CANTIQUE DE L'OR
FAUSTA. — Je n'ai point de patrie !
Mais moi ! moi du moins je ne manque pas au vaincu et à l'exilé !
Et je suis taciturne entre ses bras à la place de la patrie perdue et de la société de ses frères.
C'est peu de chose sans doute qu'une femme entre les bras de l'époux qui est revenu
Désarmée et n'ayant plus usage de sa volonté.
Et cependant telle quelle, c'est tout ce qui lui reste au monde, de sa patrie et de son patrimoine.
Et qui lui apprendra sinon moi que tout était vain ?
LA CANTATE A TROIS VOIX 6i
Et comment apprendrais-je que tout était vain,
Sinon entre les bras de l'époux qui est revenu et qui m'a guérie de ce temps qui passe ?
C'est alors que tout est vain, et que tout est fini, et qu'il n'y a plus rien à faire, et que rien ne tient plus à rien,
C'est alors que tout acquiert son prix aux yeux de l'avare cultivateur, et que la terre devient comme de l'or !
Et je lui dirai à voix basse : " Tout est prêt. Tout est mûr. Tout est vain.
Regarde ce que j'ai fait en ton absence.
Regarde cette terre que j'ai achetée et ces grands biens autour de nous qui m'appartiennent.
Regarde l'immense moisson dans la nuit, toute blanche avec des taches de sang !
Regarde ce que la terre a fait et toute cette beauté qui est à la place de l'amour ! "
Et tu me diras : " Est-ce là cette Fausta que j'ai aimée !
Où est le printemps ? Où est la couleur de l'enfance ?
Où est ce bleu si pur ? ce vert presque incandescent ?
Où est la fraîcheur de l'églantine ? où sur ta face cet éclat vermeil de la Pentecôte ?
L'ardente couleur de la pourpre
Comme le soir dans un bois de pins et le rayon du soleil de mai ! "
Et je te répondrai : " Il n'y a plus que de l'or !
C'est moi, ô mon époux !
Et le jour n'est pas levé encore, mais tout est là dans la nuit, l'immense manne dans la nuit et le montueux océan !
Et tu sais trop que cette terre n'est pas la nôtre, et que ce vent n'est pas l'haleine de la patrie.
Et que ce fleuve n'est pas sa voix dont tu entends le bruit éternel.
Mais moi du moins, je suis là et tu es là aussi à la fin !
Moi du moins je ne fais pas défaut, moi aussi je suis comme de l'or.
Comme un trésor sur ton cœur et comme une grande moisson entre tes bras !
Moi du moins je suis véritable !
Tout ce qui était de la nuit est devenu comme de l'or.
Comme le ciel qui est rouge d'abord, puis violet, puis bleu, puis vert, et la couleur enfin de For inaltérable !
Tout ce qui était de la nuit en moi est devenu comme de l'or.
Tous ces grands biens sont à moi et rien n'a duré de ce que j'ai acquis en ton absence, mais tout a changé et mûri entre, mes mains, et je le vois qui devient de l'or ! "
Et voici le jour bientôt de la femme qui est montée vers Dieu, revêtue d'une grande moisson, la moisson qui ruisselle de ses épaules.
Et dans le moment qu'elle passe à son Epoux et à son Père
Ce qui était comme de l'or devient comme de la neige !
BEATA
Ce qu'il y avait dans la nuit est devenu comme de Vor !
Ce qu'il y a comme de Vor est la chère de l'âme et du corps.
LiETA
L'aurore d'un jour nouveau bientôt paraîtra là^haut dans le ciel éteint.
FAUSTA
Mais déjà sur la terre tout bas dans la nuit a lui l'aurore du pain.
hJETA
Vannée qui se partage dans la nuit l
BEATA
La fleur qui est déjà le fruits
LiETA
Semence de tout ce qui commence^
BEATA
Or de tout ce qui est fini I Toute chose se reproduit^
BEATA
Indéfiniment la même^
LiETA
Tout recommence et redit
BEATA
Un mot de valeur suprême^
Un seul nom toujours le même^
BEATA
Le sien h jamais le même^
LiETA
La fleur inséparie du fruit
BEATA
De la Vie toujours la mime
BEATA
Dans le temps anéanti l
LiETA
Les générations l'une à l'autre^
BEATA
Celle qui cesse à la ndtrey
LiETA
Le mois inextricable^
^ BEATA
La fiancée qui soupire
LMTA
Entre les iras qui Pattirenty
BEATA
Viti lointain h Viti^
hMTK
Le printemps qui expire^
BEATA
Conduit à sa maturité^
LiSTA
Viti sans fin à Fitiy
BEATA
Dans le don inextricable
LiETA
De Vitre h Vitre semblable^
BEATA
5e passent Vimmortaliti l