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CHAPITRE XI

Les fêtes de l'inauguration du canal à îsmaïlia et au Caire

Entrée solennelle. — Kantara. — Ismaïlia. — Fêtes de jour et de moit. — Camj^ement de la Mohafza. — Foniasia équestre. — Eclairage féeriqi(/e. — Bal chez le Khédive. [ — Continuation du parcoiors jiosqu'à Suez. — ■ Retour aïo Caire. — Visite au Prince Royal de Prusse, — - Représentation gala au Grand-Ojjéra. — Le musée de Boidaq. — Fête au château de Kasr-el-Nil. — Dispositions pour le départ.' -^ Retour à Aleœandrie. — Le café Nettuno. — Installation à bord du Masr. — Départ.

Après avoir parlé du canal au point de vue commercial et civilisateur, je quitte ce sujet pour revenir aux fêtes de l'inauguration.

Quatre a cinq bateaux seulement venaient d'entrer dans le canal au moment même où j'étais dans mon

canot, à quelques mètres de son emboucliure dans la Méditerranée. Les mille mâts qui s'élevaient dans le port furent tout à coup enveloppés dans un épais nuage. C'était la fumée des canons qui saluaient, à leur entrée dans le canal, les navires de toutes les nations.

Nous regagnâmes en toute hâte la Rachmanieli pour ne pas manquer l'heure du départ. En effet, à peine étions-nous àbordqueTonino-Bey revint avec un remorqueur traînant un bateau paré d'une multitude de drapeaux et oriflammes égyptiens. C'est sur ce bateau que nous devions parcourir le canal de Port-Saïd à Suez.

Quelques instants suffirent pour opérer notre transbordement. Après avoir traversé le bassin que nous venions d'explorer, nous dépassons les deux obélisques improvisés. Ces deux monolithes rediront aux siècles futurs la grandeur et la hardiesse de cette œuvre gigantesque, alors même que le canal, comme le prétendent certains esprits chagrins, viendrait à être ensablé. Je n'ai pas besoin de dire que nous entrâmes dans le canal aux acclamations enthousiastes de la foule rassemblée sur la berge, aux cris de joie des personnes à bord des bateaux et de leurs équipages. Passagers, matelots, mousses enviaient notre

bonne fortune en nous voyant des premiers entrer dans cette voie,- hier encore contestée, aujourd'hui merveille sans seconde dans le pays des merveilles.

Notre remorqueur marchait avec une lenteur désespérante et ne faisait guère que 5 kilomètres à l'heure. Mais cette lenteur même, dont nous nous plaignions, nous faisait jouir d'un spectacle admirable, celui du défilé de presque tous les navires qui nous dépassaient [successivement. C'était vraiment quelque chose d'inimaginable que de voir cette quantité infinie de vapeurs dont quelques-uns, tels que V America, ou r Europe, atteignaient les plus grandes dimensions, s'avancer avec une facilité parfaite et une vitesse de 8 kilomètres à l'heure dans les eaux du canal.

Nous avions à bord de notre bateau M. Hagen, ingénieur hydraulique prussien, qui avait apporté avec lui les instruments nécessaires pour des sondages. Il a constaté sous nos yeux que le chenal avait dès à présent, sur toute la longueur, au moins 7 mètres de profondeur. Tous les bruits alarmants , qui avaient été répandus depuis quelques jours, soit par la malveillance, soit pour opérer des coups de Bourse, étaient réduits à néant. L'union des deux mers, à mes

yeux comme à ceux de tous les assistants, pouvait désormais être considérée comme un fait accompli.

La lenteur de notre remorqueur était telle que nous fûmes dépassés par presque tous les bateaux. Mais à quelque chose malheur est bon. Nous nous trouvions sur une petite embarcation et étions, par conséquent^ les seuls qui pussent continuer notre route pendant la nuit, en nous glissant à côté des grands bâtiments qui avaient jeté l'ancre»

Nous arrivâmes vers la tombée de la nuit à Kantara, où deux inscriptions gigantesques en lettres de feuillage couronnaient les berges ", l'une portait : « A Ismaïl la ville de Kantara, » l'autre : « Vive r Impératrice ! » Nous nous y arrêtâmes juste le temps nécessaire pour dîner, puis nous continuâmes notre route et nous arrivâmes à quatre heures du matin à Ismaïlia.

Tout y était en repos et dans le calme le plus absolu ; il était donc impossible au maître des cérémonies qui nous accompagnait, de nous indiquer les tentes sous lesquelles nous devions être abrités. Tous les ennuis que nous aurions pu avoir, à un autre moment, en ne sachant pas où être casés, après avoir passé une nuit à la belle étoile, disparaissaient parle

fait d'àYoir devancé les autres [bateaux qui restaient dans le canal.

Une autre compensation, au moins l'égale de la première, c'était la splendeur du lever du soleil. Dans ces contrées où la terre n'offre aucune prise aux rayons solaires, il est impossible de se représenter quelque chose déplus m.erveilleux dans la nature, que le premier rayon de la lumière : la lumière, la plus belle chose de la création.

En attendant le retour de Tonino-Bey, je m'étais campé sous un palmier, étendu sur mes couvertures et plaids. Bientôt le mouvement général me fit abandonner la position que j'avais choisie.

Le mouvement en Orient, comme je l'ai déjà dit, est accentué de très bonne heure, surtout dans une occasion pareille. Le va-et-vient dans tous les sens que présentait le lac Timsah était donc^desplus intéressants à voir. Ce qui donnait un charme tout particulier à ce spectacle, c'était la vue de cette multitude de vaisseaux pavoises, mouillés dans le lac. Tout présentait l'aspect d'une grande fête et d'une animation générale. De petites barques à vapeur passaient à chaque instant devant nous avec une rapidité incroyable.

Le long du canal se succédaient en nombre infin

des pavillons très richement décorés. Des baraques en bois alternaient avec des maisons, et de loin nous voyions les constructions basses de la ville et les campements que l'on y avait préparés pour recevoir les invités du Khédive.

Tonino-Bey ne re^dnt que vers les huit heures du matin, après nous avoir procuré des moyens de transport pour nos bagages. Mais nous nous étions à peine aperçus de cette longue absence, occupés et ravis que nous étions par le spectacle merveilleux de ce port unique dans son genre.

En nous dirigeant du port à l'endroit où nous devions camper ou loger, nous traversâmes une partie de cette ville qui n'existe, pour ainsi dire, que d'hier. Ismaïlia offre un caractère très pittoresque. Dès aujourd'hui on peut y admirer des palais d'une grandeur imposante ; de plus, de fort belles constructions destinées aux fonctionnaires de l'État et aux employés du canal. Jusqu'à ce jour il n'y a pourtant qu'un quartier habité. Le reste n'est absolument qu'une ville improvisée pour la circonstance. Personne ne doute cependant que le plan tracé ne soit bientôt mis à exécution. h'Aveituede l'Impératrice, Y avenue François-Joseph, l'avenue du Prince de Prusse seront, C\\M\^ pftu rl'nniiéos. nnlromer.!. visibles qnn pn.r les l'^t-

très gigantesques imprimées sur des bandes de calicot qui en montrent aujourd'hui le tracé.

Tout, à Ismaïlia, était organisé avec le meilleur ordre et une régularité parfaite. Sur un grand espace sablonneux, « la Mohafza, » se trouvait le campement. Les tentes étaient disposées pour abriter trois personnes, qui avaient le choix de se grouper d'après leur convenance. La tente n° 54 m'était échue en partage avec le baron de Korff et le docteur Guessfeld. Nous y trouvâmes trois matelas, trois couvertures et un lavabo. Nous avions dans nos colis de quoi compléter cet ameublement un peu trop élémentaire pour moi, qui n'avais jamais campé ou bivouaqué.

Si tous les campements, surtout les campements militaires, ressemblaient au nôtre, il n'y aurait pas trop à s' apitoyer sur le sort des enfants de Bellone.

Le camp était divisé en quartiers. A la tête de chacun de ces quartiers était préposé un commissaire tenant un registre sur lequel se trouvaient couchés les noms des habitants de chaque tente. Dans le cas de réclamations, on allait ou on pouvait aller s'adresser à monsieur le commissaire.

Pour l'Egypte, cette organisation de campement était certes très satisfaisante ; nous le déclarâmes à l'unanimité parfaite, lorsque nous vîmes, de nos yeux,

le prosaïque détail suivant. Non- seulement dans le palais, mais encore dans tous les alentours du gouverneur, se trouvaient dressées de vastes tentes sous lesquelles étaient à leur tour dressés d'immenses buffets, buffets en permanence où l'on pouvait du matin au soir se faire servir les mets les plus succulents et les vins les plus recherches.

Après avoir marqué une place dans notre tente n° 54 et fait quelques ablutions, sinon musulmanes, au moins hygiéniques, je me hâtai de me porter sur tous les points de cette ville improvisée. Toute la journée était vouée à la fête qui devait se prolonger jusque bien avant dans la nuit. Le Khédive, voulant donner un éclat extraordinaire à cette fête, avait convoqué ce soir, dans un château construit dans l'espace de trois mois de temps, les souverains, princes et invités, à un bal véritablement extraordinaire, et plus extraordinaire encore par les proportions grandioses du palais 011 ce bal avait lieu.

La grande plaine qui s'étend entre le lac Timsah et le canal était occupée par les dépulations des tribus arabes du désert libyque. Les toiles de ces tentes présentaient les couleurs les plus variées et les plus éclatantes. A l'intérieur se trouvait prodigué tout le luxe de l'Orient : riches tapis, armes précieuses, cristaux et

une foule de menus objets tous dignes d'attirer les regards et l'attention des curieux.

D'une tente à l'autre se croisaient des invitations adressées aux promeneurs. Partout on était reçu ayec la plus franche hospitalité. Le chibouc, le café, quelquefois les sorbets, nous étaient offerts avec une bonne grâce parfaite. Les chefs, enveloppés dans de grands et vastes bournous blancs, entourés de leurs vassaux et de leurs serviteurs, étaient généralement assis devant leurs tentes entourées d'une foule d'Arabes, de marchands et de saltimbanques.

Son Altesse le Khédive avait demandé aux chefs de ces tribus nomades l'exécution d'une grande fantasia équestre en l'honneur de ses augustes hôtes.

Des troupes de cavalerie et d'infanterie égyptiennes formaient une longue haie, du port jusqu'à la plaine, où cette fantasia devait avoir lieu, et de 50 mètres à 50 mètres se trouvaient espacés des groupes de musiciens indigènes qui exécutaient sur des tambourins, flûtes et grosses caisses, des morceaux de musique nationale. Je n'ai pas fait un assez long séjour en Orient pour me permettre de porter un jugement sur ces productions.

Un régiment d'infanterie en très belle tenue, précédant un régiment de lanciers montant des chevaux

forts et vigoureux, ylnt se ranger encore pour former la haie, au milieu de laquelle devaient passer les hauts personnages.

L'Impératrice qui, pendant la matinée, avait parcouru les principales avenues de la ville, montée sur un chameau blanc, avait pris place dans la première voiture, ayant à sa gauche l'Empereur d'Autriche. Dans la seconde se trouvaient le Prince Rojal de Prusse aA'ec la Princesse des Pays-Bas. La tx^oisiéme voiture, un panier à salade, était conduite par le Khédive lui-même. Le Vice-Roi avait à côté de lui son fils aîné Tewfîk-Pacha.

La cortège se dirigea du côté de la grande plaine où la fête équestre devait avoir lieu. Il va sans dire que la plupart des invités s'étaient dirigés de ce côté pour assister à ces évolutions uniques dans leur genre. Un millier de cavaliers d'élite au moins prirent part à cette fantasia. Pour une occasion aussi solennelle les Arabes avaient mis au jour leurs selles les plus riches et couvert leurs dromadaires de leurs plus somptueux harnais. Pendant plusieurs heures ces différents groupes entremêlés suivaient les évolutions calculées de la fantasia, emportés par cette ardeur fébrile de l'Arabe qui manie les armes avec une adresse surprenante, excités par le bruit des armes à

feu et par l'enivremeiil; de la lutte simulée, parle tournoiement des chevaux, présentèrent le spectacle le plus brillant et le plus varié.

Le Vice-Roi donna plusieurs fois le signal de recommencer telle ou telle évolution, qui semblait intéresser tout particulièrement ses hôtes. Sans en avoir été témoin oculaire, il est impossible de se rendre compte du coup d'oeil qu'offrait ce spectacle. Rien de plus ravissant que de voir les attaques des Bédouins sur des dromadaires, se lançant avec la rapidité de l'éclair, agitant en l'air leurs longs mousquets, poussant des cris d'allégresse et laissant flotter au vent leurs burnous blancs, leurs couffis et leurs écharpes multicolores.

Immédiatement après le coucher du soleil, toute la ville fut illuminée comme par enchantement et cela de la façon la plus brillante. Tous les navires mouillés dans le lac de Timsah étaient pareillement illuminés au mojen de lanternes attachées le long des mâts et des cordages. Le reflet de toutes ces lumières dans les eaux limpides du canal produisait un effet vraiment féerique.

Les rues d'Ismaïlia, ressemblant à des rivières de feu, animées par les Arabes et les Bédouins revêtus de leurs costumes aussi pittoresques que riches,

offraient un spectacle que personne de nous n'avait certainement encore vu. Qu'on se figure l'arrangement de la place de la Concorde, à la fête du 15 août, et toute la ville d'Ismaïlia transformée ainsi en aspect de fête, on pourra alors se former une idée de ce qu'était cette illumination grandiose.

A partir du commencement de la nuit jusqu'à la fin de la fête, on ne cessa de tirer, aux quatre coins de la ville, des 'feux d'artifice splendides, tandis que sur d'autres points, les feux de Bengale projetaient dans toutes les directions leurs lueurs rouges, bleues, vertes, amarantes, et arracliaient des cris enthousiastes à la foule émerveillée.

Mais cette soirée enchanteresse devait se terminer par un bal monstre, que le Yice-Roi donnait dans son palais.

L'entrée de cette résidence royale était superbe, la décoration ravissante. Elle ne se composait que de fleurs et de lumières. Peut-on rien imaginer de plus gracieux que ces deux auxiliaires principaux pour une fête? L'intérieur du palais avait été achevé une heure avant l'ouverture du bal. Des milliers de bougies, contenues dans d'immenses lustres de cristal, éclairaient les salles dont les murs étaient ornés de glaces d'une grandeur colossale. Les salles réunis-

saient tous les augustes hôtes de l'Egypte; on y pouvait voir toutes les décorations et tous les uniformes de l'Europe et de l'Orient. Quatre à cinq mille personnes se trouvaient entassées {sic) dans ces salles ; j'aurais bien voulu dire circulaient, mais la circulation était réellement -de toute impossibilité. Le palais et ses salons, quoique vastes, n'étaient pas assez grands pour contenir tant de monde, et pourtant l'Impératrice, conduite par l'Empereur d'Autriche, et les autres hauts personnages, firent le tour de toutes les salles.

On entendit à .différentes reprises l'orchestre jouer des airs de danse, mais les plus intrépides danseurs ne purent parvenir à exécuter une seule figure.

Une salle immense, partagée en deux par une séparation très gracieuse de branches de palmiers et de bananiers, servait de salle de festin. Les tables magnifiquement dressées furent envahies une bonne heure avant le commencement du souper. En Egypte comme ailleurs, pour bien des personnes, une fête ne serait pas complète si elle ne se terminait par un repas copieux.

Aussi, pour l'observateur, ne fut-ce pas une des particularités les moinsj intéressantes" de ces fêtes, que de

voir avec quelle vigueur les plats, même de résistance, furent attaqués.

La cour, après avoir soupe dans la partie réservée de cette salle, quitta la fête vers minuit, après avoir encore jeté un coup d'œil sur le spectacle magique de la réunion de tant de brillants uniformes, mêlés aux riches costumes des clieiks, vêtus de grands cafetans avec des ceintures enrichies d'or et de pierres précieuses. Des centaines de porteurs de torches couraient devant les attelages des augustes hôtes, pour les reconduire ainsi jusqu'à l'endroit où ils s'embarquaient pour regagner leurs navires, où ils passèrent la nuit.

Au même moment, je quittai la salle du festin. Revenu sous ma tente, j'y trouvai mes deux camarades déjà plongés dans le plus profond sommeil. Le grand jour seul mit fin à cette fête royale.

Le lendemain de la fête d'Ismaïlia, c'est-à-dire le 1 9 novembre, nous devions continuer notre voyage sur le canal jusqu'à Suez.

Malgré les fatigues des jours précédents et les incommodités de notre campement, je quittai avec regret cette merveilleuse ville d'Ismaïlia, à laquelle un si brillant avenir est assuré désormais.

Suivant le programme, les bateaux se mirent en

marche pour continuer leur route le long du canal jusqu'à Suez. J'ai donné dans le chapitre précédent une description de la topographie du canal, je puis donc me borner à mentionner ici que tous les navires mis en marche pour Suez ont parfaitement franchi tous les points désignés comme écueils. Il est évident que les personnes placées sur de petites embarcations avaient la bonne chance d'arriver le soir même au lieu de leur destination. Ainsi, VIrana, partie d'Ismaïlia à dix heures, était déjà, à cinq heures du soir, en vue de Suez, et l'on pouvait alors voir les navires continuer à arriver les uns après les autres à Suez, où un nouvel éclairage et un nouveau feu d'artifice fêtaient le passage des navires qui avaient franchi le canal.

Le trajet d'Ismaïlia à Suez n'avait offert aucun incident remarquable ; la flotte, après avoir passé le Sérapéum et les lacs Amers, est arrivée dans la rade de Suez. Les souverains, les princes, le public entier partagèrent la joie dont le Khédive était pénétré. Ces trois jours de triomphe resteront éternellement gravés dans la mémoire de Son Altesse et de M. de Lesseps, qui recueillait les honneurs dus à son labeur persévérant.

Comme il était entièrement à notre discrétion de

choisir pour nous en retourner au Caire la voie qui nous semblait la plus opportune, je me décidai poar la voie ferrée. Aj'-ant a,perçu Tonino-Bey dans I3 compartiment d'un train spécial, M. Ilûbner et moi nous nous adressâmes à lui, et c'est avec son obligeance proverbiale qu'il mit deux places à notre disposition. Ainsi, nous effectuâmes notre -retour au Caire promptement, devançant de beaucoup la plupart de nos compagnons de voyage. Cette circonstance nous éîait d'autant plus favorable, que nous trouvâmes facilement à nous loger à l'hôtel d'Orient, où le propriétaire m'avait réservé une chambre. C'était une attention d'autant pais délicate, que la plupart des arrivants ne savaient plas où se loger.

Lorsque nous arrivâmes au Caire, nous eûmes à subir une véritable avalanche de questions de la part de tous les quêteurs de nouvelles, qui n'avaient pu assister à l'inauguration du canal proprement dite. Au moment même ou toute la flotte de bâtiments parcourait avec sécurité le canal de Port-Saïd à Suez, circulaient les bruits les plus alarmants sur l'œuvre de M. de Lesseps. Ces bruits ne furent pas répandus en iigypte seulement, ils iarent répétés sur lés principales places de l'Europe, dans des intentions qu'il est focile do deviner. On voulait faire baisser les

actions du canal au moment même où une hausse considérable leur semblait assurée.

11 y avait, le soir même de notre arrivée au Caire, représentation gala au Grand-Opéra Italien. Mon excellent ami M. Kramer, arrivé au Caire pendant mon absence, m'avait procuré un billet pour cette soirée théâtrale. Je ne m'y rendis qu'assez tard. Son Altesse Royale le Prince Royal de Prusse, revenu de Suez, voulait repartir de grand matin avec sa suite pour ia Haute-Egypte, dans des bateaux que le Yice-Roi avait mis à sa disposition.

Je pris en toute hâte une Voiture avec M. Hûbner, et, précédés d'un sa'is muni de torches, nous parcourûmes avec une rapidité très grande les avenues, nous dirigeant au château de Kasr-el-Nil, devant lequel le bateau royal se trouvait amarré. Son Altesse Royale daigna nous recevoir pour lui présenter nos hommages avant son départ. Le Prince Royal , avec la bienveillance et la grâce qu'il possède à un si haut degré, nous garda plus d'une demi-heure auprès de lui. La conversation roula surtout sur les merveilles dont Son Altesse Royale avait été témoin, et sur ca qui lui était réservé de voir maintenant dans la Haute-

Egypte, que nous venions de quitter. En prenant congé du Prince, Son Altesse Royale ne me dit pas adieu, mais au revoir. Je ne me doutais nullement, en entendant ces paroles de la bouche du Prince, qu'elles dussent se réaliser sous peu de temps. Personne de nous ne savait, à ce moment, que Son Altesse Royale passerait par Paris en retournant à Berlin.

Je vis dans la suite du Prince M. le professeur Lepsius et le docteur Dumichen, qui avaient été désignés pour accompagner l'héritier du trône de Prusse, comme savants spécialistes, dans ce voyage. En prenant congé de M. Lepsius, je lui réitérai mes remer ciments pour le bienveillant intérêt qu'il nous a voué pendant le temps de notre voyage.

Après avoir quitté le Prince, je me rendis, en toute hâte, au Grand-Opéra. Toutes les rues, places, carrefours que je traversai étaient illuminés ; des hauteurs de la citadelle brillaient dans les airs les pièces variées d'un splendide feu d'artifice. Partout fête et joie, la gaîté sur les visages et le contentement dans les cœurs ! Rien de plus beau et de plus touchant que la satisfaction et le bonheur répandus dans toutes les classes de la société. Pour rendre la fête complète, le Khédive avait fait donner un accès gratuit dans toutes les baraques brillamment éclairées où l'on exécu-

tait des fantasias, des danses et des morceaux de musique, sur toutes les places du Caire.

La représentation gala n'avait pas attiré le nombre de spectateurs qu'on aurait attendu , d'après la difficulté de se procurer des billets. Les Européens parisiens, berlinois ou viennois, blasés en fait de représentations théâtrales, avaient préféré voir le spectacle si animé et si féerique que jDrésentait la ville. Ce fut néanmoins avec un vrai plaisir que j'examinai cette salle construite pour cette saison d'hiver et qu'on avait inaugurée pendant notre vojage dans la Haute-Egjpte. La salle est grande, elle possède quatre rangs de loges fond blanc et or. Tout y est frais et plein de goût. On jouait ce soir le Trouvère. Décors et costumes étaient de Paris, c'est tout dire. Les artistes, recrutés par Dranet-Bey (intendant des spectacles) sur les meilleurs scènes de France et d'Italie, étaient à la hauteur de leur tâche.

Après avoir entendu un acte du Trouvère, je quittai le théâtre pour me mêler à la foule, voir et admirer l'illumination des arcs de triomphe et des rues qui, toutes éclairées, ressemblaient à de longues files de feu. Le spectacle que nous avions sous les yeux est impossible partout ailleurs qu'en Orient.

J'utilisai la matinée du 21 novembre à visiter d'à-

bord le musée de Boulaq que je n'avais pu voir lors de mon premier séjour au Caire. Ce musée, fondé en 1864, a été agrandi et augmenté par suite des fouilles permanentes qui se font en Egypte. On y a aussi réuni les ohjets et curiosités que l'Egypte avait envoyés à l'Exposition de Paris. La collection totale, se composant de 4:^0 stèles et inscriptions, de 3,2 séries complètes de vases canapés (en tout 128 A^'ases), 16 sarcophages de pierre, 67 momies et cercueils de momies, 130 statues de toutes époques, est placée sous la direction de M. Mariette-Bey, chargé, à titre (le directeur général, de rassembler et conserver les antiquités de l'Egypte.

La salle des bijoux est certes une des plus belles. On peut y admirer les objets précieux découverts avec la momie de la reine Aah-Hotep (XVIIP dynastie). Ces bijoux, découverts à Thèbes, forment la partie la plus riche et la plus intéressante de la collection ; cependant une quantité considérable de j;n'aux ou objets de luxe ont été découverts en différents endroits et appartiennent à des époques diverses. On y remarque des bracelets, des diadèmes, chaînes, poignards aA^ec fourreaux en or, colliers, anneaux ; des collections de bagues excessiA^^ement riches, des colliers de scarabées.

. Le musée de Bouiaq est le s oui qui possède le plus bel ensemble de moimments de l'ancien empire, et on peut dire que dans cette collection se trouvent groupés tous les monuments scientifiques . On promet procliainement l'ouverture d'une nouvelle salle, où seront exposées d'autres curiosités récemment entrées dans la collection du musée, comme la pierre de San, etc., etc. Ce musée a donc encore un avenir très considérable et sera fréquenté par les archéologues de tous les pays pour y faire des études sérieuses et importantes. J'avoue qu'au retour de la Haute -Egypte, et après avoir visité Tlièbes, Edfou, Abydos, etc., je trouvais beaucoup plus d'attrait à contempler la collection des curiosités provenant des fouilles pratiquées dans ces ruines, qu'à une époque oii je ne les connaissais que de nom. Ces objets avaient maintenant une valeur à mes yeux, que je ne leur aurais pas attribuée autrefois, et j'ai été réellement très satisfait d'avoir visité, avant de quitter l'Egypte, cette collection aussi remarquable par sa richesse que par son organisation systématique.

Je fis dans la journée une visite à Ali-Pacha, en compagnie de mon ami M. Kramer, et je présentai à Son Excellence mon compagnon de voyage, M. Hûbner . Nous fûmes reçus avec la charmante urbanité

~ 276 -^ qui caractérise- à un si haut degré Ali-Pacha. Mal ■ gré de nombreuses occupations suscitées par les arrangements et dispositions à prendre pour les courses qui devaient avoir lieu le lendemain dans la plaine de r Abbasieh, Ali-Pacha ne voulut pas nous laisser partir . Pendant que nous nous trouvions chez lui, il eut à plusieurs reprises à recevoir des personnes qui avaient à lui parler, relativement à la fête équestre qui se donnait en l'honneur des invités du Khédive . Nous obtînmes enfin la permission de nous retirer.

C'est le soir du 21 novembre qu'avait lieu, au palais de Kasr-el-Nil, la grande fête que le Khédive donnait au Caire, à l'occasion de l'inauguration solennelle du canal.

L'illumination de l'avenue du château pouvait être comparée à une rivière de lumières. Des fellahs, tenant des torches allumées, formaient une haie vivante et éclairée au milieu de laquelle s'avançaient les voitures de la cour, mises à notre disposition. Ces équipages étaient précédés de sais, aussi munis de flambeaux et qui couraient en criant de toutes leurs forces : « Jallah, guarda ! » A ces cris la foule se retirait respectueusement pour nous livrer passage.

Sur la vaste place située devant le palais, s'éle-

valent des arcs de triomphe, à travers lesquels on arrivait dans un square de fleurs, entouré d'arbres aux branches desquelles étaient suspendus des ballons de mille couleurs et brillamment éclairés .

En entrant dans les salles du château, nous fûmes reçus par des maîtres de cérémonies chargés de souhaiter la bienvenue aux arrivants au nom du Khédive. Parmi Ces fonctionnaires je reconnus aussi Toniho- Bey, notre fidèle et charmant compagnon. Les salles, salons et galeries de ce palais étaient gracieusement décorés de palmes et de plantes exotiques, qui exhalaient un parfum délicieux. Plusieurs salons, tendus des étoffes les plus riches, étaient réservés pour la cour. Le Khédive attendait son auguste hôte, l'Empereur d'Autriche, qui avait promis d'assister à cette fête. L'Impératrice Eugénie avait repris, de Suez, le chemin du canal à bord de l'Aigle^ pour s'en retourner en Europe par Port-Saïd, sans revenir au Caire.

Les proportions de ce palais sont bien plus vastes que celles du château d'Ismaïlia ; aussi les invités circulaient-ils parfaitement à leur aise. Du reste, il n'y avait pas une affluence aussi considérable qu'à l'autre fête, et, de plus, le Khédive avait fait ajouter pour la circonstance une salle immense dans laquelle on se livrait aux plaisirs de la danse.

Peu d'instants avérés i'ouYeriure du baî, l'Emperenr d'Aulriciie y lit son entrée. Sa Majesté Apostolique était à côté du Khédive et accompagnée d'une suite nombreuse, dans laquelle on remarquait surtout le comte de Beust. Les liants personnages firent immédiatement une tournée dans les salons en adressant la parole aux personnes qui leur étaient connues.

Ce bal était surtout remarquable par la réunion de brillantes toilettes, l'immense quantité de fleurs et de diamants., d'étoffes brodées, de décorations, et la rilibesse des uniformes, — enfin tout le luxe imaginable de l'Orient.

J'eus le plaisir de rencontrer à cette fête M. le baron de Keudel, conseiller intimé de légation au département des affaires étrangères de Prusse, que j'a- Yais yainement cherché à découvrir à Ismaïlia, et je fus très heureux de pouvoir échanger quelques paroles avec cet homme d'Etat, qui m'a toujours porté grcind intérêt.

Tous les hauts fonctionnaires de l'Egypte étaient invités à cette fête, les ministres, les pachas, les dignitaires de la couronne, etc.

A minuit, Son Altesse le Khédive se dirigea versles salles du souper et, à partir de ce moment, les invités prenaient place et s'asseyaient à de longues tables

richement dressées, où le souper était servi sans interruption jusqu'à la fin de la fête.

En quittant le palais du Vice-Roi , à une heure du matin, les rues du Caire étaient encore illuminées. Sur les places on entendait encore les sons joyeux de la musique des fantasias et on voyait les Arabes se livrer à leurs danses nationales. De loin on voyait s'élever vers le ciel les fusées d'un feu d'artifice, aspect qui rendait cette nuit mémorable du 21 novembre encore plus merveilleuse.

Ainsi se termina cette fête remarquable dont je conserverai toujours le souvenir le plus vivace .

Une fois les fêtes terminées , il s'agissait de songer au départ pour l'Europe, de quitter cette terre hospitalière, ce pays merveilleux où, dans un espace de quelques semaines, j'ai vu tant de choses extraordinaires et où un monde nouveau s'était ouvert devant moi. Il fallait prendre des mesures afin de se faire inscrire pour le départ, vu la grande affiuence des invités et des voyageurs qui se disposaient aussi à partir, et pour ne pas être obligé d'attendre jusqu'à une époque plus reculée.

Au bal de Kasr-el-Nil, j'appris par Colucci-Bey (préfet d'Alexandrie), que Son Altesse le Khédive avait fait mettre son magnifique bateau à vapeur, le

Masr, à la disposition d'une partie de ses .invités pour les faire reconduire d'Alexandrie à Brindisi. Comme il entrait précisément dans mes projets de ne pas suivre la route que j'avais prise en venant, et de m'en retourner à Paris par la route d'Italie, je fus très reconnaissant à Golucci-Bey, qui voulut bien me faire inscrire, d'après mes désirs, sur la liste des partants par le Masr. Comme ce bateau se trouvait en partance à Alexandrie, je pris mes dispositions pour partir dès le lendemain. Je fis donc mes visites d'adieu et je pus me convaincre que l'hospitalité orientale n'est pas une vaine parole. Les hauts fonctionnaires ne voulaient absolument pas me laisser partir et m'engageaient chaudement à rester, et tâchaient de me retenir encore pendant plus longtemps au Caire.. D'après leur dire les fêtes devaient se succéder encore pendant longtemps de la même manière, car la munificence et la générosité du Khédive sont sans bornes. Malgré leurs instances réitérées, mon parti était pris et, après avoir fait une course à travers le Mouski et les bazars, je fis mes derniers préparatifs pour le départ. Le 22 novembre fut la dernière journée que je passai au Caire, et le 23, de grand matin, je partis pouj Alexandrie où je trouvai déjà plusieurs de nos anciens compagnons de voyage réunis, qui s'étaient rendus du

canal de Suez à Alexandrie et installés dans l'hôtel de l'Europe. Cette fois l'affluence n'y était pas aussi grande, quoique l'iiôtel ne manquât pas de voyageurs, et nous étions tous parfaitement logés.

Notre premier soin fut de nous occuper des dispositions à prendre pour notre voyage de retour, et nous apprîmes alors, à notre grand étonnement, que le jour de notre départ n'était pas définitivement fixé; qu'on attendait encore des ordres à cet égard du Caire et l'arrivée d'un [plus grand nombre de passagers qui suivraient l'une ou l'autre des deux lignes, car outre le Masr, le bateau à vapeur la Péliise, des Messageries impériales, avait été retenu par le gouvernement égyptien pour ramener en France ceux des invités qui préféreraient prendre la route de Marseille.

Il nous fallut attendre trois jours le départ de notre bateau, lesquels furent principalement employés à visiter ceux des monuments, etc., que nous n'avions pas vus à notre premier passage, et nous employâmes aussi le temps qui nous restait, avant de quitter la dernière ville de l'Orient, à aller visiter les curieux bazars arméniens et tunisiens, où l'on trouve les burnous les plus riches et les plus élégants^ d'une beauté surtout remarquable par les brod^ri;^?' eu or et

en soie reproduisant des versets du Coran, travaux exécutés avec un goût exquis, et qui contrastent essentiellement avec les imitations que l'on rencontre si souvent en Europe.

, La magnifique bibliothèque de l'Institut égyptien, qui se trouve dans le palais Tozizza, est digne d'être vue. Elle est placée sous la direction de Colucci-Bey. Il nous fut donc très facile d'y pénétrer. Cette bibliothèque contient des manuscrits très rares et des ouvrciges remarquables envoyés par des correspondants de cet institut scientifique de toutes les viUes d'Europe.

Tout près du port se trouve, au bord de la mer, le palais Ras-el-Tin^ résidence d'été du Vice-Roi. Une colonnade magnifique conduit du palais jusqu'à la mer» On remarque dans ce palais, construit sous le régne de Méhémet-Ali, un escalier vaste et spacieux, en marbre de Carare, qui conduit à la salle d'audience. Les décorations des plafonds et des parquets attirent particulièrement l'attention du visiteur.

Je ne puis m'empecher de mentionner les heures de délassement et de dolce far niente que j'ai passé à Alexandrie, au café Nettuno.

De la place des Consuls conduisait une ruelle étroite à un endroit où la mer forme une sinuosité et où se trouvent les terrasses de ce café. Après les fêtes ^'v.\

s'étaient succédé sans interruption, après les voyages et les déplacements continuels, quelquefois un peu fatigants; après le bruit et le tumulte immenses occasionnés par la réunion de tant de monde, au milieu duquel je me trouvais depuis bientôt deux mois, le calme que l'on éprouvait au bord de la mer, voir, contempler ce beau ciel éternellement bleu, cette Méditerranée si claire et si limpide, formait un tel contraste, que la nature nous invitait aux plus douces rêveries. Pendant tout le temps de mon dernier séjour à Alexandrie, j'allai passer une heure au café Nettuno pour y respirer l'air frais et pur de la mer.

Nous étions maintenant fin novembre, mais assis, en vêtements d'été, au bord de la mer, on aurait pu se croire transporté à Biarritz en septembre. C'est dans ce café que je conçus, avec le baron de Korif et M. Hùbner, le projet de retourner ensemble en Europe par l'Italie. Gomme nous avions à peu près le même laps de temps à notre disposition, nous tombâmes facilement d'accord. Il s'agissait avant tout de fixer un itinéraire, et nous nous abandonnâmes en pleine confiance à l'expérience de M. Hùbner qui avait déjà fait, à différentes reprises, le v^ojage du sud de l'Italie, tandis que je ne connaissais que le nord de cette péninsule.

Nous apprîmes que les fêtes officielles du Caire venaient de se terminer. L'Empereur d'Autriche avait pris congé du Khédive et était attendu le jeudi 25 novembre à Alexandrie. On nous fit dire aussi que le bateau le Masr lèverait alors l'ancre et prendrait le large. Nous quittâmes la place des Consuls (où l'hôtel de l'Europe est situé) avec ses passages Bismarck, Cavour et Napier, ses édifices orientaux et européens, et le même soir nous nous trouvions déjà installes à bord du bateau le Masr, à bord duquel nous devions passer trois jours et trois nuits.

Avant la tombée de la nuit, nous vîmes s'approcher un grand bâtiment de guerre. Il entra dans la rade d'Alexandrie aux sons de l'hymne national prussien. C'était le trois-mâts Elisabeth^ venant de Port-Saïd. Ce bâtiment vint se placer presque à côté du Masr, qui portait la plupart des invités allemands du Khédive. A son entrée dans le port, il hissa sur le grand mât le pavillon égyptien et le salua par le nombre réglementaire de coups de canon. Je n'ai jamais éprouvé sur terre, d'une manière aussi vive, la commotion qu'on ressent par la décharge de fortes pièces d'artillerie. La citadelle d'Alexandrie répondit immédiatement à ce salut par un nombre égal de coups. Cette cérémonie terminée, YElisahoth baissa le pavillon égj^ptien et

arbora, outre le pavillon de guerre de la Confédération de l'Allemagne du iSTord, tous les agrès et signes de fête. Pendant la soirée, tous les navires- qui se trouvaient dans le port avaient illuminé. Alexandrie, vue de la rade où nous étions stationnés, offrait un coup d'œil ravissant .

Le lendemain, 26 novembre,' à onze heures du matin, nous levions l'ancre, et une demi-lieure après, nous avions perdu de vue le sol égyptien qui nous avait reçu avec une hospitalité splendide et sans égale.

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