‹ Deux républiquesChapitre 15 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

l'assassin Tropmann et ils parlaient de vous fusiller (4). Ces artistes, nous les avons vus au Louvre,, à la Préfecture de police et à THôtel de Ville ; nous les avons vus à Ferrières; ils nous ont conduits à Buzenval; et finalement cette lugubre fantaisie de la guerre de 1870 a eu -pour épilogue

(1) Le 16 octobre 1870, le journal la Vérité, dont j'étais le rédacteur en chef, ayant publié un article non signé intitulé « la Vérité », le préfet de police, M. Edmond Adam, me fit mander dans l'aprèsmidi du même jour. Là, il me déclara sans autre forme de procès qu'il jugeait à propos de ra'arréter, et il me fit enfermer séance tenante à la Conciergerie dans une cellule qu'on me dit être celle oii Tropmann avait habité. Au bout de huit jours, après avoir parlé de me {a.u^ passer devant une cour martiale, le gouvernement de la Défense nationale se vit obligé de me remettre en liberté sur les réclamations unanimes de la presse et de l'opinion publique. Jamais la solidarité qui devrait unir tous les écrivains ne se manifesta d'une façon plus spontanée, plus éclatante et, disons-le, plus efficace. Dans une biographie calomnieuse qu'il a publiée sur mon compte et qui fourmille d'inexactitudes grossières, le Dictionnaire universel de Pierre Larousse prétend que j'ai été « relâché devant l'attitude violente des clubs et de la presse radicale ». C'est une erreur que je suis heureux de rectifier pour l'honneur de la presse. Les journaux qui protestèrent contre mon arrestation étaient : les Débats, la Gazette de France^ le Figaro^ le Tribun du peuple^ la Patrie en danger, le Combat^ le NationalfV Avant-Garde, le Gaulois, V Opinion nationale, le Réveil, la Pi^esse, la Liberté, le Temps, le Constitutionnel, le Soir, le Rappel, le Paris-Journal, la Cloche, le Peuple français, c'est-à-dire tous les journaux sans exception qui paraissaient à Paris à cette époque. Plusieurs publièrent des numéros exceptionnels. Quant aux journalistes qui faisaient partie du gouvernement, MM. Ernest Picard, Henri Rochefort, Jules Ferry et Jules Simon, nous n'avons pas entendu dire qu'ils aient protesté ; — tant il est vrai que les gouvernants ont rarement la même manière d'apprécier les événements que les gouvernés.

la Commune et la mort de 30,000 citoyens immolés pour l'amour de Part.

C'est la même politique, artistique et enipirique, qui cherche aujourd'hui une alliance impossible entre l'autorité césarienne et la liberté républicaine. . Sans se rendre un compte exact des motifs, tout le monde sent d'instinct qu'il serait moins chimérique de vouloir, comme on dit, marier l'eau avec le feu, le Grand Turc avec l'Adriatique, que l'Empire, dont on continue la tradition et dont on conserve les institutions, avec la République démocratique dont on proclame le principe et dont on arbore le drapeau. Personne n'est rassuré ni satisfait. D'un côté, les ^républicains radicaux, qui ont le plus énergiquement contribué à la fondation du régime sont mécontents ou exaspérés ; — il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le Rappel^ la Justice^ le. Mot d'Ordre, la Lanterne^ le Réveil social, le Citoyen; — de l'autre côté, l'immense majorité des catholiques est en guerre avec le gouvernement de la République, autant que le comportent leur caractère, leur tempérament et leurs anciennes habitudes d'obéissance à l'autorité civile, quelle qu'elle soit. Ceux qui sont le mieux disposés se désintéressent par lassitude, par aveuglement ou par dégoût, à moins qu'ils ne se résignent bruyam-

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