‹ Deux poëmes [i.e. poèmes] couronnés par l'Université Laval [microforme]Chapitre 24 sur 47 · LE SAGUENAY · texte numérisé non relu

LE SAGUENAY

Le jour nait et s'enfuit et toujours les navires Ouvrent sur les flots d'or leurs voiles aux Zéphires. Après avoir doublé des rivages divers IS rasent dans leur course une ile aux bords déserts, Un immense rocher qui dresse sur les ondes

on dos äpre et sinistre où des oiseaux immondes

Viennent seuls, le printemps, jetant de tristes cris,

Bâtir leurs nids obscurs sous des bois rabougris. #

Pendant deux jours entiers ils longent ces rivages

Où l'onde et les oiseaux mélent leurs chants sauvages.

Chaque aurore nouvelle et chaque nouveau soir

Dans le cœur de Cartier vient ranimer l'espoir.

Ce n'est plus l'océan que les bateaux franchissent La terre n'est pas loin et les ondes blanchissent. Deux rivages en fleurs qui vont se rapprochant Ressèrent les flots clairs et semblent au couchant Klever sur leur lit une immense barrière,

Le soleil plus hatif achève sa carrière.

Il urgente le ciel de ses rayons blafards,

Comme les cheveux blancs, la tête des vieillards.

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Saguenay, les vaisseaux rasent ton embouchure ! Rivière au noir courant, quelle sonde mesure De ton lit merveilleux l'affreuse profondeur ? L'œil est pris de vertige en voyant la hauteur De ta paroi de roc à pie, infranchissable !

Fleuve sans grève, gouffre où pas un grain de sable Ne recevrait le pied du marin naufragé S'il fallait qu'il laissat son vaisseau submergé, Dans tes profondes eaux vainement l'ancre tombe, Et le flanc du navire à ton bord qui surplombe, Bien avant que la quille eut déchiré ton lit ; lrait se déchirer! Fleuve étrange, l'on dit Qu'après un long combat entre les vieux génies Qui voulaient dominer sur les mers réunies, L'un des vaincus, au sein de ce roc escarpé, Qu'il fendit pour cacher son noble espoir trompé,

T'ouvrit le lit terrible où tes flots se condensent.

On entend aujourd'hui dans tes caps qui s'élancent

DÉCOUVERTE jusqu'aux nuages gris, comme d'immenses tours, Des rires incessants et d'étranges discours.

C'est que dans le flanc noir de tes abruptes côtes Des lutins gouailleurs se sont creusé des grottes, Et quand les matelots entonnent un refrain.

Leurs cent moqueuses voix les répétent soudain.

Cependant le vent tombe et les vagues calmées Vont caresser sans bruit des rives parfumées. Ce sont les bords d'une île où le coudre fleurit, Où sur les arbrisseaux plus d'un doux fruit mürit,

Près de ces bords charmants les navires s'arrêtent.

Et tous les matelots à débarquer s'apprètent.

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