RO
peu de profondeur. Pendant les séries humides, ceux-ci se re-
- forment, les lacs se remplissent ; quelques-uns même, dans les années exceptionnellement pluvieuses, prennent des dimen-
sions telles qu’ils n’ont plus rien à redouter des sécheresses. Ainsi, disent les Ronga, ont apparu les trois lacs de Rikatla et d'autres encore, dans les cuvettes peu: profondes des dépressions, parfois très allongées, que les dunes Jaissent entre elles. Ainsi encore le Mkontuène, vaste étang qui se forma derrière le village de Manjobo, sur le Limpopo inférieur. En 1889, je n’y vis qu’une vaste plaine d'herbes sèches, et, deux ans après,
C'était une nappe d’eau de 6 à 8 kilomètres de tour. Nul besoin
d'ajouter que ces lacs formés uniquement de L eau des pluies ne nourrissent aucun poisson.
On comprend aussi que de pareilles transformations du pays aient pu contribuer à donner aux indigènes une tendance à la nomadicité. Tributaires des eaux naturelles, ils peuvent avoir à émigrer plusieurs fois dans une vie d'homme quand leau vient à leur manquer et que la sécheresse détruit leurs récoltes. Cependant cette insécurité dans leurs conditions d’existence ne se rencontre pas au même degré auprès des lacs ou cours d’eau permanents.
Une autre particularité de nombre de lacs ou de rivières de tout ce vaste pays de Gaza jusqu’au pied des escarpements du orand plateau central africain, c'est qu’en hiver, soit dans la saison sèche, les eaux sont de plus en plus saumâtres, et qu’en été les pluies viennent heureusement les rendre plus délectables. 3
Mais le charmant Sule n’appartient à aucune de ces catégories-là. Né avec trois ou quatre autres lacs de la même région de la baguette d’une fée parente de celle qui, dans nos Alpes, engloutit sous le miroir d’un lac limpide de nombreux chalets avec leur population au cœur dur, le Sule ne rachète pas sa voracité par la douceur de ses eaux. Les cinq puits primitifs
fournissant les indigènes de bonne eau filtrée sont devenus
une source inépuisable d’amertume ; mais d'autre part, chose non moins merveilleuse et qui rend plus intéressant encore le mystère de sa naissance, d'excellents poissons y vivent dont les riverains font leurs délices en même temps que leurs provisions de réserve en cas de récoltes insuffisantes.
D'où donc a bien pu venir ce lac qui, pareil au joyau des
Dee
Quatre-Cantons, étend ses bras dans plusieurs directions, et
remplit tous les vallons aboutissant à la plaine originelle des cinq puits ? Ce ne peut être simplement la nappe souterraine des eaux recueillies dans ces divers vallons. À supposer que le plafond de cette nappe se soit effondré, les eaux n’eussent pu que remplir l’espace laissé libre par le terrain englouti.
Ou bien cette dite nappe se serait-elle étendue bien au delà du système hydrographique du vallon du Sule, et communiquait-elle avec d’autres nappes d'altitude supérieure, auxquelles une série d'années pluvieuses aurait donné la plus grande
extension possible ? Il se serait alors produit une pression si.
forte que la croûte superficielle et peut-être peu épaisse à la plaine des puits aurait sauté ; et toutes ces eaux, trouvant là une bouche de sortie, se seraient élevées peu à peu jusqu’au jour où la nappe intérieure et le lac extérieur auraient pris un niveau correspondant. |
La salure de ces eaux n’a rien qui doive étonner, si le soussol de ces dunes est aussi chargé de matières salines que d’autres parties du pays de Gaza. La présence des poissons ne soulève non plus aucune difficulté ; ce ne serait pas la première eau souterraine connue qui aurait nourri des êtres vivants. N’a-t-on pas trouvé en Algérie, à une profondeur de 75 mètres, des poissons, des crabes et des mollusques d’eau douce, amenés à la lumière du jour en forant un puits artésien ?
En tout cas, il ne peut être question d’une infiltration des eaux de la mer, car le Sule est à 200 mètres environ au-dessus du niveau de l’Océan Indien.
C’est sans doute à des spécialistes qu'il faudrait en appeler pour résoudre la question, à des chimistes pour comparer la composition des eaux du Sule avec celle du Shengane et des eaux avoisinantes et à des naturalistes pour l’étude des poissons, même du fabuleux dragon, ainsi que celle de la flore nouvelle qui doit avoir remplacé, dans ces vallons inondés. l’ancienne végétation détruite par les eaux.
Ge problème n’a au reste qu’un intérêt purement scientifique.