PRUD'HOMME] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE
Le bœuf musqué est détestable; que pour sauver sa vie.
t gras l'automne.
L'hiver il vit de mousse blanche, de lichens, de bourgeons et d'écorce
de petits arbrisseaux. Le seul bois que l'on rencontre dans cette région est l'épinette. Elle atteint en général un Pied et demi de diamètre et seize pieds de longueur. Elle possède des rameaux touffus à l'ombre desquels les cariboux viennent s'abriter pendant les tempêtes si fréquentes dans ces parages,
Le pays est nu, stérile, couvert de rochers, parsemé d'étangs. On rencontre Parfois quelques arpents qui pourraient être cultivés, mais ils ne constituent que comme des oasis au milieu de déserts
affreux. Ils marchèrent ainsi 28 jours, inquiets et souvent découragés. Le froid était intense et les j
jours de courte durée,
jours après, ils atte:
daient leurs treize compagnons.
Quelque temps après leur arrivée, to l'ordre de se rendre au fort Simpson.
avec Richardson, Rae et quatre autres.
Le fort consistait en deux maisons et un hangar
us les hommes reçurent Bruce resta au lac de l'Ours
+ Comme les maisons n'étaient faites que de bois équarri, à travers lequel soufflait la bise du nord, Bruce jeta de l'eau dans les fissures. L'eau, en se
congélant, servait de mortier et empêchait l'air de pén que les peaux de caribou tenaient lieu de chassis. possédaient pas de poële, ils faisaient un feu de cheminée, comme dans les châteaux du moyen âge. Le combustible était rare et ce n'était Dease qu'ils Pouvaient en trouver en rèrent 18 jours sans voir le soleil. Le
étrer, tandis Comme ils ne
quantité suffisante. Ils demeu
ière Dease, is de joie, dansant
et faisant les contorsions les plus ridicules.
Bruce profita de cette circonstance cabane de glace. L'intérieur
Pour aller les visiter dans leur était tapissé de Peaux de caribou.
L'odeur nauséabonde qui saisissait, en entrant dans ces blanches demeures, avait quelque chose de repoussant.
Il fallait être habitué à ce milieu-là Pour y résister longtemps. Sans être bien chaudes, ces demeures sont pourtant tolérables, et lorsque les Esquimaux ont assez de prévoyance, ce que l'on rencontre assez rarement chez eux, pour se pourvoir des provisions nécessaires pour l'hiver, ils sont relativement assez heureux. Le 14 février 1851, Richardson, Bruce et trois autres partirent pour le fort Norman. Ils couchèrent deux nuits sur le lac de l'Ours et faillirent y périr de froid. Parvenus enfin au fort Norman, ils retournèrent à la Rivière- Rouge, par la même route qu'ils étaient venus. Jean-Baptiste Bruce arriva à Saint-Boniface au mois d'août, après avoir fait un des voyages les plus hardis que l'on puisse mentionner, après avoir navigué un mois sur la mer polaire, être tombé plus de vingt fois à l'eau, avoir été emporté plusieurs fois par la vague ou le vent, avoir vu la mort en face à chaque instant et, enfin, après un mois et demi de marche à travers des solitudes désolées. Richardson, qui avait appris à apprécier les qualités de cœur et le courage à toute épreuvede son guide, voulut l'emmener avec lui en Angletérre pour l'attacher définitivement à son service. Bruce refusa, aimant mieux vivre et mourir au pays de ses ancêtres.
Bruce vécut de longues années après cette expédition, sur sa terre à Saint-Boniface, dans une honnête aisance, entouré du respect de ses concitoyens. Il conserva dans sa vieillesse une mémoire heureuse et une excellente santé, fruits d'une vie laborieuse et frugale. Toute une génération passa sous ses yeux et il faisait bon de l'entendre décrire lui-même les incidents de cette expédition dont je n'ai pu esquisser que les grandes lignes, et raconter les vieilles histoires d’une époque disparue pour toujours et dont les souvenirs s'effacent chaque année.
Jusqu'à sa mort, Bruce fut considéré à bon droit comme le guide le plus intrépide, le plus habile et le plus sûr de tout le Nord-ouest. Quoique d'origine écossaise du côté paternel, par sa langue, ses alliances et son affection, il appartenait à la fière race des métis canadiens-français.
Il mourut à Saint-Boniface, le 19 septembre 1890. Il fut toute sa vie un catholique fervent et un citoyen intègre.