‹ Deux républiquesChapitre 18 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

teur jusqu'aux prétendants, et en dehors duquel il n'existe point de salut. Républicains et impérialistes n'attendent que du Peuple souverain la réalisation de leur idéal ou la satisfaction de leur ambition. Les légitimistes eux-mêmes sont engagés par la parole de leur chef. Dans une de*ses proclamations, datée du château de Chambord, Henri V a solennellement déclaré, en 1873, qu'il ne voulait remonter sur le trône qu'avec le consentement de la Nation, et qu'une fois couronné, il entendait gouverner avec deux Chambres, dont l'une élue par le suffrage universel. Le petit-fils du roi Louis XVI, jugé et condamné au nom et pour le compte de la souveraineté nationale, inclinant son droit divin et héréditaire devant le droit populaire, sans prendre garde qu'il légitime ainsi l'exécution de son aïeul et que d'avance il justifie la sienne, — quel autre témoignage plus éclatent pourrait être rêvé de la nécessité et de la fatalité du principe de la souveraineté nationale ?

Si ces prémisses sont acceptées, les conclusions sont faciles à tirer. Tous les systèmes qui seront en contradiction avec le principe de la souveraineté nationale ne seront que des expédients et aboutiront à des catastrophes. Tels l'Empire et la Monarchie. Il est évident que, si deux souverains, dont la souverai-

neté a un seul et unique objet, sont mis en présence, la guerre ne peut manquer d'éclater entre eux. Le plus fort se précipite sur le plus faible, et l'écrase. Chez les nations démocratiques, où le principe de la souveraineté nationale domine les institutions, où le monarque, quel qu'il soit, existe seulement en vertu de l'investiture que son concurrent et son supérieur en souveraineté, le Peuple, lui a donnée, il n'y a même pas de lutte. Lorsque la souveraineté populaire, inaliénable en fait et imprescriptible, s'insurge contre la souver/iineté monarchique, le monarque, sachant qu'il n'a pas le droit pour lui, qu'il n'a régné que par compromis, par tolérance, ne songe même pas à résister. Il se sauve. Personne, d'ailleurs, ne se lève pour le défendre. Ses plus chauds partisans, ceux qu'il a gorgés d'honneurs et d'argent, sont les premiers à crier : C'est bien fait I L'expérimentation historique confirme ici les con,clusions de la logique. La chute des deux Empires, de la Monarchie légitime et de la Monarchie constitutionnelle démontre que la République est le seul régime compatible avec la souveraineté nationale, comme il est le seul dont la Raison puisse accepter l'hypothèse chez un peuple démocratique.

Nous sommes donc en présence de deux propositions démontrées, indiscutables, évidentes :

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