‹ Deux républiquesChapitre 13 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

nouvelle école républicaine nie les principes, te réalité et Tobservation des faits ; elle repousse de parti pris les enseignements de l'expérience et de l'histoire. Pour elle, toutes les institutions, toutes les lois se valent. Inutile de les étudier. Il s'agit uniquement de savoir la manière de s'en servir. Un jour, en 1872, chez M. Gambetta, la conversation vint à tomber sur l'expulsion du prince Napoléon, que M. Thiers avait fait arrêter chez M. Maurice Richard, au château de Millemont, et qu'il avait fait reconduire à la frontière. M. Gambetta critiquait vivement la manière dont avait agi M. Thiers. Je lui demandai : « A sa place, qu'auriez-vous fait? » — « A sa place, répondit M. Gambetta, j'aurais fait déguiser une centaine d'agents de police en paysans, je les aurais envoyés à Millemont avec ordre de faire beaucoup de bruit, de jeter des pierres dans les fenêtres du château, et de vociférer contre le prince... Alors, moi, gouvernement, je serais intervenu, j'aurais constaté l'indignation causée chez les populations rurales par la seule présence d'un Bonaparte, et j'aurais arrêté le prince Napoléon autant pour rétablir l'ordre que pour protéger sa personne contre la juste colère du Peuple. Tout le monde eût applaudi. »

En parlant ainsi, que proposait M. Gambetta,

sinon de substituer l'habileté, l'art, à la justice et à la loi?

Une autre fois, — c'était à peu près vers la même époque, — on parlait de la question cléricale : « Pour la résoudre, dit M. Gambetta, il ne faudra pas faire la séparation de l'Eglise et de l'État, comme je m'y étais engagé dans le programme de Belleville ; il faudra révolutionner le clergé : le moyen certain d'y parvenir, c'est' d'augmenter les desservants et de diminuer lés évêques. »

Depuis qu'il est au pouvoir, M. Gambetta poursuit l'application de son système, si on peut donner le nom de système à des 'procédés qui ne relèvent que de 4a souplesse, de l'habileté, de l'art. Il remplace la séparation de l'Eglise et dé l'Etat par l'augmentation des desservants et la diminution des évêques. Toutes les questions sont traitées de" la même manière. Tous les engagements pris envers la Démocratie sont payés avec cette fausse monnaie. Quand les députés de l'Extrême Gauche, appuyés par les populations des villes et par une partie des populations des campagnes, demandaient l'amnistie, que disait M. Gambetta? Il ne disait pas : Les insurgés de la Commune sont coupables ou ils sont innocents. Il ne décidait pas s'il fallait poursuivre l'œuvre de la vengeance, ou s'il convenait d'inau-

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