CHAPITRE PREMIER
Lel" octobre 1871, M. ClémentDuvernoispubliait, dans le journal bonapartiste F Ordre , dont il était alors le directeur politique, un article dans lequel il soutenait cette thèse que, pour exister, la République avait besoin, comme les autres régimes, de se personnifier dans un homme d'une grande renommée ; qu'il lui restait une seule carte à jouer, la carte Thiers ; que, cette dernière ressource épuisée, la République n'aurait plus de prétendants à élever sur le pavois, et qu'alors, abandonnée de tous, elle serait obligée de se livrer encore une fois aux Bonaparte et à l'Empire.
Dans le numéro de la Constitution du lendemain matin, portant la date du 3 octobre, je publiai, en
réponse à M. Clément Duvernois, un article qui avait pour titre : le Prétendant de la Démocratie, et dont voici les principaux passages :
... Heureusement, nous n'en sommes pas réduits à cette dernière ressource... nous avons à jouer une carte dont nous nous étonnons fort que M. Duvernois, ce défenseur intrépide des droits de la volonté nationale, n'ait pas songé à faire mention. Cette carte, il ne nous a jamais été donné de nous en servir. Mais, le jour où nous la lancerons sur le tapis vert européen, les couronnes chancelleront sur la tête des rois, la vieille société sera ébranlée jusque dans ses fondations. Cette carte s'appelle la République démocratique.
Nous avons eu le mot, jamais la chose. Comme nous l'avons dit hier, le Peuple a régné quelquefois, mais des ministres sans scrupules et sans foi ont toujours gouverné pour lui. Le Peuple a fait tour à tour les affaires de la Monarchie et les affaires de l'Empire. Il n'a jamais fait les siennes. 11 a eu la République autoritaire et bourgeoise de 1848. 11 a maintenant la République parlementaire de M. Thiers... Mais la République démocratique où le Peuple règne, gouverne et juge, nous ne l'avons jamais eue. A peine en avons-nous entendu parler comme d'une oasis lointaine où notre société pourrait un jour retrouver son assiette et goûter lé repos...
Quand touchçrons-nous au port? Quand goûterons-nous ce repos tant désiré et si mérité par d'héroïques efforts? Ce jour-là n'est peut-être pas aussi éloigné que d'autres font mine de le croire et de l'espérer. Ni M. Thiers, ni l'Assemblée de Versailles, ne sont éternels. La Parque peut couper la vie de l'un; le suffrage universel peut trancher en une heure l'existence de l'un et de l'autre. Ce jour-là, que se passera-t-il ? — Bonaparte est acclamé ! s'écrie Duvernois. — Non ! c'est d'Aumale, répondent les orléanistes. — Nous arborons le drapeau
blanc, murmurent les légitimistes. — Nous disons : Ce jour-là sera le triomphe du Peuple!...
Le parti populaire n'est plus seulement un parti d'agitation et de révolution stériles, mais un parti de gouvernement. Le Peuple aujourd'hui a son prétendant. Tout le monde l'accepte... et je gage qu'au jour du scrutin, entraînée parle courant, la cohorte imbécile qui se rue sur le passage des princes votera pour lui comme un seul homme. Ce prétendant, >vous l'avez nommé ; le premier, il a accepté de ses électeurs un mandat impératif; le premier, il a cru que sa dignité lui permettait de déposer un serment entre les mains du Peuple ; le premier, il a dit et écrit aux électeurs de Belleville lui présentant un mandat à accepter : Je jure obéissance au présent