‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 4 sur 31 · CANTIQUE DE LA VIGNE · texte numérisé non relu

CANTIQUE DE LA VIGNE

LiETA. — Ah, si cet homme ne veut pas en cueillir la grappe,

Ah, s'il ne veut pas en respirer les fumées et accoler ardemment ce flanc même de la terre des aïeux qui lui ouvre sa veine libérale.

Ah, s'il veut continuer à faire le juge.

Ah, s'il tient à conserver son petit jugement et sa raison et ne pas se livrer au feu qui de tous côtés en lui craque et part en flammes et en étincelles,

Faisant chaleur et lumière de tout.

Alors il ne fallait pas planter au coin le plus chéri de soleil entre les pierres brûlantes, continuant le soleil par maintes racines profondes et acharnées,

La vigne, fille du déluge, et signe mystérieux de notre salut !

Ah, s'il méprise la grappe, il ne fallait pas planter la vigne, et qui méprise le calice, il ne fallait pas planter la joie !

Qui donc a inventé de mettre le soleil dans notre verre comme si c'était de l'eau qui tient toute ensemble.

Exprimant cette grappe qui s'en est de longs mois gorgée ?

Qui donc a inventé de mettre le feu dans notre verre, le feu même et ce jaune-et-rouge qu'on remue dans le four avec un crochet de fer

Et la braise du patient tison ?

C'est un dieu sans doute et non pas un homme qui a inventé de joindre^ comme pour notre sang même,

Le feu à l'eau !

Un dieu, je vous le déclare, et non un homme, qui a inventé de faire tenir ensemble dans un verre

Et la chaleur du soleil, et la couleur de la rose, et le goût du sang, et la tentation de l'eau qui est propre à être bue !

Et qui nous a donné en une même coupe à boire.

Pour libérer notre âme à la fois l'eau qui dissout et le feu qui dévore !

Ah, s'il ne veut point qu'elle le croie.

Il ne fallait pas que cet homme prenne la jeune fille par la main et lui dise qu'il l'aime et qu'elle est belle.

Ah, s'il ne veut pas l'emmener, il ne fallait pas lui prendre la main ;

Ah, s'il ne veut pas épuiser la coupe, il ne faut pas y mettre les lèvres !

Car ce n'est pas une amphore vacillante qu'il tient entre ses bras.

Et quelle force a le vin auprès d'un cœur pur ? et quelle chaleur

Le feu intérieur à l'eau

Auprès de celle que fait une âme immortelle avec le corps ?

Et près de cet esprit vivant, qu'est le vin qui plaît aux morts mêmes et que l'on couche avec eux dans leur tombe ?

Car ce n'est pas en aucun autre moment, mais en celui-ci même, que nous posséderons cette femme qui est une seule avec son corps et en qui tout tient ensemble !

Et s'il ne veut point le calice, il n'y a point besoin de la vigne !

Et s'il ne veut que manger, le pain épais suffit.

Mais ce qui nourrit le corps à l'âme n'est pas chose désaltérante.

Ah, s'il est avare et s'il n'aime que ces choses qu'on acquiert l'une après l'autre.

Ah, s'il est lent et patient et circonspect, et si toute bonne fortune le trouve incertain et éperdu, et s'il n'a pas ce grand vide en lui toujours prêt.

Ah, s'il a toujours quelque chose à faire au préalable et besoin de s'enquérir et de juger et de savoir et de raisonner.

Ah, qu'il ne mette point les lèvres à cette coupe qui raccourcit le temps et nous donne tout à la fois !

Car ah, cette vie est trop longue et le temps est ennuyeux, et le moment seul est éternel qui n'a aucune durée !

Que ferons-nous, qui ne puis être une femme qu'entre ses bras et une coupe de vin que dans son cœur,

S'il ne veut point accueillir cela qui n'a point de temps et qui lui vient d'ailleurs ?

Ah, s'il tient à rester intact, il ne faut point étreindre le feu !

Et si pour lui la coupe est inattendue.

Que sera-ce de la femme ? Que sera-ce de la mort ?

— J'ai dit la vigne, et toi, dis, Fausta, le froment.

BEATA

Pensive Fausta l

LMTPl

Patiente Fausta !

BEATA

Blonde étrangère I

LMTA

Maîtresse de cette terre^ V ayant achetée^

BEATA

Comme elle dorie l

Dis-nous le blé.

BEATA

Le froment blanc couleur de lune avant que ce soit du soleil et d^ argent

Avant qiCil ait la ressemblance de Vor !

LiETA

V herbe qui se décolore !

Vèpi épaisy le grain plein de lait encore^

Lourd et presque mûr.

FAUSTA

La moisson déjà blanche !

BEATA

Vâme sans support qui penche j Lourde et presque mûre.

LiETA

Mais déjà ce n^ est plus hier^ mais aujourd'hui.

BEATA

Déià au sein de la nuit...

Commence Dimanche I

Et r attente ne se distingue plus du matin

Oh celui que f aime revient^

Peut-être.

BEATA

Une longue attente^ Fausta !

LiETA

Patiente Fausta l

BEATA

Longue^ patiente Fausta !

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