‹ Deux oubliés de l'histoire [microforme]Chapitre 4 sur 7 · TPRUD'HOMME] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

TPRUD'HOMME] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE

Qui ne connait pas “Jean-Louis” à Ja Montagne-de-Bois et dans toute la région avoisinante ?

Le prestige dont il

“Bœuf-Assis"”

constitue une action assez

éclatante pour 1 nneur parmi les anciens de l'Ouest qui ont

peuplaient au profit des Le fièvre des voyages à l'étranger sévissait Partout, mais surtout parmi la jeunesse. Lorsque le soleil torride du printemps de la vie monte à l'horizon, l’homme qui commence à prendre possession complète de ses facultés, éprouve un moment de vertige et d'éblouissement.

Milton nous re

un bond comme pour l’attei

L'état d'âme des jeunes gens de la province de Québec, à cette date de notre histoire, présentait, dans un certain sens, une analogie avec ce tableau. Les Canadiens-français étaient pour ainsi dire hantés par le spectacle des richesses manufacturières des Etats- Unis. L'attirance de cette vision fascinatric. était telle qu'on aurait cru vraiment qu'ils étaient secoués par la frénésie de franchir la ligne internationale, L'illusion d'une vie plus facile, de revenus à périodes fixes, et constants, et le mirage de fortune rapide, ensorcellaient notre population comme la voix des sirènes de la fable.

A tous les Printemps un essaim nouveau secouait ses s'envoler dans la même direction. Ah! si, Sà et là dans la république voisine, assis sur la colline, replie ses branches, Pour soutenir le choc de la tempête,

Jean-Louis n'échappa pas au microbe, et, à l'âge de 24 ans, il prit le chemin des Etats-Unis. Il demeura deux ans dans les prin-

cipales villes de l'Etat de New-York, qui lui plurent à demi. Il n'avait pas encore trouvé sa voie.

Enfin, il se dirigea vers l'Ouest, et s'établit près de Saint-Paul, à un endroit connu sous le nom de “ Petit-Canada ” à cause du grand nombre de Canadiens-français qui y avaient planté leur tente.

D'ailleurs Jean-Louis avait déjà deux de ses oncles qui l'avaient dévancé au Petit-Canada, et lui avaient adressé des lettres pressantes de venir les trouver.

Le printemps suivant, après avoir humé l'air frais des Prairies, il se sentit grisé par les séductions de la vie facile et sans contrainte de l'Ouest.

Il partit de nouveau pour s’enfoncer dans l'intérieur de ces plaines vastes comme l'océan, qui l’attiraient de plus en plus.

Il s'arrêta un moment à Saint-Cloud qui ne se composait alors que de quelques chétives cabanes. Il y rencontra un Métis du nom de Pierre Laverdure qui lui parla avec avantage du Dakota.

Il le suivit jusqu'au lac du Diable, appelé par les Américains “Fort Talton”. %w Tin. Û

Un traiteur du nom d'Antoine Ouellette, qui faisait le commerce des pelleteries avec les Sioux, lui offrit de l'emploi. Légaré accepta.

C'était une vie rude que celle qu'il venait d'embrasser et qui détonnait avec l'existence calme et paisible de cultivateur qu'il avait menée dans sa jeunesse,

Courir les buffles, voyager au milieu de tribus cruelles, presque toujours en guerre entre elles. se nourrir de viande sèche et de pemmican, errer sans cesse dans les prairies et perdre souvent, par la perfidie des sauvages, le fruit de longs mois de labeur et de privations; tels étaient en général les perspectives et l'aléa de la vie de traiteur.

Au cours de ses voyages, il fit connaissance avec la tribu des Santés, qui se lia d'amitié avec lui. Ses manières affables, sa probité dans le commerce, sa grande libéralité, la douceur de son caractère, son respect pour les traditions et même les préjugés des sauvages, et l'exactitude scrupuleuse avec laquelle il s'acquittait en tout temps de ses promesses, ne tardèrent pas à lui attirer la confiance et l'estime des Sioux.

Fort-Totton n'est éloigné que d'environ 60 milles de la frontière. Or, comme cet endroit était le siège des affaires de son patron, Légaré eut l’occasion de traverser souvent la frontière, à la suite des troupeaux de buffles et de rencontrer les Cris qui demeuraient sur la terre canadienne. En peu de temps, Légaré put converser facileme..t en sioux et en cris.

‘fPRuD'HouuE] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE 367

Un jour, Ouellette envoya Légaré avec nombre de charettes, transporter des pelleteries à Saint-Paul.

C'était en 1870. Légaré rencontra, à Saint-Paul, George Fisher, de la “ Prairie du Cheval Blanc” (aujourd'hui Faint-François- Xavier) Manitoba. Fisher faisait la traite parmi les sauvages du Nord-ouest canadien. Il offrit à Légaré d'entrer en société avec lui. Légaré accepta et tous deux allèrent se fixer à la Montagnede-Bois. Cette montagne était le rendez-vous des hivernants de la Rivière-Rouge. Ils se trouvaient ainsi tout rendus au printemps lorsque les innombrables troupeaux de bisons traversaient le Missouri Pour se déverser dans les Prairies canadiennes.

D'ailleurs, çà et là, dans les endroits boisés, les chasseurs, même en hiver, pouvaient encore abattre quelques têtes et alimenter le Pot-au-feu. Le poste de la Montagne-de- Bois fut l’un des premiers autour duquel les anciens du Pays commencèrent à se fixer en nombre, pour former plus tard, sur la Saskatchewan et ailleurs, les premières e de la Rivière-Rouge.

Dès lors Légaré embrassa la carrière de traiteur irrévocablement. Sa forte constitution, son mépris des dangers, ses connaissances des mœurs et du caractère des sauvages en faisaient déjà un

Au printemps de 1872, il épousa Marie Ouellette, nièce de son ancien patron, et s'établit Permanemment à la Montagne-de-Bois qu’il ne devait plus quitter.

A tous les Printemps, il se rendait à Winnipeg avec plusieurs charges de peaux de buffle; à l'automne il revenait avec du pemmican et de la viande sèche. Il rapportait en échange des marchandises qu'il trafiquait de nouveau pour des peaux ou du pemmican.

En 18”2, il était considéré comme un des traiteurs les plus riches du pays. fl acheta, à l'automne de cette année-là, pour $14,000 de marchandises,

Un accident regrettable le ruina d'un seul coup. De retour à la Montagne-de-Bois avec ses $14,000 de marchandises, il se laissa persuader d'aller hiverner à la Rivière-Blanche, communément appelée “Maison-de-Terre,” où se trouvait un camp nombreux de sauvages et de métis.

À cette époque un parti d'arpenteurs était occupé à indiquer la ligne internationale entre le Canada et les Etats-Unis, Il se trouvait à environ 100 milles de la Kivière-Blanche et il était bicn difficile de fixer, avant cet arpentage, l'endroit exact où se trouvait la frontière. Craignant d'être inquiété dans son commerce, Jean-Louis s’adressa à l'agent des sauvages de Fort-Peck, lui demandant s’il pourrait trafiquer à l'endroit où il se trouvait, en attendant la délimitation

368 LA SOCIËTÉ ROYALE DU CANADA de la frontière. On croyait généralement que la Maison-de-Terre se trouvait sur le territoire anglais. Aussi bien l'agent n'hésita pas à lui répondre qu'il n'y avait aucune objection à la chose et que, en tout cas, il verrait à ce qu'il ne fût pas troublé.

Jean-Louis continua donc à faire la traite, sans aucune appréhension, lorsque, le 3 mai 1873, toutes ses marchandises furent saisies sous prétexte qu'il faisait la contrebande et fraudait le gouvernement de ses droits de douane. Il eut beau représenter que la ligne internationale n'était pas encure tracée et qu'il avait agi avec la meilleure foi, rien n'y fit. Tous ses effets furent confisqués au profit du gouvernement. Il perdit de ce chef $9,000. Les Sioux comptaient 70 loges auprès de la Rivière-Blanche. En apprenant cette grave injustice, ils tinrent conseil. Le lendemain ils se rendirent auprès de leur ami Jean-Louis et lui proposèrent de tuer tous les Américains et de lui rendre ses marchandises. Ces sauvages étaient bien armés et très indignés de ce qu'ils considéraient comme un vol à peine déguisé. Les Américains n'avaient à ce poste qu’une escouade de neuf soldats. Les Sioux n'auraient Pas eu grande peine à les exterminer.

Heureusement que Jean-Louis Préférait être ruiné par la plus grande des injustices plut : que de verser le sang; toutefois il aurait pu difficilement contenir les sauvages, s'il n'eut été assisté par le P. Lestanc, O.M.I.

Ce zélé missionnaire jouissait d’un grand prestige auprès des Sioux qui éprouvaient pour lui un respect religieux, 11 les réunit et dut employer toute son influence pour les empêcher de lever la hache de guerre.

Les Sioux demeurèrent tranquilles, mais Légaré perdit tout.

Les années 1874 et 1875 furent excellentes pour la traite. Le “‘pelu,” comme disaient les anciens du pays, fut abondant et Jean- Louis put réparer les mal! eurs qu’il avait éprouvés à la Rivière- Blanche.

Un jour, c'était le 25 août 1875, les métis et les Sauteux de la Montagne-Tortue, du côté américain, ayant à leur tête leur chef, La Petite-Coquille, se rendirent en députation auprès de Légaré à la Montagne-de-Bois.

Connaissant son dévouement envers les sauvages, ils venaient le prier d'aller avec eux à Washington pour obtenir une réserve et une indemnité. La Petite-Coquille, s'adressant à Jean-Louis, lui dit: “Nous n’en voulons pas d'autre que toi, car c'est à toi seul que nous pouvons nous fier. Tu sais ce qu'il faut aux enfants de la prairie, car tu as vécu avec tes frères le: Indiens depuis plusieurs années.”

-[PRUD'HoMuE] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE Les Sauteux avaient l'assurance Cain paierait leurs frais de voyage.

Ils étaient six de cette expédition, la première venue de cet endroit: Le Petit-Bœuf, Cassepas, Chasseur, La Petite-Coquille le chef,

Joseph Rolette l'interprète, et Jean-Louis Légaré qui devait leur servir de mentor.

que le gouvernement améri-

reçurent pour toute qu'ils recevraient leur a devait suffire. Légaré n'était pas homme

I Entrepris une affaire. Il

tite-Coquille, contribua s de voyage des autres délégués et tous Capitol américain. Ils arrivèrent le 9

se révéla tout d'un coup diplomate.

députés du Dakota. Ces derniers appuyèrent sa demande et lui

prêtèrent leur Concours. C'est Jean-Louis qui prépara lui-même les documents, et les soumit ensuite au comité des affaires indiennes.

Canadien-français qui vages devant le Sénat.

après avoir dépensé tout oubliée de tout le monde.

lus généreux et lui donna an cinq postes du Nord-

Bouvernement canadien se montra p

un contrat pour approvisionner de pemmic ouest.

Jean-Louis retourna à toute richesse la reconnaissan,

la Montagne-de-Bois

» emportant pour ce des Sauteux.

Sec. I and Il, 1914—25

A l'automne de 1876 les Yanktons, tribu des Sioux, lui demandèrent d'hiverner avec lui à la Montagne-de-Bois. Il n'y avait à cette date que cinq familles métisses à cet endroit. Jean- Louis perdit sa femme peu de temps après.

Au mois de janvier 1877, les premiers Titons, autre tribu des Sioux, à laquelle appartenait le célèbre Bœuf-Assis (Sitting Bull), traversèrent la frontière.

C'était la première fois que cette tribu foulait le sol britannique. Ils étaient douze à cheval, avec leur chef, le Petit-Couteau.

Jusqu'alors Jean-Louis n'avait traité qu'avec les Yanktons et les Santés, qu'il connaissait tous par leur nom. Il n'en était pas ainsi des fiers Titons. Ces rudes gaillards n'étaient pas commodes à pratiquer. Ils avaient le cou raide, et la main toujours prête à frapper, au moindre signe provocateur. Ils étaient en rupture de ban avec la civilisation et exaspérés contre les Américains.

Le Petit-Couteau, arrivé à la demeure de Jean-Louis, entra seul; ses compagnons l'attendaient à une courte distance, inquiets de l’accueil qu’il allait recevoir. :

Il portait une carabine américaine qu'il avait ramassée lors du désastre du général Custer, et une belle bague au doigt. Il avait l'air effrayé et craintif. Il était évident qu'il n'était pas habitué à rencontrer un blanc.

En entrant, il promena ses regards de tous cotés, mit la main à sa carabine, comme s’il appréhendait une attaque.

Il faisait un pas, s'arritait quelques instants, l'œil au guet, et avançait encore lentement le pied, comme un chat qui s'approche d’une souris.

Arrivé au fond de la salle, il s’assit, se leva l'instant d'après, sans prononcer un mot, et fit signe de la main à ses compagnons d'approcher.

Ils entrèrent un par un et s’assirent en cercle.

Le Petit-Couteau se leva alors solennellement et alla présenter la main à Jean-Louis. Tous ses compagnons en firent autant,

Quelques-uns d'entre eux avaient des montres en or ou en argent; d'autres des chemises brodées.

Ils s'étaient revêtus des dépouilles des soldats américains tombés

ous leurs coups. Le Corbeau, leur orateur, se leva et fit un discours.

‘Nous avons laissé les Buttes-Noires, notre pays, dit-il, parce que les Américains sont trop méchants. Nous ne pouvons plus dormir. Nous avons entendu dire que la Grande Femme avait tous ses enfants en paix. Nous sommés venus de ce côté-ci de la ligne, afin que nos enfants puissent dormir sans inquiétude. Nous voulons ouvrir commerce avec toi; c'est pour cela que nous t'avons donné la main.

© (PRUD'RoMME]) DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE 371

Nous voulons avoir du thé, des munitions pour chasser

es présents et ils retournèrent satis.

faits t à 15 milles de là.

et vivre tran

loges campées auprès de 1 Bois.

Jean-Louis dut user de beaucoup de prudence et de patience Pour traiter avec eux. venaient à son magasin et pour mandaient de $25 à $30 d'effets.

nm Légaré se trouvait, avec des

disaient-ils, moi, à ton tour, r de la mélasse t alors chercher

remarquable, Tous avaient pris part à la Ils détestaient en général illage, leur Passe-temps

Ils se montraient Parce que ces derniers étaient généreux pou

Ils les nourrissaient et Partageaient souvent avec eux le peu qu'ils possédaient. Les métis ont hérité de leurs pères canadiensfrançais cette hospitalité excessive qu’on retrouve Parmi nos paysans. Les chefs titons les plus renommés étaient: Les Quatre-Cornes, La Lune-Noire, Le Chien-Long, Le Petit-Couteau, Le Bonnet-d'Ours, Le Chien-Bas, Le Bel-Ours, Pas-de-Cou, L'Aigle-Caille, La Corne-

Rouge et Le Tonnerre-Rouge.

Le Bœuf-Assis avait pour chef Les Quatre-Cornes. Les deux tribus les plus cruelles et les plus féroces étaient La Lune-Noire et les Quatre-Cornes. ù

Les chefs étaient héréditaires chez eux. Le Bœuf-Assis n'était que soldat de guerre. Ce qui lui a valu sa réputation, c'est son extrême prudence, son éloquence entrafnante et ses ressources ingénieuses dans les dangers. Un jour, il avait demandé effrontément à un agent des sauvages d'écrire au Président de laisser pousser les cheveux à ses soldats, avant de les envoyer en guerre, pour qu'il eut une meilleure chance de les scalper.

Les Sioux disaient qu'il avait la parole forte dans les conseils. D'un caractère sombre et taciturne, il ignorait ce que c'est que la reconnaissance et était rusé comme un renard. À ses heures, il parlait avec une chaleur communicative et une grande véhémence.

Il avait tué un grand nombre de blancs, mais il n'aimait pas à s'en vanter, pendant qu'il était en Canada, craignant que cette gloire peu enviable ne lui suscitât des misères. Lorsque les Titons traversèrent la frontière, le Bœuf-Assis n'était pas bien vu des siens. Les chefs étaient jaloux de lui et ne pouvaient lui pardonner de ce que lui, simple soldat, avait acquis une réputation supérieure à la leur. Toutefois son ascendant etait tel qu'il fut considéré virtuellement comme le chef des Sioux, quoique, de tait, il ne reçut aucun des honneurs réservés aux chefs.

On se rangeait toujours de son avis et rien ne se faisait sans qu'il fût préalablement consulté.

Les chefs portaient des plumes à leurs cheveux; le Bœuf-Assis se contentait d'un mouchoir d'indienne qui lui ceignait la tête, Il avait alors environ 50 ans, mais, comme chez la plupart des sauvages, ses cheveux n'avaient pas blanchi. Il portait toujours une couverte noire et un grand calumet. Il avait deux femmes et sept enfants, dont quatre étaient sourds et muets. Il recevait beaucoup de présents qu'il distribuait libéralement à ses compagnons; ce qui contribuait beaucoup à lui gagner l'estime des siens. Pendant l'hiver de 1877, le major Walsh se rendit au camp des Sioux et les visita. Ils tinrent conseil et le major leur porta la parole. Il leur dit qu'il leur permettrait de demeurer dans le pays, à la condition qu'ils en observeraient les lois. Ils ne firent guère cas de sa harangue, et, après son départ, le Bœuf-Assis dit à Légaré en souriant: ‘Nous ne prenons pas la parole d'un blanc, mais nous le jugeons par sa conduite.”

Pendant cet hiver, Légaré acheta 4,000 peaux de buffle qu'il paya de $4 à $5 chaque. L'été suivant, il descendit à Winnipeg avec 2000 peaux, mais il ne put obtenir que $2.50 de la Compagnie

+ rauo'nouue] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE

heval construisit u Sarnison,

leurs trop peu nombreux Pour maintenir l'ordre

et malheureusement assez nombreux Pour les troubler Par leur manière hautaine,

Un jour, les Sioux firent une incursion sur le territoire américain,

Le général Mills se mit à leur poursuite. Ils retournèrent en toute

hâte à la Montagne-de-Bois. Jean-Louis se trouvait en ce moment

en voyage au lac À son retour, le Chien-Long alla le

trouver, deux nuits, dit-il, que nous n'avons

Annéricains sont prêts de la ligne et

rsent pour nous Prendre. Quand tu

je dormirai."”

territoire anglais, ils n'avaien

tourna au Camp et le calme

dont il jouissait Parmi les Sioux. On ne cr ni se tromper. Le major Walsh

Grand fut l'émoi

Le Bœuf.Assis voulait attaquer i Dans cette

me qui pût

ajor, valait

ne

mangeant ur

d Pour les empêcher de mourir de » ils traversèrent la frontière,

Courant le buffe. i dit à la Pointe-aux-

mais il fut mal iniboi ui tirèrent sur lui et

son cheval, Américain du nom d’Allison

fit des efforts auprès du Bœuf-Assis pour le persuader de se livrer ou pour le faire tomber dans quelque piège.

Le Bœuf-Assis accepta tout ce que lui donna Allison, promit

sut et comme d'habitude ne tint rien.

Néanmoins il commit l'imprudence d'aller chasser de nouveau du côté américain et s'il n'eût été iverti à temps par un membre de sa bande, il eût certainement été pris par les troupes américaines, Il fut poursuivi jusqu'à la frontière et n'ichappa que grâce à l'agilité de son coursier.

Le major Croziers, qui avait succédé au major Walsh au poste de la Montagne-de-Bois, essaya de négocier un arrangement entre le Bœuf-Assis et le major Brotherton qui commandait au fort Buford.

Il lui proposa d'envoyer quelques hommes de la police s'entendre avec le commandant américain. 11 finit par consentir, mais à la condition que trois Sioux et Joseph Morin, qui devait agir comme interprète, jeraient partie de l'expédition. Le capitaine A. R. Mac- Donnell, accompagné de deux soldats, trois Sioux et Joseph Morin, se rendit donc au fort Buford.

A leur retour, ils remirent au major Croziers une lettre du major Brotherton qui faisait les offres les plus généreuses au Bœuf-Assis, s’il voulait se rendre, promettant de le traiter avec tous les égards possibles.

En entendant la lecture de cette lettre, le Bœuf-Assis devint furieux et dit à haute voix: “Ce n'est pas vrai, ce n’est pas une lettre du major Brotherton. Elle a été fabriquée le long du chemin. Vous avez bu tout le temps et j: ne prends pas votre parole.” Il paraîtrait qu'il avait été informé de ces faits par les trois Sioux. Les Titons se trouvaient alors dans un dénuement complet. Ils se rendirent devant la porte de Légaré, se mourant de faim et implorant secours. La situation n'était pas gaie.

D'un côté les Titons affamés et menaçants, d'un autre les métis pillés par eux, qui parlaient de s'éloigner et, ce qui était plus grave encore, les Cris, à la veille d'entrer en guerre avec les Titons et qui avaient déjà commencé par en tuer un. D'un côté de la ligne, la police à cheval ne voulait ni les aider, ni les voir, et de l’autre, les Américains, les armes à la main, les attendaient de pied ferme. Et puis les provisions allaient bientôt être épuisées. Un sac de farine se vendait déjà $12.00.

Que faire en pareille occurrence ? Légaré fut l'homme de la situation. Il réunit les Sioux et leur tint ce discours: “Voilà cinq ans que vous êtes avec moi. J'ai toujours été votre conseiller. Vous n'avez plus d'amis dans le pays, à part moi. Vous vous méfiez de tout le monde et tout le monde se méfie de vous. Je vais vous don-

{PauD'1ouwr] DEUX OUBLIÉS DE L'HISTOIRE 375

ons nécessaires pour se défendre, au cas d'attaque. Il partit avec trente Ti.

tons. Le soir, pe: pés, quelques Cavaliers en. voyés par le Bœuf..

Ils avaient reç r le fils de la Lune Noire, disant qu'il avait tué trop d'Américains, que $200 avaient été offertes pour sa tête et qu'ils craignaient qu'il ne fût tué, après avoir traversé la frontière, Plusieurs Titons furent effrayés de ce message et abandonnèrent Jean-Louis,

Quand il fut rendu au fort Buford, il n'avait plus que seize sauvages avec lui,

Il y avait déjà 1300 Sioux qui étaient gardés à ce fort et le général

fry avait donné l'ordre de ne laisser sortir aucun Titon qui entrerait dans le fort.

Ce dernier l'as.

t se rendre sans

pliqua au major

Douze : Compagnons de Jean-Louis Préférère : resver. Les Quatre autres le suivirent, De retour à la Montagne-de-Boie, Jean- Louis fut surpris d'apprendre que ie Bœuf-Assis était trente loges pour le lac Qu'Appelle, pendant son absence, refusèrent de taire quoi que ce fut œuf-Assis,

à partir avec ccueillis, égaré, comme dant sur les Sioux pour les in et débarrasser le Canada de ces reux.

Montagne-de-Bois, ce 20 avril 1881.

En dépit de tout ce qui a été fait pour lui, le Bœuf-Assis désire demeurer encore dans le pays, s’il le peut. Je pense cependant qu'il sera obligé, vu ce qui se Passe en ce moment, de suivre les autres. Si vous lui parlez, ce sera de nature à le faire considérer comme un chef, aux yeux de ses gens et à augmenter son influence. Il se servira de cette influence ensuite Pour retenir ses compagnons ici.

Je désirerais que vous envoyiez un message à la Pointe-aux-Trembles ou à Buford, pour avertir l'officier américain du nombre de sauvages que vous avez avec vous. Les Américains vous enverront des provisions et des voitures Pour emmener vos sauvages.

Vous pouvez compter que je paierai le prix dont vous aurez convenu pour le messager.

Je vous envoie ci-inclus la copie d’une lettre reçue du major Brotherton.

Ne faites pas savoir aux Sauvages que vous avez reçu une lettre de moi. Vous savez comme ils sont soupçonneux. Ils pourraient s'imaginer que nous avons quelques projets en vue. Je vous écris ceci, parce que le Bœuf-Assis pourrait vous tromper. Vous ne pouvez pas croire un seul mot de lui, Je vous récompenserai, bien entendu, pour la peine que vous vous donnez dans cette affaire et je ne manquerai pas d'informer le gouvernement de l’aide puissante que vous nous avez donnée.

Votre tout dévoué, Major CROZIER.

On voit par cette lettre combien les autorités canadiennes et amé ricaines comptaient sur Légaré pour livrer les Sioux au fort Buford. Le major Crozier craint même que les sauvages apprennent qu'il s'est mêlé de cette affaire et que son intervention soit mal vue par eux. Il n'est pas étrange qu'on soit surpris, après semblable aveu de la part du major Crozier, de lire dans certains journaux aux Etats-Unis et au Canada, que la reddition du Bœuf-Assis et de ses compagnons a été l'œuvre de cet officier. Comment Crozier aurait-il pu livrer le Bœuf-Assis, le plus rusé et le plus redoutable guerrier sioux, quand il s’adressait à Légaré pour faire rendre les autres ?

D'ailleurs les faits qui vont suivre établissent au delà de tout doute possible que ce fut Légaré seul qui ramena sur le territoire américain tous les Titons, y compris le Bœuf-Assis.

Avant de quitter le fort Buford lors de son second voyage, le major Brotherton promit à Légaré de voir le général Terry et de lui demander de le récompenser suivant son mérite. “Si vous nous amenez le Bœuf-Assis, dit-il, vous pouvez compter que le gouvernement n'oubliera pas un tel service.”

Let. À

Page 1