‹ Deux républiquesChapitre 10 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

venait de le combattre et de le battre. Les vainqueurs s'humiliaient devant le vaincu. Il avait hérité de Taigle et de la légende, des traditions et des prétentions impériales.

Il est douteux que, comme candidat à TEmpire, sa lettre à VAvenw national et son alliance avec la népublique française soient jamais d'aucune utilité au prince Napoléon. Cène sont pas ces titres-là qu'il peut invoquer pour se faire bien venir de la clientèle bonapartiste, ni pour ramènera lui les bonapartistes dissidents. Cela n'a pas empêché la mauvaise foi de dire que la démocratie césarienne comptait en moi un partisan déplus, et, naturellement, il s'est trouvé des imbéciles pour le croire. On est si près d'être suspect à un parti quand on ne lui demande rien, si ce n'est un peu de pudeur patriotique et de fidélité à ses engagements I Les républicains arrivants ou arrivés, amenés, comme le prince Napoléon, en changeant de situation à changer d'opinion, prétendirent et peut-être s'imaginèrent que j'avais abandonné les principes de toute ma vie. C'est ainsi que le voyageur emporté dans une course rapide voit les objets immobiles s'agiter et s'enfuir, quand lui seul est en mouvement. Mes derniers journaux avaient été supprimés pour l'irrésistible vigueur de leur propagande

républicaine qui menaçait d'entraîner l'opinion au-

delà des limites fertiles en prébendes, d'abréger par suite la durée du festin, de troubler Tordre et, la marche de la cérémonie. On s'acharna sur mes dépouilles. On me dénia le mérite, si c'en est un, d'avoir été républicain avant certains défenseurs actuels de la République. Je ne m'en plains pas. Je n'avais pas eu, comme d'autres républicains, l'adresse de braver le gouvernement sans l'offenser. Je n'avais pas su me ménager des alliances dans le caijap réactionnaire, et jusqu'à la préfecture de police. J'avais joué loyalement avec des partenaires dont les cartes étaient biseautées et qui voulaient être seuls à empocher l'enjeu. J'avais perdu la partie. Je devais m'attendre et je m'attendais à ce déchaînement. La presse opportuniste ne me sut même pas gré de lui avoir servi de paratonnerre.

Depuis la levée de l'état de siège, volontairement, par esprit de discipline et dans l'intérêt de mon parti, j'ai renoncé à la manifestation de mes convictions les plus ardentes et les plus chères. J'ai , silencieusement et consciencieusement combattu dans le rang, sous le commandement des chefs, que les nécessités de la lutte avaient imposés, comme le plus humble et le plus fidèle soldat de l'armée républicaine. Aujourd'hui que la République a triomphé de ses adversaires, et qu'elle a officiellement M. Gam-

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