PROLOGUE
Septembre, j'aurais des chances pour l'être encore aujourd'hui.
Je ne brigue aucune fonction électorale. J'ai eu deux journaux à la fois : l'un le matin, l'autre le soir. Ils tiraient à un nombre considérable d'exemplaires. Leur influence était telle que l'un d'eux parvint en quelques jours à réunir, dans un milieu qui n'est pas riche, les fonds nécessaires à l'envoi d'une délégation de cent ouvriers à l'Exposition universelle de Vienne en 1873 (1), malgré les obstacles de tout genre créés par le gouvernement, et nommément par M. Léon Renault, préfet de police du 24 mai, comme il l'avait été de M. Thiers. Ai-je jamais cherché à me faire nommer député, conseiller général, ou conseiller municipal? Non. Mes prétentions sont à la fois plus modestes et plus élevées. Les publicistes les plus éminents constatent tristement que nous consumons en vains efforts notre courage et notre énergie. Les programmes des partis d'opposition ne contiennent aucune indication qui
teurs du Corsaire, — et ils étaient fort nombreux, — deux seulement aient sollicité et obtenu un emploi du gouvernement : M. Charles Quentin, aujourd'hui directeur de l'Assistance publique, et M. J. Barberet, chef du bureau des Sociétés professionnelles au ministère de l'Intérieur.
(1) Voir les rapports de la Délégation ouvrière française à l'Exposition universelle de Vienne en 1873, et notamment le rapport d'ensemble. Librairie Vo A. Morel.
permette de compter sur les députés ni sur les ministres de Tavenir pour accomplir les réformes nécessaires, attendues et promises. Je voudrais, par un eflfort d'intelligence et de patriotisme, dans la mesure de mes forces et de mes ressources, aider mon pays à sortir de cette impasse. Je n'ai pas d'autre ambition.
Dans toutes les branches des connaissances humaines , la science tend aujourd'hui à remplacer l'art, c'est-à-dire la pure habileté, la fantaisie, l'empirisme et le romantisme. Entraînées par le courant, la peinture, la sculpture et la littérature se disent et se font naturalistes. Un roman ne se contente plus d'être une ingénieuse et agréable fiction. Il prétend qu'on le considère comme un document pour servira l'étude de la physiologie. En politique, c'est le contraire qui a lieu. Partout accueilli avec faveur, même où on s'y attendait le moins, le naturalisme est banni de la politique. Ici l'art tend de plus en plus à exclure la science. Il la calomnie, il la poursuit de ses quolibets et de ses anathèmes. La