‹ Deux poëmes d'été: la cantate a trois voixChapitre 7 sur 31 · CANTIQUE DES CHARS ERRANTS · texte numérisé non relu

CANTIQUE DES CHARS ERRANTS

LiETA. — C'e^t ainsi que sur le Rhin naguère

J'ai vu les barges chargées de foin, portant les nouveaux mariés et leur cortège, sur le miroir des eaux resplendissantes.

Comme autant de chars enfonçant sous les dépouilles de Tannée, partir l'une après l'autre.

Et l'on entendait la clarinette et le son grêle du violon, et les rires et les chants comme en rêve

des hommes et des jeunes filles qui s'appelaient d'une à l'autre de ces meules flottantes !

Et déjà là-bas le premier char avec un cri imperceptible se fondait dans la lune magique,

Que le dernier à peine encore démarrait d'entre les roseaux.

C'est ainsi que dans le milieu de l'année,

Ces blocs de la neige céleste qui de tout le volume de la vie promènent les simulacres amalgamés

Défilent en solennelle ordonnance.

Pendant le jour, comme une cire a pris l'empreinte de nos villes, et de nos cultures, et des âmes humaines, pénétrant par la bouche.

Et nous voyons, la nuit venue, tout cela, chancelant, fumant, bousculé, en marche au-dessus de nous comme. des montagnes et le ciel en est parsemé I

Comme le plongeur au fond de la mer translucide

Voit l'ombre du bateau au-dessus de lui, avec ses mâts et ses tangons et les- bras de l'équipage qui manœuvrent les engins

Se peindre légèrement sur le sable.

C'est ainsi que ces ombres de la vie sur nous font une ombre à leur tour.

Pas plus que les noyés qui ont atteint le fond de la mer

A jamais ne reconquerront la terre des vivants,

Pas plus les dormeurs qui gisent tout en bas sur le sol ensevelis sous ces eaux magnétiques,

Quoique délivrés du poids, en un effort imperceptible et plus vain que Latone quand elle s'attachait au palmier de Délos,

Ne suffiront à rompre les enchantements !

Ils regardent au-dessus d'eux passer les nuages superbes et ces grandes îles en triomphe,

Comme des chars qui déménagent toute la vie et comme des villes démarrées avec leurs constructions !

(Leurs ombres en bas sur la moisson soyeuse et tachée de pourpre

Les suivent comme l'ancre suit le navire.)

Pas de fenêtre si close qu'elle suffise à défendre le dormeur contre le lait extérieur et contre le temple allumé.

Et de miroir si absorbé qu'il n'en rétorque un rayon !

Ce n'est pas la lune aux fentes du volet pour être si doré, et cependant je sais que ce n'est pas le jour !

6o DEUX POËMES D'ÉTÉ

La petite ville tout entière autour de son clocher, pénétrée de jardins,

Repose dans une fumée divine et dans une atmosphère d'or I

FAUSTA

Ta patriCy Lata.

LiETA

La tienne maintenant^ ô saur !

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