‹ Deux récitsChapitre 3 sur 9 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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très-vif iiiir les maisons de la ville qui, pendant deux mois, ne se ralentit pas un seul instant.

Le trente; un vaisseau de soixante canons et deux frégates de vingt s'embossèrent vis-à-vis la gauche des retranchements français de Beauport. Los ennemis démasquaient en même temps sur les hauteurs du Sault Montmorency, du côté de la paroisse de T Ange-Gardien, un peu en bas de l'endroit où se trouvent aujourd'hui comme un monument de l'ineptie humaine lea piliers du pont suspendu qui s'abîma dans la chute avec trois personnes, une nouvelle batterie de vingt canons et de six mortiers.

En même temps, les Anglais tentaient un mouvemenit agressif vers la droite du camp français, contre les postes de M. de Bepentigny.

M. de Vaudreuil, à la tête des troupes des gouvernements de Québec et de Trois-Riviàres, commandait à la droite du camp, près de la rivière St-Charles; M. de Montcalm au centie avec M. de Senezergues et les cinq bataillons; à la gaudhe, près de la chute, M. de Lévis avec les soldats de marine, les miliciens de Montréal, les volontaires à pied et à cheval.

C'était donc M. de Lévis qui avait à souteni le fort de l'attaque.

En voyant le mouvement des ennemis, il dé pécha immédiatement les volontaires de Du prat avec les grenadiers de Koyal-Roussillon qui furent^ rappelées une heure après, les Anglai

ayant jugé plus prudent de s'embarquer dans leurs chaloupes pour rallier les vaisseaux.

"Sur les quatre heures, dit Ferland, les berges commencèrent à se rapprocher de leurs vaisseaux échoués. L'artillerie ennemie faisait un feu terriMe sur la gauche, qui se tînt dans ses retranchements. Vers 5 heures, le sieur de Bougainville eut ordre de conduire à la gauche les piqueta de Eoyal-Eoussillon, Guyenne et Languedoc; les deux premiers bataillons y mardièrent aussi dans le même temps, la marée étant basse. De leur côté, les Anglais s'ébranlèrent • leura troupes campées près de Montmorency descendirent en colonnes, passèrent à gué au-dessous du saut et vinrent se joindre à celles de a pointe Levis, qui débarquaient sous la protec^on de leurs frégates, et se rangeaient en bataille. Onze compagnies de grenadiers et quatm cents volontaires s'avancèrent pour attaquer une redoute que M. de Lévis venait d'a-

[r r^''^.^'''''""' «repartie de la hauteur, et montèrent courageusement vers les «,tranchements. Alors commença le feu des Français; de part et d'autre l'on combattait oui^geusement, lorsqu'une grosse pluie, accom-

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interrompre le combat."

thïâtî H^T'^k" ^'""^'^ *^" '=' '"«"ent sur le delaXof J m"? r"' ""* P^'-"« '^''^ troupes Îalnonr ;„'''' .^""^^ '^ ^^^'''^ ^^ Montra al pour annoncer la perte du fort Niao-ara — pa„.na,t le général en qualité d'X":

Dès que Torage fvit passé, les Anglais se retirèrenti, partie dans les berges, partie au-delà de la rivière Montmorency, après avoir mis le feu aux frégates embossés près de la côte.

L'ennemi avait perdu six cents hommes et tiré trois mille coups de canon, sans compter les bombes et les grenades.

Tel est, en peu de mots, ce brillant fait d'armes connu dans Thistoire sious le nom de *^bataz'lle de Montmorency."

Au commencement du mois d'août, fatigué, humilié de se voir tenu en échec devant Québec I3ar une poignée de braves, comparativement aux forces dont il disposait, Wolfe prit la résolution de s'illustrer par de faciles et glorieux exploits.

Le 4 au matin, à l'aurore d'un beau jour d'été, un vaisseau armé partait de la rade renfermant dans ses flancs tsois cents montagnards écossais et grenadiers anglais, sous le commandement du major Gorham, spécialement chargé de ravager les deux rives du fleuve, mais l plus particulièrement les établissements de la côte nord, de la Malbaie au saut Montmorency.

Gorham débarqua ses troupes à la Baie St Paul et fut chaudement reçu par quelques va létudinaires canadiens qui se défendirent pen dant deux heures dans des retranchements dont

on voit encore de nos jours les derniers vestige», et qui se retirèrent ensuite dans les bois.

Peu touchés d'un tel courage, les Anglais brûlèrent le village et se rendirent ensuite à la Malbaie, où ils détruisirent également toutes les habitations laissées à la garde des femmes, des enfants et des vieillards de quatre-vingts ans pour permettre aux hommes valides de se rendre au camp de Beauport.

Afin de se conformer aux ordres qu'il avait directement reçus de Wolfe, Gorham détacha deux compagnies de grenadiers et une compagnie de montagnards écossais, sous les ordres du capitaine Malcolm Fraser, pour brûler les établissements de la Côte de Beaupré.

Ce détachement s'embarqua dans trois chaloupes, espèce de baleinières, le 15 août. Un tion: une des chaloupes se brisa au commencement des Caps sur les rochers, quelques soldats fort vent du sud-ouest mit en danger Texpédise noyèrent et la plus grande partie des poudres se trouva avariée. Une compagnie de montagnards d'Ecosse fut ainsi obligée de prendre la voie de terre.

Nous avons raconté dans le ''Château de Beaumanoir" comment le curé de St- Joachim, M. de Portneuf, un vaillant, fut massacré à la tête des vieillards et des enfants par les soldats de cette compagnie, l'incendie de toutes les habitations du Petit Cap au vSault Montmorency.

A la ferme du père Bolduc, Marie-Louise était restée à la garde d'une vieille tante.

Le jour où la lueur des incendies lui apprenait la marche des troupes anglaises par la Côte, signalée du reste depuis quelque temps, elle suivit dans les bois ses voisines, les vieillards infirmes et les petits enfants.

Nous disons "vieillards infirmes'' et "petits enfants" à dessein, parce que, quoique dans son a}:)pel aux armes, le gouverneur ne désignât que les hommes de 20 à 60 ans. Ton vit des vieillards de 94 ans et des enfants de 13 années sie présenter au camp de Beauport et revendiquer rhonneur et le droit de prendre part à la d('rr>ii se de la patrie.

Lef?' habitants de la Côte de Beaupré vécurent dans la forêt jusqu'au mois d'octobre.

Cependant on était sans nouvelles et sans nourritures depuis trois jours. La faim, cette souffrance sans nom, se faisait cruellement sentir. Q,ui va se risquer pour aller à la découverte et s'assurer du départ des troupes? Personne ' n'ose, tant on redoute cet ennemi, ces Anglais ), aux habits rouges ou au costume bizarre et j sauvage qui brûlent, massacrent tout sur leur j passage. Qui donc viendra au secours de ces mères infortunées qui voient agoniser sur leurs genoux leurs petits enfants chéris?

Marie-Louise est la plus forte et elle se dévouera; sa nature bonne, et vaillante tout à la fois', s'émeut à la vue de ce spectacle.

Un peu avant la chute du jour, accompagnée seulement d'un petit garçon d'une douzaine d'années, armé d'un fusil, Marie-Louise se rend sur le coteau qui avoisine le chemin royal, qui était alors bordé de grands sapins.

Le silence sépulcral règne aux alentours et la confirme dans sa conviction que les troupes sont parties.

Blottis dans un f'ourré, la jeune fille et l'enfant écoutèrent pendant quelque temps. Tout-àcoup Marie-Louise vit se lever son Jeune compagnon et, avant qu'elle put se rendre compte de son intention, épauler son arme et faire feu.

Un cri de rage répond à la détonation et elle entend un bruit de branches cassées.

— Malheureux! qu'as- tu fait! s'écrie la jeune fill€î, vite, fuyons!

Je voulais en descendre un de ces Anglais maudits, ces ennemis de la foi( 1/) qui brûlent nos ofiaisons répondit l'enfant.

Au même instant, Marie-Louise fut saisi par Jeux mains brutales qui la terrassent. En tombant, elle se frappe la tête sur un tronc d'arbre ïfc perd tout sentiment.

L'enfant a réussi à s'échapper et ...donne l'aarme; mais que peuvent de pauvres femmes et uelques vieillards infirmes contre un pareil atentat? Hélas ! ils n'ont pour forces, que leurs irmes et leurs prières!

En reprenant ses sens, Marie-Louise constata qu'on l'avait transportée dans la grande cuisine de la ferme. Une bougie fumeuse posée dans 1^ goulot d'une bouteille éclairait seule la salle d'une lueur blafarde. Une vingtaine de soldats, étendus sur le plancher, dormaient dans des poses plus ou moins pittoresques, la tête sur le bavresac, le fusil à la portée de la main.

Au bruit que fit la jeune fille en se levant, un jeune corneîtite sortit de la pièce voisine et lui adressant la parole:

— Comment vous trouvez-vous? dit-il dans un français assez intelligible.

— Hélas! je suis brisée, répondit-elle. Monsieur, compte-t-on me retenir ici bzen longtemps? ajouta-t-elle. Puis- je aller rejoindre les miens, qui doivent être dans une inquiétude mortelle?

— Entrez d'abord dans la pièce voisine; le commandant désire vous parler.

Marie-Louise obéit.

A la table auprès de laquelle la jeune fille avait passé tant de soirées délicieuses entre son père et Michel, était assis un vieil officier à la mine rébarbative qui lui indiqua un siège de la main et l'invita brutalement à s'asseoir. Il la couva quelques instants de son œil gris, tandis qu'elle baissait le regard sous le feu de ces prunelles rien moins que bienveillantes. On eû(t dit la douce colombe sur le point de tomber dans les serres du vautour.

D'une voix rendue rauque par rhabitude du cominandemerit et l'abus sans doute des liqueurs fortes, comme semblait l'annoncer du moins l'enluminure de son appendice nasal, l'officier dit à Marie-Louise:

— Vous êtes libre de vous en aller, mais à une oondition; nous savons que cette partie du pays est semée d'embuscades et nous voulons en fin7r avec tous ces guet-à-pens. Vous allez nous servir de guide pour nous aider à surprendi'e les hommes qui se sont réfugiés dans les buis.

La jeune fille garda. le silence.

— M'avez-vous entendu? reprit l'officier en fronçant le sourcil. Je veux savoir où sont réfugiés ceux cjui ont tiré ce soir sur mes hommes. Un de nos officiers sur lequel nous fondions les plus belles espérances a été tué et j'entends faire payer chèrement son assassinat.

— Je ne suis qu'une faible femme, répondit Marie-Louise, mais ne me croyez pas assez lâche pour trahir la retraite de mes compatriotes. Vous pouvez me torturer, me tuer, je ne dirai rien.

— Pi-enez garde de me pousser à bout, reprit l'officier en se levant. On ne se rit pas impunément de mes menaces. Encore une fois, nous savons la eruerre d 'embûches, de guet-à-pens 'lu'on veut nous faire, nous en avons déjà acjuis l'expérience à nos propres dépens. Mais, je vous le jure, les représailles seront terribles.

Eti voyant que la jeune fille S!e taisait de nouveau.

— Vous refusez? s'écria-t-il en frappant du poing sur la table, tant pis pour vous, vous Faurez voulu...

— James, continua-t~il en s^ adressant au jeune cornette, éveillez nos hommes et livrez- leur cette jeune fille.

— Ah!, par pitié! pour l'amour de Dieu, au nom de votre femme, de vos enfants, si le ciel vous en a donnés, ne me livrez pas ainsi à cette soldatesque, et je bénirai votre nom toute ma V7e!...

— Voulez- vous nous aider à surprendre les \ i' bitants réfugiés dans les bois?

— Non, je ne suis pas capable.

— James, faites votre devoir.

— Mon commandant, fit le jeune officier navré, indigné d'un tel spectacle, ne pourrait-on pas...

— Obéissez! vous dis- je! interrompit d'une voix sans réplique le commandant anglais.

Le jeune homme s'approcha de Marie-Louise, affaissée sur ses genoux, et s'aperçut qu'elle avait de nmivoau perdu connaissance.

Toute la nuit, les habitants de la grande rivière S te- Anne, en prières sous les arbresi de la | forêt, aperçurent sur la rive du fleuve de gran- |

des gerbes de feu monter vers le ciel.

Au lever du jour, ces pauvres femmes et ces vieillards agenouillés virent apparaître une espèce de fantôme voilé dans lequel ils reconnurent Marie-Louise, mais Marie-Louise vieillie de vingt ans, épuisée, presque mourante...

La pauvre victime languit deux ans et miourut dans les, bras de son père que les balles anglaises avaient épargné; mais personne ne revit ses traits cachés à tous les yeux par un épais voile noir.

On ajoute que pendant plusieurs années, dans un petit bosquet qui avoisine l'endroit où était située la ferme de TOseraie, à Theure où s'éveillent les roses et se fait entendre le chant du rossignol, on entendait une voie plaintive. C'(itait, disaient les jeunes filles, la voix de la pauvre morte qui redisait ses malheurs aux échos du vallon.

Michel de la Muette revint au pays où il avait tant aimé avant la mort de Marie-Louise, mais il ne fut reçu que par le père Bolduc.

Le lendemain de la bataille de Ste-Foye, au [printemps de 1760, on trouva le cadavre du jeune officier crilDlé de coups de baionnettes prés du moulin Dumont, enseveli sous un monceau de montagnards écossais.

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