‹ Deux patries: drame en cinq tableaux, dont un prologueChapitre 22 sur 45 · MARGUERITE DE BERGHEN, M" DE GEITZ · texte numérisé non relu

MARGUERITE DE BERGHEN, M" DE GEITZ

M^^ DE GEITZ, assise, les yeux sur Toccident.

Je n'aperçois plus le soleil ; mais il rayonne au travers des feuillages, et l'horizon garde son éclat rouge, rose, jaune d'or, que mêlent et barrent un nombre infini de nuances.

MARGUERITE

Rouge, rose? Les arbres! Le soleil! J*aurais tant désiré voir cela... et aussi un visage.

MMB DE GEITZ

Lequel?

Celui de Icmpereur Napoléon.

M>'B DE GEITZ

De TEmpereur?

MARGUERITE

Est-ce vrai que par tous les pays du monde, il existe des femmes, des jeunes filles, amoureuses de sa gloire?

MME DE GEITZ

Je Tai lu dans les gazettes.

MARGUERITE, avec une sorte d*ardeur enfantine.

Oh! que je voudrais promener mes mains sur son visage !

M^^ DE GEITZ, souriant.

Difficile!

MARGUERITE

Vous riez, vous me jugez naïve?

MME DE GEITZ

Hem!

MARGUERITE, souriant à son tour.

Ce fut mon unique moyen de connaître la reine. Elle me permit d en agir à ma guise, un jour... et je vais vous la dépeindre : front large, un peu bombé, nez droit, bouche mignonne, menton ovale, de grands yeux aux cils courbes, une chevelure épaisse, onduleuse. Est-elle ressemblante?

M>«B DE GEITZ

A croire que vous l'avez vue.

MARGUERITE

A croire, oui, à croire! Mais si vous saviez comme je me chagrine quelquefois de vivre au milieu des ténèbres, d entendre et de ne pas me figurer!

MME DE GEITZ

Napoléon est gros, court, blême.

MARGUERITE

Vous ne Taimez point !

MME DE GEITZ

Certes !

MARGUERITE

Pourquoi?

M^^ DE GEITZ

Parce qu'il est trop personnel, trop dur, trop négligent des conséquences.

MARGUERITE, émue.

Vous êtes sévère! D'habitude, Thistoire seule inflige de pareils bL^mes, et ne les inflige qu'aux morts. (Prêtant soudain roreiile.) On marche au loin.... Deux voix s'approchent. Remarquez-vous?

M^E DE GEITZ se lève, regarde.

La reine et le prince. (Un court silence.) Ils rentrent de leur promenade quotidienne par la ville.

MARGUERITE

Dites cependant, madame....

MXE DE GEITZ

Volontiers.

MARGUERITE

Est-ce que Marie-Louise plaît à la France?

MME DE GEITZ

Non.

MARGUERITE

Et à l'Empereur?

M"E DE GEITZ

Beaucoup.

MARGUERITE, aUristée.

Il doil être bien heureux alors, bien fier d'avoir battu derechef ses ennemis à Lutzen, à Bautzen, à Glogau!

MME DE GEITZ

Sans doute; mais comme ils se défendent, mon Dieu! comme on se massacre !

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