CHAPITRE II
Abre'gë de la géographie et de VMstoire de ce t)ays. — Population et climat.
L'Egypte, bornée au nord par la Méditerranée, au sud par la Nubie, à l'est par l'isthme de Suez et la mer Rouge, et à l'ouest par le désert de Libye, compte une population de cinq millions d'habitants environ , répandus sur une surface de 31,000' milles, soit 1 million 700,000 kilomètres carrés à peu près.
Il y a en Egypte trois parties bien distinctes : la haute, la moyenne et la basse Egypte. Un seul et unique fleuve, le Nil, alimente l'Egypte qu'il traverse du sud au nord. Ce magnifique cours d'eau est encaissé, à Test, entre la chaîne arabique et, à l'ouest, entre les montagnes de la Libye. Le Nil est de la plus haute importance pour le bien-être matériel de ces contrées, car il n'y a que les districts et les parages
qu'il parcourt, et qui subissent les effets des inondations, qui soient fertiles.
Ces inondations sont le résultat des pluies tropicales qui tombent à une époque fixe en Abyssinie.
Les embouchures du ÎNil forment le Delta.
Les plaies actuelles de l'Egypte sont le samum, ^le chamsin et — les mouches.
Le climat de l'Egypte est très sain. Il y règne pourtant assez souvent une chaleur brûlante. Les environs . du Caire sont recommandés aux personnes affectées de maladies pulmonaires. Les fièvres sont rares ; les seules maladies auxquelles les étrangers et les indigènes sont le plus souvent assujettis, sont la dyssenterie et l'ophthalmie. Les causes auxquelles on attribue l'oplithalmie sont d'une nature très différente. Le sable et la chaleur ardente du soleil exercent une influence aussi pernicieuse que le passage subit de la sécheresse à riiumiditè.
L'Egypte possède peut-être le climat le plus sec de l'univers; dans la haute et la moyenne Egypte, il ne pleut jamais. Mais la différence entre l'atmosphère, presque toujours sèche, et les émanations humides du fleuve, ainsi que la réverbération du soleil sur les murs des maisons des grandes villes peintes à la chaux, est tellement gTande,que la vue en est facilement affectée,
surtout lorsque l'œil se trouve dans un état d'irritation à la suite des transpirations de l'épiderme. Les atomes salins contenus dans l'atmosplière sont une autre cause de l'ophtlialmie suivie souvent de céeité.
L'ophthalmie suit presque matliématiquementle développement des inondalions périodiques du Nil. Par mesure de prudence, il faut soigneusement éviter les courants d'air, veiller à ce que les fenêtres soient bien closes pendant la nuit, supporter pliitôt un surcroît de chaleur que d'enfreindre la susdite règle, que tout indigène vous donne comme prescription hvgiéniqué" de première importance. Les ablutions ne doivent jamais se faire immédiatement après une promenade ; il faut attendre au moins une demi-ïieure a,vant de procéder à sa toilette. ^
Habitants. — Deux classes d'habitants peuplent l'Egypte. Les fellahs et les coptes. Les premiers sont les paysans, habitants de la campagne qui labourent le sol, ou bien exercent sur le Nil l'état de bateliers. C'est une population utile et serviable, qui, à elle seule, nourrit l'Egypte. Les seconds, Egyptiens chrétiens, occupent, par le nombre, le deuxième rang après les fellahs. Quand ils ont acquis la confiance des musulmans, ils sont employés par eux aux écritures, à la perception des impôts, enfin'à tous les emplois du-
gouvernement, notamment aux finances. Les coptes circoncisent leurs enfants ; leurs prêtres sont mariés et peuvent divorcer. Leur clief spirituel est un patriarche résidant à Alexandrie.
Produits principaux de V agriculture^
L'Egypte est très riche en bestiaux, surtout en moutons, ânes (une des vraies ressources du pays), buffles, chameaux ; il y a aussi beaucoup de volailles.
Les produits du sol sont différentes espèces de céréales : le blé, le riz, le maïs, le dourrah; des fruits, tels que dattes, grenades. La culture du coton prend de très grands développements.
L'Egypte a de nombreuses espèces de minéraux, du marbre, du granit, da porphyre, etc., etc.
L'industrie et le commerce ont fait des progrès très considérables dans les dernières années. J'aurai occasion de revenir sur cette importante question dans le courant de mon récit.
Des caravanes nombreuses, qui vont de la Haute Egypte dans le centre de l'Afrique, entretiennent un mouvement de commerce très important.
L'Egypte était connue dés les temps les plus reculés. La sainte Écriture nous apprend qu'Abraham s'y
est rendu pour se sauver de la famine et qu'il trouva dans ce pays une population bien organisée.
L'histoire de Joseph fait connaître l'Egypte d'une manière plus développée.
Les anciens Égyptiens formaient une nation sérieuse, leur culte et leurs institutions civiles rappellent les coutumes des Indiens.
Ils étaient divisés en castes ; le fils ne pouvait pas abandonner l'état ou la profession de son père.
On adorait Apis, un taureau noir, au front blanc. D'après leur croyance à la métempsycose, l'âme d'Osiris s'y trouvait logée. Cet Osiris, un de leurs rois qui a enseigné à son peuple l'agriculture et inventé la charrue, fut après sa mort rangé au nombre des dieux.
On cite parmi les inventions égyptiennes : le calcul chronologique, la géométrie, la préparation du papier et du papyrus.
L'architecture égyptienne est surtout remarquable. Les pyramides, constructions gigantesques, servaient de tombeaux. Les obélisques éi aient des monolithes.
Les plus grands édifices sont le Labyrinthe, les ruines des temples de Karnak, de Denderah, qu'. nous font voir la hardiesse et l'immensité des constructions.
Les morts étaient embaumés, et d'après la substance, appelée mu m, dont on enduisait les corps, ils prirent le nom de momies. Les momies étaient souvent placée^s à côté des vivants, dans les festins, pour rappeler aux hommes, même dans la joie , l'instabilité des choses terrestres .
Le tribunal des morts avait à se prononcer préalablement si un défunt avait droit à l'honneur des funérailles solennelles.
L'histoire nous a été transmise par des hiéroglyphes que des savants ont déchiffrés à force d'études.
Les villes les plus célèbres de l'ancienne Egypte étaient Thèbes, Memphis, Saïs, etc., etc.
L'histoire égyptienne devient plus connue à partir du règne de Psammétique {670 ans avant Jésus- Christ). Ce prince inaugura la 26^ dynastie.
Cambyse, roi des Perses, soumit l'Egypte tout entière.
Alexandre le Grand réunit l'Egypte à son empire et fonda Alexandrie, Après sa mort, un de ses généraux, Ptolémée, fils de Lagus, en prit possession.
Cléopâtre, célèbre par sa beauté, est la dernière des Ptolémées. Elle épousa Antoine.
Comme toutes les autres provinces de l'empire ro-
main, l'Egypte fut subjuguée par différents peuples de l'Asie.
En 1517 l'Egypte tomba sous la dépendance de la Porte.
L'un des faits les plus remarquables de l'histoire moderne de l'Egypte est l'expédition de 1798, conduite par Napoléon Bonaparte. Les phases les plus saillantes de cette entreprise sont : la prise d'Alexandrie, la défaite des mameloucks à la bataille des Pyramides, la perte de la flotte française à la bataille navale d'Aboukir.
Méhémet-Ali, qui régna de 1806 à 1849, devint le créateur d'un nouvel État.
11 se déclare indépendant de la Porte, mais sous les menaces des grandes puissances, il se vit obligé de rester sous la dépendance de l'empire ottoman.
Cependant on n'en doit pas moins considérer Méhémet-Ali comme le fondateur d'un Etat appelé à un avenir assez brillant pour rappeler quelque chose de l'empire des Pharaons.
A Méhémet-Ali, qui avait obtenu pour sa famille l'hérédité dans le gouvernement de l'Egypte, succède :
Abbas-Pacha, son frère, qui mourut en 1854. Il eut pour successeur Saïd-Pacha, fils de Méhémet-Ali.
A la mort de ce prince, arrivée le 18 janvier 1863,
eut lieu l'avènement du prince qui gouverne aujourd'hui l'Egypte.
Ismaïl-Pacha, fils de Méhémet-Ali, est né en 1816. Il reçut son éducation à l'école égyptienne, située à Paris, rue du Regard.
Longtemps avant l'époque où il fut placé à la tête des destinées de l'Egypte, Ismaïl-Pacha s'était fait connaître par ses qualités spéciales d'organisateur et de réformateur. L'administration de ses biens avait montré, par des résultats magnifiques, ce que peut la volonté servie par une haute intelligence.
Depuis qu'Ismaïl-Pacha gouverne l'Egypte, il a fait pour elle en grand ce qu'il avait fait, sur une petite échelle, pour ses domaines.
L'agriculture, l'industrie, le commerce se sont développés dans de larges proportions, protégés par une puissante volonté qui n'a reculé ni devant les sacrifices ni devant les obstacles.
C'est à Ismaïl-Pacha que l'Egypte doit ses magnifiques lignes de chemins de fer, c'est encore lui qui a prêté à M. de Lesseps son concours tout-puissant pour le percement de l'isthme de Suez.
Si l'on quitte le terrain des réformes matérielles pour entrer sur celui des réformes politiques, on trouvera un progrés aussi considérable. Nous ne pouvons à notre
grand regret, qu'indiquer les principales réformes, mais qui sont des gages de stabilité et de force pour l'avenir.
En 1866, le vice-roi a obtenu l'hérédité, non pas d'après la loi turque, mais en ligne directe, comme en Europe, de père en fils. L'héritier présomptif, fils aîné d'Ismaïl-Pacha, est aujourd'hui âgé de dix-sept ans.
Depuis 1867, Ismaïl-Pacha a obtenu les titres de Khédive et d'Altesse royale. Les liens qui rattachent encore l'Egypte à la Porte-Ottomane n'empêcheront pasismaïl de continuer son oeuvre de réformes, et l'on peut facilement admettre que la Turquie aura le bon esprit d'être spectatrice paisible d'événements qu'elle ne peut empêcher»