‹ Deux opuscules de MontesquieuChapitre 7 sur 26 · MONT · texte numérisé non relu

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11 fut un tems où il n'auroit pas été impossible aux Papes de devenir les seuls Monarques de 1" Europe.

J'avoue que ce fut le miracle des circonstances, lorsque des Pontifes qui n'étoient pas seulement Souverains de leur ville passèrent tout à coup de la puissance spirituelle à la séculière, & chassèrent d'Italie les Empereurs d'Orient & ceux d'Occident.

Pour se rendre maîtres de Rome, ils la rendirent libre, se servant de la Guerre que quelques Empereurs d'Orient faisoient aux Images pour la soustraire de leur obéissance.

Charlemagne, qui avoit conquis la Lombardie sur laquelle les Empereurs d'Orient avoient des prétentions, donna des Terres en Souveraineté aux Papes ennemis naturels de ces Empereurs, pour avoir une barrière contre eux.

Par un nouveau bonheur le Siège de l'Empire d'Occident fut transporté dans le Royaume de Germanie, & le Royaume d'Italie y resta joint. Les Empereurs furent bien -tôt regardés comme étrangers en Italie, 8c les Papes eurent occasion de prendre la défense de ce pays contre l'invasion des Etrangers.

D'autres circonstances concoururent à étendre par -tout la puissance des Papes : la terreur des excommunications, la faiblesse des grands Princes, la multiplicité des petits & le besoin qu eut souvent L'Europe d'être réunie sous un même Chef.

11 y a voit à leur Cour moins d'ignorance que par-tout ailleurs; & comme leurs jugemens étaient équitables, ils appellerait tout le monde à eux, tels que ce Dejocès que Ton nous dit avoir obtenu par sa justice chez les Medes la Souveraineté & l'Empire.

Mais la longueur des Schismes pendant lesquels le Pontificat sembloit se combattre lui-même, & étoit continuellement dégradé par les divers Concurrens qui ne songeoient qu'à se maintenir, fit que les Princes ouvrirent les yeux, ils examinèrent la nature de cette Puissance & la bornèrent par les côtés où elle peut recevoir des limites.

Il paroit par les Relations ' de quelques Moines qui furent envoyés par le Pape Innocent IV au milieu du treizième siècle vers les fils de Gengiskan. que Ton craignoit dans ces tems là que2

i . Voyez la Relation du Frère Jean du Plan Carpin & l'Histoire de Gcngiskan, par Petis de La Croix. (Ai.)

2. D'autant plus qu'elle étoit partagée en une infinité de Souverainetés. (M.)

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l'Europe ne fut conquise par les I artares. Ces Peuples, après avoir subjugué l'Orient, avoient létré en Russie, en Hongrie & en Pologne où ils avoient fait mille maux.

Une loi de Gengiskan leur ordonnoit de conquérir toute la Terre, ils tenoient toujours sur pied cinq grandes Armées, & ils laisoient des expéditions où ils dévoient aller toujours en avant pendant vingt- cinq 8c trente ans; quelquefois ils s'obstinoient dix ou douze années devant une Place, & s'ils manquoient de vivres ils se laisoient décimer pour nourrir ceux qui restoient; ils envoyoient toujours devant eux un Corps de troupes pour tuer tous les hommes qu'ils rencontroient; les Peuples qui leur resistoient étoient mis à mort, ceux qui se soumettoient étoient faits esclaves, ils mettoient à part les Artisans pour les employer à leurs ouvrages, & ils laisoient un Corps de milice des autres qu'ils exposoient à tous les dangers; il n'y avoit pas de ruse qu'ils n'imaginassent pour se défaire des Princes & de la Noblesse des pais qu'ils vouloient soumettre; enfin leur Système étoit assez bien lié, ils ne pardonnoient jamais à ceux d'entre eux qui fuioient ou qui pilloient avant que l'ennemi ne fut entièrement défait, & contre la pratique ordinaire de ces tems-là leurs Chefs uniquement attentifs aux divers évenemens de l'action ne combattoient jamais. Leurs armes offensives & défensives étoient

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bonneSj ils avoicnt cette promptitude, cette légèreté, ce talent de ravager un pals & cTéchaper aux

Armées qui le défendoient quont encore aujourd'hui les petits Tartares; enlin ils étoient redoutables dans un tems où il y avoit peu de troupes réglées.

Mais comme l'Europe étoit couverte de Châteaux & de Villes fortifiées, les Tartares ne purent faire de grands progrès, & la division s'étant mise parmi eux, ils furent sur le point d'être ■ exterminés par les Russes. Mahomet second leur donna la Crimée où ils furent bornés à ravager les pais qui étoient autour d'eux 8c qu'ils ravagent encore.

Les Turcs ayant conquis TOrient se rendirent redoutables à TOccident; mais par bonheur au lieu de continuer à attaquer l'Europe par le Midi où ils auroient pu la mettre en péril, ils l'attaquèrent par le Nord où elle est indomptable pour eux.

11 est très-difficile aux Nations du Midi de subjuguer celles du Nord, toutes les Histoires en sont une preuve, & surtout celles des Romains toujours occupés à les combattre & à les repousser au delà du Danube & du Rhein.

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