‹ Deux poëmes [i.e. poèmes] couronnés par l'Université Laval [microforme]Chapitre 21 sur 47 · LE SIGNAL · texte numérisé non relu

LE SIGNAL

Au fond de l'Occident le soleil descendait.

non amie !

Et l'ombre de la nuit à l'Orient montait.

rmie.

‘omme on voit dans un cœur s'affaisser l'espérance

Et monter tout à coup une sombre souffrance.

Après avoir marché dans l'ile tout le jour,

Sur le bord de la mer les marins de retour,

Entassaient des rameaux pour les livrer aux flammes Quand le voile des nuits S'étendrait sur les lames,

Et faire aux deux vaisseaux peut-être errants encor

Un signal qui pourrait diriger leur essor

Vers la tranquille baie où Ia bonté divine

Avait, malgré l'enfer, guidé la Grande-Ffermine,

Sur le sable où le flot courait avec lenteur Cartier se promenait, méditant dans son cœur Les desseins du Très Haut et st magniticence ; Et déborlant d'amour et de reconnaissance Du

Son esprit droit et pur montait vers le Scigneur,

Comme vers le soleil une molle vapeur,

Cependant ses regards avec inquietude

Interrogeaient souvent la vaste solitude.

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ants encor

crie,

RIQHE

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rieur,

DU CANADA 19 Le chasseur Indien n'était pas revenu.

était-il égaré dans le bois inconnu ?

u sentant tout à coup ses fiers instincts renaitre, ‘était-il échappé pour ne pas repuraitre ?

Pendant que ces pensers occupaient ses esprits, ur un rocher couvert de sapins rabougris ‘urtier vit s'elancer deux rapides fantomes.

‘omme un mulot ruse se cache dans les chaumes, I les vit se cacher au plus épais des bois,

Et la les entendit contrefnire trois tois,

Dloujours en élevant leur voix imitative,

Du lugubre hibou la voix morne et plaintive.

Nurpris, vers les marins il accourt promptement.

Mais il les trouve aussi remplis d'étonnement.

À l'instant où les voix s'élevant des ténèbres. Avaient fait trembler l'air de leurs trois cris funsbres,

Taiguragny, pensif. avait bondi soudain,

Et s'était vers les bois élancé comme un duim.

Mais ses pieds n'avaient plus leur souplesse premiere :

Un marin le saisit avant que la bruvére

Lui donnät dans son ombre un asile certain :

Et tenant son front pale appuyé sur su main,

I était maintenant assis au pied d'un arbre, Einmobile et muet comme un buste de marbre,

—"* Ces endroits, dit Cartier, ne sont donc pus desert: + Nous les eXplorerons en mille sens divers

*Nitot qu'a l'horizon l'on verra l'aube poindre.

* Domagava nous fuit. il faudra le rejoindre

Mais brülons ces rameaux que l'on vient d'entasser:

6 Dans le sommeil ensuite allons nous délasser.”

Alors un des marins en frappant une pierre Fit jaillie avec bruit une vive lumière :

L'étincelle mordit les rameaux résineux :

La fumée éleva ses orbes onduleux

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DU CANADA lu!

Comme un voile flottant dans l'air chaud et limpide, Un gai pétillement, un eraquement rapide

Se melérent alors aux cris des mutelots,

A leurs éclats de rire, à leurs joyeux propos Bientot tout fut en feu, De ses flèches nignes

La flamme en bourdonnant semblait percer les nues: Un rideau ténebreux dérobait les forots:

Et du vaste brasier les ondovants reflets

Luisaient d'un vif éclat au loin sur Fonde amre, Comme le souvesir d'une joie ephemere

Vient luire quelque fois sur notre pauvre cœur

Quand il est recouvert d'un voile de douleur,

La flamme cependant s'était bien vite éteinte. Et la mer n'avait plus sa luminense teinte.

Monté sur son vaisseau, l'aventureux marin

Reposait ses esprits dans un sommeil serein.

Aussitôt que l'aurore au monde vint sourire,

Le Commandant monta sur le pont du navire,

lt longtemps sur ln mer promena son regard.

Alors les matelots, honteux d'être en retard, Laisserent leurs hamacs et leurs aimables reves, Le vent souffait du large, et l'onde sur les grèves Jetait sa blanche écume avec de vagues bruits,

Pendant qu'au ciel montaient les frais brouillards de: [nuits.

Tout-à-coup, rasant l'ile, une fréle pirogue, Nur les flots écumeux se précipite et vogue, Elle laisse la rive et vient vers le vaisseau : Chaque coup d'aviron la fait bondir sur l'eau. Cartier a reconnu l'Indien qui la guide.

C'est bien Domagaya dont la ruse perfide, Faillit avoir la veille un étrange succès.

[ rame avec vigueur ; il est déjà tout près.

ourire, navire, ouai).

tard,

N l'ÉVOR, es grèves bruits,

rouillards de:

[nuits

utile,

le,

“all,

T'aiguragny surpris ne sait par quel mystère Dans un canot d'écorce il voit voguor son frère, Cependant il arrive, amarre son canot,

Et sur le bâtiment il parait aussitôt,

I jette sur son frère un regard de reproche

Et vers le Commandant humblement il s'approche : — Noble Seigneur, dit-il, tu vois que l'Indien

+ Ne devient pas ingrat quand on lui fait du bien. + J'aurais pu me cacher dans de secrets repaires

: Et voler cette nuit au pays de mes pères;

* Mais de bons soins toujours tu m'as environné

* Et je vais pour cela jusqu'à Stadaconé,

* A travers les écueils diriger ton navire.

* Mais il est dans cette ile, enfin je dois le dire,

* Une femme que j'aime et qu'il faut emmener.

: Des méckants à la mort ont pu la condamner.

* Non amour pour la croix fut son unique crime :

+ Des ennemis des Blanes elle fut la victime.

Un esprit de ton ciel l'a ravie au bûcher,

Et dans ces bois déserts elle vint se cacher. Ni nous la dels"ssions en ce lieu solitaire * Elle mourrait bientot de peine et de misère. Au ciel du Canada qu'elle vienne avec nous,

Etque ta charité lui fasse un sort plus doux.”

Cartier, tout étonné de ce noble langage, Presse contre son cœur la main du bon sauvage. [sait que lndien avec babileté Peut donner au mensonge un air de vérite,

Et que d'autres motits en émpechant sa fuite,

Ont pu déterminer cette noble conduite ;

Cependant il se plait à croire ses discours Et veut que sans retard lon préte du secours A cette enfant des bois que poursuit l'injustice.

Par son ordre aussitot une chaloupe glisse

cr, cher, Isère, DOUX,

doux.”

ice,

Vers lu rivo déserte où humble fille attend :

Domagava, ravi. Ja conduit en chantant.

QUI est plaisant ot lr'ais le souftte de ln brise !

Vers les récits lointains comme l'onde se brise !

QU'iIS sont gais dans leur vol |

Qu'elle est forte la voix de ocean amer!

Est-ce une aile, libas. QUE Souvre et se balance ?

Est-ce tir immense oiseau qui sur l'onde S'élance ?

O Cartier, quel éclair Scechappe de te: veux !

Quel doux étonnement. quel espoir radieux

Font tressuillir ton cœurcomime Que portent done Les flots sur leur

Ce n'est point un brouillard qui s'eléve éclatant !

Ce n'est point un oiseau Qui Vient en S'éhattant !

Une voile ! une voile ! O Dieu ! cest une Voile!

Puis une autre là suit comme au ciel une étoile

Mouvante Häppe ?

CS OÏSGaux de la ho !

ul) bronze qu'on frappe!

Suit de près dans l'azur l'astre aux rayons sereins ! Elle approche ! elle approche ! Et déjà les marins Du rivage de l'ile.au loin l'ont aperçue ;

Leur immense elameur monte jusqu'à la nue

Et du rocher sonore éveille les échos :

Et sur le bâtimeat les autres matelots

Répondent à ces cris par d'autres cris de joie !

A la cime des mâts le pavillon ondoie !

C'est une belle fête ! et les coquets vaisseaux

Paraissent de plaisir s'agiter sur les eaux !

Les voilà ! les voilà ces navires rapides

Avec leurs ponts couverts de marins intrépides, Leurs flancs tout écumeux, leurs agrès mutiles ! Sous quels cieux, sur quels flots étaient-ils done alles? Quel astre les conduit vers cet heureux rivage ? Quel pouvoir les sauva des fureurs de l'orage ?.…

L'ancre tombe soudain dans les flots orgueilleux ;

Un cantique d'amour s'élève jusqu'aux cieux !

ns sercins !

les mains

nue

Joie !

UX | YAT A YETA' I UN FLEUVE ides, ilés ! Marins, ouvrez vos CŒUrS à la réjouissance !

once allés ? Chantez l'hymne sacré de Ja leCONNaAissaNCe ! L , .

9 Au Dieu qui vous euida sur les goutfres amops, ve ?

S 19 Et vous tit déjouer Les pieges des entors, Chantez un chant d'amour, un refrain d'allégresse ! | eux ; 5 | | | En vain l'ange maudit à Vous nuire S'empresse, |

Le ciel pour vous combat, la victoire est à vous ! Après tant de labeurs le repos vous est doux ! Après tant de dangers vous aimez un asile !

Laissez vos bâtiments, descendez sur cette ile Où vous ont attendus vos vaillants compagnons : Bientot vous raserez ces rivages sans noms

Que le monde étonné ne soupçonnait pas méme ;

Et vous verrez finir cette lutte supsème

Où vous n'avez pas craint, courageux matelots.

De suivre votre chef. ce glorieux héros !

La rose jette au vent ses suuves aromes :

La fontaine roucoule, et les bois sous leurs domes Entendent gazouiller les nids harmonicux.

Tout est joie et bonheur au monde et dans les cieux ! Laissez, à matelots, laissez les frais ombrages !

Voguez ! ve : . encor vers de plus beaux rivages

à vous ! Voyez-vous sur les eaux vos navires légers ?

loux ! On dirait que brûlant de braver les dangers,

le ! Ils veulent suivre encore une route nouvelle

te ile Allons ! allons ! marins, la brise vous appelle ! WgnONS : Laissez le vert gazon, l'ombre où vous sommeillez ! is Levez l'ancre mordante ! Il vente, appareillez !

méme ;

Comme des arcs tendus les voiles s'arrondissent ;

itelots, Sur les flots agités les navires bondissent Ët laissent derrière eux l'ile aux bords verdoyants. Comme des moissonneurs dans les prés ondoyants Ouvrent un long sillon de leur àpre faucille, domces Ainsi les bâtiments, dans l'onde qui scintille C'reusent avec leur proue un onduleux sentier. les cieux ! Leur course est bien rapide ; et sur son bord Cartier, res | Entouré des marins qui forment l'équipage.

rivages Regarde à Fhorizon s'élever le rivage ;

110 DÉCOUVERTE [ tressaille en pensant que ce pays si bean

De la France sera le plus riche jovan,

Dans le ciel cependant roulent de noirs nuages, Et sur la mer encor s'abattent des orages.

Le golfe sous ses flots cache plus d'un écueil, Satan s'est releve plein d'espoir et d'orgucil : [ose croire encor qu'un terrible naufrage

De l'ange du Seigneur peut détruire l'ouvrage. Mais les vaisseaux prudents virent bientôt de bord

Et trouvent à le côte un sûr et large port :

Quand le vent du matin Séleva favorable,

Que le flot azuré vint efHeurer le sable.

Cartier tit lever l'ancre, et chaque bâtiment

S'élanea de nouveau sur le golfe écumant.

HIRLCS,

Pau C,

ln]

de bord

1 magava. son frère et la jeune Indienne Ensemble assis tous trois près de la grande antenne, Echangeaient à l'écart leurs étranges discours.

Leur presence à Cartier était d'un grand secours : IIS connaissaient le golfe et ses iles ombreuses.

[IS lui parlaient du fleuve où des tribus nombreuses Venaient planter de loin leurs tentes chaque jour. Et les deux Indiens se levant tour à tour, Indiquaient de la main au timide pilote

L'écueil qu'il devait fuir. la plantureuse côte

Vers laquelle il pouvait sans nul risque cingler,

Et le cap où les flots allaient battre et meugler.

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