‹ Deux républiquesChapitre 25 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

narchies voisines ou aux aristocraties esclavagistes de l'antiquité. Que leurs avortements nous servent de leçon! Archimède voulait un point d'appui pour soulever le monde physique. C'est peutêtre faute d'un terme exact de comparaison qu'on n'a pas encore soulevé le vieux monde européen, the old world (1), comme disent les Américains. Il existe, de l'autre côté de l'Océan, une démocratie de quarante millions d'hommes à laquelle des circonstances exceptionnellement favorables ont permis, pour le bien général de l'humanité, de formuler, d'expérimenter pendant cent années et d'a^ mender successivement les institutions et les lois de la République. La Raison et la philosophie nous ordonnent de chercher là des enseignements. Les rédacteurs de la Constitution des États-Unis n'ont pas seulement travaillé pour la grandeur et la liberté des États-Unis : ils ont travaillé pour le bonheur de l'humanité. Ils ont fait plus qu'une œuvre nationale, ils ont fait une œuvre humaine. « Si nous échouons dans notre expérience, disait le vieux Benjamin Franklin s'adressant à Washington, l'humanité pourra désespérer désormais d'établir des gouvernements sur les principes de la sagesse

(4) Le vieux monde.

humaine, et abandonnera ce soin au hasard, à la guerre et à la conquête (Ij. » Aujourd'hui, l'expérience des fondateurs de la République américaine est couronnée par un succès de cent années. Pourquoi ne pas les imiter? Pourquoi ne pas tenter en Europe ce qui réussit en Amérique?

Pourquoi ne pas faire en France ce qu'ils ont fait aux États-Unis? Ils étaient au moins aussi divisés que nous pouvons l'être sur le principe et sur la forme du gouvernement. Hamilton voulait la Monarchie avec deux Chambres dont un Sénat héréditaire. Randolph insistait pour une Chambre unique et souveraine élue chaque année par le suffrage universel, sans Sénat et sans Président. Les uns tenaient pour la Confédération, les autres pour l'Unité. Il y avait parmi eux de grands propriétaires de noble origine, des agriculteurs sans fortune et sans nom, des écrivains et des négociants. Presque tous croyaient en Dieu et pratiquaient leur religioh avec ferveur ; mais quelques-uns ne se gênaient pas pour nier la divinité de Jésus-Christ. Ces différences d'origine, ces divergences d'opinion politique et religieuse ne les ont pas empêchés d'établir un régime qui nous offre le spectacle d'un prodigieuse stabilité

(1) The Works of Benjamin Franklin with Notes and a Hfe ofthe authorby Jared Sparks, — Boston, 1839, tome V, page 153.

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