CHAPITRE IV
Retraite de la mission. <— Témassint. — Traversée de la plaine d'Amadghor. — Combat d'Amgnid. — Mort de M. de Dianons.
Le lieutenant de Dianous fait appuyer au nordest pour prendre un itinéraire un peu différent de celui que la mission a suivi le 16 février, de façon à s'éloigner de la vallée où se trouve le Bir el Gharama; au cours de la marche, on s'.aperçoit de la disparition de quatre chameliers qui avaient été placés en sentinelle autour du camp à la nuit tombante, ces hommes sont des Chaamba.
Le 17, la marche continue sans arrêt jusqu'au milieu du jour; on fait des haltes fréquentes
pour éviter que la colonne s'allonge, les hommes sont très chargés et marchent lentement.
Au point où Ton s'arrête au moment de la plus grande chaleur, se trouve un puits dans un oued boisé; ce puits, que les guides touareg avaient évité à dessin, contient de Peau en abondance.
Après une halte de quelques heures, la marche est reprise jusqu'au soir; on bivouaque à la tombée de la nuit sur un mamelon isolé; le nommé Cheikh ben Ahmed, chamelier qui avait assisté au combat de Bir el Gharama, rejoint la colonne dans la nuit.
On se met en marche au milieu de la nuit; dans la soirée du 18, on traverse un oued qui a de Peau courante; à ce moment on aperçoit des hommes à pied qui prennent la fuite en abandonnant des provisions qui sont reconnues comme provenant de la mission; on campe à peu de distance de la rivière.
La colonne reprend sa marche le 19, dès le lever du soleil, les quatre Chaamba qui l'ont quittée le 16 rejoignent à ce moment. On reconnaît les traces de nombreux cavaliers à méhari se dirigeant vers le sud, tout porte à croire que ce sont celles des Touareg qui ont attaqué la mission à Bir el Gharama; on bivouaque à la
nuit tombante jusque vers minuit, puis la colonne se remet en marche.
Deux chameliers échappés aux Touareg rejoignent au moment du départ ; ils sont passés au camp du 16 peu de temps après le départ de la colonne, ils y ont vu un tirailleur grièvement blessé qu'ils ont dû abandonner. On fait une longue halte dans le milieu du jour, puis la marche reprend jusqu'après le coucher du soleil; on campe toute la nuit du 20 au 21 près d'un puits, tout le monde est dans un état de fatigue extrême.
Les traces des Touareg sont toujours parfaitement visibles; elles viennent du nord-nordouest, ce qui fait espérer qu'en les suivant, on retrouvera bientôt celles de la mission qui sont certainement à peu de distance vers l'ouest.
Le 21, dès le matin^ on se remet en marche et l'on rencontre les traces de la mission, parfaitement reconnaissables grâce aux deux chevaux que montaient le colonel et le capitaine Masson et dont les traces sont faciles à distinguer.
Dans le milieu du jour on arrive à Témassint où on fait une longue halte, trois hommes ont disparu au cours de cette étape qui a été très pénible, car les vivres commencent à s'épuiser.
Cependant la marche est reprise dans Taprèsmidi et se continue jusqu'à la nuit tombante.
Le 22 février, la colonne fait une longue étape et s'arrête à proximité du point où la mission a campé le 6 février ; il n'y a presque plus de vivres et le découragement commence à s'emparer des indigènes.
M. de Dianous, qui se rappelle que l'on a vu à l'aller des chameaux autour du point où Ton campe, envoie quelques hommes pour se mettre à la recherche dans les environs ; un Chaambi découvre des traces de chameaux et ramène quatre de ces animaux dans la nuit du 22 au 23. En présence de cette heureuse trouvaille le lieutenant décide qu'on se mettra en route de suite ; la colonne va commencer la traversée de la plaine d'Amadghor qui a occasionnée tant de fatigues à l'aller, on a de l'eau en assez grande quantité mais les vivres manquent complètement.
Les 23, 24 et 25 février on marche dans cet affreux désert, en faisant des étapes aussi longues que possible tant on a hâte d'en sortir ; les hommes se nourrissent d'herbes, le lieutenant distribue lui-même l'eau. Le 25, deux hommes meurent de fatigue et de soif; le 26, la colonne
fait une halte dans la journée à Tombre de quelques tamarix, la chaleur est très forte.
A ce moment, six Touareg à méhari s'approchent de la colonne et réclament les chameaux trouvés le 22. M. de Dianous leur envoie 2,000 fr. en argent comme prix de ces animaux ; deux Chaamba portent cette somme aux Touareg qui affirment que les Hoggars ne sont pour rien dans l'affaire de Bir el Gharama. Ce sont les Aoulimmiden (1), ajoutent-ils, qui ont massacré le colonel et ses compagnons ; quant à eux, ils s'offrent à conduire le lieutenant et sa colonne à Ahitaghel qui leur donnera tout ce qui leur est nécessaire pour rentrer à Ouargla; quand la colonne se remet en marche, les six Touareg disparaissent dans Touest.
On marche toute la nuit du 26 au 27 et toute la journée du 27, de façon à arriver le plus tôt possible au prochain point d'eau dont on approche, la provision d'eau est complètement épuisée ; un homme a disparu dans la nuit du 26 au 27.
Malgré les ordres du lieutenant pour maintenir la colonne massée, plusieurs indigènes
(1) Les Aoulimmiden forment une puissante confédération qui habite le long de la rive nord du Niger, en aval de Tinboktou.
prennent les devants dès que Ton approche du point d'eau, d'autres complètenaent épuisés restent en arrière, un nommé Rabah ben Hamedi tombe de fatigue; à ce moment les Touareg qui se sont montrés le 26, apparaissent de nouveau et s'emparent de Rabah. Deux autres tirailleurs, restés en arrière, sont dépouillés de la plupart de leurs effets et de leurs armes par ces mêmes Touareg, qui devancent la colonne au point d'eau, y boivent, puis disparaissent.
On campe à côté d'un ghedir où il y a de l'eau en abondance, un chameau est égorgé ; le lieutenant fait sécher une partie de la chair de cet animal, de façon à constituer un approvisionnement pour les jours suivants ; on séjourne le 28 février en ce point. Un des tirailleurs restés en arrière le 27 rejoint le camp; il est presque complètement nu et a reçu plusieurs coups de sabre, cet homme a vu le cadavre de Rabah ben Hamedi qui a été tué par les Touareg.
M. de Dianous aurait voulu se porter au nordest pour gagner le pays des Azgarsoù il espérait trouver un appui chez les Ifoghas, mais ses hommes ne paraissent pas disposés à aller dans cette direction qu'ils ne connaissent pas, aussi renonce-t-il à ce projet.
Le 1«^ mars, on se remet en marche dès le lever du soleil ; M. Santin, qui est très afifaibli, doit monter sur un des chameaux, le tirailleur blessé est placé sur un deuxième; les hommes sont encore très fatigués, malgré le séjour du 28, aussi ne fait-on qu'une courte étape.
Le 2 mars, la colonne atteint Inziman Tikhsin où Ton campe, dans Paprès-midi on tue un onagre qui fournit la colonne de viande pour ce jour; on a reconnu aux environs les traces d'un bivouac où une grosse troupe de cavaliers à méhari a passé la nuit précédente. On séjourne à Inziman Tikhsin le 3, pendant toute la matinée, on arrive à tuer encore un onagre ; grâce à cette abondance de vivres les hommes se trouvent dans une meilleure situation, à trois heures de l'après-midi on reprend la marche jusqu'à la nuit tombante.
Le 4 mars, la colonne marche toute la journée, sauf un arrêt assez long dans le milieu du jour, la chaleur est extrême et on ne fait pas une étape bien longue.
Le 5 mars, on marche dans les mêmes conditions ; pendant la grande halte, qui se fait assez près du prochain point d'eau, M. de Dianous envoie quatre hommes chercher de l'eau; un
instant après, ces hommes reviennent en courant, poursuivis par douze cavaliers touareg à méhari. Ces derniers n'osent approcher du camp et s'établissent sur une hauteur hors de portée.
Le lieutenant envoie deux Chaamba et le mokaddem tedjini demander aux Touareg ce qu'ils désirent ; ces individus disent au mokaddem qu'ils savent que les Français font des cadeaux à tous ceux qui viennent les voir, et qu'ils sont venus pour recevoir les présents qu'on leur destinent ; ils ajoutent, d'ailleurs, qu'ils ont des chameaux à vendre.
Le mokaddem rejointla colonne et rend compte de sa mission au lieutenant ; un des Chaamba est envoyé auprès des Touareg, pour leur dire que Ton s'entendra avec eux dès que la colonne aura atteint le point d'eau.
Dans la soirée le mokaddem retourne auprès des Touareg ; on lui présente deux vieilles chamelles qui lui sont cédées à un prix exorbitant ; le mokaddem, à qui le lieutenant n'a pas remis d'argent de peur qu'il ne lui arrivât malheur, doit donner un de ses compagnons en otage pour qu'on le laisse emmener les deux chameaux ; pendant la nuit plusieurs tirailleurs
sont allés en secret au camp des Touareg et leur ont acheté du pain de dattes (1).
Le 6 mars, la colonne se met en marche dès le lever du soleil, les Touareg la suivent en se tenant à grande distance; un de ces hommes s'avance à portée de fusil et tire un coup de feu sur la colonne sans atteindre personne, puis il s'enfuit rapidement ; le maréchal des logis Pobéguin lui envoie une balle qui ne l'atteint pas.
Après cet incident, les Touareg se dissimulent dans la montagne à l'est et se montrent de temps en temps sans se rapprocher; au moment où on campe, en un point où la mission avait bivouaqué à l'aller, ils disparaissent dans l'est et on no les revoie plus de la journée.
Dans la soirée, cinq Touareg à pied viennent au camp; ce sont des amghad campés dans les environs qui demandent à voir le mokaddem, à qui ils donnent des dattes et une outre pleine de lait de chamelle. Ces hommes passent la nuit au camp, ils ont promis au lieutenant de lui amener des moutons le lendemain; ils quittent le camp en même temps que la colonne.
(1) On appelle pain de dattes le produit que l'on obtient en comprimant des dattes dont on a enlevé les noyaux ; les nomades en font un grand usage.
Le 7, on est en route dès le matin; dans le milieu du jour on fait une halte à côté d'un ghedir plein d'eau; un chameau est égorgé, puis la marche reprend dans Taprès-midi,
A ce moment apparaissent des Touareg qui font des signes avec un drapeau blanc; le mokaddem et deux Chaamba se rendent auprès de ces gens, qui leur recommandent de dire au lieutenant d'empêcher ses hommes de prendre les chameaux ou les ânes qu'ils pourraient trouver sur leur route. Ces Touareg vendent au mokaddem du pain de dattes et du biscuit de troupe, qui provient forcément du pillage des approvisionnements de la mission. Ce jour on marche jusqu'au milieu de la nuit, de façon à s'éloigner le plus possible des Touareg qui paraissent chercher une occasion d'attaquer la colonne.
Le 8 mars, la marche reprend de bonne heure; sept cavaliers à méhari se montrent dans le milieu du jour et font de grands signes; le lieutenant fait faire halte et envoie trois hommes voir ce qu'ils veulent, un des Chaamba, qui est allé la veille avec le mokaddem, se refuse à retourner auprès des Touareg. Ceux-ci déclarent qu'ils sont étrangers au guet-apens de Bir el
Gharama, et assurent qu'ils sont prêts .à céder des chameaux et des vivres à la colonne, pourvu qu'on leur donne un certain nombre d'hommes pour aller les prendre à leurs campements qui sont proches ; ils demandent aussi que le lieutenant vienne en personne s'entendre avec eux.
M. de Dianous, craignant un nouveau guetapens, refuse d'aller trouver les Touareg, parmi lesquels un Chaambi a reconnu Tissi Ould Chikat(l); il leur envoie le mokaddem pour leur dire qu'il ne veut pas quitter sa colonne.
Après quelques pourparlers, Tissi et un autre chef nommé Khatkhat se portent à quelque distance pour se rencontrer avec le lieutenant, qui s'est avancé de son côté accompagné de cinq hommes armés de revolvers.
Tissi renouvelle ses propositions de fournir des chameaux et des vivres, et demande que M. de Dianous lui confie vingt hommes pour les ramener. Le lieutenant finit par décider cinq hommes à aller avec les Touareg qui les emmènent en croupe de leurs méhara; Tissi envoie une certaine quantité de pain de dattes au lieutenant qui fait reprendre la marche.
(1) Tissi était avec le miaad des Touareg Hoggars qui était venu au camp de la mission le 11 février.
A ce moment arrivent soixante cavaliers à méhari qui se joignent à. la petite troupe de Tissi, et tous ces hommes se mettent à suivre la colonne en se tenant hors de portée.
Dans la soirée la colonne et les Touareg campent en des points très rapprochés, le lieutenant a entouré son bivouac d'un cordon de sentinelles ; la nuit se passe sans incidents, mais beaucoup de cavaliers ont rejoint Tissi qui, le 9 mars au matin, a au moins cent hommes sous ses ordres.
La colonne se met en marche dès le lever du soleil, elle est à peu de distance de Tinesel Maken, source au pied du Tassili à 10 kilomètres au sud d'Amguid ; les Touareg suivent la colonne et la devancent à la source qu'ils occupent.
M. de Dianous leur fait dire de s'éloigner de la source, ce qu'ils ne se décident à faire qu'après une deuxième injonction; on fait provision d'eau, puis la colonne campe à peu de distance sur un mamelon isolé. A ce moment, Tissi envoie un Targui pour inviter le lieutenant à venir camper avec lui, invitation que M. de Dianous se garde bien d'accepter.
Dans l'après-midi, on reprend la marche pour
bivouaquer à quelques kilomètres au nord, en un point plus facile à garder ; les Touareg suivent le mouvement et s'installent à proximité, puis ils semblent se consulter longuement et font des signes à la colonne. Le lieutenant envoie un Chaambi, que Tissi charge de dire à M. de Dianous qu'on lui envoie des hommes pour prendre des dattes. Quatre Chaamba sont envoyés et Tissi leur fait donner quelques kilogrammes de dattes, en leur disant que c'est un présent qu'il fait au lieutenant et aux autres Français.
M. de Dianous distribue ces dattes aussitôt qu'elles lui sont apportées et tous en mangent, sauf les Chaamba qui ont été mis en méfiance par l'insistance de Tissi à faire porter ces dattes aux Français.
Ces fruits avaient été, en effet, mêlés à du bois de betthina pulvérisé; cette plante, de la famille des solanées, est un poison assez violent.
Tous ceux qui ont mangé de ces dattes sont en quelque sorte frappés de folie, ils courent çà et là en poussant des cris atroces, puis finissent par tomber dans une torpeur complète. Les hommes qui étaient placés en sentinelle n'avaient heureusement pas pris de cette nourriture, ils
unirent leurs efforts à ceux des Chaamba pour soigner leurs malheureux conipagnons de voyage et purent, par leur attitude, empêcher les Touareg d'attaquer le camp, ce qu'ils eussent certainement fait sans cela.
Dans la nuit du 9 au 10, quatre hommes rendus fous par le poison, s'échappent malgré les efforts de ceux qui veulent les retenir; le 10 au matin, tout le monde va mieux, mais les Français sont encore fort malades.
Le lieutenant envoie le Chaambi Kaddour ben Guenda à Tissi pour prendre livraison des moutons qui sont arrivés la veille, cet homme est porteur d'une certaine somme. Tissi le renvoie et le charge de dire au lieutenant qu'il est nécessaire qu'il lui envoie plusieurs de ses hommes ; M. de Dianous décide les Chaamba Mohamed ben Aïssa, Sassi ben Chaïb et le tirailleur Ali ben Bou Ghiba à aller trouver les Touareg pour tâcher de conclure le marché.
Tissi renvoie ce dernier au camp et fait dire au lieutenant qu'il ne peut traiter qu'avec ses hommes de confiance qu'il désigne par leurs noms ; le mokaddem accompagné d'Ali ben Bou Ghiba et d'Abd el Kader ben Mohamed se décide à aller trouver Tissi pour conclure le marché ;
le chef targui furieux donne l'ordre à ceux-ci de retourner au camp pour en ramener les hommes qu'il a désignés.
A peine Ali et Abd el Kader ont-ils quitté les Touareg que plusieurs de ces derniers se mettent à leur poursuite et les atteignent traîtreusement; les deux malheureux tirailleurs sont massacrés à coups de sabre et de lance.
Pendant ce temps Tissi a emmené à Técart le mokaddem et les trois Chaamba qui sont avec lui, sous prétexte de traiter de la vente des moutons ; à peine sont-ils hors de la vue du camp que Tissi donne des ordres en tamachek aux Touareg qui l'entourent.
Un Targui se précipite sur le mokaddem et le tue d'un coup de sabre, Sassi ben Chaïb est tué de la même façon; quant aux deux autres Chaamba, ils se sont précipités sur Tissi et se sont cramponnés à ses vêtements en implorant sa protection ; le chef targui ordonne en conséquence qu'on les épargne, se conformant ainsi à un usage passé en devoir chez les nobles touareg et qui veut que ceux-ci couvrent de leur protection l'ennemi qui a pu s'emparer d'un pan de leur vêtement.
La vue de ces horribles péripéties a exaspéré
le lieutenant et ses hommes qui sont décidés 5 attaquer les Touareg pour venger leurs camarades; malheureusement, les Français sont encore malades et ne peuvent donner les ordres nécessaires pour exécuter cette opération dans de bonnes conditions.
Les hommes les plus valides se massent et se mettent en marche sur Amguid où il est décidé qu'on livrera combat aux Touareg; le lieutenant incapable de marcher est sur un des chameaux ; M. Santin, le maréchal des logis Pobéguin, Brame et Marjolet suivent péniblement le mouvement, plusieurs hommes incapables de suivre restent en arrière.
On fait des haltes fréquentes pour attendre ceux qui sont encore malades, cependant quatre hommes disparaissent; M. Santin, épuisé de fatigue, disparaît également sans qu'on s'en aperçoive.
Les Touareg suivent la colonne en deux groupes, qui marchent l'un en avant de celle-ci, l'autre en arrière ; les deux groupes se réunissent avant d'arriver à Amguid, mettent pied à terre et occupent l'entrée du ravin où coule la source, ils ont mis leurs méhara à l'abri dans le ravin ; il est un peu plus de midi quand la colonne arrive à portée des Touareg.
Les deux tirailleurs El Madani ben Mohamed et Mohamed ben Abd el Kader, du l®'' régiment, ont pris le commandement de la colonne et la conduisent à l'attaque, après avoir laissé les Français à la garde des hommes qui sont encore malades; c'est à ce moment qu'on s'aperçoit de la disparition de M. Santin.
Arrivée à portée des Touareg, la petite colonne fait un feu de salve sur l'ennemi, qui sort des rochers où il s'était abrité et se précipite avec de grands cris au devant des assaillants.
Reçus par des feux rapides, les Touareg perdent beaucoup des leurs; ils s'abritent, puis reviennent à la charge par trois fois avec un acharnement extrême, mais sans succès; ils entretiennent un feu violent sur la colonne sans lui faire grand mal, quelques Touareg ont bien des mousquetons modèle 74, qu'ils ont pris à Bir el Gharama, mais ils ne savent pas s'en servir, car leur tir est très peu efficace.
Aussi se décident-ils à se retrancher derrière les rochers et à attendre dans leurs abris l'attaque de la colonne, qui s'avance pied à pied en leur tuant ou blessant beaucoup de monde.
En entendant la fusillade, les hommes restés en arrière reprennent des forces et se portent
sur le lieu du combat ; Brame et Marjolet s'avancent à découvert, malgré les tirailleurs qui leur disent de s'abriter, le premier est tué par un Targui dissimulé derrière un rocher et qui le perce de sa lance, Marjolet tombe frappé d'une balle.
M. de Dianous, bien qu'il puisse à peine marcher, s'est également porté au combat, lui aussi s'avance sans précaution et reçoit une blessure à l'aine; à ce moment on reconnaît l'impossibilité de déloger l'ennemi des rochers où il s'abrite, bien que celui-ci n'ait presque plus de munitions et se batte à coups de pierre,
La colonne bat en retraite sans que l'ennemi ose la poursuivre; malheureusement le lieutenant, excité par le combat, s'expose follement et ne tarde pas à tomber mortellement frappé d'une balle en pleine poitrine; à ce moment le soleil est près de se coucher.
Le combat d'Amguid avait duré presque toute l'après-midi du 10 mars ; la colonne avait perdu son chef. Brame, Marjolet et un tirailleur, le
nommé Mohamed ben Ahmed; elle avait en plus six hommes blessés, sans gravité d'ailleurs; le maréchal des logis Pol:)éguin restait donc seul pour la conduire. On se compta après le combat,
le nombre des survivants de la malheureuse mission n'était plus que de 34; depuis le commencement de la retraite (16 février), on avait donc perdu 22 hommes.
D'après les renseignements qu'on a pu se procurer ultérieurement par Kaddour ben Guenda, qui était prisonnier au moment du combat et qui voyagea ensuite avec les Touareg, ceux-ci auraient eu environ 30 morts au combat d'Amguid; Tissi était blessé assez grièvement d'une balle à hauteur de la ceinture, deux autres Touareg étaient également blessés gravement.
D'après Kaddour ben Guenda, les Touareg étaient terrifiés du résultat de ce combat, ils passèrent toute la nuit du 10 mars à délibérer et s'attendaient à chaque instant à être attaqués.