‹ Deux mois de mission en ItalieChapitre 10 sur 15 · DEUX MO · texte numérisé non relu

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paternelle ; elles acceptent même sans mnminrer que leurs lettres soient ouvertes.

Les esprits éclairés n^essayent pas, sans doute, de justifier une telle réclusion; mais l'habitude les domine, et ils hasardent timidement quelques circonstances atténuantes, tirées des devoirs de société qui occupent les parents, des médiocres exemples qu'offrirait l'intérieur de maintes familles, etc., etc. Je me hâte d'ajouter qu'il y a en Italie des hommes moins résignés ou plus clairvoyants, qui comprennent que toute éducation est artificielle et malsaine qui fait à ce point abstraction de la famille et du monde ; que le développement régulier de l'intelligence et du caractère ne peut se passer impunément de Tair excitant du dehors; qu'à y regarder de près, les études et la santé morale souffrent également de cette culture en serre chaude, et qu'enfin un tel régime, legs d'un passé éteint, ne saurait être corn» patible avec les exigences laborieuses et complexes de la vie moderne.

Il est d'autant plus surprenant qu'un pareil système (atténué du reste par un régime intérieur simple^ agréable et plein de dispositions prévoyantes de toute sorte) se perpétue en Italie à l'ombre d'institutions libé* raies, que l'on a sous les yeux l'exemple très encoura* géant d'un système opposé. Sans parler d'assez nom-breux pensionnats laïques où régnent des habitudes diffé^ rentes, les écoles normales de filles, toutes gratuites, reçoivent beaucoup d'élèves de la petite ou de la moyenne bourgeoisie, qui ne se proposent pas, une fois le diplôme obtenu, de se vouer à l'enseignement, mais

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qui veulent seulement compléter leur éducation sans quitter leur famille et à moindres frais. Or il n'y a là que des externes, appartenant à des classes sociales très différentes, et retournant chaque jour, après les leçons finies, en pleine vie du monde. On ne se plaint pas en général des résultats de ce mélange d'élèves ni de ces communications incessantes avec le dehors, pas plus pour les études que pour la moralité : tout au contraire. N'y a-t-il pas là, en effet, de plus riches éléments pour une salutaire émulation en même temps que des conditions plus saines, parce qu'elles sont plus réelles, du développement moral?

— Florence est assurément une ville libérale ; on n'y voit pas, je vouç le disais, comme à Rome et à Naples, la majeure partie de l'aristocratie se tenir à l'écart du régime nouveau. Les vieilles grandes familles qui continuent d'habiter les palais de leurs ancêtres, ne se sont séparées ni de la bourgeoisie ni du peuple : l'ancienne tradition démocratique persiste encore ; l'écart est beaucoup moindre qu'ailleurs entre les fortunes, les habitudes sociales et les sentiments politiques. En même temps que libérale, Florence paraît être une ville religieuse , ce qui en Italie doit toujours s'entendre avec maintes réserves et dans un sens fort relatif. La foi positive n'y abonde pas plus qu'ailleurs ; et, quand il le faut, le citoyen du dix-neuvième siècle fait passer l'intérêt du pays avant le ç salut de son âme », comme le disait Machiavel d'un de ses héros, c'est-à-dire avant les convenances traditionnelles. Mais on est modéré ; on répugne aux extrêmes ; on a peur des conséquences

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morales ou sociales de certaines doctrines philosophie ques ; et le mouvement conservateur est ici bien accentué.

Ce n'est pas, me dit-on, que le parti des. noirs, ou comme nous rappellerions, clérical, ait de nombreux adhérents. Les grandes familles de Florence ont adhéré de bonne heure.au mouvement d'émancipation italienne et à toutes les grandes mesures politiques qui l'ont suivi. Quelques-unes y ont figuré au premier rang. Ni le gouvernement des grands-ducs autrichiens, ni le pouvoir temporel des papes n'éveillent ici des regrets ou des scrupules. Lebas clergé même, à ce qu'on m'assure, n'est rien moins que fanatique; au fond du cœur, les curés se sentent Italiens, et jamais on ne réussirait à les enrôler dans une croisade contre l'unité italienne. Il est vrai que parmi les jeunes abbés récemment sortis du séminaire, il en est de plus théocrates ou de plus militants; mais la mtisse est encore animée d'un esprit fort différent de celui qui règne chez nous.

On me rappelle que les curés ne sont pas ici des fonctionnaires salariés, touchant à jour fixe un traitement assuré qui les laisse libres de se donner sans réserve aux intérêts de leur ordre ; ils sont usufruitiers de la terre paroissiale, et, à ce titre, tenus d'en tirer )e meilleur parti possible ; ils dépendent, en outre, pour le casuel, des confréries laïques, partout établies, qui organisent les fêtes patronales, ouvrent des souscriptions, et qui savent faire au besoin leurs conditions. Ce dévouement absolu à Rome, ^devenu le sentiment dominant du clergé français ; cette 'ardeur

belliqueuse contre le siècle et la Révolution qui unit nos prêtres en une armée bien disciplinée , répugne aux traditions régionales, aux habitudes, au tempérament du clergé italien comme à ses intérêts terrestres.

Tenez compte aussi de Tignorance générale, qui va diminuant dans le Nord et dans le Centre, mais qui est fort épaisse dans le Midi. On m'assure que^ si les prêtres de ce pays ne connaissent pas le fanatisme et la discipline exacte des nôtres, ils n'ont pas non plus en général la même austérité de mœurs ni par conséquent la même influence ; néanmoins, il est à noter que le clergé séculier reste en possession de la confiance dès familles de la classe moyenne ou supérieure ; c'est à lui qu'on s'adresse généralement et non pas aux directeurs congréganistes, jésuites, carmes, dominicains, comme la mode s'en est répandue dans nos villes. Vous apprécierez sans peine les effets de cette différence : l'influence des réguliers, exclusivement voués à un intérêt idéal et obéissant à une impulsion unique, sera tout autre et tout autrement forte que celle des membres isolés d'un sacerdoce mêlé aux personnes et aux choses du siècle. « Il n'est jamais arrivé dans le cercle de mes relations, me disait une des femmes distinguées de l'Italie, que le confesseur ait essayé de nous mettre en état de défiance ou en disposition de propagande à l'égard de nos maris et de nos parents, à propos des actes de politique soit générale, soit même ecclésiastique qu'ils accomplissaient' en qualité de ministres ou de législateurs. »

L'esprit conservateur des Florentins n'empêche pas

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non plus que les mœurs ne soient, comme la loi, très tolérantes envers les cultes dissidents. Il n*j a pas seulement à Florence des églises protestantes de toute dénomination qui font de la propagande par la presse, par la parole publique, par les œuvres de bienfaisance; il y a même une École de théologie, où l'Église protestante italienne, issue des vallées du Piémont, forme ses pasteurs. Ces Yaudois, qui ont des temples dans toutes les villes importantes du roj^aume et dont je vous ai déjà dit quelques mots, forment un des plus intéressants phénomènes de l'histoire moderne, l'un des moins connus en France, et qui cependant se rattache à notre histoire. La langue ecclésiastique en usage dans leurs vallées (près de Pignerol) est le français ; et c'est aussi de la France du moyen âge, des Pauvres de Lyon, de l'hérétique Pierre Waldo, contemporain des premiers Albigeois, qu'ils apprirent, au commencement du treizième siècle^ à goûter la lecture des livres saints en langue vulgaire et à préférer la religion des bonnes œuvres aux pratiques rituelles et au mérite de la foi aveugle. Ils paraissent être restés étrangers au dualisme manichéen des Albigeois. Dénoncés de bonne heure comme hérétiques, ils réussirent pourtant à se maintenir ; trois siècles plus tard, ils accueillirent avec empressement la Réforme et ses doctrines, mieux définies que les leurs.

Depuis ce temps, leur destinée ne fut plus qu'une longue tragédie, semée de massacres et d'exils ; persécutés à la fois par leurs ducs de Savoie et par les rois de France, ils tinrent bon dans leurs montagnes, fidèles

à leurs vieilles traditions religieuses comme à leurs mœurs simples et honnêtes; juisqu'au jour où l'émancipation libérale du Piémont, suivie bientôt de celle de ritalie, leur a permis de porter librement leur culte en langue italienne dans toute la péninsule. Ils sont généralement respectés ; mais, bien que leurs congrégations comptent partout un certain nombre de prosélytes de toutes conditions, ils n'exercent, ainsi que je l'ar écrit, aucune action générale ni profonde sur leur pays.

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