‹ Deux républiquesChapitre 21 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Si nous écartons les natîons théocratiques et aristocratiques reposant sur des principes qui n'ont plus cours en France depuis la nuit du 4 août 1789, et qui sont, d'ailleurs, la négation de notre droit social, nous restons en présence de trois peuples admettant le principe de la souveraineté nationale et n'en reconnaissant officiellement pas d'autre. Nous aurions pu comparer leurs institutions et étudier chez chacun d'eux les applications diverses du principe commun de la souveraineté nationale. Cependant nous ne ferons pas de la République suisse un des objets de cette étude, et nous ne citerons que rarement son exemple : cela pour trois raisons. D'abord, la Suisse n'a définitivement éliminé de ses institutions le principe aristocratique que dépuis 1848. Sous ce rapport, elle est considérablement en retard sur la France et sur les États-Unis qui, depuis la fin du siècle dernier, ne reconnaissent d'autre titre à la puissance politique que la qualité de citoyen, indépendamment de la fortune, de la propriété ou de la naissance. En second lieu, les éléments d'observation qu'elle au-

versel n'existe chez aucun de ces trois peuples qui ont conservé la Monarchie et qui paraissent appelés à traverser les mêmes phases par où nous avons passé, sauf peut-être l'Italie, dont l'unité date d'hier et qui pourrait retourner plus tôt qu'on ne pense au fédéralisme.

rait pu nous fournir, auraient été la plupart du temps identiques à ceux que nous offrent les États- Unis. Enfin la République suisse est une Confédération de Cantons souverains. Les Cantons ne doivent pas leur existence à la Confédération, c'est la Confédération qui doit son existence aux Cantons. Si nous avions invoqué Texemple de la Suisse, on aurait pu conclure que nos tendances étaient fédéralistes. En France, il y a des adjectifs qui perdent les meilleures causes ; il y a des mots qui tuent. Le mot fédéraliste est de ceux-là. C'est en les accusant de fédéralisme que les Jacobins de la Convention ont fait monter vingt et un Girondins à Téchafaud. Le républicain Chaudey était un fédéraliste : la Commune Ta fusillé. Si toutefois nous repoussons cette épithète, on nous fera l'honneur de croire que ce n'est pas à cause des sanglants souvenirs qu'elle évoque. — C'est uniquement parce que nous ne sommes pas fédéralistes. — Nous avons assez de défendre nos opinions sans endosser la responsabilité de celles qui ne sont pas les nôtres. Ce que nous voulons, ce n'est pas ce qu'à tort ou à raison on a reproché aux fédéralistes de vouloir; ce n'est pas l'affaiblissement du pouvoir national; ce n'est pas la destruction de l'unité française; ce n'est pas l'émiettement de la France ; ce n'est pas l'Etat mor-

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