PROS
à maigre végétation. Passons devant la colline de Spimboutsou, autrefois sépulture royale des Makwakwa, aujourd’hui poste portugais qui domine sur tout le Gaza. Remontons encore et nous verrons la rivière s’élargir en un magnifique bassin, le Nyangoulé, tout encadré d’une luxuriante végétation et peuplé d'innombrables oiseaux. Puis nous passerons un étranglement de la rivière, rappelant les deux Nez du lac des Quatre-Cantons, mais nez si rapprochés qu'ils semblent se toucher. Plus loin le Nyangoulé s’arrondit de nouveau, mais commence bientôt à diminuer de largeur ; là où je le traversair, il mesurait encore quelques centaines de mètres et l’eau montait au-dessus du genou. |
Son cours supérieur, sous le nom de Nwalwedzi ou Lwedzi ne nous est guère connu que par l’exploration qu'en fit, en 1890, la Commission portugaise de délimitation des frontières entre le Transvaalet la province de Lourençco Marques. Il est bon cependant de rappeler que les premiers Européens qui ont vu cette rivière étaient le prêtre portugais Joaquim de Santa Rita Montanha et ses compagnons dans leur voyage d’Inhambane au Zoutpansberg, en 1855 et 1856. Il est regrettable que nous n’ayons pas à notre disposition un récit de ce voyage plus détaillé que l'extrait qui en a paru en anglais dans le Journal of the Royal Geographical Society of London, volume XXXII, 1862. Montanha doit avoir traversé le Lwedzi en juin 1855 et juillet 1856 aux environs du 23°° de latitude ; d’aprèslui,le «Luize» avait là une largeur considérable. On lit dans le même article que l'on peut tirer des notes du voyageur la conclusion évidente que le « Luize » est une branche de la rivière d’Inhambane, s’il n’en est pas en réalité la branche principale.
Les explorateurs portugais de 1890 ont sensiblement enrichi notre connaissance du Lwedzi ; ils nous en donnent un tracé aussi exact que possible et signalent au centre du pays, entre les deux fleuves, une vraie mer où viennent se déverser les nombreuses rivières qui descendent des plateaux du Nord- Ouest. |
Il reste un certain nombre de points obscurs à élucider concernant le système hydrographique de ce pays-là, mais déjà. tel que la carte nous le présente aujourd’hui, il s'offre à nous sous un aspect général qui ne sera modifié que pour quelques détails. Le Lwedzi apparaît comme le canal collecteur de toutes
Re CARRE
les eaux du Gaza septentrional. Depuis le Nwanedzi, le dernier affluent du Limpopo descendant du Nord, le Lwedzi-Shengane est le seul autre affluent du Limpopo jusqu’à l'embouchure de ce fleuve, distance que l’on peut évaluer à 350 kilomètres environ. Il est frappant aussi de remarquer que la Sabi ne possède pas non plus d'affluent sérieux dès son confluent avec le Loundé jusqu’à son embouchure. Le vaste triangle compris entre le Limpopo, la Sabi et la mer apparaît ainsi comme une immense cuvette à fond plat, d’où émergent un certain nombre de collines ou d’ilots montagneux ; son altitude générale et régulière est de 100 à 200 mètres au-dessus de la mer !. Les hautes eaux semblent pouvoir s’écouler indistinctement soit du côté du Nord vers la Sabi, soit au Sud-Est vers Inhambane, soit au Sud vers le Limpopo. Les lacs et les étangs y pullulent, et il est permis de supposer qu’au temps des hautes eaux, de janvier à mars ou avril, ce pays doit être recouvert de véritables mers intérieures rappelant la région des lacs de l'Amérique du Nord. Qu’y aurait-il d'étonnant à ce que, dans un pays aussi plat, la ligne de partage des eaux entre le Limpopo et la Sabi soit si peu élevée qu'elle puisse être alterna-
t L’altitude donnée par les explorateurs portugais et que j'ai inscrite sur ma carte d’après eux, me semble décidément trop élevée. Dans tous mes voyages, je prenais dix à quinze fois par jour la hauteur barométrique; toutes les fois que cela m'a été possible, j'ai comparé mes instruments avec des baromètres-étalons ou d’autres récemment arrivés dans le pays, et j'ai trouvé que les données portugaises doivent être de 100 mètres trop élevées. Ainsi l'altitude de Mandlakazi est évaluée à 321m ; je n’ai constaté que 220m, Pour le confluent du Limpopo et du Lebvoubyé . (appelé encore du nom erroné de Pafouri), on indique 310" ; je trouve, comme moyenne, 215m; Matsambo, au gué du Limpopo, est à 170m; le confluent de FOlifant et du Limpopo, où j'ai passé deux fois à deux ans de distance, est à 150m, Comme contre-épreuve, que l’on mesure la distance entre la limite de la marée sur le Limpopo, non loin de l’embouchure du Shengane, et la cote de 191m que les Portugais attribuent à Matshangûne, au bord du Nyangoulé. Cette distance est d'environ 55 à 40 kilomètres ; or iln’y a ni rapides ni cascades entre ces deux points. La pente est mème si faible que le Limpopo, lors de sa grande crue, remonte le Shengane, le Nyangoulé et un assez grand parcours du Lw edzi lui-même. Il faudrait donc diminuer toutes les hauteurs indiquées d’une centaine de mètres, ce qui rendrait aussi plus vraisemblable lassertion des indigènes sur le passage des eaux du bassin du Limpopo dans celui de la Sabi, et vice versa.
tivement ‘inondée en un ou plusieurs points par,les fortes crues soit de la Sabi soit du Lwedzi ?
Les renseignements que j'ai pu obtenir des indigènes sont peu nombreux et pas plus précis que ceux de Tlélélane ou Shitlérisé sur le Loumane. Tel me dit carrément que le Lwedzi vient du Mosapa ; or le Mosapa est le pays au delà de la Sabi. Faudrait-il entendre par là que les eaux de la Sabi, le fleuve
du Mosapa, débordent par un chenal latéral, le Nwanedzr
peut-être, et se déversent dans la mer centrale d’où elles descendent dans le Lwedzi? La chose n’est pas improbable. Tel autre m’assure que le Soungoutane qui conflue avec le Lwedzi près du village de Shitshokotsho, se dirige au Nord et entre
dans la Sabi non loin de Shishongïi. Il est remarquable que
tous les indigènes qui m'ont parlé de ce problème mention: nent Shishongi comme le village non loin duquel la communication s’opère avec la Sabi. C’est peut-être là une sorte de tradition que se transmettent les géographes indigènes depuis le temps où les relations entre le 1 RE et le Gaza étaient très fréquentes. Autrefois en effet, jusqu’en 1889, les souverains du Gaza demeuraient au Mosapa sur les bords du Bouzi, et des expéditions guerriéres et autres passaient et repassaient sans cesse du Nord au Sud du pays.
Tous aussi parlent d’un lac Hanyivone qui a frappé leurs esprits par son étendue et qu’ils placent quelque part au centre du grand triangle. Serait-ce le même que le lac Shikari des explorateurs portugais? Mais ce nom les aurait frappés. Le lieu où je l’ai marqué sur ma carte, je l'ai déduit des joürnées de marche d’indigènes qui sont allés à Inhambane ; aussi suis-je loin de garantir sa position qui peut être plus septentrionale ou occidentale, sans qu’il y ne à douter cependant de son existence.
D’après d’autres encore, le Lwedzi vient du Mosapa, se jette au Hanyivone qui lui-mème descend à la mer au Sud d’Inhambane. Cette assertion peut avoir une part de vérité, mais on ne peut que contester la forme sous laquelle eile est exprimée. En effet, le Lwedzi paraît avoir des relations avec le Mosapa d’un côté et d’un autre tenir au Hanyivone. Celui-ci peut aussi avoir des relations avec les rivières qui débouchent dans la mer sous le nom de Zavora ; mais il est faux de dire que le Lwedzi descend du pays qui porte le nom de Mosapa et se jette dans un