tamarix et les gommiers forment un véritable bois. Au cours de l'étape deux Touareg montés à méhari viennent trouver le colonel et lui proposent de lui vendre des moutons; ces deux individus passent la nuit au camp avec les guides touareg et Sghir ben Cheikh, qui vit avec eux depuis le 13 février.

Le 16 février, les Touareg arrivés en dernier lieu quittent la mission dès le matin, en disant

qu'ils amèneront des moutons à la prochaine étape; l'itinéraire suivi appuie au sud-est et s'éloigne des montagnes, pour s'engager dans une grande plaine de reg légèrement sablonneuse.

Vers 10 heures du matin, les guides touareg informent le colonel qu'ils se sont trompés, et que le puits où la mission devait camper ce jour, est à une certaine distance vers le nord-ouest dans la montagne ; ils ajoutent qu'il est inutile de retourner en arrière, d'autant plus que le terrain est plus commode pour bivouaquer là où se trouve la caravane.

Le chef de la mission, dont la méfiance est en éveil depuis quelques jours, paraît peu disposé à agir d'après les conseils de ses guides ; cependant, de peur d'effrayer le personnel indigène de la caravane, il se décide à faire établir le camp.

Dès que les chameaux sont déchargés, le colonel, accompagné du capitaine Masson, tous deux à cheval, et de MM. Béringer, Roche et Guiard à méhari, se dirige vers le puits sous la conduite des trois guides touareg et de Sghir qui ne les quitte pas ; une partie des chameaux conduits par un certain nombre de sokhars suit

le colonel. Il ne reste au camp que le lieutenant de Dlanous, M. Santin et les deux maréchaux des logis ; Dennery doit amener au puits le reste des chameaux aussitôt que le camp sera complètement installé.

Le chemin qui conduit au puits devient peu à peu très difficile, si bien que Ton n'y peut marcher qu'un par un ; le colonel, impatienté et un peu inquiet, demande à plusieurs reprises à ses guides si on va bientôt atteindre le puits ; on lui répond qu'on en est tout près . Le Chaambi Gheikh ben Boudjemâa, qui a rejoint le chef de la mission près duquel il marche, l'avertit du danger qu'il court en s'éloignant ainsi de son camp ; le colonel accepte très mal ses observations, bien qu'il les réitère en insistant beaucoup.

Enfin, on arrive au puits qui est à trois heures de marche au moins du point où on a bivouaqué ; ce puits, appelé Bir el Gharama, est au milieu d'une large vallée très encaissée et bordée d'escarpements rocheux fort élevés, il est entouré de grands tamarix qui forment une sorte de bois.

Le colonel et les membres de la mission mettent pied à terre près du puits, qui doit être

curé car il est encombré d'une foule de détritus ; les quelques sokhars qui sont déjà arrivés se mettent de suite à cette besogne, abandonnant les chameaux qui attendent autour du puits.

Les guides touareg El Alem et Ahitaghel tiennent les juments et se placent à Fécart à une centaine de mètres, le colonel et Masson dirigent le curage, les autres membres de la mission s'écartent dans diverses directions.

A ce moment, de grands cris se font entendre vers le nord et une troupe de Touareg à méhari s'avancp au galop vers le puits ; le Targui Ahitaghel, qui est à côté de Béringer, lui porte un coup de sabre en plein corps et s'enfuit sur son méhari vers les Touareg, Khebbi et El Alem ont enfourché les deux juments et vont du même côté, Sghîr ben Cheikh les suit. En un instant, après une courte résistance, le colonel, le capitaine Masson, Roche et le docteur Guiard sont massacrés ainsi que quelque sokhars, le Chaambi Cheikh ben Boudjemâa tire un coup de fusil et s'enfuit.

L'attaque a été si brusque, que les quelques sokhars présents au puits n'ont même pas songé à se défendre, ces hommes se sont enfuis dans la direction du camp ; ils ne tardent pas d'ailleurs

à être rejoints par les Touareg et à être tués pour la plupart. A ce moment arrive le maréchal des logis Dennery avec une partie de la caravane et 4 ou 5 sokhars ; attaqué par les Touareg au moment où il débouchait dans la vallée, ce petit groupe fut massacré après une courte résistance.

Les autres fractions de la caravane, qui ont entendu les coups de fusils, s'avancent prudemment et ne tardent pas à se rendre compte de la situation ; les chameliers se réunissent alors au nombre de 22 et essayent de battre en |*etrai te avec les chameaux sur le camp.

Les Touareg, voyant ce mouvement, se partagent en deux groupes qui passent à droite et à gauche des chameliers, de façon à leur couper la route du camp ; un combat assez vif s'engage et les Touareg perdent plusieurs des leurs et beaucoup de méhara.

Us mettent alors pied à terre et, profitant des accidents du terrain, ils cherchent à s'approcher des chameliers, afin de pouvoir faire usage de leurs armes ; tant que ceux-ci eurent des munitions, les Touareg ne purent pas gagner beaucoup de terrain, mais les cartouches vinrent bientôt à manquer, car les hommes en portaient

généralement très peu sur eux; de plus, les chameaux effrayés et ayant d'ailleurs senti Peau, s'étaient échappés vers Foued.

En peu de temps 10 hommes tombent sous les balles des Touareg; les 12 chameliers restant, qui étaient alors entourés de plusieurs centaines d'ennemis, font un feu de salve sur ceux-ci, et profitent du désordre qui en résulte pour s'enfuir vers le camp où ils ne purent rentrer qu'à la nuit.

Pendant que ces faits se passaient autour de Bir el Gharama, divers incidents se produisaient au camp de la mission, incidents qu'il est utile de signaler, car ils permettent de faire le jour sur ces tristes événements. Comme on l'a vu plus haut, les guides touareg, Sghir ben Cheikh et Cheikh ben Boudjemâa, avaient suivi le colonel au puits; les autres guides chaamba, Mohamed ben Belghit, Ali ben Mahtallah et El Ala ben Cheikh, quittèrent le camp peu de temps après les chameaux conduits par Dennerey, et prirent une direction un peu différente de celle que celui-ci avait suivie.

Ces hommes avaient d'ailleurs emporté tout ce qui leur appartenait, on s'aperçut même plus tard, fait qui sur le moment n'avait pas attiré

l'attention, qu'Ali ben Mahtallah avait pris dans les effets du mokaddem tedjini un paquet appartenant à Cheikh ben Boudjemâa. Il est permis de conclure de tous ces faits que, sauf peutêtre ce dernier, les guides chaamba étaient au courant des projets des Touareg Hoggars.

Quoiqu'il en soit, dans le courant de l'aprèsmidi, un tirailleur arriva au camp hors d'haleine et rendit compte au lieutenant de Dianous des événements qui venaient de se passer à Bir el Gharama; on ne voulut d'abord pas le croire, mais d'autres hommes arrivant successivement confirmèrent la triste nouvelle, qui produisit une terrible impression sur cette poignée d'hommes perdue au fond du désert.

Le lieutenant de Dianous, craignant d'être attaqué par les Touareg, fît abattre les tentes et entourer le camp d'une sorte de retranchement formé des bagages de la mission, puis, comme aucun ennemi ne se montrait, il résolut de se porter en reconnaissance du côté du puits.

Il prit 20 hommes avec lui et arriva en vue de Bir el Gharama, un peu avant le coucher du soleil; les Touareg s'étaient massés sur un mamelon à une certaine distance du puits, les chameaux de la mission étaient restés dans la

vallée. Dès qu'il se fut rendu compte de la foi*ce de rennemie, M. de Dîanous n*osa l'attaquer, d'autant plus que la nuit approchait et qu'il lui fallait se presser pour rentrer au camp avant qu'elle ne fut complète.

Dès qu'il eut regagné son camp, le lieutenant réunit une sorte de conseil de guerre comprenant : M. Santin, le maréchal des logis Pobéguin, Brame, Marjolet et le mokaddem tedjini, et l'on discuta les mesures à prendre dans les malheureuses circonstances où se trouvait la mission.

L'avis général fut au premier abord d'attaquer les Touareg dès le lendemain, afin de reprendre tout ou partie des chameaux; le premier moment de stupeur passé, les sokhars paraissaient décidés au combat qui avait les plus grandes chances de succès, d'autant plus que l'on avait encore environ un jour et demi d'eau. Malheureusement, le mokaddem tedjini fût d'un avis opposé, et son opinion eut assez de force pour amener le lieutenant de Dianous à décider que la mission battrait en retraite sur Ouargla dans les conditions où on se trouvait.

Cette décision prise on la mit à exécution sans plus attendre; le lieutenant fît le compte de son personnel qui comprenait 56 personnes,

dont 4 français. La mission avait donc perdu à Bir el Gliarama 33 des siens y compris le colonel Flatters, MM. Masson, Béringer, Roche, Guiard ; les guides chaamba étaient tous passés à l'ennemi.

Les vivres, Peau et l'argent furent répartis entre les hommes qui se chargèrent le plus possible, et Ton se mit en marche à 11 heures du soir.

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