‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 3 sur 31 · CANTIQUE DU RHONE · texte numérisé non relu

CANTIQUE DU RHONE

L^TA. — Qu'il est beau, le navire noir que le vent et cette brise même sur mon visage

Amène tout droit en quelques instants du fond de la mer,

Quand il laisse tomber son antenne, et tourne, et se couche sur le côté !

Qu'ils sont beaux, les pieds de celui qui à travers l'immense plage de sable éblouissant.

Se met en devoir d'atteindre la patrie.

Les pieds de celui qui annonce la victoire !

Il vole sur ses pieds ailés, chassant la terre d'un orteil impétueux,

Et les vierges qui le regardent du haut de la colline voient deux nuages de poussière tour-àtour s'élever sous ses sandales !

Et qu'il est beau, le fiancé, quand enfin, à ce tournant du Rhône,

Il apparaît, le premier parmi la troupe équestre de ses frères.

Lui entre tous les jeunes gens de son âge le plus grand et le plus beau, vêtu d'armes qui jettent l'éclair l

Ah, qu'il la prenne déracinée et perdant l'âme entre ses bras.

Comme une grande urne pleine d'un vin sans prix que l'on met debout pour la table d'un dieu, oscillant sur sa pointe aiguô !

Car à quoi sert d'être une femme sinon pour être cueillie ?

Et cette rose sinon pour être dévorée ? Et d'être jamais née

Sinon pour être à un autre et la proie d'un puissant lion ?

Ah, qu'il me prenne sur son cœur et jamais ses bras ne me paraîtront trop durs.

Et qu'il me tue s'il veut pourvu qu'il ne me laisse point échapper !

Que d'autres louent la rose et moi je louerai l'homme libre, imprenable, inattendu.

Le mâle, le maître, le premier, l'animateur.

L'homme qui a reçu de Dieu même origine et ne relève que de lui seul !

Et le bonheur est une forte prison. Mais à quoi serviraient la coupe close de ce lac enchanté et les rets de cette nuit d'amour où le pas du soleil même prêt à revenir hésite.

S'il n'y avait le Rhône, je le sais, pour nous en faire sortir et les sonnantes eaux de ce fleuve armé qu'aucun rivage ne captive !

Ce n'est point de la terre qu'il sort, c'est du ciel qu'il descend directement ! Et voyez autour de nous

L'Europe autour de nous de toutes parts pour le recueillir profondément exfoliée se lever et s'ouvrir comme une rose immense,

La terre, jusqu'aux suprêmes glaciers du ciel même liminaires, avec ces longs pans de murs concentriques l'un sur l'autre.

Se lever et s'ouvrir comme une cité en ruines et comme une rose dévastée !

11 faut bien des montagnes pour un seul Rhône !

Il n'y a qu'un seul Rhône et cent Vierges pour lui dans les altitudes 1

Il n'y a qu'un seul Rhône et pour ce taureau unique

Mille lieues de montagnes, cent Vierges, vingt Cornes farouches,

Vingt Colosses dans l'air irrespiré chargés d'une pesante armure, vingt cimes recueillant les souffles des quatre coins du monde.

Vingt Visages recueillant la bénédiction des Cieux illimités et la déversant de tous côtés vers la terre en un flot torrentiel et solide.

En un pan de verre, en une seule masse d'or, en une cataracte immatérielle, en une Chute aussi fixe que l'Extase !

Cent montagnes et au milieu d'elles un seul Rhône

Intarissablement nourri des mamelles glacées de l'Altitude et des glandes gorgées de la morasse !

Le voici livré à la terre et qui de la terre qu'il parcourt toujours trouve l'endroit le plus profond.

Lui, le Violent, avec une souveraine délicatesse épousant la pente la plus insensible !

Toutes les sources de bien loin entendent sa voix, comme les vaches qui de cime en cime répondent à la corne du pasteur I

Tout conflue vers lui et la lente Saône déjà est en marche pour le rencontrer.

Salut, Rhône, buveur de la terre et aspirateur de cette rose immense autour de toi et le trait irrésistible du sang animateur qui donne à tout son sens !

Au dessus de tout, ce qui est Immaculé et l'éternel diadème dans l'altitude 1

Puis ce céleste jardin dans les nues où toutes fleurs poussent d'elles-mêmes, et l'herbe, puis la forêt.

Et puis, après les pâturages, la vigne aux flancs rebondis de la montagne.

Exploitant les avant-corps de tout l'ouvrage et les piles accumulées des bastions et des bufièts,

Et le torrent, se faisant jour sous les pampres, vers la plaine jaillit d'une lèvre de marbre !

Et dans le fond tout en bas se mêlant aux premiers roseaux l'or fluide des moissons !

Et tout cela finit au Rhône qui l'entraîne, à ce trait qui donne le branle à tout,

Comme le feu qui tire et d'une ville incendiée ne fait qu'un seul sacrifice !

Car à quoi servent les pieds sinon à se joindre à la course qui les entraîne ? et le cœur

Sinon à compter le temps et attendre la seconde imminente ?

Et la voix, sinon à joindre la voix qui a commencé avant elle ?

Et la vie, sinon à être donnée ? et la femme, sinon à être une femme entre les bras d'un homme ?

Et la lunfy sinon à avoir le soleil ?

LiETA

A avoir le soleil.

BEÀTA

A avoir pendant la nuit le soleil l

FAUSTA

La voici qui règne sur nouSy boniface et vermeille^ Remplissant tout !

BEATA

Possédant tout l

V astre-de-toute la-nuit qui remplace le sommeil.

FAUSTA

Cette lampe qui est entre le ciel et la terre...

BEATA

Ce miroir bien poli dans le ciel qui réfléchit et qui considère....

FAUSTA

La lune en marche vers la mer....

Que suit une marée drames endormies....

FAUSTA

Soulevanty pénétrant Vâmey appelant^ dilatant^ déta-^ chant rame du corps....

LiETA

Ce soleil qui est entre Pâme et le corps...

FAUSTA

Du sommeil qui est entre la mort et la vie l

BEATA

// est minuit.

FAUSTA

O lieu que le jour nous cachait l

LiETA

O lieu que mon cœur cherchait l

FAUSTA

Sous la lampe mystérieuse....

LiETA

Délectable et ténébreuse....

FAUSTA

Après tant de jours mauvais....

LMTA

La terre devinée....

FAUSTA

Le paradis retrouvé....

BEATA

UEden ancien....

FAUSTA

Te retrouvons-nous enfin^

BEATA

Terre de Gessen....

LiETA

Nouveau et le mime Eden....

FAUSTA

Avec tes montagnes y les mêmes....

LiETA

Tes monts que je reconnais....

FAUSTA

Jérusalem l

BEATA

O terre que je reconnais....

'Notre séjour^ à jamais....

BEATA

Solitaire cité !...

FAUSTA

Manifestée moins qu^ évoquée....

LiETA

Présente moins que remémorée....

BEATA

Lieu de la paix /...

LiETA

Découvrant au cœur qui renaît....

FAUSTA

Ta vaste complicité....

LMTA

Entre le Jour et la nuit....

FAUSTA

Entre la mort et la vie....

BEATA

Bienheureuse nécessité !

// ne sort pas du jardin....

Celui qu^unefemme y retient....

LMTA

Avec un lien très étroit....

FAUSTA

La paire de ses bras....

BEATA

Une femme y non y mais trois....

LiETA

Toutes deux avec moi...

FAUSTA

Ces filles et ces voix...

LiETA .

De la terre sourde et sombre....

BEATA

La Vigney le Froment et F Ombre l

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