‹ Deux républiquesChapitre 24 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

conséquences logiques, et à formuler certaines règles qu'une expérience de plus d'un siècle et une constante similitude de résultats permettent peutêtre de considérer comme les lois qui président inévitablement au fonctionnement des gouvernements démocratiques. Puisse notre exemple provoquer des imitateurs ! Puissent les écrivains, les orateurs, et les savants de tous les partis apporter leur concours à l'édifice -de la science politique, qui doit, sous peine de déchéance nationale, remplacer à bref délai la politique empirique, fantaisiste, artistique, opportuniste, comme les sciences physiques ont remplacé l'alchimie !

On nous a fait une objection, on nous a dit: — « Vous avez tort d'établir un rapprochement entre la République française et la République américaine. Il n'existe entre les deux pays aucun rapport. La France diffère de l'Amérique par ses antécédents, par ses mœurs, par sa religion, par l'étendue de son territoire. » — Nous ne nous arrêterons pas à répondre à cette objection. « Qui connaît un cheval, a dit Condillac, connaît tous les chevaux. Qui connaît un chat, connaît tous les chats. » Il n'y a pas une liberté américaine, Une liberté française, une liberté allemande. La Liberté est de tous les pays et de tous les mondes comme la santé, la

maladie et la mort, comme le bien, le mal, la morale, la justice et la philosophie, comme toutes les vertus, tous les vices et toutes les science©. Qui connaît la liberté américaine, connaît toutes les libertés, ou plutôt il connaît la Liberté qui les embrasse et les résume toutes.

S'il était prouvé que les Américains aient trouvé les lois définitives qui doivent régler dans les républiques l'application du principe de la souveraineté nationale, il faudrait les copier exactement. Elles seraient Texpression de la Vérité, de la Liberté et de la Justice. Elles seraient applicables à tous les peuples, sous toutes les latitudes et dans tous les climats.

D'ailleurs, quand on veut connaître l'homme et ses organes, on n'observe pas les oiseaux ou les poissons. Onétudie l'homme. Voulons-nous connaître les organes nécessaires à la vie d'une république démocratique? Etudions la République démocratique. Ayons l'audace de rompre avec la routine. Si les esprits éminents que nous voyons, depuis un siècle, marcher à la découverte du gouvernement normal de laDémocratie, ont jusqu'ici misérablement échoué dans leurs entreprises, c'est qu'ils n'ont pas su s'élever au-dessus des préjugés mesquins de la race, et qu'ils n'ont demandé des exemples qu'aux mo-

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