SCÈNE II
Les Mêmes, puis LE PRINCE DE KALDEN, BAUDRU
(Il arpente la terrasse.)
PAILLOUX, désignant le nouveau venu.
Qui est-ce?
CHARLES
Le prince de Kalden, commandant la division altembei^eoise dont nous parlions à la minute.
CHAMBRUN
Il n'a pas Tair aimable.
CHARLES
Non, car il ambitionnait d'épouser la reine Amélie, sa cousine, et le voilà Gros-Jean.
PAILLOUX
Il boude alors, promène des rancunes, aura juré de ne pas être du cortège, et veut souffrir quand même. Connu ! Le mirliflore doit bien nous détester.
KALDEN, brusquement, 8ur la terrasse, à Baudru, qu'il rencontre.
Pourquoi ne me saluez-vous pas?
BAUDRU
Au large !
KALDEN
Qu est-ce que vous dites?
BAUDRU
Au large, et rondement!
KALDEN Moi? (H le soumette.)
BAUDRU, le bousculant.
Mille tonnerres! je vais vous casser la figure! Dans mon pays, les soldats.... (Les trois offîciers se précipitent, ouvrent la porle.)
CHARLES, à Baudru.
Es-tu fou?
BAUDRU
Mon capitaine....
PAILLOUX
Tais-toi.
KALDEN
Messieurs, je vous prends à témoin et porte plainte.
CHARLES
Inutile, Votre Altesse ! Napoléon refuserait de punir. Vous n'êtes pas en uniforme, vous n'avez droit à aucun privilège.
KALDEN
Vous défendez ce misérable?
PAILLOUX
Je le défends aussi.
KALDEN
Votre nom?
PAILLOUX
Colonel Pailloux, du 6*' chasseurs.
KALDEN
Je ne peux cependant pas me couper la gorge....
PAILLOUX
Essayez.
KALDEN
Vous êtes mon inférieur.
PAILLOUX
Allons donc !
CHARLES, froidement, les yeux dans les yeux du prince.
Prenez garde, Altesse!... La colère et le dépit sont mauvais conseillers. Prenez garde! (Un court silence.)
KALDEN
Vous avez raison. Merci. (Saluant et vipérin.) Excusez-moi, messieurs. (H sort très vite.)