‹ Deux républiquesChapitre 16 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ment, comme M. Emile de Girardin, après avoir déclaré qu'ils n'espéraient plus rien de rien. On se laisse aller à la dérive, ne votant pas ou votant sans conviction, ne faisant de propagande que lorsqu'il s'agit d'un camarade et se disant : Advienne que . pourra ! Un an après son triomphe, l'opportunisme républicain n'excite déjà plus d'enthousiasme que parmi les gens en place, leurs parents et leurs amis, et même ceux-là, s'ils étaient francs, avoueraient qu'ils ne sont pas sans inquiétude du lendemain.

Allons ! le moment est venu de réagir contre cet envahissement de l'art qui nous énerve, nous aveugle et nous endort. En politique, comme en toutes choses , soyons de notre temps , soyons positifs, soyons hommes, et puisqu'aussi bien le mot est à la mode , disons-le bravement , soyons naturalistes. Assez compter sur le hasard, sur la veine, sur l'adresse. Demandons la fondation de la République, la fin des révolutions, la sécurité intérieure et la paix extérieure, demandons le salut du pays k la sévère Raison, aidée' de l'observation et de l'expérience, à la Science qui nous attend et qui, par avance, a changé la face du monde pliysique, industriel et économique. Renonçons à la méthode à la fois trop commode et trop dangereuse qui consiste à s'en prendre uniquement aux homm

de rinconvénient fatal d'un système. Sachons tenir compte des faiblesses et des imperfections de la nature humaine. Quand une machine fonctionne mal, on ne condamne pas d'abord le mécanicien ; on examine la machine ; on étudie ses défauts ; on la répare ; on la perfectionne ou on la change. Faisons de même. Cessons d'attribuer, les yeux fermés, nos révolutions, nos discordes civiles, l'absence de libefté et l'arbitraire des majorités à là mauvaise foi ou à l'incapacité des ministres et des chefs d'Etat. Le plus souvent la faute des gouvernements est la conséquence logique de l'erreur des institutions. C'est en discutant les principes et non les hommes, c'est en renversant les idées et non les ministères, que les philosophes de la fin du siècle dernier, nos précurseurs et nos maîtres, ont accompli l'œuvre prodigieuse de transformation sociale que nous, leurs arrière-neveux, nous avons le devoir de poursuivre et, s'il se peut, d'achever. Laissons les poètes, les bavards, les déclamateurs, les amateurs poursuivre la chimère d'un gouvernement républicain honnête, démocratique, équitable et libre, greffé sur des institutions issues du parjure et du despotisme césarien. Portons ailleurs nos efforts, nos investigations, nos études et nos espérances. Cherchons, sans idées préconçues, exempts de haines et de préfé-

Page 1