NOTIONS PHYSIOLOGIQUES SUR L'APPAREIL DE PROTECTION DE L'ŒIL
Les paupières se comportent comme deux rideaux mobiles qui protègent l'œil contre tout ce qui, venant .du dehors, pourrait le léser. Elles ont pour mission d’occlure la fente palpébrale, soit par mouvement. volontaire, soit par réflexe. C'est le muscle orbiculaire qui exécute seul l’occlusion. La voie centripète du réflexe est formée par les plexus cornéens et ciliaires, dont les racines sensitives procèdent du trijumeau, par sa branche nasale. La voie centrifuge c’est le nerf facial. Outre cei arc sensiiva-moteur, il en existe un autre sensorio-moleur, avec la rétine et le nerf optique comme voie centripèle. Le premier réflexe ferme les paupières quand un corps quel- <onque vient en contact avec la cornée, le deuxième, quand une lumière brusque impressionne la rétine, o1 qu'un objet, la main d’un cbhservateur par exemple, est rapidement amenée très près de l'œil. .
Cette ucclusion rapide est facilitée par le glissement des deux feuillets conjonctivaux, palpébral et bulbaire, lun contre l’autre. Les paupières sont encore chargées de la répartition des larmes sur la surface cornéenne et le globe de l'œil. Elles entraînent, en outre, les éléments desquamés qui pourraient gêner la vision.
‘ L'élimination des larmes a lieu par les voies lacrymales. Le mécanisme du passage des larmes dans les voies lacrymales est encore mal déterminé, mais nous savons au moins de façon précise quelles en sont les conditions nécessaires. ‘ Le canal lacrymo-nasal présente une direction Sens
blement proche de la verticale dans toue une partie de son parcours. Son orifice supérieur du point lacrymal est très petit, il plonge normalement dans le lac lacrymal où stagnent les larmes. Quel rôle faut-il faire jouer, dans un tel appareil au principe de la capillarité? aux lois des siphons? à lappel .produit, à Ia partie inférieure du canal nasal, par la diminution dé pression qui se produit dans le méat inférieur à chaque inspiration? Les recherches ultérieures éclaireront peut-être ces points, encore en discussion. Ce qu’on peut affirmer actuellemeni, c'est que l'intégrité absolue du muscle orbiculaire des paupières et de son expansion, le muscle de Horner, sont absolument nécessaires à la pénétration des larmes dans les voies lacrymales.
C’est la tonicité du muscle de Horner qui maintient la disposition légèrement basculée en arrière des points lacrymaux. Dans les cas de parésies de ce muscle (qu’innerve le facial), les points lacrymaux remontent en avant, regardant directement en haut et les larmes se répandent par dessus le bord libre, sur les joues. Ar
La parésie de l’orbiculaire (nerf, facial) des paupières, l'écartant, par atonicité, du globe, déplace de la même facon les points lacrymaux et cause encore le larmoiement ou épiphora.
La stagnation des larmes entre les paupières, quelle que soit sa cause (occlu:ion du point lac:ymal ou obstacle sur le conduit lacrymc-nasal) amène aussi le débordement, mais de plus, elle ajoute à cette conséquence, celle beaucoup plus grave de nuire à l’adhérence normale, physiologique qui existe entre le globe de l'œil et la face interne des paupières. 1e
Nous avons énuméré les conditions qui rendent précaire la bonne fixation de cette paupière et facilitent son renversement. Elle est cependant maintenue en place par la onicité de l’orbiculaire d'une part, e: par la rigidité de forme que lui confère son cartilage tarse. La face interne concave, épouse exactement la forme du globe oculaire
auquel elle répond. Les deux feuillets conjonctivaux, humides, se correspendent exactement, ne laissant enire cux fu'une fente très étroite, presque virtuelle. C'est cette disposition qui entraîne l’adhérence physique de la paupière inférieure du globe.
Que dans une lentille concave, on place une lentilie convexe de même rayon, en humectant les deux surfaces correspondantes. On imprimera facilement un mouvement de bascule en tous sens à la lentille convexe, dans la concavité de l’autre lentille. De même la conjonctive concave, glisse-t-elle facilement à la surface du globe dans le mouvement de clignement. Si l'on tente alors d’écarter l'une de l'autre les ‘deux lentilles en, leur appliquant deux forces parallèlement à leurs axes, on appréciera immédiatement la valeur de cette adhérence physique due à la capillärité. Ainsi Baraquer, extrayant le cris'allin par phagoérisis, une fois la zonuie rompue et la lentille libre de toute adhérence anatomique, recommande-t-il soigneusement d'opérer un mouvement de bascule qui mobilise le cristallin en lui faisant suivre la concavité de la fossette patellaire, précisément pour éviter en tirant directement en avant, d'exercer sur le vitré une traction par suite de cette adhérence purement physique.
La paupière inférieure à l’é‘at normal se tient donc appliquée contre le globe. Mais si la sécrétion lacrymale vient à stagner à la surface de l'œil, les larmes s’introduisent entre paupière et globe dans le cul-de-sac conjonctival. Leur poids et leur volume tendront à écarter la paupière de l'œil. L'effet de capillarité sera détruit et un des moyens de fixation de la paupière inférieure deviendra déficient. | 1
Dans les conditions habituelles, la paupière inférieure est sollicitée pendant le jeu normal des muscles de la face, par une attirance vers le bas. l
Nous avons vu la solidarité anatomique unissant la paupière inférieure au muscle orbiculaire des lèvres et due à la continuité du revêtement cutané et à la tonicité
des muscles peauciers de la face. Une traction exercée sur l'orbiculaire, soit par continuité, s'exerce également sur la paupière inférieure. Si la direction de cette traction se produit de haut en bas, elle doit tendre à renversef: cette paupière. Nous verrons qu'effectivement il en est ainsi dans certaines conditions pathologiques. Dans les conditions normales physiologiques, divers facteurs s’opposent à cet ectropion de la paupière, au.rement à chaque bâillement le cul-de-sac conjonctival serait découvert et cet aspect physioncmique ne passerait pas inaperçu; chacun sait qu'il n’en est rien. Pourtant la paupière inférieure ne reste pas totalement immobile. Maintenue en place par la tonicité de l’orbiculaire, par l'adhérence physique sur laquelle nous ‘avons insisté, elle reçoit cependant, pendant le bâillement, des sollicitatiois de mouvement vers le bas, auxquelles son élasticité lui permet de répondre sans perdre contact avec le glob2 de l'œil. Quand la bouche s'ouvre fortement, l’orbiculaire des lèvres est attiré par en bas, surtout vers ses commissures et dan sa partie inférieure, il entraîne dans c: mouvement les deux Zzygomatiques qui sont détendus ei qui par leur tonicité tendent à lutter contre ce mouvement en prenant point d'appui pour une certaine part sur l’orbiculaire des paupières. De plus, la peau de la face est étirée dans une forte mesure et sa souplesse est mise à contribution. Il est facile de constater -expérimenta'ement le résultat de ces sollicitations sur la paupière inférieure. Il suffit vour cela de placer son doist à la partie inférieure de la paupière inférieure contre le rebcri orbitaire, sans appuyer, et d'ouvrir fortement la bouche. On sent au doigt à chaque ouverture de la bouche, l’orbiculaire des paupières exécuter un mouvement léger de haut en bas, suivi d’un mouvement contraire quand la bouche se referme. Ce fait est particulièrement perceptible lorsque le regard est dirigé en haut, et plus sensible dans la région externe de la paupière que près du canthus interne. Nous verrons ce que devient ce phénomène physiolo-