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bien l'épreuve écrite de l'examen pour le degré supérieur est laborieuse et complexe. Ainsi que je l'ai dit précédemment, elle l'est peut-être à l'excès. Vient ensuite répreuve orale avec toutes ses branches correspondantes. Dans les premiers temps de l'organisation scolaire du nouveau royaume, on avait été obligé d'user d'une excessive indulgence, soit pour l'admission à rÉcole normale, soit pour les épreuves de la patente; il fallait à tout prix pourvoir à des besoins immenses et pressants. Mais depuis quelques années, à mesure que les vides du personnel primaire se remplissent, les instructions ministérielles recommandent aux jurys de se montrer de plus en plus sévères.
Je dois répéter ici ce que je disais dans un précédent article. Les Italiens sont fondés, sans doute, à se plaindre que, parmi les maîtres et maîtresses primaires, non seulement un grand nombre, étrangers à l'éducation normale ou survivants de l'ancien régime, soient au-dessous de leur tâche, mais que même beaucoup d'instituteurs et d'institutrices, sortis des écoles normales, joignent à un médiocre savoir une plus médiocre expérience pédagogique. Il faut, pour apprécier équitablement cet état de choses, ne jamais perdre de vue qu'il y a vingt ans à peine, tout ou presque tout était à créer ou à réformer dans la plupart des provinces. Comment s'étonner, dès Jors, que les écoles normales, à part quelques-unes justement renommées, ne puissent pas encore soutenir la comparaison avec les écoles allemandes. Elles ont également à souffrir du nombre excessif d'élèyes, de la faible préparation antérieure.
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qui tient à son tour à Tinsuffisance de renseignement public élémentaire et au défaut de véritables écoles primaires supérieures, enfln du peu de développement des exercices pratiques et des épreuves pédagogiques finales. Ajoutez à ces causes qu'une partie du person*» nel normal enseignant a été recruté, dans les premiers temps, un peu au hasard ; que les mesures destinées à corriger ce mal n'ont pas encore eu le temps de porter tous leurs fruits, et que les meilleurs professeurs sont obligés, par la médiocrité du traitement, de disperser leurs forces en d'autres occupations. Les Italiens s'appliquent à améliorer leur enseignement à la fois pour la qualité, pour le caractère professionnel et pour la portée morale, en prenant surtout leurs points de comparaison en Prusse, en Saxe et en Autriche.
En ce qui concerne Rome en particulier, j'ai emporté de ce que j'ai vu et entendu à VEcole des Thermes l'im* pression qu'il y a là une grande somme de travail avec une étude bien raisonnée des choses. Y en a-t-il trop, et les matières surabondent-elles? J'incline à croire que non; je cherche vainement quelle partie on pourrait retrancher, et il ne m'a pas semblé qu'aucune de ces parties fût développée à l'excès. Mais ces études diverses qui produisent de bons résultats quant aux examenSy en produisent-ils d'aussi bons quant à Véducation soit intellectuelle, soit morale proprement dite? Ne sont-elles pas resserrées en un espace de temps trop exigu? Forment-elles des intelligences curieuses, droites, fermes? Instituent-elles de fortes habitudes d'observation, d'examen et de jugement personnels? Ou
n'aboutissent-el[es qu'a une abondante instruction formellCy de mémoire et de raisonnement, qui ne pénètre pas assez lentement ni assez profondément l'intelligence pour la féconder? Enûn, cette discipline de trois ou quatre ans donne-t-elle quelque trempe de caractère et quelques principes de conduite capables de résister à l'épreuve de lavie?Bref, ces jeunes filles apprennentelles à voir sainement par les yeux de leur esprit et à se gouverner par leur propre conscience, ce qui est sans doute le principal de la sagesse séculière? Làdessus je n'oserais me prononcer d'après les éléments incomplets d'observation dont je dispose ; mais je n'hésite pas à dire que si des écoles aussi bien dirigées et si bien munies que celles de Rome ne sont pas encore arrivées au but supérieur que se propose toute éducation normale digne de ce nom, elles sont néanmoins dans la voie qui y conduit. Pour ce qui est de Yesprit de vocation, l'honorable directeur de l'école et M. le comman» deur Bonnasia, à qui je dois tous mes remerciements pour la parfaite libéralité et la bonne grâce qu'ils ont mise à me renseigner sur tout — m'assurent que les jeunes maîtresses embrassent de tout cœur les devoirs de leur difficile profession et que la plupart font, dans la suite, honneur à leur titre.
Un mot en finissant. On aura remarqué que, de même que les cours sont professés par des maîtres et non par des maîtresses, la direction supérieure même appartient à un homme; la directrice et les assistantes n'ont charge que de la surveillance, de la tenue, des détails de l'éducation morale, et quelquefois de certaines le-
çons secondaires : ainsi à Florence, à Milan, à Rome. C'est là une combinaison qui mérite d'être étudiée de près. Il y a sûrement beaucoup à gagner, dans bien des cas, à ce que la forte volonté d'un directeur, pourvu de titres de l'enseignement secondaire, préside à la marche d'un grand établissement de ce genre.
, J'aurai l'occasion de revenir encore sur les écoles normales. Â mon passade à Florence, je m'occuperai en particulier d'une institution très digne d'intérêt, et qui n'existe que dans les écoles de Rome et de Florence : celle des cours supérieurs complémentaires.
Florence, 25 décembre.
La misère est grande, cette année, dans cette charmante ville de Florence ; elle y est peut-être plus sensible qu'à Rome et à Naples. Aux causes générales, qui sont la mauvaise récolte et la rigueur inaccoutumée de Thiver, viennent se joindre des causes particulières et exceptionnelles : les embarras financiers de la ville, qui, pour faire honneur à sa dignité de capitale temporaire de l'Italie, s'était engagée, comme on sait, dans des entreprises d'agrandissement et d'embellissement disproportionnés à ses ressources, et qui s'est réveillée de son beau rêve à demi ruinée ; par suite, les grands travaux publics suspendus, une foule de petits capitalistes florentins frustrés de leurs rentes et d'une partie de leur capital ; la caisse d'épargne elle-même, l'un des créanciers de la ville, atteinte du même coup qui frappe les autres. Le chiffre des habitants a notablement diminué ; et, comme on avait bâti de nouveaux quartiers
en prévision d'un accroissement de population, le prix des loyers s'est beaucoup abaissé. Tout cela n'est pas fait pour procurer du travail aux malheureux ouvriers* de métiers ou d'art qui abondent ici.
La campagne souffre moins qu'ailleurs : c'est l'effet du régime économique, très favorable aux paysans, qui prévaut en Toscane. C'est à peu près le métayage, aux conditions les meilleures, usité dans nos départements du Sud-Ouest. Tous les produits de la terre, vin, huile, blé, sont partagés par moitié ; et quand l'année est mauvaise, le propriétaire fait au métayer, sans intérêts, les avances nécessaires à son entretien. Une telle situation est un objet d'envie pour les malheureux journaliers ruraux des riches plaines lombardes et des provinces méridionales, et l'on comprend que le socialisme, bien accueilli par les ouvriers dans les villes de Florence, Bologne, n'ait aucune prise sur les gens de la campagne. En ce moment, on juge ici un procès pour affiliation à Tlnternationale où se remarquent les mêmes illusions , la même discipline , qu'on a observées ailleurs.
Je vous ai déjà parlé des embarras du petit propriétaire italien, écrasé d'impôts, quand il ne recueille pas de quoi vendre bien au delà de ses besoins. Je m'informe si la vente des biens du clergé n'a pas accru sensiblement le nombre de ces petits propriétaires, comme cela eut lieu en France lors de la grande Révolution. Il paraît qu'il n'en a pas été tout à fait de même en Italie. Il est vrai que la loi de liquidation était conçue en vue des petits acquéreurs : elle leur offrait des délais de payement
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très convenables, et ils n'ont pas manqué en effet de se présenter. Mais, après avoir acquis, ils se sont trouvés, pour la plupart, en face de lots de terre éloignés des villes, sans logement, sans moyens d*exploitation, et beaucoup ont été obligés de revendre aux grands propriétaires voisins, qui, à leur tour, épuisés par cet achat et par les charges ordinaires, ayant d'ailleurs peu de capitaux, n'ont plus les moyens de faire les améliorations ou les travaux désirables. La loi n'a pas créé en Italie, comme elle l'a fait en d'autres pays, une caisse de prêts ou avances, avec intérêts modérés et amortissements répartis sur une certaine série d'années.
Il y a à Florence une École des sciences politiques, fdle de notre École de Paris. Fondée il y a quatre ans par M. C. Alfieri et d'autres patrons généreux, elle compte une trentaine d'étudiants. C'est peu sans doute, très peu au gré des initiateurs de l'œuvre et eu égard au besoin qu'avait l'Italie, non moins que la France, de voir se former au sein des classes supérieures ou moyennes une élite politique dirigeante. Les grandes familles, même celles de Florence, n'ont pas encore compris, à quelques exceptions près, de quel intérêt il était pour elles, pour leur influence politique comme pour l'avenir du pays, de donner à leurs fils cette sorte d'éducation complémentaire. Quelques-uns des élèves de l'École ont pour unique but de s'instruire ; d'autres cherchent à s'ouvrir une carrière déterminée. Le gouvernement a déjà consenti à les admettre aux examens pour les emplois diplomatiques et les consulats ; il ne
leur a pas encore ouvert la porte des finances et de l'administration, où Ton . n'entre jusqu'à présent qu'à la suite d'études et d'examens universitaires. On comprend que les Universités soient jalouses de retenir ce droit. Il est bon de noter, d'ailleurs, que l'on est admis à rÉcole sans avoir besoin de présenter le diplôme de licence lycéale (ou baccalauréat) nécessaire pour entrer à l'Université.
Je recueille des professeurs un fait digne d'intérêt, qui s'observe, je pense, ailleurs qu'en Italie : c'est que ces jeunes gens, qu'ils aient ou non fait leurs études classiques régulières, pèchent par une connaissance très insuffisante de l'histoire et par la pratique non moins insuffisante de l'art d'écrire et de composer. Aussi reçoivent-ils, la première année, des soins particuliers pour ce double objet.
Florence n'a pas d'Université, au sens complet du mot. La Toscane avait ses deux hautes écoles à Pise et à Sienne, qui subsistent encore, la première florissante. Mais il y a ici un Institut supérieur dont les études ont valeur légale, et qui comprend : 1° Une Faculté des lettres avec une douzaine de chaires (philosophie, littérature, langues modernes et orientales, langues de l'extrême Orient) et environ quatre-vingts étudiants ; — les noms de M. Villari pour l'histoire, de M. Gubernatis pour les langues orientales; etc., sont bien connus. â*» Des cours et des exercices pratiques de médecine^ d'une durée de deux ans, que sont astreints à suivre tous les étudiants de médecine toscans après quatre ans passés à Pise ou à Sienne. Il y a environ deux cents
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élèves. Ni Faculté des sciences, ni Faculté de droit. L'École des sciences politiques, distincte de l'Institut, a dû établir plusieurs cours de droit.
J'ajoute, en passant, que les Facultés de théologie ont été supprimées partout, il y a quelques années, faute d'étudiants, soit laïques, soit ecclésiastiques, à la suite d'une mémorable délibération législative. L'Italie monarchique a procédé, comme on voit, en cette question d'une manière plus radicale que la France républicaine. Mais ni l'une ni l'autre des deux nations catholiques n'a su adopter le parti, à la fois le moins violent et le plus hardi, qu'a pris, la Hollande protestante, celu4 de conserver dans ses Universités les principales branches de l'enseignement théologique (langues orientales, interprétation des livres sacrés, histoire des dogmes, histoire de l'Eglise, etc.) comme de simples branches du savoir humain, et à les traiter avec toute la liberté critique de l'esprit moderne. Nous avons pourtant fait un pas dans cette voie en créant au Collège de France une chaire d'histoire des religions*.
L'Institut, tout incomplet qu'il est, a un budget de 550 000 francs, auquel l'Etat pourvoit pour les trois cinquièmes environ, la province et la municipalité pour le reste.
Ici, de même que dans les autres Universités, le positivisme, avec sa méthode expérimentale, et quelquefois avec ses résultats les plus négatifs, .parait être en
1. Voir sur la Hollande l'intéressante étude de M. Maurice Vernes, publiée par les soins de la Société de renseignement supérieur.
faveur. Mais c'est aussi à Florence, dans l'Institut et dans la bourgeoisie, que le catholicisme libéral, qui prétend concilier la science et la liberté politique avec les droitâ et l'autorité de l'Église, a l'un de ses principaux foyers. Un professeur de philosophie, M. Conti, représente celte tendance et rallie un certain nombre d'étudiants. Des personnes qui jugent sans passion m'assurent que ce mouvement est beaucoup moins religieux et scientiflqùe que politique, et que s'il n'est pas hostile au nouveau régime, il est du moins contraire à la direction générale du gouvernement et à quelquesunes des lois libérales les plus caractéristiques votées depuis 1870.
L'enseignement secondaire se partage entre les barnabites, qui ont un internat bien fréquenté, les scolopes, et l'État ou la municipalité. Les jésuites n'ont jamais eu ici d'influence ; bien que leur général réside dans le voisinage, à Fiesole, ils n'ont ni établissement ni action apparente. Quant aux scolopes, ordre enseignant qui fut toujours opposé aux jésuites et animé d'un esprit de tolérance, ils sont établis de longue date à Florence et y jouissent de la faveur publique. Ils ont élevé la présente génération politique, qui leur garde un bon souvenir. Quand le commissaire royal, envoyé à la suite de la démission de la municipalité, leur appliqua sans ménagements la loi relative aux communautés religieuses et leur ôta la direction des écoles municipales, une liste de souscription fut aussitôt ouverte, où figuraient des noms très libéraux, et un grand nombre de leurs élèves les suivirent. Leur enseignement est gra-
tuît. On m'assure que chez eux les études sont médiocres, à part celles de latin dans les classes élémentaires. La loi qui impose à tous les établissements secondaires d*avoir des professeurs diplômés et une certaine organisation de classes ou d'années d'études n'ayant pas encore été promulguée en Toscane, ils en profitent pour ne pas se conformer au régime établi dans tout le reste de l'Italie. Les barnabites, au contraire, prennent les titres universitaires, et leur enseignement est meilleur.
On me signale toujours les doctrines matérialistes ou athées d'une part, et le défaut de sérieuse éducation morale ou religieuse dans les écoles primaires ou secondaires de l'autre, comme les causes qui contribuent le plus à ramener une partie des classes moyennes vers l'éducation ecclésiastique. Ce n'est pas un mouvement de foi, mais de peur, ou plutôt de préservation; on ne regarde pas de près aux doctrines ; on cherche un enseignement religieux tutélaire et un corps qui le représente avec décision et avec suite.
Je vous ai déjà écrit que l'instruction religieuse ne fait plus partie du programme des écoles élémentaires de Florence et des examens obligatoires. Cela veut dire que les maîtres laïques en sont déchargés et qu'il est facultatif pour les élèves. La municipalité, d'accord avec l'archevêque, ouvre l'école le samedi soir au curé de la paroisse ou à son délégué, et tous les élèves, à peu d'exceptions près, assistent aux leçons. Les protestants ont tenu à conserver leurs écoles distinctes subventionnées par la Ville.
Je VOUS ai dit aussi qu*à Bologne les choses se passent autrement. La religion a été exclue de l'école par le conseil', et, tandis qu'en d'autres villes où la même suppression avait été tentée, les familles ont protesté et que l'État leur a donné raison, au nom de la loi organique de 1859, à Bologne il n'y a point eu de réclamations et le changement a été maintenu. Il ne faut pas oublier que les villes de la Romagne sont entre celles qui avaient le plus souffert du gouvernement des prêtres.
On m'assure, du reste, que les ressentiments de ce genre ont beaucoup perdu de leur vivacité,' et que si les familles ne réclament pas le rétablissement de l'instruction religieuse, c'est moins par hostilité à l'égard des doctrines ou des personnes que par indifférence. Quelqu'un me dit à ce propos que dans quelques-unes de ces écoles, eh apparence si radicales, on voit encore l'image de la Madone, à laquelle les jeunes filles adressent chaque jour des oraisons que leur enseigne la maîtresse. Dans ces questions-là il est bon de ne jamais s'arrêter à l'affiche légale et au programme officiel, si l'on veut connaître le véritable esprit d'un pays ou d'une ville.
Les établissements d'instruction de tout ordre abondent en Toscane. Il y a notamment un collège militaire au sujet duquel je recueille des informations dignes d'intérêt. Tous les officiers d'Italie, excepté les « offi- ' ciers de fortune», sont élevés dans des établissements de ce nom, où ils reçoivent une instruction secondaire dépourvue de grec et de latin, mais forte de mathéma* tiques. On parle d'y introduire la langue latine et de
relever par ce moyen la culture classique, qui jusqu'à présent n'a d'autres moyens que la littérature italienne, • l'histoire et le français. Les jeunes gens vont de là aux Académies de Turin ou de Modène. Les corps savants ont, en outre, une école spéciale d'application. On vante* beaucoup la tenue morale des collèges militaires, si' bien que beaucoup de familles y envoient leurs fils de ' préférence, sans les destiner pour cela à l'état militaire. Cette tenue excellente n'est pas le résultat de la seulediscipline, mais des principes et des habitudes d'honneur, de respect de soi, de véracité et de bienséance qui se transmettent d'une génération à l'autre, et dont on est principalement redevable à l'influence piémontaîse. On fait à ce sujet la réflexion que l'éducation sécu-- Hère, si l'on y accordait plus d'attention, pourrait se réformer d'après une inspiration semblable dans les* internats des gymnases et lycées. Ceux-ci ne jouissent* pas, en général, de la même confiance que les collèges militaires; beaucoup de familles croient, en Italie comme en France, que les établissements ecclésiastiques, petits séminaires, maisons congréganistes, don-, nent une meilleure culture morale. Cependant la vérité' est, à ce que m'assurent à Rome et à Florence de& hommes bien instruits de ce qui se passe dans les pen-^ sionnats de l'un et l'autre ordre, qu'il y a beaucoup plus de désordre et de laisser-aller dans les maisons ecclésiastiques ; mais on réussit à voiler les scandales tandis qu'on publie à son de trompe ceux des maisons, laïques. La question des maîtres d'étude n'est pas dans ce pays un sujet de moindres embarras que chez nous ;
liiais il pâtalt que les abbés surveillants, dans les in* ternats du clei^é, ne sont pas en général mieux respectés des élèves que les surveillants des maisons laïques. '
J'allais oublier de vous signaler un fait digne de remarque. Deux jeunes filles, de Tâge de douze à treize ans, ont demandé cette année d'étudier au gymnase Galilée. Aucune loi ne s'y opposant, on les a admises ; elles tiennent un rang fort honorable dans les études classiques, et leur présence, après la première surprise, loin d'être une cause de distraction pour les élèves, contribue à leur donner plus d'émulation et une meilleure tenue.
Je viens de visiter une école populaire qui fait honneur à Florence. Ce n'est pas seulement un organe important d'instruction; c'est un témoignage remarquable de dévouement donné par la classe moyenne aux classes populaires. Tous les dimanches, à huit heures du matin, une société libre ouvre des classas aux ouvriers, enfants ou adultes, urbains ou ruraux qui n'ont pas le temps, ou qui ne l'ont pas eu autrefois, de fréquenter les écoles de la semaine. On voit se presser là environ six cents élèves (huit cents, si l'on y joint une section technique ou professionnelle) de tout âge, distribués en deux grandes divisions, les adultes et les enfants, qui comprennent à leur tour plusieurs classes allant des premiers éléments de la lecture jusqu'à l'arithmétique complète, les notions de géométrie, la géographie de l'Europe, l'histoire d'Italie. Les exercices élémentaires de composition italienne se poursuivent d'année en
année. Chaque classe se partage encore en deux ou trois degrés selon la force des élèves, mais réunis dans la même salle à des places distinctes. Le programme comprend aussi la gymnastique, le dessin et l'enseignement a des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen».
Mais ce n'est là que l'extérieur de l'institution et en quelque sorte la machine. Ce qui est digne d'intérêt, c'est que tous les professeurs donnent ainsi, chaque dimanche, leur concours gratuitement, et qu'en dehors des maîtres titulaires il y a des inspectetlrs ou auxiliaires, également bénévoles, deux, trois, quatre par classe,' selon le nombre des élèves, chargés de corriger dans la classe même tous les devoirs faits à domicile et de leur appliquer une note ou chiffre de points, dont grands et petits écoliers se préoccupent fort. Ces maîtres et ces auxiliaires sont des professeurs, des avocats, des négociants, des notaires, etc.; ils ne sont admis à remplir leur office en titre qu'à la suite d'une épreuve préalable de six mois. Ils élisent chaque année le directeur de l'école, que le règlement investit, durant les heures de leçons, d'une autorité souveraine; et, pour prévenir les irrégularités et les défaillances d'un service tout volontaire, ils se sont liés par des règlements rigoureux, que l'on ne se fait pas faute d'appliquer.
A partir de midi, les salles s'ouvrent de nouveau pour l'instruction professionnelle, comprenant le français, le dessin, l'arithmétique, la tenue des livres, les éléments de physique et de chimie, le maniement des appareils télégraphiques pour les candidats aux emplois des che-
mins de fer, la pédagogie pour les aspirants au brevet inférieur de l'enseignement primaire. La plupart des deux cents élèves adultes de cette division ne participent qu'aux leçons de français et.de dessin; les autres, très peu nombreux, se distribuent entre les diverses spécialités professionnelles.
Je remarque l'extrême simplicité du programme des classes du matin qui, s'adressant à des ouvriers ou à des petits marchands très occupés, se bornent au strict nécessaire. Tous les trois mois, on donne en prix des livrets de caisse d'épargne d'une petite valeur, à ceux qui ont obtenu la plus haute moyenne de points. On me montre parmi les adultes un cantonnier, âgé de quarante-cinq ans, qui a obtenu une première distinction et qui travaille à en obtenir une seconde.
Tous les ans, un examen décide si l'élève est apte à monter dans la classe supérieure. Vous savez qu'il n'est pas de règle plus efficace ni plus généralement observée que celle-là dans les écoles italiennes publiques de tout degré. En tout ceci il n'y a évidemment qu'à applaudir. Je regrette seulement (et peut-être celte remarque s'appiiquerait-elle à nos écoles françaises du même genre) de ne pas trouver ici une place plus régulière faite à l'éducation proprement dite. Sans doute il faut mettre au-dessus de tout, pour l'action moralisante et civilisatrice dans le meilleur sens du mot, le noble exemple donné chaque dimanche par des hommes dévoués dont toute la semaine a appartenu à leurs occupations professionnelles respectives. Mais, si remplies que soient les deux heures de leçons, ne serait-il pas possible d'y
introduire chaque fois la lecture d'un morceau classique italien, d'un poète surtout, dont les élèves auraient à apprendre une partie par cœur? On les initierait par là, ne fût-ce que dans la moindre mesure, au meilleur -de la culture morale des classes moyennes. Je voudrais aussi que le chant choral fût institué pour servir à la même fin. Nous autres, modernes, nous avons oublié ce que l'antiquité savait si bien de l'efficacité éducatrice de la musique, et en particulier du chant en chœur, quand il est approprié avec discernement à ce haut dessein. Aujourd'hui surtout que l'influence de la religion est momentanément affaiblie sans être remplacée par aucune autre, on ne saurait faire trop de cas de ces moyens de culture morale indirecte.
Florence, 28 décembre.
Je ne vous ai encore rien dit de ce qui est Tévénement du jour à Florence. On a découvert, le jour de Noël, l'aile droite de la façade du dôme, dont la décoration est maintenant achevée, et toute la ville vient juger de l'œuvre des sculpteurs et des mosaïstes. Vous savez que l'immense cathédrale est partout revêtue, à l'extérieur, de plaques de marbre blanc et noir qui alternent selon des figures déterminées. Un se conforme au même style pour la façade. Au-dessQs du portail, la foule admire une belle fresque^qui sera plus tard, si je ne me trompe, exécutée en mosaïque. Le sentiment général du public compétent, au sujet de cette première partie de l'œuvre d'achèvement, paraît être celui de l'approbation et même quelque chose de plus.
Les niches, ornées de ces charmantes colonnettes torses en marbre blanc dont les édifices de Florence offrent de nombreux modèles, sont déjà garnies de leurs
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statues. Le travail se poursuit; on a déjà commencé la partie centrale et Taile gauche ; mais les ressources, qui se composent de souscriptions privées et de subsides de TEtat, sont insuffisantes. Je me demande si la façade, une fois terminée, répondra, par ses proportions un peu exiguës et par le style particulier de la décoration, à l'aspect général de cette cathédrale, d'une masse si imposante.
Le Parlement italien va être saisi au premier jour d'une pétition qui jette un singulier jour sur la situation de l'instruction primaire dans les communes, et sur l'écart qui existe entre l'organisation légale et la réalité. Cinq ou six cents instituteurs s'adressent aux Chambres pour demander que les pouvoirs des municipalités dans la nomination des maîtres et la direction des écoles soient restreints ou abolis, et transportés au gouvernement. Ils exposent l'état précaire, et presque toujours de dénuement, où les réduit le caprice ou l'ignorance des syndics (maires) et des conseils locaux. Quoique la loi ait pris certaines précautions en vue de limiter ce pouvoir arbitraire, soit en fixant un modeste minimum de traitement, soit en obligeant la commune, une fois qu'elle a nommé l'instituteur, de le garder au moins deux ans, et, si elle le nomme de nouveau après ce terme, de le garder cinq ans, le sort des maîtres n'en est pas pour cela beaucoup meilleur ni beaucoup mieux assuré. Tout-puissants dans leurs villages, mal contenus par des inspecteurs scolaires auxquels manquent souvent tous les genres d'autorité avec les moyens administratifs de faire prévaloir le droit, les syndics
éludent les dispositions légales^ disputent à l'instituteur son minimum, et, selon les vicissitudes des élections politiques ou municipales, le tracassent jusqu'à ce qu'il prenne le parti de s'en aller.
J'ai lieu de croire, d'après mes renseignements pri* vés, qu'il y a beaucoup de vrai dans ce triste tableau; cela contribue en certaines provinces à faire de la classe nombreuse des instituteurs primaires une classe mécontente, aigrie, et disposée à épouser, dans les questions politiques ou sociales, des sentiments excessifs. Certains hommes politiques, avec qui j'en ai parlé, expliquent ces mauvaises dispositions par le demi-savoir et l'éducation mal conduite des écoles normales. En tout cas, on peut voir par là, ainsi que je vous le disais dans une précédente lettre, que la centralisation a du bon ; seulement, il faut que la machine de l'Ëtat soit bien construite, pourvue de tous ses organes, et que le gouvernement ait les moyens d'être et bien informé et bien obéi. L'Italiç n'en est pas encore là; ses embarras financiers et la mobilité de ses ministères ne lui ont pas permis de constituer fortement son administration et de la payer en vue de services sérieux. J'entends souvent les hommes qui ont manié les affaires publiques nous envier ce puissant appareil de l'État administratif qui, chez nous, disent-ils, se maintient et fonctionne régulièrement à travers toutes les révolutions, et qui peut prêter à un gouvernement actif un si utile concours.
Je vous avais envoyé de Naples quelques renseignements sur les collèges ou edticaiorii royaux de filles. J'ai pu visiter ici VAnnunziata, la maison la plus en
renom de toute l'Italie, qui reçoit de différents côtés des jeunes filles de haute condition. Je n'entrerai pas dans le détail des programmes, que vous trouverez consignés tout au long dans les pièces annexées au rapport de M. C. Sée; ils sont en grande partie fidèlement appliqués. Quant à l'éducation proprement dite, c'est le même système de réclusion absolue qu'à Naples, et plus rigoureux encore. Nul jour de sortie ; ni petites ni grandes vacances ; la correspondance de part et d'autre entre la famille et les élèves est contrôlée par la <lirectrice. Ici aussi il n'y a d'admises que les catholiques, bien que ce soit un collège du gouvernement, dont la directrice et les professeurs sont à la nomination du roi ou du ministre ; cette exclusion est motivée par le sen* timent public qui ne s'accommoderait pas, dit-on, de la présence d'hérétiques et de juifs.
Ce n'est pourtant pas que l'air qu'on respireà l'Annunziata ait rien de l'air du cloître ; les pratiques religieuses consistent dans une courte messe quotidienne et dans la confession mensuelle; la vraie direction morale appartient aux maîtresses laïques, et l'influence intellectuelle aux professeurs venus du dehors et appartenant à des écoles toutes séculières. Il va sans dire que les parents peuvent visiter leurs enfants au parloir. Les jeunes pensionnaires ne donnent pas, comme à Naples, des représentations théâtrales devant un cercle d'amis ; elles se bornent à jouer entre elles de petites scènes ; ces jours-ci, par exemple, il y a exposition du petit Jésus, il Bambino, dans sa crèche, avec le cortège des bergers et des mages, et à cette occasion des chants et
des dialogues. Mais, à défaut de comédies de famille, on a deux ou trois bals dans la saison du carnaval, où Ton invite les pères et mères et quelques notables, et point des jeunes hommes. Pendant les grandes vacances, qui durent deux mois, on passe le temps comme on peut, à danser, à chanter, ou à jouer dans les grands jardins du superbe palais qu'occupe le collège ; on fait •même au dehors des promenades, on travaille deux heures par jour, on lit des livres italiehs ou français (notre langue est enseignée dès l'enfance et bien enseignée), et sans doute aussi on jase, on s'ennuie et on rêve du monde, du vaste monde.
Vous conviendrez que cette séquestration complète qui, dans une maison laïque et de l'Etat, se prolonge cinq, six ans, cette séparation rigoureuse d'avec la famille et la société est bien faite pour surprendre. C'est aussi le régime qui prévaut dans les anciens conservatorii, de moyenne ou petite condition, dirigés, ici et ailleurs, par des oblates ou religieuses de vœux non perpétuels (mais qui, en général, ne profitent jamais de leur libejrté pour rentrer dans le monde), avec le concours de professeurs séculiers et sous le contrôle du gouvernement. Seulement, dans ces maisons d'oblates, dont la directrice est confirmée par le ministre, les pratiques religieuses prennent plus de temps et d'importance que dans celles où il n'y a que des maîtresses laïques. Chose curieuse, le très grand nombre des familles né trouve point à redire à ce système ; Ciles sont accoutumées à croire que l'air moral du collège est plus salubre pour les jeunes filles que ceiui de la maison
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